‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 14 sur 121 · EXPLICATION DE LA PLANCHE YI · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA PLANCHE YI

Fig. 1. [ Observation première.) génitaux, vus de face. La

verge est relevée sur le ventre, et le prépuce est renversé de manière à laisser voir le gland, en arrière de la base duquel il forme un bourrelet œdémateux. Sur le gland, légèrement tuméfié, on aperçoit, dans la direction du frein, à quelques millimètres du méat urinaire, l’ouverture externe de l’ulcère qui a perforé l’urètre ; une goutte de pus, qui vient de s’échapper, indique cet étroit orifice. A la base du gland, près de l’insertion du frein, du côté droit, on voit l’ouverture pratiquée sur la petite tumeur dont l’intérieur offre le foyer purulent du chancre communiquant avec l’urètre. L’ulcération a déjà envahi les bords de l’incision , qui demeurent écartés.

Fig. 2. Pustule produite sur la cuisse du malade, par l’inoculation du pus recueilli à l’ouverture du chancre de la base du gland.

Fig. 3. (Observation deuxième.) Le gland est disposé de manière à présenter de face l’ouverture du méat urinaire, dont les lèvres sont tenues écartées et à demi renversées par les doigts d’un aide, pour laisser voir les ulcères urétraux, symétriquement disposés face à face. Sur les deux lèvres du méat, la muqueuse, nettement tranchée, laisse aperce¬

voir le fond des ulcères, recouverts d’une sécrétion jaunegrisâtre adhérente. En arrière des chancres, on distingue une petite portion de la muqueuse urétrale à l’état sain.

Fig. 4. ( Observation troisième. ) Le prépuce est ramené en arrière, afin de laisser voir les ulcérations folliculaires qui entourent la couronne du gland. Sur le côté droit du limbe du prépuce, se présente la première ulcération dont le malade s’est aperçu ; elle est aujourd’hui à la période de réparation , et son fond rosé, qui s’élève au-dessus des parties voisines, permet encore de reconnaître à sa surface les limites de quelques-uns des chancres groupés qui se sont réunis par suite du travail ulcératif.

Sur le prépuce, à droite et à gauche, ainsi qu’au pourtour de la couronne du gland, on remarque plusieurs chancres folliculaires sur lesquels on peut étudier les divers degrés de la maladie, depuis la petite pustule qui résulte de l’inoculation des follicules jusqu’à l’ulcère à bords taillés à pic, dont le fond est recouvert d’une sécrétion grise adhérente. Le gland est rouge, légèrement tuméfié, et l’on remarque, à sa surface, plusieurs vésicules d’eczéma dont les caractères apparents sont semblables à ceux des pustules produites par l’inoculation folliculaire.

PLANCHE VH

Ul^CERE PHAGÉDÉNIQUS DIPHTHERITIQUE PRIMITIF, A MARCHi: SFRPIGINEUSE.

OBSERVATION

Ler., âgé de 45 ans, cordonnier, entré le 6 septembre 4839, salle 2, n° 27.

La maladie actuelle, première affection vénérienne dont ce malade ait été atteint, fut contractée le 4 janvier 1839, dans des rapports avec une fille publique ; et ce n’est que trois jours plus tard qu’il aperçut une pustule déjà bien formée sur le prépuce; enfin six jours après le débutdu mal, les régions inguinales devinrent douloureuses, et des deux côtés un engorgement se manifesta.

Aucun traitement ne fut suivi d’abord ; mais la maladie faisant des progrès assez rapides, Ler... entra dans les salles de M. Puche, à l’extrême obligeance duquel nous avons eu recours, afin d’obtenir dans leur plus grande exactitude les détails de la première partie de cette observation.

Le 29 janvier, M. Puche reconnut la présence de plusieurs ulcérations qui lui parurent offrir les caractères des chancres dit hunlériens, et qui siégeaient sur le prépuce. Les ganglions lymphatiques des régions inguinales droite et gauche étaient affectés d’inflammation aiguë.

Les chancres furent lavés, matin et soir, avec une solution de sublimé (sublimé, 10 centigrammes; eau, 25 grammes). Dans la journée on faisait un pansement avec de la charpie sèche, et l’on appliquait des cataplasmes sur les bubons.

A l’intérieur, tous les matins dans un verre de tisane commune, on donnait 12 grammes et demi de liqueur de Van-Swiéten, ainsi modifiée ( sublimé, 5 centigrammes; eau, 25grammes).

Le 2 février, le bubon gauche fut ouvert.

Le 6, ouverture du bubon droit ; on continue le traitement déjà indiqué.

Le 10, M. Puche aperçoit sur le frein un chancre qu’il nomme superficiel rongeur.

Le 27, on applique la pâte de Vienne sur les

bubons, qui depuis plusieurs jours présentent un large décollement. On panse l’ulcération de l’aine avec de la charpie et du cérat, et les chancres de la verge avec de la charpie sèche. On donne 25 grammes de liqueur de Van-Swiéten.

Le 15 mars, le malade sort de l’hôpital sans permission; les chancres étaient presque cicatrisés.

Le 9 juillet 1839, Ler... rentra dans le service deM. Puche. On n’a pas de renseignements sur le traitement qu’il a suivi pendant les quatre mois écoulés depuis sa sortie de l’hôpital.

Le bubon droit est guéri ; il reste un chancre phagédénique qui a détruit le frein et creusé profondément le gland ; enfin une vaste ulcération occupe la région inguinale gauche.

Le 11 juillet, on cautérise les ulcérations de la verge et de l’aine avec le nitrate d’argent. On applique de la charpie et du cérat sur la verge, et des cataplasmes sur l’aine.

Tous les matins, on donne 12gramines et demi de liqueur de Van-SAviéten, et un litre de tisane de salsepareille dans la journée.

Le 24 juillet, l’on inocule sur la cuisse gauche le pus du chancre phagédénique, quia été fortement cautérisé tous les trois jours. On pratique une nouvelle cautérisation ; on donne 25 grammes de liqueur de Van-Swiéten.

Le27juillet, onvoitsurle point inoculé une pustuledontl’évolutionà été très lente etàlaquclle M. Puche a reconnu la forme des pustules d’ecthyma. ;

Le 3 août, le malade est affecté d’une gengivite légère. On suspend la liqueur de Van-Swiéten. On donne l’extrait de ciguë à 1^ dose do 10 centi-

grammes, pour combattre l’engorgement qui s’est manifesté au gland, dont l’ulcération, selonM. Puche, a pris l’aspect cancéreux. La pustule d’inoculation , abandonnée à elle-même , s’est largement ulcérée.

Le 14 août, on donne 20 centigrammes d’extrait de ciguë ; le 17, 30 centigrammes ; le 21, 40 centigrammes.

Le 27 août, la dose d'extrait de ciguë est portée à 00 centigrammes. On suspend la cautérisation ; on applique de la charpie sèche sur les ulcérations.

Le 28, le malade sort sans permission, dans un étatde santé peu satisfaisant.L’ulcération, suite de l’inoculation, le chancre de la verge et l’ulcération quia succédé à l’ouverture du bubon gauche, affectent la marche serpigineuse.

Aucun symptôme d’infection générale ne s’est montré jusqu’à ce jour.

Ler..., resta quelques jours chez lui sans traitement, puis il entra dans le service deM.Ricord, le 0 septembre. Examiné alors, une vaste ulcération existait sur toute la face inférieure du gland, qu’elle avait taillé en quelque sorte en bec de flûte.Cette ulcération avait détruit, en même temps que la moitié de l’épaisseur du gland, toute la région halanique de l’urètre. Son fond était formé par une espèce de matière grisâtre, pultacée, on semi membraneuse, irrégulièrement disposée, adhérente, et transpercée çà et là, si l’on peut s’exprimer ainsi, par des bourgeons charnus de mauvaise nature , rouges violacés, hémorrhagiques. Cette ulcération qui venait gagner la base du prépuce siégeait du reste sur une hase d’œdème dur; mais non (l’induration spécifique. Ses bords nettement coupés à pic offraient peu de décollement.

Dans la région inguinale gauche existait une cicatrice déjà très étendue et de bonne nature , mais à l’extrémité externe de laquelle on voyait encore une ulcération dont l’aspect était tout-àfait le même que celui qui vient d’être décrit pour l’ulcération du gland, avec cette différence, due aux conditions du siège, que les bords en étaient décollés. A la cuisse existaient deux ulcérations , conséquences de l’inoculation qui n’avait pas été réprimée : une première ulcération assez étendue s’étant trouvé divisée en deux par un travail incomplet de cicatrisation.

Du reste, la plus minutieuse observation ne fait découvrir aucun symptôme de syphilis constitutionnelle.

On panse au cérat opiacé ; on donne cinquante centigrammes d’iodure de potassium avec cinq

centigrammes d’iode. Tisane de saponaire, demiportion d’aliments.

On dessine les ulcérations.

Le 10, il y a un peu moins d’inflammation; cependant la douleur persiste aussi intense, on donne soixante centigrammes d’iodure de potassium, on continue la tisane et les pansements indiqués.

Le 20, les ulcérations paraissent stationnaires, leur fond se déterge à peine, et dans les trois quarts au moins demeure couvert de la fausse membrane pultacée des ulcères diphthéritiques.

On donne quatre-vingts centigrammes d’iodure de potassium.

Même pansement.

Le malade se plaint d’une faim très vive. On donne les trois quarts d’aliments.

Le 30, il y a progrès dans l’ulcération du gland, qui fait éprouverd’assez vives douleurs. L’ulcération de l’aine s’est agrandie d’un quart et présente un peu de décollement. On donne 1 gramme et demi d’iodure de potassium.

Même pansement.

Le 10 octobre, il y a peu d’amélioration. La surface des chancres est un peu moins grise , et l’œdème dur du gland a disparu. Mais partout il y a progrès dans l’étendue des ulcérations. Les fonctions digestives sont assez régulières, la sécrétionurinaire est légèrement augmentée.

La dose de Tiodure de potassium est portée à deux grammes avec addition de 10 centigrammes d’iode.

On panse les chancres avec de la charpie imbibée de vin aromatique.

Le 15,lasurface des chancres est rose etprésente à peine quelques débris de fausse membrane ; mais l’ulcération fait des progrès.

On donne deux grammes et demi d’iodure de potassium; toujours la tisane de saponaire. Trois quarts d’aliments.

Même pansement.

Le 20, même état. On donne trois grammes d’iodure de potassium.

Le 25 , on remarque surtout des progrès dans l'étendue de l’ulcération de la cuisse, le fond de la plaie de l’aine s’élève au-dessus des bords , surtout vers l’angle supérieur.

On donne quatre grammes d'iodure de potas ■ sium , avec addition de quinze centigrammes d’iode.

Même pansement.

Même régime alimentaire.

Le 28, l’ulcération s’étend lentement; à la cuisse

une portion de cicatrice qui séparait la plaie en deux se trouve décollée.

On suspend l'iodure de potassium et la tisane de saponaire > que l’on remplace par les pilules de proto-iodure de mercure et de ciguë, le sirop et la tisane sudorifiques.

Sur les chairs saillantes de la plaie de l’aine on applique de la pâte de Vienne. On détruit de même quelques bourgeons trop développés à la cuisse, ainsi que le lambeau médian dont nous avons parlé. On suspend les pansements au vin aromatique.

Le 1" novembre , on fait une nouvelle cautérisation avec la pâte de Vienne.

Même traitement.

Même régime.

Le 5, on détruit, avec la pâte de Vienne, les bords décollés et saillants des ulcérations de l’aine et de la cuisse.

Le 12, on panse la plaie de la cuisse avec des bandelettes imbriquées de sparadrap deVigo cum mercurio, disposées de manière à exercer une légère compression.

On cautérise la plaie de l’aine avec une légère couche de pâle de Vienne.

Même traitement.

On donne la portion d’aliments.

Le 16, on cautérise très superficiellement le chancre du gland avec du nitrate acide de mercure.

On panse l’aine et la cuisse avec des bandelettes de sparadrap de Vigo. On donne deux pilules de proto-iodure de mercure.

Le 25, il y a du mieux; le fond des chancres est bien détergé, leurs bords n’offrent pas de décollement. On panse avec les bandelettes.

On continue le traitement interne.

Le 10 décembre, on suspend les applications de bandelettes. 11 y a de la douleur et un peu d’inflammation.

Même traitement.

Même régime.

Le 25 décembre, l’ulcération a gagné en étendue ; mais il n’y a plus de douleurs.

Le 2 janvier 1840, même état ; on cautérise les chancres avec le nitrate d’argent.

Le 15 janvier , il y a tendance à la réparation, surtout à l’aine. On panse avec des bandelettes. Pour le gland, toujours charpie et cérat opiacé.

Le 10 février, depuis quelques jours le malade est fort triste, il mange peu. On remarque un peu de soulèvement des bords de la plaie de la cuisse.

Le 20, les ulcérations du gland et de la cuisse ont fait des progrès marqués ; celle de la cuisse a doublé d’étendue.

On donne trois pilules de proto-iodure de mercure.

Lespansements sontfaitsavecl’éther sulfurique.

Même régime.

Le 28, il n’y a pas d’amélioration, à la cuisse surtout il y a beaucoup de décollement. Le malade devient très sombre, il désespère de son état. 11 y a un peu de diarrhée.

On suspend les pilules, le sirop et la tisane ; on donne l’eau de riz édulcorée avec le sirop de grande consoude.

Le 4 mars, on reprend le traitement interne. Il ' n’y a plus de diarrhée. Le malade placé dans une salle où se trouvent seulement deux lits, paraît plus gai.

Le 20 mars on cautérise avec la pâte de Vienne les bords décollés de l’ulcère de la cuisse.

Il y a un peu d’irritation aux gencives ; on suspend les pilules et la tisane.

Le 10 avril, amélioration notable dansl’étatgénéral ; le malade prend de l’embonpoint. On cautérise avec la pâte devienne de manière à niveler les plaies.

Le 28 avril, on remarque une tendance générale à la cicatrisation.

On panse au vin aromatique ; on touche légèrement avec le nitrate d’argent.

Le 1" mai, la plaie de la cuisse est guérie ainsi que celle du gland.

Même pansement ; même régime.

Le 10 mai, l’aine est guérie.

Le 15 mai iSiO, le malade sortde l’hôpital; les cicatrices de se.s cliancres ne présentent aucune trace d’induration spécifique, et la plus minutieuse investigaiion ne fait découvrir aucun symptôme de syphilis générale.

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