‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 100 sur 121 · PL. XLII · texte numérisé non relu

PL. XLII

Sur le gland et la face interne du prépuce, et dans l’angle péno-scrotal, il y avait aussi des papules, mais là , dépouillées de leur épithélium, elles étaient humides et sécrétantes.

Au pourtour de l’anus, on voyait des papules muqueuses en groupes, parfaitement caractérisées. Le cuir chevelu était le siège de papules croûteuses.

Sur le front existaient des papules squammeuses, plates et larges, qui donnaient à l’éruption de cette région l’aspect du psoriasis, à squammes pelliculées.

A la lèvre supérieure et à la partie Inférieure de la joue, l’éruption avait la forme de l’impétigo ; elle était constituée par des croûtes jaunâtres, saillantes,bombées et granulées.

Une éruption impétigineuse analogue existait dans le sillon qui sépare les ailes du nez de la joue. Cette éruption caractéristique de la syphilis par son siège, était constituée là par de petites papules, agglomérées suivant la direction de ce sillon, ces papules humides et sécrétantes dans l’angle rentrant étaient sur les bords, sèches et couvertes de petites croûtes adhérentes, fendillées et d’une couleur brun verdâtre. Ces papules ne sont pas toujours croûteuses, quelquefois leur sommet est couvert par une petite squamme furfuracée, mais elles n’ont rien de tuberculeux, et c’est à tort que quelques syphilographes les ont désignées sous la dénomination vicieuse de tubercules granulés des ailes du nez.

L’éruption polymorphe, symptôme de syphilis secondaire récente, éveillant notre attention, nous procédâmes alors à un examen très-minutieux du malade, afin de découvrir l’accident primitif qui jusque-

là passé inaperçu n’en avait pas moins donné lieu aux accidents syphilitiques constitutionnels qui en sont la conséquence. Nous avons découvert et constaté l’existence d’une ulcération à la période de réparation très-avancée, qui siégeait à la pointe de la langue et dont la base était encore fortement indurée. Plusieurs ganglions de la région sous-maxillaire génienne étaient engorgés, durs, indolents, élastiques, mobiles dans leur atmosphère celluleuse ; il n’était plus possible de méconnaître le chancre induré accompagné de son adéno-pathie successive caractéristique.

Les accidents secondaires de la langue ne présentent jamais celte induration profonde et sui generis qui caractérise le chancre induré, et ils ne sont jamais accompagnés d’adéno-pathie successive des ganglions qui sont en rapport anatomique direct avec eux. Du reste les aveux du malade vinrent corroborer la précision de notre diagnostic.

Voici le traitement auquel ce malade fut soumis : pilules de proto-iodure de mercure, progressivement portées à la dose de 4 pilules par jour; tisane de saponaire et sirop de gentiane.

Lotions avec le chlorure d’oxyde de sodium et applications de poudre de calomel sur les parties afifectces de papules muqueuses.

Quant aux croûtes du visage, elles furent couvertes avec du sparadrap de Vigo cum raercurio.

En môme temps le malade prenait tous les jours 3 grammes de tartrate de fer et de potasse en solution.

Mais le lO février une stomatite mercurielle étant survenue, on suspendit l’usage des pilules de protoiodure de mercure, et on les remplaça par des pilules d’un amalgame d’or, dont voici la formule :

OjL Amalgame d’or, 2 grammes;

Extrait de ciguë, 6 grammes;

M. S. A. pour 100 pilules.

Ces pilules furent d’abord administrées à la dose de 4 par jour, puis on en porta progressivement la dose jusqu’à 16 pilules par jour.

Les ulcérations de la bouche furent cautérisées avec un pinceau imprégné d’acide chlorhydrique pur, et on prescrivit en outre l’usage du gargarisme suivant :

EXPLICATION DE

rig. l. Syphilide annulaire, herpétiforme, h la période de dessication , offrant une nuance intermédiaire au psoriasis syphilitique. Variété de lèpre syphilitique.

Fig. 2 et 3. Syphilide cruslacée. Sur le front on voit une ulcération suite d’une pustule d’ecthyma profond dont la croûte s’est détachée; à la racine du nez l’éruption appartient plutôt à la forme de rupia, tandis qu’aux commissures des

OjL Eau, 150 grammes;

Acide chlorhydrique, 15 gouttes;

Miel rosat, 50 grammes. Mêlez.

L’emploi concomitant du traitement chryso-hydrargyrique n’empècha pas la stomatite mercurielle de guérir assez promptement, et le 23 mars 1850, le malade sortit de l’hôpital, guéri des accidents pour lesquels il y était entré; mais il avait encore un peu d’engorgement des ganglions de la région sous-maxillaire, et quelques macules de terminaison de la syphilide persistaient.

Cette observation est intéressante sous plusieurs points de vue; d’abord elle prouve que le traitement chryso-hydrargyrique efficace contre la syphilis, paraît avoir moins d’influence que le mercure seul pour provoquer la stomatite.

Elle prouve combien il est important de bien connaître les lois de l’évolution successive, l’ordre d’apparition des accidents syphilitiques et l’époque de leur manifestation. Sanscelte connaissance préalable, il n’aurait pas été possible d’affirmer que l’éruption avait dû avoir pour antécédent un accident primitif récent dont elle était la conséquence obligée, et nous n’aurions pas cherché et par conséquent nous n’aurions pas trouvé le chancre lingual qui avait été le point de départ de la maladie.

11 est important de remarquer que le malade dont il s’agit avait, quelques années auparavant, subi un traitement mercuriel inutile et inefficace contre l’écoulement du rectum, et que ce traitement n’avait en aucune façon été prophylactique des accidents syphilitiques qui survinrent plus tard. Il faut encore mentionner que l’écoulement du rectum, qui n’avait pas cessé depuis le jour de son apparition, persista après la guérison des accidents syphilitiques.

Il est peut-être important de rappeler que ce malade n’avait pas eu d’engorgement des ganglions cervicaux postérieurs, bien qu’il fût affecté d’une éruption croûteuse assez considérable du cuir chevelu. Il arrive souvent que l’engorgement des ganglions cervicaux existe en même temps que l’éruption du cuir chevelu; il n’est pas rare non plus de voir l’une ou l’autre de ces deux affections exister isolément : leur simultanéité n’est pas indispensable.

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