‹ Traité complet des maladies vénériennes, contenant l'exposition de leurs symptomes et de leur traitement rationnelChapitre 9 sur 48 · ARTICLE VIII · texte numérisé non relu

ARTICLE VIII

DES SELS MERCUniELS.

Parmi les sels mcrcuriels il en est plusieurs, le sulfate, le nilrale, rhy<lrochloralc, le phosphate, l'acéla Je, le tarlratc et l'hydrocyanatc , qu'on a appliqués au traileuient des maladies vénériennes.

1°. Le deulosidpUc de mercure était appelé autrefois set vilrioliqne mercnrlcl ou vitriol de mercure. Il existe à l'élal de sur-sel ou de sous-sel.

Le sur-deutosulfate, assez souvent employé autrefois, mais tout-à-fait inusité aujourd'hui , est un poison violent, qu'on ne doit administrer à l'intérieur qu'à la dose d'un demi-quart de grain environ.

Le sous-deutosulfate , plus connu sous les noms de prccipitéjaiaic cl de iurbitk ininéral, a élé recommandé comme un spécifique par CIowcs , dont les éloges n'ont pas mieux réussi à le conserver en crédit , que ceux de Boerhaave et de LoLb à ly faire regarder comme un préservatif assuré de la petite-vérole. On s'en sert peu aujourd'hui , si ce n'est à l'extérieur. Beaucoup d'auteurs prétendent qu'il est plus efficace que toute autre préparation mcrcuriclle dans les éruptions cutanées opiniâtres. M. Alibert l'emploie, en pommade, à la dose d'un gros par once de graisse, dans les pustules vénériennes delà peau. Sydenham , Boerhaave, et plusieurs autres, l'ont heaucouj) vanté dans la gonorrhée. On ne doit pas en prescrire plus d'un quart de grain, répété deux ou trois fois par jour. A plus haute dose il excite des vomissemens et des coliques.

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2". Le deutonitrate de mercure portait jadis les noms de mercure nitré et de nitre mercuriel. Comme le précédent , il est tantôt avec excès de base et tantôt avec excès d'acide.

Le sur-dcutonitrate , appelé aussi eau inerçurieUc , a joui pendant quelque temps dune grande réputation , sous les dénominations empiriques de remède du duc d'Aatin et remède du Capucin. On en donnait une , deux ou au plus trois gouttes, dans un verre d'eau tiède, de tisane pectorale ou de tisane sudorifique non purgative , pendant six ou sept jours , api'ès quoi on accordait quelque repos au malade, recommençant ainsi plusieurs fois de suite, avec les mêmes précautions. On l'accuse d'avoir fait naître beaucoup d'inflammations du bas-ventre et d'affections de poitrine ; en sorte qu'il est tombé dan* l'oubli , malgré les éloges de Cruikshank et de Selle , qui le croyaient sinon supérieur , du moins égal au sublimé, sous le rapport de l'elïlcacité. Dissous dans vingt-quatre parties d'eau , ce sel faisait la base de Vessencc mercurtollc de Charras. Il composait aussi, à la dose d'une once, sur trois onces d'eau distillée, les gouttes blanches de ^\ ard , si célèbres en Angleterre , où l'on faisait prendre tous les jours deux ou trois gouttes de cette liqueur dans la décoction d'orge, de gruau ou de salsepareille. L'eau mercurielle est encore employée aujourd'hui, mais très-rarement, contre les ulcérations vénériennes chroniques. M. Manry la conseille surtout dans la gale , parce qu'elle est peu coûteuse, et qu'elle ne tache pas le linge. M. Delpech s'en sert beaucoup, à titre de cathérétique, dans les ulcères vénériens. Le sur-deulonitrate de mercure sert encore à préparer V onguent cilr'ui , qui en con-

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tient une partie sur sept et un quart de graisse. Cette pommade, très-usitée dans les maladies de la peau, passe pour un remède énergique contre les exanthèmes syphilitiques; mais, en général, on a soin alors de l'affaiblir par l'addition d'une quantité d'axonge égale à celle qu'elle contient déjh. On l'emploie aussi quelquefois, mais rarement , dans le traitement des ulcères vénériens ordinaires. Sa composition n'est pas bien connue; il parait que, quand elle est récente, elle contient delà graisse oxigénée et du sous-nitrate de mercure, produit de la réaction dés deux composans l'un sur l'autre, mais qu'à mesure qu'elle vieillit, ce dernier sel se détruit entièrement, et est remplacé par de l'acétate do mercure.

Le sous-dcutoniiratc, ou turbltk nitrctix, est une poudre d'un jaune verdâtre et insoluble, dont on a fait peu d'usage en médecine.

Le protonitrate de mercure est la partie active du syrop de BeLlet, improprement appelé syrop végétal. Le but do Bellct , en préparant ce syrop, dont la formule demeura long-temps secrète, était d'édulcorcr et d'éthérerune dissolution d'acétate et de nitrate de mercure. A cet effet, il distillait les deux sels liquéfiés avec de l'alcool. Mais le résultat de l'opération n'était qu'une sorte d'éther nitrique, sans aucun atome de mercure. Pour remplir l'intention de Bcllet, M. Bouillon-la-Grange a proposé de faire dissoudre h froid une once et demie de nitrate de mercure cristallisé dans très- peu d'eau, et d'y ajouter en suite une livre et demie de sirop de sucre, avec un demigros d'éther nitrique rectifié. Ce syrop, de même que toutes les préparations mercurielles dans lesquelles il entre de l'étlicr, a le défaut de se décomposer avec le temps,

fie sorte que, quoiqu'infiniment supérieur au sirop dr Bellet, (loril la préparation varie suivant les divers pharmaciens , il n'olire jamais qu'un médicament infidèle et inconstant dans ses effets. Par conséquent, si l'on croyait avoir quelqu'intérêt à associer le mercure h l'éther, il serait plus convenable, et en même temps plus expédilif, de verser tout simplement quelques gouttes de nitrate on liqueur dans un verre d'eau sucrée, à prendre sur le champ. Mais le syrop de Bellet, tant vanté par Bouvart, et tous ses succédanés , sont à peu près inusités aujourd'hui.

En triturant ensemble dix grains de protonitrate do mercure et quarante d'extrait noir de réglisse, on obtient les pilules de Zeller, dont on donne une ou deux dans les vingl-qualre heures, en portant peu à peu la dose jusqu'à six par jour. Plusieurs médecins de Lyon , entr'aulres "M. Martin le jeune , vanteïit beaucoup ces pilules.

Le sous-protonitrate de mercure et d'ammoniaque est devenu célèbre sous le nom de précipité gris ou de précipité cendre, et principalement sous celui de mercure soîuble de Hahnemann. On l'obtient en décomposant le prolonitrale par l'ammoniaque. Il est d'un gris foncé, dont la teinte approche de celle de l'ardoise, et jouit d'une grande réputation en Allemagne.

La plupart du temps, on donne le mercure soluble en poudre,, à la dose d'un grain, avec cinq à dix grains de poudre de gomme adragant ou de réglisse , qu'on prend dans une cuiller non métallique, pour éviter que le remède ne se décompose. Ordinairement les médecins allemands y ajoutent un demi-grain ou ungrain d'opium. On peut aussi le faire prendre en pilules. A cet ell'et, on tri-

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turc onseinblc doux scrupules de mercure soluLlù, deux gros de poudre de r(';glisse , et sullisanle quaulilé de conserve de roses, pour l'aire quatre- vingt -six piluhîs, par wiïv seule desquelles on commence, en augmt'nliint par degrés, sans toutefois dépasser jamais le nombre de dix dans les vingt -quatre heures.

La prudence veut, quand on fait usage de la poudre, qu'on n'en donne pas plus d'un demi-grain pendant ' les deux premiers jours. Le malade la prend h jeun, le matin, dans un peu d'eau distillée, et s'abstient de manger pendant quatre heures au moins. Il déjeune alors légèrement , et dîne avec un peu plus de modération qu'à l'ordinaire, évitant tous les alimens acides, trop gras ou trop salés. Il fera bien de renoncer h l'usage du vin. Le troisième ou le quatrième jour, on donne un grain entier de mercure, en deux prises, l'une le malin, l'autre le soir. Le cinquième ou le sixième , on double celle dose, qu'il faut ensuite augmenter d'un grain, de deux en deux jours, mais sans toutefois, dans les cas ordinaires, dépasser celle de cinq grains pour vingt-quatre heures. Celte quantité est suffisante, en général, pour opérer graduellement la guérison , quelle que soit la nature des symptômes, de sorte qu'il est toujours prudent de s'y tenir. Si le malade a soif, dans le cours de la jom'née, il boit de l'eau pure ou du lait de vache.

L'action du remède, ordinairement prompte à se manifester, est assez douce. On ne peut révoquer en d'outc son efficacité, lorsqu'il est administré avec le soin et les précautions convenables, quoiqu'on lui reproche d'occasioner parfois , surtout chez les femmes faibles et ncr-

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veuses, des coliques fort i iicoin modes , trois ou quatre heures après son ingestion. ,

On emploie aussi le sous-protonitrate de mercure ammoniacal h l'extérieur, sur les ulcérations et les pustules. A cet efl'et on l'incorpore dans le double de son poids de cérat ou d'axonge. Celte espèce de pommade est Tort estimée en Allemagne et en Angleterre.

5°. Je dois parler ici , non pas de V hydrochiorata de inercure, qui n'est queledeutochlorure dissous dans l'eau, mais de V hjdrochtorate animoniaco-mercurlel , aulreibis connu sous le nom de précipité blanc. Les anciens l'employaient Ultérieurement, h la dose d'un grain jus([u'à trois. Aujourd'hui l'on ne s'en sert plus qu'à l'exléricmr. C'est ainsi qu'on le recommande, à la dose de six grains, uni à un scrupule de sous -carbonate de magnésie et îi un gros de saLine , comme un très-bon moyen pour détruire les excroissances et les végétations. Combiné avec la graisse, dans la proportion d'un contre huit, il constitue Votif!;iient de IVerlhof, qui a élé vanté contre la gale et quelques aulres ailcclions exanlhématiqucs i^angées dans le domaine de la syphilis. Uonguent de Zeller, qui contient un gros de précipité blanc par once de cérat à la rose, passe pour un très bon cosmétique, et pour un moyen elllcace dans les pustules vénériennes de la peau. On l'emploie en frictions, h la dose d'un demi gros ou d'un gros.

4°. Le sous-phosphate de mercure a été introduit dans la matière médicale vers 1777, mais il n'est bien connu que depuis le travail spécial de Schpiidt, publié en 1794- Ce sel, dont l'usage parait avoir été concentré presqu'entièremcnt en Allemagne cl en Anglelevrc, est peu usité

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aujourd'hui. On l'a préconisé, h la dose d'un demi-grain ou d'un grain, répétée deux fois par jour, contre les affeclions \énéricnncs rebelles et dégénérées. M. Pearsonlefait prendre de celle manière, en poudre, avec du sucre et de la cannelle. Schmidt prétend qu'on peut prévenir les nausées et les vomissemens qu'il occasionne quelquefois, en l'associant h quelques poudres aromatiques, ce qui est plus que douteux. Bell le juge peu favorablement; suivant lui, il afl'ccte les gencives h un degré considérable, et, dans plusieurs circonstances, la maladie reparut après qu'on l'eut quitté, quoiqu'on eût tout lieu do croire que l'usage en avait été continué pendant un laps de temps assez considérable. On l'a aussi appliqué h l'extérieur, sous la forme d'onguent.

M. Boudet, qui a découvert le phosphate ammoniacomercuricL, pense que ce sel, à raison de sa grande solubilité, pourrait èlre substitué avec avantage à la plupart des autres préparations mercuricllcs.

En versant de l'urine dans la solution aqueuse de nitrate de mercure, il se forme un précipité , qui contient du protochlorure de mercure, du phosphate de mercure et peut-être encore plusieurs autres sels mercuriels. Ce mélange, désigné autrefois sous le nom de précipité rose, ou rose minérale, est indiqué par quelques auteurs comme purgatif, ix la dose de six h dix grains , mais on ne s'en sert plus aujourd'hui.

5°. hc proto-acétate de mercure, nommé aussi 7n.erca/'c acété ou terre foliée mercurielle, était déjà connu de Geber. 11 avait été indiqué d'après cet alchimiste par Brassavola, et conseillé dans lus maladies vénériennes par Peuot, sans qu'on y fit la moindre attention, lorsque Key-

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ser, empirique allemand , le mit en grande rëputalion h Paris, eu 17Ô4; il parvint, avec l'assistance de quelques personnages puissans, qui s'abaissèrent jusqu'à favoriser hautement le charlatanisme, h acquérir des richesses immenses, et h se faire payer chèrement la recette d'une préparation Lien coimue, que le gouvernement lui acheta en 1772.

Keyser débitait l'acétate de mercure sous la forme de pilules, devenues si célèbres sous le nom de dragées de keijscr. I! les préparait d'abord avec la manne, mais, comme elles attiraient l'humidité de l'air, il substitua ensuite la gomme arabique à cette dernière substance. D'autres ont eu depuis l'idée de les réunir l'une et l'autre, afin de modérer plus sûrement l'irritation causée par le sel. Bell en donne la formule suivante, qui est fort simple : acétate de mercure , manne en larmes et gomme arabique en poudre, un gros de chaque, avec sullîsanle quantité d'eau de rose pour faire une masse qu'on divise en soixante pilules. Suivant la formule ordinaire, qui est plus compliquée, et qu'on trouve dans le Formulaire de Cadet de Gassicourt, ces pilules sont d'un grain seulement : on en prend d'abord deux matin et soir, et Ton augmente progressivement jusqu'à vingt-cinq h chaque prise, et même davantage. La célébrité et la prétendue infaillibilité de ces pilules se sont évanouies, comme il arrive à tous les remèdes secrets, depuis qu'on en connaît la composition. Elles peuvent cependant être employées avec avantage.

M. Virey a proposé d'employer ce sel à la préparation d'un syrop, très-propre à remplacer celui de Bellet, el qu'on obtient en faisant dissoudre un gros d'acétate de

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mcrcuro dans très-peu d'eau, qu'on mêle ensuite, ainsi que deux gros d'élher nitrique, avec une livre de syrop de gon)me arabique.

L'acétate do mercure a été aussi rccommandt'î h l'extérieur, dissous, h la dose de dix ou douze |;raius, dans cinq à six onces d'eau de rose. On l'a conseillé, sous celte iornie, en lotions dans quelques afl'eclions cutanée.s. On en a iait aussi une sorte d'onguent, dans lequel il entre, h la dose de deux scrupules, ou d'un gros, sur une once d'huile d'olives.

G°. Le protolartratc de mercure, appelé aussi mercure tartarisé ou sel lartareux nicrcurlel , a été vanté avec beaucoup d'emphase par Pressavin , qui avait imposé le nom iïeauvêgetomercurielleli sa dissolution. lia les mêmes avantages et les mômes iiiconvéniens que le précédent, auquel on peut très-bien le substituer. Il faisait autrefois la base de la liqueur fondante de Diener et du précipite jawie de JFurz, qui sont tombés tous deux en désuétude depuis long-temps, aussi-bien que la poudre cçnstantine, obtenue en décomposant le uilrate de mercure par le tartre.

7°. U lijdrocjanale de mercure a beaucoup d'analogie, dans son mode d'action, avec le cyanure de mercure, et peut être employé dans les mêmes circonstances. M. Jîiett s'en sert quelquefois , sous la forme d'onguent, eu l'unissant h l'axonge de porc, dans la proportion d'une onçc de celte dernière pour seize grains de sel.

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