ARTICLE IX
DES MODIFICATIONS Dl' TRAITEMENT MERCURIEL SELON LA. SAISON, LE SEXE ET l'age.
C'était une opinion répandue partout autrefois, que les diverses saisons ne sont pas également favortibles à la réussite du traitement mercuriel. On regardait le printemps et l'automne comme étant les époques les plus avantageuses de l'année, de sorte qu'on les choisissait de préférence, h moins que des circonstances impérieuses ne permissent pas d'attendre. Ce préjugé n'existe plus au* jourd'hui, si ce n'est dans quelques contrées de l'Europe j de manière qu'on ne craint pas d'administrer le mercure sans aucun égard à la saison dans laquelle on se trouve. Cependant il est de fait que les chaleurs de la canicule et les frimas de l'hiver conviennent peu aux personnes soumises à l'action de ce remède, parce que les voies digoslives sont alors sous l'influence au moins dune grande prédisposition à s'irriter, que la plus légère cause suffît pour élever jusqu'au degré qui constitue l'état pathologique. Aussi ^I. Lagneau dit-il : « En établissant la possibilité de guérir le syphilis avec une facililé presqu'égalo dans toutes les saisons, nous croyons néanmoins pouvoir avancer qu'il peut se présenter des cas de maladies anciennes et dégénérées, dans lesquelles, les symptômes n'exigeant pas d'ailleurs des soins très-prompts, il pourrait être convenable d'attendre la saison chaude pour procéder h leur traitement, afin de no pas se priver d'un avantage qui, bien qu'assez peu considérable, pourrait ce-
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pendant aider ti l'effet des môdicamens. » C'est comme historien seulement que je rapporte ce précepte, car quiconque s'est bien pénétré des principes généraux de la thérapeutique, sait calculer la dose et le mode d'administration des médicamens d'après la susceptibilité actuelle des tissus avec lesquels ils doivent être mis en contact, et ne se laisse point ainsi maîtriser par les circonstances extérieures , tandis qu'il ne doit prendre conseil que de l'état physiologique et pathologique du sujet.
Ces réflexions s'appliquent également aux climats. On peut tout aussi bien administrer le mercure dans les pays septentrionaux que dans les contrées méridionales; seulement il exige, de la part du médecin, une attention plus soutenue et une surveillance plus active de l'impression qu'il cause sur l'organisme. Avec ces précautions, on n'a pas besoin de s'occuper de la quantité de mercure prétendue indispensable pour un traitement, puisque ce n'est pas la quantité d'un médicament, mais la manière dont il agit, qui détermine son degré d'efficacité, dans toute maladie quelconque.
Le sexe apporte peu de variation dans le traitement mercuricl. On doit seulement le ménager davantage, et employer des doses moins fortes, chez la femme que chez l'homme, parce qu'elle est douée d'une susceptibilité plus facile à émouvoir. Il est toutefois une circonstance particulière, qui prescrit plus impérieusement encore la réserve et la prudence. C'est l'action stimulantedu mercure, qui s'annonce presque toujours par une perturbation générale et par une grande disposition des surfaces muqueuses à s'irriter, h devenir le foyer d'une fluxion sanguine. On conçoit, d'après cela, qu'il faut s'abstenir de ce rcmè-
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de chez les femmes dont la menstruation orageuse s'accompagne, à chaque période, d'accidens qu'il ne manquerait pas d'exaspérer, ou chez celles qîii portent dans leur sein le fruit d'une conception récente, car il pourrait alors déterminer, vers la matrice , un effort hémorragique dont l'avortement serait la conséquence, ou enfin chez celles qui sont sur le point d'accoucher, car il pourrait troubler l'écoulement des lochies et l'établissement de la sécrétion du lait. L'avortement est moins à craindre quand l'état de grossesse dure déjh depuis quelque temps, aussi ne suit-on plus aujourd'hui l'ancien usage qui prescrivait d'attendre après la parturition pour mettre le traitement mcrcuriel en vigueur. Mais il est alors des précautions que l'on ne peut omettre sans s'exposer à des inconvéniens, à des suites fâcheuses.
Les moyens préparatoires sont plus nécessaires encore chez la femme enceinte que chez celle qui ne l'est pas, ou chez l'homme. Il importe de rétablir , autant que possible, l'équilibre toujours plus ou moins troublé par l'exaltation de l'action vitale dans la matrice, sans toutefois insister sur les bains , et principalement sur la saignée et les purgatifs, jusqu'au point d'opérer une véritable dérivation, qui entraînerait l'avortement. C'est alors surtout qu'on ne doit jamais perdre de vue que le but principal du traitement préparatoire est de diminuer la susceptibilité générale de l'organisme , et d'apaiser les irritations qui pourraient s'être fixées sur quelque partie de l'appareil alimentaire. Les doses du mercure doivent ensuite être moins fortes. Si l'on emploie la méthode par les frictions , elles ne seront d'abord que d'un demigros, on les portera graduellement jusqu'à un gros et
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demi , et on laissera entre elles un jour fl'inlorvallo. Si c'est la solution de sublimé corrosif que l'on administre, on débutera par un quart de dose , et l'on ne s'élèvera que d'une manière insensible h la dose etilière, on môme on s'arrêtera h la demi-dose, c'est-h-dire à un quart de grain par jour. Los pn^cautions seront lés mêmes h Végai'd do toutes les autres préparations mercurielles , et il faudra également surveiller do très-près l'action des remèdes , afin de les suspendre à temps , s'ils manifestaient de la tendance 5 irriter trop vivement le canal intestinal, h provoquer des éruptions cutanées, et siu'tout h phlogoser la membrane muqueuse du pharynx ou de la bouche, et h exciter la sécrétion des glandes salivaires.
Ce n'est pas toujours dans la vue de produire sur elles un elFet curatif , qu'on administre le mercure aux femmes. On le leur fciit prendre souvent aussi pour agir sur les enfans qu'elles allaitent, et dans l'intention d'imprimer h leur lait une modification qui le rende apte à guérir les états pathologiques de ces derniers qu'on considère comme des symptômes de la vérole. On ignore en quoi consiste cette modification , et si le mercure passe en parlie dans le Irtit , puisque nous n'avons pas d'analyse do ce dernier; mais elle est bien réelle , car on a remarqué que quand on donnait une trop grande quantité de métal à la mère , son lait déterminait , chez le nourrisson , des tranchées vives, et un dévoiement qui i'épuisait ou même le faisait périr. Cette méthode n'est donc rien moins qug certaine , en admettant même la nature vénérienne de la maladie de l'enfant , e,t sa curabililé par le mercure. On n'a pas obvié aux inconvéniens qu'elle petit entraîner en recommandant de proportionner avec le plus grand soin
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la dose du remède à la susceptibilité du petit malade, puisque tout dépend de l'impression qu'il fait sur la mère, et que cette impression ne tient pas tant à sa qualité qu'au mode particulier de sensibilité du sujet auquel on l'administre. Quoi qu'il en soit, je regarde cqtlc méthode comme la moins nuisible de toutes aux enfans , parce que , bien qu'elle les soumette à l'usage d'un lait qui n'est plus dans les conditions voulues par la nature , elle les garantit au moins de l'action perturbatrice qu'exerceraient des médicamens actifs portés directement sur lui.
Quelques auteurs, Levret entre autres, ont proposé d'avoir recours, pour le traitement des enfans , h des chèvres, dont on leur ferait boire le lait, après avoir soumis ces animaux à des frictions mercurielles. Cette idée , quoique bizarre , n'a pas fait fortune.
On ne craint point d'administrer les mercuriaux aux enfans réputés syphilitiques , parce que fort souvent la méthode précédente échoue. On combine alors les deux méthodes l'une avec l'autre, de sorte que le mercure prescrit au nouveau-né n'est considéré que comme un supplément au traitement principal, qu'on ne discontinué pas pour cela. Les préparations qui ont été plus particulièrement recommandées sont le mercure saccharin , le mercure gommeux, le calomelas et le sublimé corrosif. Quelle que soit celle que l'on emploie, il faut toujours que la dose en soit très-légère et proportionnée à la force ainsi qu'à l'âge du petit malade. La dose de pommade , pour les frictions , est de quatre grains , tous les deux jours, qu'on augmente peu h peu jusqu'à douze. Celle du sublimé est toutauplus d'un vingt-quatrième de grain
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par jour dans les commencemcns, cl il siifllt en général <îe deux oti trois <;rains pour un trailcnicnl complet. On ic donne dans un looch. Si le lait de la nourrice ne suffit pas pour satisfaire la soif de l'enfant, qui redouble sous l'influence de ces remèdes, on conseille de lui donner en outre (\ç l'eau de riz , seule ou coupée avec le lait de vache.
Le traitement mercuriel dirigé avec le plus de méthode , ne faisant pas, à beaucoup près, disparaître les accidens qu'on qualifie de vénériens chez les enfans , il est d'usage de faire prendre à ces derniers du sirop sudoriflquc , dont on ne dépasse guère la dose d'une once et demie par jour.
La plupart des médecins donnent aujourd'hui la préférence au sublimé sur les frictions, parce que, dit-on, ses effets ne sont pas autant subordonnés à l'influence plus ou moins directe que la préparation et les soins de propreté peuvent avoir surles fonctions de l'organe cutané. Deux ou trois mojs, pendant lesquels on prescrit d'entretenir la liberté du ventre par le moyen de l'eau miellée ou du syrop de chicorée , sont le terme qu'on assigne en général au traitement, du moins dans le plus grand nombre des cas. On parle beaucoup de ses succès, mais on garde le silence sur les revers qu'il éprouve , à moins qu'il ne soit question de combattre une méthode rivale. Ainsi Plenk dit que les frictions mercurielles peuvent rendre les enfans hydropiques , et quelquefois les faire mourir. L'hydropisie n'est sans doute ni la seule ni surtout la première des affections qui résultent de celte pratique , mais on ne conçoit pas que les mêmes incon-
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véniens ne se rattachent point au sublimé corrosif, ni moins encore qu'on assure que les enfans supportent cette préparation vénéneuse avec la plus grande facilité , tandis que , d'un autre côté , on recommande de, ne l'administrer qu'à la dose inliniment petite d'un vingt-quatrième de grain et même au-dessous.
Lorsque l'enfant n'est plus h la mamelle, il ne reste d'autre ressource que de lui faire prendre à lui-même le mercure aux doses qu'on juge nécessaires pour la guérison, mais qui doivent toujours être proportionnées à son âge et h la force de sa constitution. Quand On se décide pour les frictions mercurielles, on consomme depuis six grains jusqu'à un scrupule d'onguent pour un enfant de deux ans, un à deux pour ceux de deux à six, et ainsi de suite. Fort souvent on a recours au calomélas , dont on fait prendre, en deux ou trois fois, dans une cuillerée de bouillon ou do looch blanc , un grain mélangé avec un peu de sucre ou de rhubarbe. J'ai parlé précédemment de la manière d'administrer le mercure saccharin et le syrop mercuricl de Plenk. Quant au sublimé, on doit se contenter, par jour, d'un douzième de grain , dans un looch adoucissant, pour un enfant d'un à trois ans. On se permet un huitième de grain , c'est-à-dire le quart de la dose ordinaire d'un adulte , lorsque le petit malade est âgé de trois à cinq ans. On augmente ensuite par degrés, jusqu'à un sixième ou à un quart de grain , à mesure qu'il se rapproche de l'époque de la puberté.
A quelque méthode qu'on ait eu recours, on la continue pendant deux mois à peu près , laps de temps après
lequel les accidens disparaissent quelquefois; mais, le plus souvent, le petit malade succombe, et c'est surtout ce qui a lieu à l'égard de ceux que l'on reçoit dans les hospices, où, par un de ces affreux contrastes qu'offre à chaque instant la civilisation moderne , ils sont , dans certaines villes , voués froidement à la mort , comme nous l'a appris le sensible et courageux Foderé.
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