EXPLICATION DE LA PLANCHE V
Cette planche est destinée à présenter les organes génitaux de la femme, convenablement disposée pour l’examen du col utérin à l’aide du spéculum. Le dessin est pris au moment où le chirurgien a confié le manche de l’instrument à la malade, dont la main s’appuie sur le pli génito-crural. On peut ainsi se passer du secours des aides , dont la présence est toujours désagréable en pareil cas, et l’attention de la malade fixée par les soins qu’elle met à remplir les fonctions qui lui sont confiées n’est pas sans avantage pour l’empêcher d’exécuter des mouvements inopportuns. Du reste, cette position n’est pas fatigante, et ne doit être gardée au plus qu’une ou deux minutes, temps suffisant pour exécuter une injection, une cautérisation ou un panse-
La femme est ici couchée sur un lit d’opération , le bassin relevé, et les cuisses et les jambes fléchies. Le spéculum est introduit de manière à ce que le point correspondant à son articulation, partie de l’instrument, dont le diamètre ne varie pas, quel que soit l’écartement des valves, se trouve au niveau de l’anneau vulvaire, dont il est important de ménager la sensibilité.
La disposition des valves permet aussi de les écarter sans venir conlondre les chairs contre les côtés de l’arcade pubienne, et leurs efforts se trouvent dirigés contre les parties inférieures, qu’on peut déprimer sans inconvénient. Par suite de la même disposition, les colonnes du vagin sont maintenues en haut et en bas, afin que la muqueuse vaginale ne vienne pas masquer la vue du col. utérin en s’engageant dans l’intervalle que laissent entre elles les valves du spéculum.
Des deux côtés on aperçoit obliquement les plis de la muqueuse vaginale , et dans, le fond se trouve le col utérin, dont on remarque la saillie entre les valves de l’instrument.
A droite, sur la partie moyenne de l’extrémité du col de l’utérus, on voit un chancre autour duquel une aréole rouge se dessine sur la muqueuse, dont la coloration est partout ailleurs à l’état normal. Les' bords de l’ulcère, dont le fond est grisâtre, sont arrondis et taillés à pic.
De l’orifice utérin s’échappent des mucosités transparentes qui coulent sur la lèvre postérieure du col, et viennent se ramasser sur la valve du spéculum, qui se trouve placée en dessous.
Pn'nt dàprès nature et Lilh par Emile Beau.
PLANCHE V BIS
ULCÈR'SS PRIMITIFS DU COL Blî L’UTÉRUS.
r OBSERVATION.
CHANCRES INDURÉS.
MmcB***, âgée de 26 ans, d’un tempérament lymphatique, née de parents sains, avait toujours joui d’une bonne santé.Elle avait été vaccinée.Mariée depuis deux ans, elle n’avait pas eu d’enfants.
Quand cette malade vint me voirie 22 mai 1844-, elle avait éprouvé, deux mois avant, des douleurs de tête nocturnes et quelques douleurs vagues dans le voisinage des articulations des épaules et des genoux. Successivement elle avait vu tomber ses cheveux; quelques croûtes s’étaient forméessur la peau du crâne, et des taches rouges s’étaient montrées surdifférentes partiesdu corps et des membres. A ces taches, qui n‘’étaient accompagnées d’aucune douleur ni d’aucune démangeaison, succédèrent de petites élevures.
Comme le mari de celte dame avait été affecté, peu de temps avant, d’une maladie vénérienne, elle attribua ce qu’elle éprouvait aux rapports qu’elle avait eus avec lui et se décida à venir me consulter. Lorsqu’elle fut soumise à mon examen, elle avait plusieurs ganglions cervicaux postérieurs engorgés; il existait un peu de gêne dans les mouvements du cou; la chute des cheveux continuait ; la peau de la tête était le siège d’une éruption impéligineuse, à croûtes brunâtres, bombées, fendillées et adhérentes. Le reste de la peau était presque [lartout couvert d’une éruption papnlo squammeuse lenticulée; les papules étaient peu saillantes, d’une teinte cuivrée très-prononcée et que la pression ne faisait pas disparaître; elles étaient surmontées, pour la plupart, d’une squamme très-mince, grisâtre, qui laissait, en se détachant, un liseré d'épiderme soulevé et une surface lisse de couleur som
bre cuivrée. La peau , dans les intervalles des papules, était un peu terreuse. Les yeux avaient perdu de leur brillant, et les pupilles restaient un peu dilatées. On entendait un léger bruit de souffle au premier temps du cœur; un bruit analogue, mais intermittent, se faisait aussi entendre sur le trajet des carotides. Le sang des règles était beaucoup plus pâle qu’avant la maladie. 11 n’y avait jamais eu de fièvre , ni de démangeaison à la peau.
Les conditions dans lesquelles avait été le mar i de cette dame et les divers symptômes dont je viens de faire l’énumération, ne permettaient pas de méconnaître une syphilis constitutionnelle, à la période secondaire précoce, 'foutefois, interrogeant la malade sur ses antécédents, sous le point de vue des accidents primitifs, elle affirmait n’avoir jamais rien eu aux organes génitaux, ni ailleurs : pas d’écoulements, pas d’ulcérations, pas d’engorgements glandulaires précurseurs. En effet, l’examen le plus minutieux des organes génitaux externes et de l’anus ne fit découvrir aucune trace d’accidents primitifs.
Si on se fût contenté de ces renseignements, on aurait pu. dans ce cas, croire, comme le font quelques personnes, à une syphilis constitutionnelle d’emblée, ou, pour ceux qui ne tiennent pas compte des formes, par rapport aux termes de l'inlection, à une affection héréditaire tardive. Mais convaincu qu’il ne pouvait y avoir pour cette malade d’empoisonnement général, qu’après un accident local, suite directe ei immédiate de fa contagion, j’examinai h l’aide du spéculum et je trouvai deux ulcérations sur le museau de tan-
Pl. V Bis.
chc : l’une sur la lèvre anlérieure, l’aulre sur la lèvre postérieure. L’ulcération de la lèvre postérieure était plus étendue, arrondie , abords taillés à pic et un peu renversés ; son fond était grisâtre et elle était entourée d’une aréole rouge foncé. Celle qui était i)lacée en avant de l’orifice utérin était moins large, moins profonde, mais sa base était plus saillante. Le pus que fournissaient ces deux ulcérations n’était i)as en assez grande quantité pour se montrer au-dehors et {)our tacher le linge de la malade. Ces ulcérations ne faisaient éprouver aucune douleur. Au toucher, on pouvait très-bien sentir qu’elles reposaienlsur une base Irès-manifeslementplus dure, que les autres parties du col de la matrice. Du reste, il n’existait ni affection vaginale ni catarrhe utérin. L’orifice du col n’était le siège d’aucune érosion, d aucunes granulations qu’on pût confondre avec les deux ulcérations dont je viens de donner la description et qui étaient placées h distance et sans pénétrer dans son intérieur, comme le font celles qui accompagnent si souvent le catarrhe utérin purulent chronique.
11 n’existait, dans les régions inguino-crurales, aucun engorgement ganglionaire ; mais en explorant les fosses iliaques internes, par riiypogastre, je trouvai, à gauche, quelques ganglions tuméfiés et indolents. La menstruation n’avait jamais éprouvé le moindre dérangement.
D'après ce que je viens de dire, on conçoit que cette malade dût ignorer l’existence des accidents primitifs qui avaient été le point de départ des accidents secondaires ; et que si elle était venue me consulter plus lard, ces accidents auraient pu avoir disparu, sans laisser de trace do leur passage : les cicatrices, dans ces régions, n’étant plus appréciables dans la très-grande majorité des cas, surtout pour le chancre induré, même trèspeu de temps après la guérison.
Des cas analogues sont plus communs qu’on ne le pense, et sont d’autant plus dangereux que les femmes, tant que les accidents restent locaux et cachés, persuadées qu’elles se portent bien, peuvent transmettre ainsi, avec une sorte de bonne foi, des maladies que les hommes contractent à leur tour avec la conviction que les femmes qu'ils ont vues n’étaient pas malades. C’est encore là une source d’erreurs pour ceux qui ont pu croire au développement spontané do la syphilis.
Quoi qu’il en soit, le mari de celte dame avait eu un chancre induréduméat urinaire etdu tiers antérieur de la région balanique de l urètro , accompagné d’un engorgement indolent de plusieurs ganglions des régions inguinales. Cinq semaines plus tard , il avait vu paraître une éruption maculeuse confluente, et enfin, à l’époque où je le vis, il était affecté d’une syphilide squammeuse des mieux caractérisées. Il avait eu des rapports avec sa femme quinze jours après en avoir vu une autre. !1 s’était bien aperçu, deux ou trois jours plus tard, d’une petite écorchure à la verge et d’un léger suintement du canal ; mais comme il avait confiance dans la feynme avec laquelle ilavait eu desrappoiisclandestins, il n’avait attaché aucune importance à ces accidents, et les avait ainsi transmis à sa femme.
Yoici le traitement que je fis subii’ à la malade :
Les ulcérations du col furent cautérisées, à trois ou quatre reprises, avec le nitrate d’argent, et cela à cinq ou six jours d’intervalle. Tous les deux ou trois jours , elles furent saupoudrées de calomel.
On donna, tous les jours , trois verres d une décoction de feuilles de saponaire, avec du sirop de gentiane.
Tous les malins, 4 pilules de Vallet.—Tous les soirs, une pilule de protoiodure de mercure de 5 centigrammes. A la huitième pilule, la malade ayant été prise de diarrhée, on dut en suspendre l’usage pour le reprendre quand le canal intestinal serait revenu à l’état normal; mais le même accident s’étant reproduit, malgré l’addition d’une plus forte dose d’opium comme correctifdans les pilules, il fallut renoncer à l'administration du mercure h l’intérieur et avoir recours aux frictions, dans le creux des aisselles, avec l’onguent hydragyrique double, à la dose de huit grammes chaque fois, à jour alterne, et en alternant aussi d'une aisselle à l’autre. Au bout d’un mois, les ulcérations du col étaient parfaitement cicatrisées, sans avoir laissé de traces d’induration, sans qu’on pût reconnaître le siège qu’elles avaient occupé. Trois semaines plus lard, les accidents constitutionnels avaient disparu, sauf l’engorgement des ganglions cervicaux qui persistait encore après quatre mois de traitement. La circulation était revenue à l’état normal.
La malade prit deux bains lièdes par semaine
PIS bis.
Dessine d après nature et lith par F.Bion.
et faisait alors des lotions savonneuses sur les parties frictionnées.
Deux fois, on lut obligé de suspendre l’usage du traitement pendant huit jours, à cause d’un peu de salivation.
Du reste, pendant toute la durée de ce traite¬
ment, l’alimentation avait été substantielle, sans être excitante.
Après la cessation du traitement mercuriel, la malade prit deux grammes d’iodure de potassium par jour, pendant six semaines, et continua long-temps après l’usage des eaux ferrugineuses.
ir OBSERVATION.
CHANCRE DU COL DE L’UTÉRUS A LA PÉRIODE DE PROGRÈS, AVEC TENDANCE PHADÉGÉNIQUE.
Le sujet de la seconde figure présente un exemple d’un chancre à la période de progrès. L’ulcération a même une tendance phagédénique diphthérilique qui lui a fait perdre un peu de sa forme arrondie. Son fond est gris, jaunâtre, pultacé ; ses bords sont découpés et entourés d’une aréole rouge. L’orifice utérin est sain. Du pus, pris sur la surface de cette ulcération, fut inoculé à la face interne de la cuisse gauche et donna des résultats positifs.
Les chancres non indurés du col utérin sont souvent douloureux, surtout à la pression et aux chocs, dans les rapports sexuels. Ils donnent souvent lieu à des pesanteurs sur le siège, à des douleurs lombaires et hypogastriques. Comme
les chancres des autres régions, ils ont plus de tendance à s’étendre et à prendre la forme phagédénique. La suppuration qu’ils fournissent, plus abondante , quelquefois sanieuse , peut simuler un écoulement vaginal. faire croire à une blennorrhagie, et, par suite, à la transmission de chancres, à l’homme, par des femmes qui n’avaient que des écoulements. Que d’erreurs de ce genre, avant que je n’eusse vulgarisé l’emploi du spéculum dans l’étude des maladies vénériennes! Que d’erreurs commettent encore ceux qui préfèrent baser leur science sur des histoires racontées par les malades, plutôt que d’aller chercher la vérité un peu plus profondément !