PL. XLV
la région occipitale sont fortement engorgés, durs, rénitents et indolents.
Il y a seulement 8 ou 10 jours que le malade a éprouvé de vives démangeaisons aux ailes du nez et dans les moustaches.
Àvant son entrée à l’hôpital, le malade avait pris 8 pilules mercurielles. 11 fut mis à l’usage de la tisane amère, et on lui lit prendre tous les jours deux pilules de proto-iodures de mercure de 5 centigrammes chaque. Le 21 mars, plus d’un tiers des croûtes du front est tombé laissant après elles des papules sèches, lisses et cuivrées. Le 22, on ajoute au traitement une fumigation de 12 grammes de cinabre, tous les deux jours, et. le reste de l’éruption du front est couvert de sparadrap de Vigo cum mercurio.
Le 1®'’ avril, il ne reste sur le front que quelques plaques rouges. L’éruption du cuir chevelu a disparu ; celle de la barbe et des moustaches persiste. Je fais faire des lotions chaque jour sur les parties malades avec le liquide suivant :
0^ Eau distillée, 200 grammes.
Teinture d’iode, 6 grammes, lodum potassium, 2 grammes.
Mêlez.
Le 9 juin, sort guéri des accidents pour lesquels il était entré à l’hôpital. Il ne lui restait qu’un peu d’engorgement des ganglions cervicaux postérieurs. Je lui conseillai néanmoins de continuer encore l’usage de son traitement pendant trois mois; mais aussitôt sorti, il ne fit plus rien.
Le 14 septembre, il revenait avec une récidive de l’éruption impétigineuse, limitée cette fois à toute la lèvre supérieure et à l’intérieur des narines, avec épaississement dur des ailes du nez. Elle présentait les mêmes caractères que la première fois, et sans démangeaisons. Les ganglions cervicaux étaient encore moins volumineux. Le premier traitement fut de nouveau prescrit, et sortait encore guéri de cette nouvelle manifestation le 20 décembre 1850.
La syphilide dont je viens de donner l’observation est une forme assez fréquente d’accidents secondaires; on la rencontre quelquefois parmi les accidents secondaires précoces, et sans que les malades accusent une autre forme qui ait précédé ; mais le plus ordinairement, quand il n’y a pas eu de traitement mercuriel, elle succède à une roséole, qui en est en quelque sorte le premier terme, et qui, dans quelques régions, comme chez le malade dont il est ici question, reste à l’état de macules ou devient simplement papulo-squammcuse.
Sans la connaissance des lois qui régissent l’évolution de la syphilis constitutionnelle, nous aurions
pu nous contenter de ce que nous avait d’abord dit le malade, et considérer la maladie actuelle comme étant étrangère à la syphilis, ou comme étant la conséquence des écoulements blennorrhagiques qu’il avait eus longtemps avant; mais quand on cherche, et qu’on sait chercher, on trouve l’antécédent oblige, le chancre et ses satellites : les engorgements indolents des ganglions lymphatiques voisins.
Je ne reviendrais pas sur la description que je viens de donner de cette syphilide si bien caractérisée, je ferai seulement observer, au point de vue du diagnostic différentiel, qu’un des caractères sur lequel on insiste souvent avec raison : le cercle ou Varéole cuivrée, qui doit entourer l’éruption, manquait, et qu’il existait une assez vive démangeaison sur quelques points de la peau malade, ce qui n’a pas ordinairement lieu dans les éruptions syphilitiques.
Le sujet de cette observation a présenté un en^ gorgement plus considérable que de coutume des ganglions cervicaux postérieurs, et c’est pour cela que je les ai fait dessiner, car le plus souvent on ne les voit pas, le toucher seul les fait découvrir.
L'engorgement des ganglions cervicaux postérieurs est peut-être le symptôme le plus constant, le plus précoce et le plus caractéristique de la syphilis constitutionnelle. Sans doute la syphilis n’est pas l’unique cause de l’engorgement des ganglions du cou , dans la première enfance surtout, mais c’est bien certainement la cause la plus constante et la plus spécifique. En présence de la régularité de cet accident, on est vraiment étonné du silence de la plupart des syphilographes, ou de leur mauvaise appréciation de ce symptôme.
Le cas que je viens de faire dessiner semblerait prouver que l’engorgement des ganglions cervicaux postérieurs est en rapport direct avec les éruptions du cuir chevelu, et qu’il est d’autant plus considérable, que ces éruptions sont plus graves, plus étendues, plus profondes, plus anciennes. Eh bien! ceux qui ont pris la peine d’étudier avec soin cette manifestation de la syphilis secondaire, savent, comme je le disais tout à l’heure, qu’elle s’effectue le plus ordinairement avant l’apparition d’aucun autre symptôme. J’ai souvent fait raser les cheveux à des malades dans ces cas, et ordinairement il a été impossible de découvrir la moindre trace d’éruption; tandis que, chez les malades chez lesquels cet engorgement avait été empêché par un traitement mercuriel' administré dès le début de l’accident primitif et suffisant pour s’opposer à la manifestation des éruptions secondaires précoces, mais permettant ultérieurement des accidents tardifs (des éruptions pustuleuses profondes, tuberculeuses, ulcéreuses, des
Dessinéààpras nature ellith.par F.Bion. ' Imp.IeraeTGier.r.deSeine 57Îaris
fürinfis les plus graves serpigineuses, ou autres), si ces ganglions n’étaient pas déjà engorgés avant tout traitement, ou s’ils n’étaient pas restés engorgés de la première poussée, malgré les traitements laits, ils ne s’engorgeaient pas plus tard. La preuve que l’engorgement des ganglions cervicaux n’est pas sous la seule dépendance des éruptions de
la peau de la tête, c’est que les éruptions si fréquentes à la face, quelle que soit leur forme, pourvu que ce ne soit pas un accident primitif, ne donnent Jamais lieu à l’engorgement des ganglions 15 'mphaliques qui sont en rapport anatomique avec elle. Le sujet de cette observation en a été un exemple remarquable.