PL. LXIII
De toutes les muqueuses que peut atteindre la cause plus spéciale de la blennorrhagie , c’est-à-dire le muco-pus Èlennorrhagique urélral de l’homme, la muqueuse vaginale est celle qui est le plus exposée par son contact plus immédiat et plus prolongé ; aussi est-elle de toutes celle qui s’affecte le plus souvent seule, ou qu’on trouve malade en môme temps
que les autres. Cependant, pour ceux qui ont occasion de beaucoup observer, mais d’observer avec soin, la vaginite blennorrhagique n’est pas aussi fréquente qu’on pourrait le croire; elle est loin d’être en rapport avec le nombre si prodigieux dos blennorrliagies urétrales de l’homme. La seule alfection, le seul écoulement, chez la femme, qui soit aussi fréquent et plus fréquent que l’urétrite blennorrhagique de l’homme, c’est le catarrhe utérin, qui en elïet en est la source la plus commune, la plus intarissable.
11 n’est pas toujours facile ni possible de savoir quand a commencé une vaginite et quelle est la cause à laquelle on doit la rapporter ; quelles sont les relations sexuelles qui lui ont donné naissance. J’ai vu un grand nombre de femmes dont les maris ou les amants accusés étaient parfaitement sains et étaient restés bien portants quand même.
Les femmes ne disent pas toujours la vérité; mais il est bien certain que, chez elles, les muqueuses, et la muqueuse vaginale comme les autres, jouissent du privilège, si cela en est un, de s’enllammer sous l’influence des causes communes des inflammations.
La vaginite ne commence pas toujours par un état aigu ; elle débute assez souvent, quelle qu’en soit la cause, d’une manière lente et indolente; et pour peu qu’il y ait déjà quelque écoulement génital, un catarrhe utérin préexistant, par exemple, le nouvel écoulement vaginal peut être longtemps méconnu ou passer inaperçu.
La vaginite alors peut rester pendant un temps plus ou moins long à cet état latent, ou masquée par une autre sécrétion morbide habituelle à la malade, et devenir tout à coup plus ou moins aiguë sous l’influence d’une foule de causes, et sans la nécessité d’un nouveau coït infectant. Dans ce cas, on peut, à tort, rapporter la maladie tout entière aux derniers rapports sexuels inoffensifs pourtant.
La cause la plus puissante, la plus spéciale, si on veut, de la vaginite, c’est le mueopus urétral de riiomine; mais je ne sais pas si on serait bien loin de la vérité en disant que cette cause manque souvent son efiet, et qu’on rencontre plus de femmes chez lesquelles la vaginite peut être rapportée à d’autres influences. J’ai vu un grand nombre d’hommes affectés de blennorrhagies urétrales à dilférents degrés, et surtout de suintements urétraux, de cette goutte militaire si dangereuse, si coupable aux yeux de certains médecins crédules, avoir des rapports habituels avec des femmes auxquelles ils n’avaient jamais rien communiqué. Les premiers rapports sexuels, les violences plus ou moins grandes qui suivent la défloration , la grossesse, les suites plus ou moins prolongées des couches, de mauvaises habitudes, l’usage que quelques femmes font d’éponges pour empêcher
la fécondation, les pessaires, les vers intestinaux, la dentition chez les petites filles, les scrofules, si puissantes sur toutes les muqueuses, l’herpès, l’eczéma, le prurigo familier de ces organes, sont autant de causes qui, en dehors des causes vénériennes proprement dites, peuvent donner lieu à la vaginite. Chez quelques femmes la constipation ne paraît pas étrangère à l’affection vaginale.
A l’état aigu, la vaginite n’est pas toujours accompagnée de douleur, de souffrance; elle est souvent caractérisée par un sentiment de chaleur désagréable, d’excitation génitale, de désirs vénériens inaccoutumés et inopportuns; quelquefois par le besoin un peu plus fréquent d’uriner avec des douleurs dans les contractions qui ne se rapportent pourtant pas à la vessie ni à l’urètre ; les gardes-robes aussi éveillent de la douleur et du malaise. Mais quelques femmes ne souffrent que lorsqu’on les touche, lorsqu’on veut explorer les parties au spéculum, ou lorsqu’elles ont des rapports sexuels. A l’état chronique, la maladie ne se décèle que par la sécrétion morbide qui en est la conséquence, ou par l’inspection des tissus affectés.
Au début, la vaginite peut être seulement érythémateuse et sèche, mais cet état ou cette période qu’on voit rarement ne dure pas longtemps; bientôt l’inflammation plus profonde donne lieu à une sécrétion mucoso-purulente, dans laquelle l’élément pus domine en raison du degré d’intensité. Quelquefois même la sécrétion est rougeâtre, sanguinolente, mélangée d’air. Elle est ordinairement d’une odeur fade ; mais elle est aussi parfois fétide.
Dans la plupart des cas, l’écoulement s’échappe par la vulve d’une manière incessante, au fur et à mesure qu’il est produit, pour venir souiller plus particulièrement la partie postérieure de la chemise; en passant sur l’anus, il y détermine fréquemment de l’irritation, du prurit, des érosions; d’où parfois du ténesme, de la gêne, des cuissons, de la douleur dans la défécation.
Il est des femmes dont l’anneau vulvaire, mieux conservé, retient la sécrétion vaginale qui ne sort que dans les efforts faits, soit pour uriner, soit pour aller à la selle, ou bien alors qu’on explore la partie et que le doigt déprime l’intérieur du vagin. J’ai vu des femmes affectées d’écoulements très-abondants qui ne tachaient jamais leur chemise, et qu’on aurait pu croire bien portantes si on s’était contenté d’un examen superficiel.
La vaginite n’est pas toujours générale; elle est quelquefois limitée à certaines portions, telle que le cul-de-sac péri-utérin, très-analogue alors à la balanoposthite de l’homme.
Quand on examine la muqueuse vaginale malade,
on la trouve parfois seulement plus rouge qu’à l’état normal. Ses rides peuvent être plus prononcées, dans quelques circonstances elle est dépouillée de son épithélium , et les parties malades sont assez semblables à une surface de vésicatoire, saignant avec plus ou moins de facilité, au moindre contact.
J’ai fait connaître le premier (1) une variété remarquable de'la vaginite, à laquelle j’ai donné le nom de vaginite granuleuse, papuleuse, de psorélytrie, et qui a fourni le dessin de la fig. 2 de la planche LXIII.
J’ai rencontré assez souvent cette variété de la blennorrhagie, sur laquelle ont écrit depuis MM. les docteurs Davasse et Deville. Les conditions de son existence m’ont paru tenir plus particulièrement au tempérament lymphatique, aux dispositions scrofuleuses de certaines femmes ; la grosesse m’a aussi semblé en favoriser beaucoup le développement. Ici, comme dans l’ophthalmie blennorrhagique, comme dans certaines balanites, comme cela a môme lieu dans quelques urétrites, la muqueuse vaginale enflammée se couvre de papules ou de follicules plus ou moins développés, disposés dans le sens des rides vaginales. Ce sont d’abord de petites taches rouges de la grosseur d’une tête d’épingle, plus ou moins isolées, plus ou moins confluentes, et qui deviennent bientôt saillantes, pour acquérir les différents volumes qu’on observe dans la conjonctive blennorrhagique. 11 est des cas dans lesquels ces papules volumineuses, privées d’épithélium, ressemblent à des bourgeons charnus d’une plaie en suppuration. Enfin, on peut, dans quelques circonstances, saisir le moment de leur transformation , lorsqu’elles vont donner lieu à de véritables végétations.
Dans la vaginite papuleuse, la sécrétion morbide est toujours plus abondante , plus purulente, et aussi quelquefois plus facilement rougeâtre, sanguinolente.
La vaginite a peu d’influence sur le flux menstruel; cependant, chez quelques femmes, elle l’active et elle le supprime rarement.
Il n’est pas vrai que l’écoulement vaginal disparaisse pendant le cours des régies : il est lavé, emporté par le sang cataménial, voilà tout.
Quand la vaginite est sans complications, elle n’est pas accompagnée de fièvre.
La vaginite seule ne donne pas ordinairement lieu à l’adénite. Je n’ai jamais vu iiyec h vaginite seulement l’arthrite ni l'ophthalmie blennorrhagiques. Lorsque ces accidents ont eu lieu, j’ai toujours trouvé une urétrite concomitante. Dans quelques cas très-rares, j’ai vu la vaginite donner lieu à des abcès des cloisons recto ou vésico-vaginales.
(1) Journal des Connaissances médico-chirurgicales, 1853.
Des accidents primitifs ou secondaires de syphilis , les dittérentes variétés des végétations réputées vénériennes peuvent compliquer la vaginite, comme les autres variétés de la blennorrhagie chez la femme. Quant au diagnostic, il est toujours facile de reconnaître une vaginite aiguë ou chronique; on peut ordinairement constater l’état des tissus malades, les qualités des sécrétions morbides; mais reconnaître la cause spéciale qui l’a produite, son essence enfin , voilà ce qu’on ne peut pas faire dans la trèsgrande majorité des cas. La connaissance de l’état antérieur des femmes, la confiance qu’on peut avoir dans leurs narrations , le temps d’apparition de la maladie après le coït incriminé, l’état plus ou moins aigu par lequel la maladie a plus de tendance à commencer lorsqu’elle a été transmise, -tout cela peut servir à un diagnostic rationnel, mais jamais à un diagnostic absolu; car il n’existe aucun signe pathognomonique qui, des effets observés, puisse permettre de remonter à la connaissance de la cause.
La contagion de la vaginite, envisagée par quelques syphilographes comme un signe certain de virulence, n’a pas plus de valeur que les autres signes équivoques qui ont été signalés. Car comment savoir qu’une vaginite a été transmise; sur quoi se fonder pour affirmer que, fatalement, elle se transmettra toujours? Supposez deux hommes servant de moyens d’investigation pour la recherche de la vaginite virulente, et ayant tous deux les mêmes rapports avec la même femme : après l’essai, constatez que le premier de ces deux hommes a contracté une blennorrhagie, vous en conclurez que la vaginite était virulente. Très-bien.
Maintenant, toujours après l’essai, constatez que le second expérimentateur n’a rien contracté; que conclurez-vous?
La vaginite n’est pas une maladie grave; mais sa durée est souvent longue ; elle est souvent difficile à guérir, et cela surtout lorsqu’elle est compliquée d’affection herpétique, eczémateuse.
Le traitement de la vaginite à la période aiguë est antiphlogistique: repos de l’organe malade; sangsues aux régions ingénino-crurales ou sacro-lombaires; bains ; injections mucilagineuses, ou avec une décoction de pavot amidonnée; ces injections doivent être tièdes. Boissons délayantes; entretenir surtout la liberté du ventre à l’aide de lavements ou de légers laxatifs; régime très-doux; diète môme, si l’inflammation est forte.
Lorsque l’inflammation débute, ou qu’elle est à son déclin, comme dans la période de chronicité, ce qui m’a le mieux réussi, et ce que j’ai le premier proposé et mis en pratique depuis bientôt vingt années, c’est la cautérisation superficielle de la mu-
queuse \aginale avec le nitrate d’argent, et le tamponnement avec de la charpie sèche ou du coton cardé : l’isolement des surfaces malades étant une des conditions de leur guérison.
Les injections avec la décoction de feuilles de noyer, l’infusion aqueuse ou vineuse de roses de Provins, la solution d’acétate de plomb ou d’alun peuvent aussi être employées avec avantage. Mais les injections avec l’alun donnent quelquefois lieu à de fortes démangeaisons et ne peuvent pas être supportées.
Dans le cas de vaginites papuleuses , les cautérisations avec le nitrate d’argent solide et les injections avec la solution suivante, une ou deux fois par jour, selon le plus ou moins d’abondance de l’écoulement, m’ont presque toujours réussi :
^ Eau distillée 500 grammes
Azotate d’argent, A grammes. Mêlez.
On se sert d’une seringue à injections pour femme ; cette seringue doit être en verre. Je recommande l’injection suivante dans les écoulements persistants sans acuité :
OjL Eau bouillante, i litre
Pxoses de Provins, 30 grammes.
Faites infuser, laissez refroidir, passez et ajoutez : sulfate de zinc et acide tannique de chaque A gramra.
On peut maintenir les liquides médicamenteux appliqués sur les surfaces malades à l’aide de tampons auxquels on attache un fil, dont l’extrémité libre est laissée hors de la vulve, pour en faciliter l’extraction ; mais, comme le tampon perd une grande partie du liquide dont il est imbibé pendant qu’on l’introduit, il faut faire une nouvelle injection dès qu’il est en place.
Il faut du reste recommander aux femmes, pour faire ces injections, de se coucher sur un tapis de pieds, les jambes relevées sur une chaise, afin que le liquide arrive aussi profondément que possible et qu’il puisse séjourner pendant quelques minutes.
La poudre de calomel, l’alun pulvérisé, portés sur les parties malades , et maintenus à l’aide de charpie ou de coton, sont quelquefois très-utiles.
Comme médication générale interne, c’est aux amers, aux toniques, surtout aux ferrugineux, qu’il faut le plus souvent avoir recours. Le copahu , le cubèbe et les anii-blennorrhagiques proprement dits sont ici sans efficacité.