‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 102 sur 121 · CATARRHE UTÉRIN. — GRANULATIONS DU MUSEAU DE TANCHE · texte numérisé non relu

CATARRHE UTÉRIN. — GRANULATIONS DU MUSEAU DE TANCHE

OBSERVATION

Parmi les maladies des femmes, le catarrhe utérin est une des plus communes. Je n’ai pas l’intention d’en tracer ici l’iiistoire générale, ni de donner une observation détaillée d’un cas particulier; je ferai seulement quelques réflexions dans ce qu’il a de relatif à la question des maladies vénériennes.

Le catarrhe utérin avec ou sans granulations du col, compliqué ou non d’ulcérations du museau de tanche, peut-il provenir d’une cause vénérienne? Daran pensait qu’il en était toujours la conséquence, soit directe, soit héréditaire, et dans ce dernier cas qu’il se transmettait par une sorte d’emboîtement de génération en génération.

Quand on examine sérieusement cette question, on reste convaincu que, dans la très-grande majorité des cas , le catarrhe utérin est tout à fait indépendant de tout prétexte vénérien, et qu’il n’est pas contagieux. Cependant il arrive souvent que les femmes l’attribuent à des rapports sexuels suspects; cela vient de ce que, tantôt par pudeur, tantôt par coquetterie, quelquefois par spéculation, elles ont l’habitude de ne pas avouer les maladies des organes génitaux qui ne les font pas souffrir. Mais s’il arrive que la maladie s’aggrave, ou qu’il ne leur soit plus possible de la cacher, elles saisissent alors avec empressement l’occasion ou le prétexte d’en imputer la cause à leur mari ou à leur amant.

Combien de victimes dans ce sens, surtout combien de dupes, parmi lesquelles il faut compter beaucoup de médecins crédules, qui, après s’être laissé tromper, cherchent à propager scientifiquement leur erreur ! Il faut confesser pourtant que le catarrhe utérin peut être quelquefois considéré comme une blennorrhagie utérine survenue à la suite de rapports sexuels avec un homme affecté de blennorrhagie. Il peut alors exister seul ou accompagné de vaginite ou d’urétrite. Toutefois, il est toujours fort difficile de différencier le catarrhe utérin de la blennorrhagie utérine proprement dite. On a prétendu que la blennorrhagie utérine débutait par l’état aigu, et que le PL. XLIII.

catarrhe utérin affectait la forme chronique ; on a dit qu’il disparaissait pendant le cours des règles, et que la blennorrhagie persistait. Tous ces signes n’ont aucune valeur, car la blennorrhagie, après avoir été aiguë, peut devenir chronique, et l’écoulement des règles peut entraîner avec lui indifféremment le flux de la blennorrhagie aiguë aussi bien que la sécrétion fournie par le catarrhe utérin. Quant à l’écoulement, il peut être plus ou moins muqueux, plus ou moins purulent, selon l’intensité de l’inflammation et selon la profondeur des tissus enflammés, quelle qu’en soit la cause.

Le catarrhe utérin peut être accompagné de granulations du col (inflammation granuleuse), ou d’érosions, ou d’ulcérations bourgeonnantes dont la surface ressemble à celles des vésicatoires. Quelquefois il existe en môme temps des engorgements aigus ou chroniques du museau de tanche; ces granulations et ces ulcérations, qui n’ont rien de syphilitique, occupent l’orifice du col dans lequel elles pénétrent, ou plutôt duquel elles paraissent souvent sortir. Elles se développent plus particulièrement là où des frottements s’exercent, sur les points qui sont baignés par les sécrétions morbides; elles n’ont rien d’arrêté dans leur forme, leur surface est habituellement rosée ou rouge; elles saignent avec facilité et ne fournissent jamais de pus inoculable. On a pu souvent les confondre avec le chancre (ulcération virulente primitive), avec les plaques muqueuses (accident syphilitique secondaire). Pourtant il y a des caractères qui les différencient : ainsi, le chancre du col (et nous en avons donné des exemples dans l’Iconographie), est toujours inoculable à une certaine période de son existence; il n’a pas pour siège forcé l’orifice du col, et on le rencontre peut-être plus souvent sur la lèvre antérieure, et sur les régions qui, dans les rapports sexuels, se trouvent en contact plus direct avec le pénis. Cependant il peut s’établir partout, et môme dans les cavités utérines où, par l’anatomie pathologique, nous avons démontré son existence.

Sur le col de l’ulérus, comme partout ailleurs, le chancre, à la période spécifique, est une ulcération arrondie, à bords taillés à pic, à fond grisâtre, et sa base présente quelquefois un engorgement ou une induration appréciable.

A la période de réparation et de bourgeonnement, le chancre ne présente plus des caractères aussi tranchés, et l’erreur devient alors plus facile.

Les papules ou plaques muqueuses, plus rares dans ces régions, sont encore d’un diagnostic plus obscur. Cependant là, comme ailleurs, elles apparaissent réunies en groupes, bien dessinées et assez nettement arrondies; leur surface est grisâtre, plus ou moins saillante, sans engorgement sous-jacent, et elles sont circonscrites par des tissus sains.

Quoi qu’il en soit du catarrhe utérin, une expérience de plus de vingt années m’a appris qu’il était la source la plus commune de la blennorrhagie chez l’homme, alors même qu’on n’était pas en droit de l’attribuer à une cause vénérienne.

Cependant, il faut en convenir : plus le catarrhe utérin est près de l'état aigu, plus la sécrétion qu’il fournit est purulente , plus les rapports sexuels sont lascifs , prolongés ou répétés, plus aussi les femmes deviennent aptes à déterminer des uréthriles ou des halano-posthites, en admettant, bien entendu, les causes de prédisposition chez l’homme.

C’est donc à tort qu’on a prétendu qu’une femme pouvait devenir virulente par le fait de l’ardeur ou de l’excitation occasionnée chez elle.

Il faut seulement admettre que l’excitation a rendu la sécrétion plus abondante, plus âcre, plus irritante, en un mot plus active, pour déterminer l’uréthrile ou la balano-poslhite.

Rien de plus commun que de voir des femmes, affectées de catarrhe utérin, ne rien communiquer aux hommes avec lesquels elles vivent habituellement, et rendre malades ceux avec qui elles ont accidentellement des rapports. La femme qui a fourni le sujet de la planche XLIIl, figure 1, en a été un exemple remarquable.

Il arrive aussi souvent que des hommes contractent une uréthrite ou une balano-posthite dans la première relation qu’ils ont avec des femmes alfectées de catarrhe utérin; mais, s’ils guérissent et s’ils continuent leurs relations avec la même femme, ils peuvent acquérir le singulier privilège de l’immunité, car alors il s’est établi une espèce d’acclimatement.

Pour le mari ou pour l’amant ordinaire, l’immunité conquise par l’habitude peut se perdre par l’absence ou par la cessation plus ou moins prolongée des rapports sexuels.

Ces observations pourront, peut-être, donner le

véritable sens de certaines histoires que des gens, à crédulité naïve, avaient expliquées autrement.

Abordons maintenant la question du traitement; je ne parlerai pas des antiphlogistiques employés dans la période aiguë du catarrhe utérin, je dirai seulement que j’ai obtenu de bons effets des applications de sangsues à la région sacro-lombaire; j’ajouterai que les bains entiers sont, dans ce cas, préférables aux bains de siège. J’ai aussi employé avec succès des cataplasmes intra-vaginaux faits avec de la fécule de pommes de terre et une décoction concentrée de têtes de pavots. On introduit ces cataplasmes avec une seringue sans bec.

Quant à la période chronique, les moyens qui ont été le plus souvent employés et qui ont le mieux réussi sont les amers, les toniques, les ferrugineux. Je conseille à la malade de boire, tous les jours, trois verres d’une décoction de feuilles de saponaire, en y ajoutant, pour chaque verre, une cuillerée à bouche du sirop suivant :

0,^ Sirop de Tolu , 500 grammes, lodure de potassium, 10 grammes.

Mêlez.

Chez les femmes d’un tempérament lymphatique très-prononcé, et à plus forte raison chez les scrofuleuses, le sirop de proto-iodure de fer d’après la formule de M. Boudet est souvent très-favorable.

Sous le point de vue du traitement local, on parvient quelquefois à modifier les écoulements utérins à l’aide des mêmes injections toniques ou astringentes qu’on emploie contre la vaginite.

Dans les cas de complication strumeuse, j’emploie souvent l’injection dont voici la formule :

y Eau distillée, 500 grammes.

Teinture d’iode, de 5 à 10 grammes, lodure de potassium Q. S.

Mêlez.

La cautérisation des granulations ou des ulcérations bourgeonnantes, pratiquée avec le nitrate d’argent ou avec le nitrate acide de mercure, est souvent nécessaire.

On obtient encore de bons résultats de l’emploi de la poudre de calomel ou de l’alun pulvérisé, appliqués sur l’organe malade avec un tampon de charpie sèche renouvelé toutes les 24 ou toutes les 48 heures.

Mais, il faut le dire, le plus grand nombre des écoulements utérins résiste à l’action de tous ces moyens ; c’est contre ces cas rebelles que j’ai remis en usage les injections utérines, ainsi qu’on peut le voir dans le Mémoire que j’ai inséré en 1832 dans la collection des Mémoires de l’Académie de médecine;

en d848 j’ai été étonné d’en voir attribuer l’invention à M. Yidal (de Cassis).

Les injections utérines constituent une bonne médication , soit qu’on emploie des liquides légèrement caustiques, et la solution d’azotate d’argent est préférable dans ce cas, ou la solution suivante :

'ïj. Eau distillée, 100 grammes.

Teinture d’iode, de 2 à 4 grammes, lodure de potassium Q. S.

Mêlez.

Pour cela, j’avais fait construire une seringue à double cylindre, dont les pistons se manœuvrent isolément. Dans un des cylindres, on introduit le liquide médicamenteux, et dans l’autre on introduit de l’eau. A celte seringue est adaptée une longue canule en gomme élastique, qui doit pénétrer dans la cavitédu col en laissant entre elle et l’orifice utérin un espace qui permet au liquide injecté dans la proportion d’une cuillei’ée à café environ, de ressortir avec facilité. En agissant ainsi sur des tissus vivants et rétractiles, il est impossible que le liquide pénètre dans la cavité du péritoine. Pour que cela ait lieu, il faudrait faire ce que Hourraann avait fait sur le cadavre, c’est à dire attacher le col de l’utérus sur la canule et faire une injection forcée.

La pénétration du liquide dans les sinus veineux n’a eu lieu que chez les femmes récemment accouchées. Mais, quelles que soient les précautions qu’on prenne, les injections utérines donnent souvent lieu à des accidents; ces accidents, bien qu’ils soient plus effrayants que graves , m’ont cependant déterminé à y renoncer. J’ai signalé ces accidents, dès les premiers essais que j’ai faits des injections utérines, dans

le Mémoire déjà cité et dans un autre Mémoire sur la blennorrhagie de la femme, qucj’ai publiéen 4834, et qui a été inséré dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales. Ces accidents sont tout à fait analogues à ceux qui se produisent quelquefois à différents degrés, à la suite des Injections vineuses ou iodées, qu’on pratique dans la tunique vaginale pour obtenir la cure radicale de l’hydrocèle; seulement , ils sont accompagnés de phénomènes hystériques. On comprend que des personnes inexpérimentées ou peu attentives aient pu les confondre avec les symptômes de la péritonite.

Un moyen préférable et plus simple, auquel j’ai eu recours en 4834 , et que j’ai très-souvent employé depuis, c’est l’introduction d’un crayon de nitrate d’argent dans la cavité du col, ou du nitrate d’argent en poudre et porté avec un instrument analogue à la sonde porte-caustique deM. Lallemand.

Du reste, quand la grandeur de l’orifice utérin le permet, on introduit les liquides médicamenteux à l’aide d’une petite éponge fixée au bout d’une baleine.

Dans les cas de ramollissement et de fongosités de la muqueuse, je me suis bien trouvé de l’emploi de la curette de M. Récamier et de l’abrosion des surfaces malades.

Enfin , le cautère actuel (cautérisation avec le fer rouge), si judicieusement et si habilement introduit dans la pratique par mon savant ami, M. le docteur Jobert (de Lamballe), et qui a déjà donné de si beaux résultats dans des cas de maladies organiques de l’utérus, réputés incurables, pourra trouver souvent son application dans la cure du catarrhe utérin compliqué d’ulcérations saignantes ou de ramollissements du col.

VAGINITE GRANULEUSE OU PAPULEUSE (psorélytrie).

OJ3SERVATION.

Toutes les muqueuses qui tapissent les organes génito-urinaires de la femme peuvent être le siège d’une inflammation blennorrhagique , ou réputée telle. La maladie peut indifféremment commencer par une d’elles et ne pas s’en écarter, ou s’étendre successivement à d’autres. Elle peut aussi commencer par différents points à la fois.

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