PREMIÈRE OBSERVATION
Leg.âgé de 19 ans, sellier, entré le 26 mai 1840, salle 3, n» 22.
Ce malade ayant habituellement des rapports avec des femmes suspectes, il lui est impossible de donner des renseignements assez exacts pour préciser l’origine de la maladie dont il est affecté. Il a seulement remarqué que, deux ou trois jours après des rapports sexuels qui eurent lieu il y a quinze jours, l’extrémité du gland devint le siège d’un prurit inaccoutumé. Toutefois des pressions exercées sur le trajet du canal n’occasionnaient de douleur que vers le méat urinaire, par lequel, du reste, aucun écoulement purulent n’avait lieu.
Le malade ne tint d’abord aucun compte de ces symptômes, et continua ses fréquentations 5 mais, il y a huit jours, à la suite d’un dernier coït pendant lequel il éprouva des douleurs assez notables, il reconnut la présence d’une petite tumeur très douloureuse à la pression. Cette tumeur était logée sur le trajet de l’urètre, dans la direction du frein, et séparée du méat urinaire par une étendue de six à sept millimètres environ. Une tumeur parfaitement semblable se trouvait placée à la base du gland, et contre le côté droit du frein. Bientôt après les rapports sexuels à la suite desquels Leg... s’était aperçu de la maladie, l’inflammation gagnant de proche en proche par suite du développement de la petite tumeur placée à la base du gland, le prépuce devint œdémateux, et presque en même temps la tumeur de l’extrémité du gland laissa échapper du pus par une ouverture qui se fit sur le trajet du frein. L’extrémité de la verge était devenue très douloureuse, et le malade, ne pouvant vaquer à ses occupations, se présenta à la consultation de l’hôpûal.
Au jour de son entrée, le prépuce, qui, chez ce malade, recouvre habituellement le gland, présente à l’extérieur une teinte rouge assez intense; mais, quoiqu’il soit le siège d’un œdème assez notable, on
peut, sans occasionner de très vives douleurs, le ramener en arrière, afin d’examiner les parties qu’il cache. Le gland est rouge, et légèrement tuméfié; l’ouverture qui s’est faite près du méat urinaire, dans le siège que nous avons indiqué, laisse échapper du pus. Sur ce point, on reconnaît la présence d’un foyer purulent que l’on peut vider encore plus facilement du côté de l’urètre, que par l’ouverture extérieure, qui est demeurée très étroite, et il n’est besoin que d’une légère pression d’arrière en avant pour que les quelques gouttes de pus qu’il contient s’échappent par le méat urinaire, dont il suffit, du reste, d’écarter les bords pour apercevoir, sur la muqueuse urétrale, une ouverture ulcérée correspondant assez bien à la perforation extérieure.
Les antécédents du malade, et la marche de la maladie sont parfaitement en rapport avec ce qti’on observe dans les chancres urétraux, qui ont pour point de départ un follicule et la formation préalable d’un petit abcès folliculaire.
La tumeur de la base du gland est fluctuante, et, lorsqu’on la presse, elle paraît se vider difficilement du côté de l’urètre.
En arrière du point malade dont nous venons de parler, l’urètre n’est le siège d’aucune sensation anormale, et le pus qu’il laisse échapper simulant un écoulement blennorragique, paraît fourni seulement par les chancres développés sur son trajet. Les régions inguinales ne sont le siège d’aucune douleur, d’aucun gonflement ganglionnaire.
On enveloppe la verge avec des compresses imbibées d’une solution émolliente et sédative.
On donne des pilules opiacées camphrées, et le quart d’aliments.
Le 28 mai, l’œdème du prépuce a beaucoup diminué; la tumeur de la ba.se du gland demeure tendue,
le pus qu’elle conlicnl se vide mal par l’urèlre, on l’ouvre, et il s’en écoule quelques gouttes d’une matière purulente, mêlée d’urine.
On continue le pansement. Môme régime.
Le 29, on inocule sur la cuisse du malade le pus recueilli à l’ouverture pratiquée sur la tumeur de la base du gland;
Même pansement ; môme régime.
Le 2 juin , l’inoculation pratiquée le 29 mai a produit la pustule caractéristique.
Partout l’inflammation et le gonflement ont notablement diminué.
On continue le pansement. Même régime.
Le 4, après avoir dessiné la pustule produite par l’inoculation, on la cautérise avec la pâte de Vienne.
On remarque qu’à travers les perforations de l’urètre il ne s’écoule pas d’urine. Ce fait est, du reste, on rapport avec les observations que nous avons recueillies sur les cas de perforation de l’urètre par des ulcères primitifs. Ici, en effet, très souvent l’oblitération de la fistule est aussi rapide qu’elle est lente et difficile à obtenir dans les cas ordinaires de fistule de la région spongieuse de l’urètre.
On continue le pansement.
On donne la demi-portion d’aliments.
Le 10, il n’y a plus d’œdème; la pustule d’inoculation a été détruite par la pâte de Vienne. L’ouverture pratiquée sur la tumeur do la base du gland
s’est ulcérée, et le foyer, mis à nu, présente tous les caractères du chancre.
On panse avec de la charpie imbibée de vin aromatique.
Pour exécuter le môme pansement sur le chancre voisin du méat urinaire, on introduit dans le canal de longs brins de charpie imbibés de vin aromatique.
Ici l’ouverture extérieure du foyer purulent a disparu.
Môme régime.
Le 15, on cautérise le chancre de la base du gland avec le nitrate d’argent. A la place de la pustule d’inoculation cautérisée par la pâte de Vienne, se trouve une cicatrice parfaite.
On continue les pansements.
On donne les trois quarts d’aliments.
Le 20, le chancre du méat urinaire est en voie de cicatrisation ; il fournit peu de pus. Le chancre de la base du gland est de môme en pleine réparation.
On cautérise superficiellement avec le nitrate d’argent. On panse au vin aromatique.
Le 26, le chancre de la base du gland a disparu. Il vient encore un peu de pus, en pressant l’extrémité de l’urètre.
On panse avec des brins de charpie sèche.
Môme régime.
Le 2 juillet, le malade sort guéri.
SECONDE OBSERYATION.
God...., âgé de 18 ans, sellier, entré le 27 septembre 1839, salle 3, n” 13.
Le lendemain de rapports sexuels qui eurent lieu il y a dix jours, ce malade éprouva des démangeaisons au méat urinaire, qui, deux jours plus tard, laissait échapper quelques gouttes de pus. A dater de ce moment, la sécrétion morbide ne s’est guère accrue , et paraît entièrement fournie par des ulcérations visibles en écartant les lèvres du méat, sur lesquelles elles occupent, à droite et à gauche, une surface semi-circulaire à peu près de la môme-étendue. Dans les points envahis par ces ulcères, qui se correspondent presque symétriquement, la muqueuse est nettement tranchée, et l’on voit, entre des bords peu élevés, un fond recouvert d’une sécrétion grisâtre adhérente. En arrière des parties ulcérées, le canal ne paraît pas malade; des pressions exercées sur son trajet ne font éprouver aucune douleur; le malade ne souffre pas pendant les érections, et le passage des urines fait éprouver (juelques cuissons seulement au point correspondant aux ulcérations. Dans la région inguinale, on ne remarque aucun symptôme d’adénile.
Le 28 septembre, on cautérise les chancres avec le nitrate d’argent, et l’on introduit dans l’urètre quelques brins de charpie imbibée de vin aromatique.
On donne les trois quarts d’aliments.
Le octobre, le fond des ulcères cautérisés chaque deux jours, et pansés au vin aromatique, se délerge bien.
On continue la cautérisation et les pansements.
Môme régime.
Le 8, partout les bourgeons de la période de réparation se montrent roses et de bonne nature.
On cautérise superficiellement.
On panse avec de la charpie sèche.
Môme régime.
Le Î4 , la cicatrisation est presque achevée; la base des ulcères ne présente pas d’induration.
On panse toujours avec de la charpie sèche.
Môme régime.
Le 18 octobre, tout est cicatrisé ; le malade sort de l’hôpital.