PREMIÈRE OBSERVATION
Bois...., âgé de 52 ans, dessinateur-géographe, entré le 2 avril 4836, salle 2, n° 43.
La première affection vénérienne dont ce malade ait été atteint fut contractée à l’âge de 19 ans. Peu de jours après des rapports sexuels avec une fille publique, une blennorrhagie urétrale se montra et bientôt l’écoulement se produisit avec abondance. Les douleurs en urinant furent très vives d abord, mais sous l’influence du repos, de quelques bains, de tisanes rafraîchissantes et d’un régime sévère, les symptômes d’acuité disparurent, et vers le vingtième jour, il n’’existail plus qu’un suintement qui ne tarda pas à se supprimer.
Quelques années plus tard, le malade eut encore deux blennorrhagies, dont il ne peut préciser les époques; mais ce qu’il affirme, c’est que le repos, les tisanes et le régime suffirent pour obtenir une guérison complète dans un laps de temps qui ne dépassa pas un mois pour la plus longue durée.
Depuis dix-huit ans, au moins, Bois.
jouissait d’une très bonne santé, et ses organes génitaux étaient demeurés parfaitement intègres, bien qu’il s’exposât assez fréquemment à des relations suspectes, lorsque, il y a deux mois environ, un dernier écoulement fut contracté; il y eut d’abord un léger suintement urétral et très peu de cuisson en urinant, mais progressivement la maladie s’accrut, l’écoulement prit une teinte verdâtre et devint très abondant.
On ne fit aucun traitement actif, et, comme pour les affections antérieures, des tisanes rafraîchissantes furent administrées.
Les symptômes de vive accuité persistèrent sans modification pendant près de quinze jours. Enfin, PL. vin.
depuis trois jours, il y avait un peu moins de douleur lorsqu’il survint une épididymite à droite.
Cette dernière complication durait depuis huit jours, lors de l’entrée du malade dans le service de M. Ricord. On constata aussi la présence d’une hydrocèle à l’état aigu, que l’on traita par la ponction seulement.
Le 3 avril, on applique 25 sangsues sur le trajet du cordon testiculaire et des cataplasmes sur le scrotum.
Tisane rafraîchissante, lavement avec soixante grammes de sulfate de magnésie, diète.
Le 6, on remarque un peu de diminution dans le volume de la tumeur; mais la douleur qui avait disparu presque immédiatement après la ponction à l’aide de laquelle on avait soustrait le testicule à la pression opérée par le liquide renfermé dans la tunique vaginale est revenue, à peu de chose près, aussi intense, avec un nouvel épanchement. On pratique une nouvelle ponction et le liquide est évacué. On applique 20 sangsues sur le trajet du cordon testiculaire.
L’écoulement blennorrhoïde persiste toujours sans modification.
On continue l’usage de la tisane et les applications de cataplasmes.
Même régime.
Le 10, la tunique vaginale est distendue, pour la troisième fois, par un épanchement de sérosité. M. Ricord, malgré la persistance de l’état aigu, se décide à injecter une infusion vineuse de roses de Provins. Le malade n’accuse pas trop de douleur pendant l’opération.
On suspend les applications de cataplasmes sur les bourses.
On continue la tisane.
Le malade prend des bouillons et des soupes.
Le 12, il y a un peu de tension à la tunique vaginale, mais peu de douleur.
Même régime.
Le 20, l’hydrocèle a complètement disparu. Le volumederépididyme estnotablemment diminué; il n’y a plus de douleur.
L’écoulement blennorrhoïde est toujours très abondant et paraît souvent mêlé de stries sanguinolentes , le mélange du sang à la matière purulente verdâtre est surtout remarqué par le malade lorsqu’il lui arrive de faire des efforts pour aller à la garde-robe.
On continue l’usage des boissons rafraîchissantes. On donne le quart d’aliments.
Le 24 il l’este encore de la dureté à l’épididyme; mais la diminution du volume paraît se faire avec régularité.
On inocule le pus de l’écoulement urétral sur la cuisse gauche du malade, on donne 24 grammes de cubèbe chaque jour.
Le régime alimentaire est porté à la demi-portion.
Le 30, l’inoculation du pus de l’urètre a fourni la pustule caractéristique; on la cautérise avec le nitrate d’argent; on suspend le cubèbe et l’on donne la potion du Chopart, même régime.
Le 10 mai, la cautérisation pratiquée sur la pustule a réussi et l’escarre qui s’est détachée depuis trois jours, a laissé une plaie simple, rose, et qui offre des bourgeons charnus de bonne nature.
La matière fournie par l’urètre est toujours abondante.
On continue le copahu.
Même régime.
Le 14 juin, il ne reste aucune trace de l’épididymite. Mais bien que l’on ait continué l’usage du copahu , que les voies digestives du malade ont assez bien supporté pour qu’il n’ait été nécessaire de le suspendre que pendant trois jours, on a fort peu modifié l’écoulement. C’est dans cet état que Bois... est forcé de sortir de l’hôpital pour des affaires.
Le 21 juin, le malade rentre à l’hôpital, salle 3, n. 2.
Depuis trois jours, à la suite de plusieurs courses qui ont amené beaucoup de fatigue, il est survenu une épididymite h gauche.
La tunique vaginale est très distendue, et comme lorsque l’affection avait son siège adroite, la com¬
pression occasionnée par répanchemeni fait éprouver de très vives douleurs.
M. Ricord , après avoir pratiqué la ponction à l’aide d’un bistouri, introduit une mèche de charpie fine jusque dans la tunique vaginale, afin de prévenir une nouvelle accumulation de sérosité.
On applique vingt sangsues sur le trajet du cordon testiculaire gauche.
On donne des bouillons.
Le 23, une assez notable quantité de sérosité s’est écoulée par l’ouverture de la tunique vaginale.
On ne place plus de mèche.
Le cubèbe est repris à la dose de 24 grammes par jour.
Même régime.
Le 26, l’épididymite paraît en voie de guérison, il y a peu de douleur. L’ouverture à travers laquelle on avait introduit une mèche dans la tunique vaginale , est cicatrisée et l’épanchement séreux n’a pas reparu.
L’écoulement blennorrhoïde est toujours très abondant et de temps à autre paraît sanguinolent. On continue le cubèbe.
On remarque dans les urines quelques filets de pus qui se rassemblent et forment, au fond du vase de nuit, un dépôt blanc-verdâtre.
Le malade paraît très inquiet; il maigrit beaucoup et se plaint de sueurs nocturnes.
Même régime.
Le 29, on suspend l’usage du cubèbe, et l’on donne la potion de Chopart à la dose de trois cuillerées par jour. Même régime.
Le 10 juillet, on suspend toute médication, l’écoulement urétral continuant à faire des progrès et le malade étant dans un état de marasme qui, depuis quelques jours, fait de notables progrès.
L’urine est de plus en plus mêlée de pus.
Depuis quelques jours le testicule gauche est devenu très sensible,et l’épididyme tuméfié donne au toucher une sensation de fluctuation évidente.
11 y a inappétence presque complète.
On donne des soupes et des bouillons.
Le 20 juillet, les garde-robes n’ayant pas eu lieu depuis quatre jours, on donne un lavement avec soixante grammes de sulfate de magnésie, qui, dans la soirée, a amené une petite quantité de matières très fétides.
La prostration va toujours croissant. Les sueurs nocturnes persistent.
Les urines continuent à déposer une grande quantité de matière purulente.
Le malade s’affaiblit de jour en jour, et succombe enfin le 4 août.
Autopsie. — L’urètre et la vessie ayant été ouverts par la partie supérieure, on reconnut que le canal urinaire était détruit dans toute la portion membraneuse ainsi que dans une partie de la région prostatique, et que les tissus se trouvaient creusés de profondes ulcérations ayant tous les caractères de l’ulcère primitif phagédénique ; la prostate était profondément entamée ; en avant un lambeau de l’urètre adhérent par sa base, détaché des parties sous-jacentes, arrondi et hypertrophié, flottait dans le pus; enarrièreexistaitaussi un lambeau plus large, dur et épais. A l’intérieur de la vessie, on trouva plusieurs ulcérations arrondies, à bords taillés à pic, offrant les caractères de l’ulcère syphilitique primitif, et ayant détruit toute l’épaisseur de la muqueuse. Parmi ces ulcérations, la plupart à la période de progrès, on en voyait quelques unes presque cicatrisées, et vers le trigone vésical quelques légères dépressions à surface lisse et blanchâtre indiquaient des cicatrices.
La vésicule séminale gauche offrait à l’intérieur un foyer purulent; sa partie moyenne était détruite et communiquait avec le tissu cellulaire ambiant
par des ouvertures arrondies, à bords nettement tranchés. Du même côté, le conduit éjaculateur et le canal déférent, ulcérés et pleins de pus, formaient un foyer purulentcontinu avec l’épididyme suppuré, dont il ne restait en. quelque sorte que l’enveloppe. Le pus avait même déjà entamé le testicule , à la surface duquel on voyait plusieurs brides ou fausses membranes établissant de nombreuses adhérences entre les deux feuillets de la tunique vaginale; on n’avait pratiqué, cependant, comme nous l’avons dit plus haut, qu’une simple ponction palliative. La vésicule séminale droite était saine, ainsi que le testicule correspondant, sur lequel l’injection vineuse avait amené l’adhérence complète des deux feuillets de la tunique vaginale. Les autres régions et les autres organes ne présentèrent rien de particulier à noter.
En terminant cette observation, nous croyons important de rappeler que les antiphlogistiques, et les balsamiques avaient été seuls employés contre les affections blennorrhagiques de Bois..., et que jamais il n’avait fait usage d’injections, ni n’avait été sondé.