‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 115 sur 121 · PLANCHE L · texte numérisé non relu

PLANCHE L

VÉGÉTATIONS POIiVAIORPHES.

OBSERVATION

La., âgé de 27 ans, cartier, entré le 26 décembre 1839, salle 6, n» 14.

Les parents de ce jeune homme jouissent d’une bonne santé. Il a des frères et des sœurs qui se portent fort bien; enfin rien dans la famille ne peut faire croire à l’existence d’une maladie transmissible par l’bérédité.

Pour lui, fort et bien constitué, sa taille est au-^ dessus de la moyenne , ses cheveux sont châtains et sa peau assez blanche. 11 prétend n’avoir jamais contracté d’affection vénérienne, ou du moins ne s’en être pas aperçu. A cet égard, nous lui avons fait subir l’interrogatoire le plus complet et l’examen le plus minutieux. Depuis dix mois au moins il iva pas eu de rapports sexuels, et ne se souvient pas de s’étre exposé à un contact impur. Ses réponses, franchement exprimées, ne semblent permettre aucune accusation de rapports a prepostcra venere. On ne peut trouver sur ses organes génitaux, ou partout ailleurs, la moindre trace qu’il soit possible de rapporter à la cicatrice d’un ulcère primitif. La peau ni les muqueuses n’olfrent pas d’éruption secondaire, et les tissus profonds ainsi que le système osseux ne présentent aucun symptôme d’une infection syphilitique. Enfin tout l’organisme se montre dans une intégrité normale, sauf l’affection que nous allons décrire.

La... ne saurait indiquer d’une manière précise l’époque à laquelle ont commencé à se développer les nombreuses végétations qui, chez lui, siègent au pourtour de l’anus; il se souvient pourtant que dans le courant du mois de mai, à la suite de travaux très fatigants et de beaucoup de courses, de vives démangeaisons se firent sentira l'anus, dont les replis se tuméfièrent. Cet état excitait un be- Pl. L.

soin impérieux de se gratter jusqu’à produire assez souvent des écorchures.

Aucun traitement ne fut appliqué, et les soins de propreté furent même négligés, ce dont on ne sera pas étonné de la part d’un malade qui nous a déclaré ne pas avoir pris de bains depuis deux ans.

Quoiqu’il en soit, les démangeaisons disparurent après une vingtaine de jours, ou du moins elles changèrent de nature et devinrent bien moins intenses. Mais La... put remarquer qu’il suffisait d’une forte marche ou d’un écart de régime pour les rappeler.

Tels ont été les symptômes jirécurseurs de l'affection actuelle. De très petites granulations se sont d'abord montrées sur les bords de l’anus, puis l’éruption a gagné de proche en proche, et par un progrès constant, elle s’est développée au point d’offrir une masse de végétations, toujours baignées par une sécrétion mucoso-purulente, que le plus léger froissement des parties malades suffisait pour rendre sanieuse.

On peut, du reste, reconnaître ici les caractères assignés à diverses variétés de végétations. Quelques-unes , au début, offrent de simples granulations isolées dues à l’extroversion des follicules muqueux ou cutanés; d’autres, plus avancées dans leur développement, sont elles-mêmes recouvertes de granulations plus ou moins saillantes, et la plupart enfin se montrent agglomérées en larges plaques sessiles, ou bien franchement pédiculées, et soutenues alors par une tige unique, plus ou moins épaisse, de laquelle partent, en

tous sens, des branches nombreuses. Sur les fesses et dans les parties où elles se sont librement développées, elles représentent assez bien le chou-fleur, tandis qu’au voisinage de l’anus, comprimées par les masses latérales, elles ont pris la forme de la crête de coq, ou des framboises.

On voit aussi leur consistance et l’épaisseur de l’épiderme qui les recouvre varier, selon qu’elles se trouvent plus ou moins exposées à l’action siccative de l’air. Sur les replis de l’anus, on les voit humides, friables, facilement saignantes et baignées par une abondante secrétion mucosopurulente; mais à mesure que l’on s’éloigne des parties centrales, elles se montrent plus pâles, à surface moins granulée, et sont moins faciles à se laisser érailler; sur les limites externes, quelques portions offrent une consistance et une sécheresse qui diffèrent à peine de celles de la peau voisine.

Le 27, il y a beaucoup d’irritation dans les

parties malades. On panse avec la solution d’opium. Diète.

Le 2janvier, les végétations n’offrent plus de surexcitation inflammatoire, mais leur volume paraît suivre son accroissement régulier. Même pansement ; on donne le quart de la portion alimentaire.

Le 4 janvier, on enlève les végétations à l’aide de ciseaux, puis on applique des compresses imbibées d’eau froide. Diète.

Le 6 janvier, on coupe quelques petites végétations qui étaient restées dans les replis de l’anus. On continue les applications d’eau froide, on donne les deux portions d’aliments.

Le 12, tout est cicatrisé sur la peau du pourtour de l’anus. On applique des compresses imbibées d’eau blanche. On donne les trois quarts de la portion alimentaire.

Le 17, tout est guéri, et La..., sort de l’hôpital.

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