SECONDE OBSERVATION
Bourd...., âgé de 18 ans, doreur, entré le 16 août 1836, salle 7, n" 30.
Peu de jours après des relations suspectes, ce malade s’était aperçu de la présence d’un chancre siégeant sur la couronne du gland, près du frein; aucun ne traitement fut opposé au progrès de l’ulcère, qui s’étendit de proche en proche.
Le méat urinaire était rouge et tumifié ; il s’en échappa d’abord un peu de matière sanguinolente. puis du pus, dont la quantité - augmenta progressivement, de manière à offrir l’apparence d’un écoulement blennorrhagique abondant. Il y eut des douleurs assez vives pendant l’émission de l’urine.
A la suite d’un travail forcé et de quelques excès auxquels Bourd... s’était livré, le prépuce, déjà étroit, devint œdémateux, et il s’établit un phimosis qui força le malade à se présenter dans un hôpital. On voulut pratiquer le débridement par la partie inférieure ; mais la division porta sur le côté elles bords de la plaie inoculés par le pus virulent, s’ulcérèrent et devinrent durs et épais. La maladie fit des progrès rapides, malgré' divers traitements; la totalité de la couronne du gland s’ulcéra, et les lèvres du méat urinaire fu¬
rent détruites par un chancre. N’ohlenant pas d’amélioration dans son état, Bourd.... retourna chez lui; mais, peu de jours après, il vint se présenter h la consultation de M. Ricord.
Admis dans la salle 7'"', n“ 30, Bourd.... paraît très faible, par suite d’un extrême amaigrissement. Cependant, les fonctions digestives s’exécutent régulièrement; il y a un peu de toux, et la poitrine offre seulement un peu de matité vers la partie supérieure du poumon droit, sans que la respiration soit notablement altérée; on ne remarque sur la peau aucune trace d’éruption syphilitique. La couronne du gland, le méat urinaire et les bords de la division résultant de l’opération du phimosis, sont ulcérés et présentent les caractères extérieurs du chancre à la période de progrès. L’écoulement est abondant, légèrement sanieux ; l’émission de l'urine est très douloureuse, surtout vers la fin, et les dernières gouttes du liquide entraînent quelques filets de sang. Le passage des matières fécales occasionne de la douleur vers le col de la vessie.
On inocule la matière de l’écoulement uréiral
sur la cuisse gauche ; le troisième jour, la pustule est formée; on cautérise profondément avec le nitrate d’argent; on panse les ulcérations avec une solution concentrée d’opium.
On donne le quart de portion d’aliments.
Le 4 septembre, l’état aigu persiste ; il y a toujours beaucoup de douleur; la pustule de la cuisse a été détruite par la cautérisation. On panse avec la pommade au calomel et à l’opium; même régime.
Le 20 septembre, le malade se plaint d’incontinence d’urine ; le ténesme vésical qu’il éprouvait depuis quelque temps est un peu plus supportable. L’amaigrissement va toujours croissant; la faiblesse est extrême ; il y a du dégoût pour les aliments.
Pendant les mois d’octobre et de novembre, la maladie s’est constamment aggravée; l’urine filtre continuellement; enfin, il se déclare une diarrhée opiniâtre. M. Ricord attribue l’incontinence d’urine à des ulcérations qui auraient gagné le col vésical.
Dans les premiers jours de décembre, l’état du malade paraît sans ressource ; le marasme fait des progrès rapides; enfin, la mort arrive le 20 décembre.
Autopsie. —L’urètre et la vessie ayant été divisés par la partie supérieure, on reconnut que l’ulcération du méat urinaire s’étendait à 7 millimètres de profondeur dans l’urètre ; plus, en arrière à 3 centimètres, une autre ulcération oblongue de 12 millimètres de longueur sur 5 millimètres de largeur, avait détruit toute l’épaisseur de la muqueuse. Les régions membraneuse et prostatique , le col de la vessie et la prostate ellemême sont le siège d’une vaste ulcération ayant tous les caractères du chancre phagédénique offrant çà et là des enfoncements arrondis et à bords taillés à pic. Il reste à peine des traces du col vésical ; les lobes latéraux de la prostate sont remplacés par deux vastes excavations irrégulières, communiquant entre elles au-dessous d’une languette formée par un lambeau de muqueuse hyj)ertropbiée, La cavité vésicale est diminuée de moitié ; la muqueuse semble avoir disparu, et se trouver remplacée par une surface mamelonnée, résultant d’une hypertrophie de bourgeons charnus sur une ulcération à la période de réparation ; les bords de la coupe qui divise perpendiculairement l'organe, offrent une épaisseur presque triple de celle qu’ils ont à l’état sain. On voit à la couronne du gland une ulcération circulaire, dont quelques parties sont à la période de réparation ; le prépuce est un peu hypertrophié, et
les bords de la division pratiquée pour opérer le phimosis, sont ulcérés ; le chancre du méat urinaire présente le même aspect. On ne trouve pas d’autres lésions h noter.
Les deux observations qu’on vient de lire ont été le sujet d’un Mémoire présenté à l’Académie royale de Médecine, et je crois ne pouvoir mieux faire , que de reproduire en entier le rapport de MM. Cullerier etLagneau(l). Ce rapport renferme de la part de deux hommes haut placés dans la science, et dont les noms font autorité, les principales objections qu’on peut faire à quelques unes de mes doctrines relatives au chancre et à la blennorrhagie , et qu’il me sera facile de réfuter.
« M. Lagneau est appelé à la tribune, et lit, au nom de feu Cullerier et au sien, un rapport sur un Mémoire adressé à l’Académie par M. Ricord, et ayant pour titre : Différence entre la blennorrhagie et le chancre, le chancre urétral constituant seul la blennorrhagie virulente. — La question que M. Ricord s’est proposé de résoudre dans ce travail est une des plus importantes que puissent comporter les études syphiliographiques, en ce qu’elle a pour objet les deux phénomènes morbides les plus fréquents parmi ceux auxquels peuvent donner lieu des relations intimes entre les deux sexes; c’est-à-dire la blennorrhagie et le chancre.
» M. Ricord, dit M. le rapporteur, commence par établir comme un fait positif et incontesté qu’on n’est pas d’accord sur l’identité ou la différence qui peuvent exister entre la blennorrhagie et le chancre, et que le siège précis, ainsi que les altérations de tissus possibles dans la première de ces maladies, sont encore aujourd’hui un sujet de contestation entre les médecins ; il développe ensuite les principaux points de départ qui ont servi de base à l’opinion qu’il s’est faite, et qu’il propose avec confiance sur ces questions si controversées.
» Et d’abord, d’après l’auteur, il est impossible aujourd’hui de reconnaître une cause unique pour les deux affections, quoiqu’elles se transmettent également par le coït; car il pense, et c’est là le fondement de la nouvelle doctrine qu’il veut faire prévaloir, que le chancre peut seul donner lieu à un autre chancre et par conséquent à la syphilis consécutive, par l’application sur les muqueuses ou sur la peau du pus qu’a fourni sa surface.11 regarde ce résultat comme si constant, qu’il
(1) Extrait delà Gazette des hôpitaux, jeudi 17 février 1812; Complc rendu de la séance de l’academie royale de médecine du 15février.
n’hésite pas à dire qu’il ofifre le signe distinctif le plus posilifde ce genre d'ulcérations, dont les autres caractères généralement admis sont loin, suivant lui, d'’avoir la même valeur.Ici, pour appuyer cette proposition aussi nouvelle que hardie, qui ne tend à rien moins qu’à ne pas reconnaître aux pustules humides, aux excroissances, aux végétations sèches ou suintantes, et, en général, à tous les accidents syphilitiques autres que le chancre, la faculté de propager la vérole, M.Ricord indique la marche qu’il a suivie dans ses recherches sur l’inoculation. Il affirme avoir constaté que le pus du chancre pris à une époque donnée de son existence, reproduit nécessairement un chancre par le moyen de cette opération.
» D’un autre côté, M. Ricord assure que toutes les fois qu’une muqueuse affectée de blennorrhagie a pu être soigneusement explorée, le muco-pus qui en provient n’a jamais donné lieu, par l’inoculation, h aucun chancre, à moins qu’il n’y eût en même temps des ulcérations sur ces parties. Dans quelques circonstances pourtant, un chancre a été la conséquence de Tmoculation de la matière d’un écoulement provenant de l’urètre ou du vagin; mais alors M. Ricord dit avoir pu, par ce fait seul, annoncer qu’il existait des chancres profondément placés, et en effet, assure-t-il encore, l’autopsie ou l’exploration par le moyen du spéculum ont confirmé la vérité de ce diagnostic.
» D’après cette conviction, M. Ricord n’hésite pas, lorsqu'une sécrétion puriforme lui est présentée, à se fonder sur le résultat de l’inoculation, pour la considérer comme du vrai pus, s’il reconnaît des ulcérations sur la suface qui l’a fournie ; tandis qi^il se croit autorisé à n’y voir que du simple mucus, du muco-pus, comme il le nomme, quand il provient d’une blennorrhagie simple, c’est-à-dire lorsqu’il ne rencontre pas ces ulcérations. Il est juste de faire remarquer que ce phénomène s’est constamment reproduit dans les expériences que M. Ricord annonce avoir faites.(1)
» L’auteur se demande, d’après cela, si ces résultats si tranchés, si positifs, tiennent à la nature intime de ta cause de la maladie, ou bien s’ils sont des modifications dues au siège, à la nature des sécrétions habituelles préalables, ou bien encore au degré auquel est parvenue l’affection au mo-
(1; Ce paragraphe,enadopCint la rédaction delà Gazette des hôpitaux, a bei-oin d’un commentaire. Voici mon opinion : Les ulcères seuls fournissent du vrai pus ; les surfaces muqueuses, enllammècs, non ulcérées, ne donnent que du muco-pus. Le pus spécifique cl inoculable de la syphilis ne peut être fourni que par les ulcères syphilitiques primitifs ( chan-
ment où l’on tente les expériences. A cela il répond que les muqueuses, comme la peau, sont susceptibles d’être affectées de chancres ; que si la blennorrhagie n’était qu’une modification de ce dernier, due à la nature des tissus, la matière qui en provient, appliquée à la peau, devrait y produire aussi un chancre , ce qui n’a pas lieu; que, de plus, la matière blennorrhagique inoculée sur une muqueuse n’y détermine jamais de chancre pas plus que sur la peau, et il s’étonne dès lors qu’on ait pu dire que si la muqueuse affectée de blennorrhagie ne s’ulcérait pas elle-même, c’était parce que la matière virulente était enveloppée et rendue plus douce par les mucosités avec lesquelles elle était mélangée, lorsque, d’un autre côté, on admettait que cette matière portée sur un individu sain, pouvait y développer le chancre. Il finit par conclure qu’il est plus rationel de dire, d’après les connaissances positives que nous possédons aujourd’hui et que tendraient à consacrer les expériences sus-mentionnées, que lorsqu’une personne ayant une blennorrhagie a donné à une autre des chancres, c'est qu’elle aussi en avait qui étaient restés cachés, parce qu’on n’aurait pas voulu ou pas pu explorer les tissus d’où partait l’écoulement décoré alors gratuitement du nom de blennorrhagie,
» Ici, continue M. le rapporteur, tout en rendant justice pleine et entière au zèle de M. Ricord et à l’utile direction qu'il imprime à ses recherches, nous nous croyons obligés de faire remarquer que cet honorable confrère nous semble donner une valeur et une application trop absolues, trop générales au précepte qui découle d’ailleurs tout naturellement des expériences citées plus haut. Nous reconnaissons avec lui qu’il existe des ulcérations urétrales et de la muqueuse profonde du vagin, dont il a présenté deux nouveaux exemples parfiiitement concluans ; que ces ulcérations sont, en pareil cas, la source d’écoulements qu’avec un peu d’inattention on pourrait facilement prendre pour des blennorrhagies simplement catarrhales, c’est-à-dire dont la matière est fournie par la muqueuse urétrale enflammée et non ulcérée.
Mais nous croyons aussi que ces sortes de chancres sont très rares, bien que leur existence ait été reconnue depuis longtemps par un grand nombre d’auteurs, parmi lesquels nous pouvons citer Vesale, Âstruc, Morgagni, Swédiaur, Cullcrier oncle et Biett. L’un d’entre nous, qu’une expérience de près de quarante années et quelques écrits sur la matière autorisent à parler ici de ses propres convictions, a toujours fait mention d’une blennorrhagie ulcéreuse constituant
l'L. VIII.
bien évicleinment un écoulement syphilitique. «D’après ces considérations, et quoiqu’il en soit des explications données par M. Ricord, on reconnaîtra facilement que les nouveaux faits produits par lui sont entièrement confirmatifs d’une vérité déjà acquise à la science et de nature à trancher enfin une question fort controversée, pourtant, en raison de la rareté des observations d’anatomie pathologique propres à la résoudre. Ils établissent avec la dernière évidence que certains écoulements blennorrhagiques ou blennorrhagiformes peuvent être d’autant plus sûrement réputés vénériens, qu’il est incontestable qu’ils sont éminemment propres à transmettre la vérole, en donnant également naissance à des chancres , ce que les esprits les plus sceptiques ne pourront désormais révoquer en doute.
»Ce point de doctrine fort anciennement admis, comme il vient d’être démonti’é , est d’ailleurs bien confirmé par les expériences récentes de M. Ricord , ainsi que par les pièces pathologiques (ju’ila présentées à l’Académie. Toutefois, fautil en conclure que tous les cas d’écoulements qui donnent lieu à l’infection syphilitique constitutionnelle soient nécessairement, ainsi que l’avaient déjà annoncé le docteur Reich, de Berlin , et quelques autres écrivains avant lui, des blennorrhagies ulcéreuses? Nous sommes loin de le penser. Le rapporteur surtout croit devoir insister sur cette déclaration , sa pratique lui ayant souvent offert des exemples de syphilis confirmée, présentant les symptômes les plus caractéristiques et les plus graves survenus non après des blennorrhagies évidemment ulcéreuses comme celles dont Morgagni, Terraneo et Litre ont trouvé des traces non équivoques, et comparables, d’ailleurs , à celles que M. Ricord a observées luimême; il n’y aurait là rien de surprenant; mais bien à la suite de blennorrhagies d’apparence fort simples et fort bénignes, maladies dans lesquelles aucun des accidents décrits par les auteurs comme indiquant la présence d'ulcérations dans le canal, ne se trouvait exister. D’où il paraît bien résulter que, tout en admettant désormais comme incontestable la blennorrhagie syphilitique ulcéreuse , il faudra encore reconnaître qu’il y a aussi des blennorrhagies syphilitiques sans ulcération, c’est-à-dire de forme catarrhale , comme on voit des coryza, des ophlhalraies et des écoulements par le rectum, qui, bien que vénériens et pouvant, par la communication avec des personnes saines, transmettre la syphilis, sont néanmoins le produit de l’accroissement morbide seul et purement catarrhal de la sécrétion muqueuse de la mem¬
brane de Schneider, de celle de la conjonctive ou du rectum, accroissement déterminé par l’action médiate ou immédiate du virus syphilitique sur ces membranes ; car elles ne présentent dans ces cas particuliers, je dirai aussi, rares et exceptionnels, aucune trace d’ulcérations.
» Mais revenons au mémoire de M. Ricord, et disons pour terminer ce qui est relatif à cet objet, que les résultats qui y sont énoncés comme conséquences de l’inoculation comparée du mucus blennorrhagique d’un côté, et du pus des chancres de l’autre, n’ont jamais manqué de se reproduire les mêmes aux différentes périodes de ces affections.
» L’auteur traite ensuite une question de haute importance, dont l’expérimentation lui fournirait encore une solution satisfaisante : c’est celle relative aux dispositions individuelles, à l’idiosyncrasie des sujets, conditions en vertu desquelles les effets primitifs de la contagion peuvent être, dans des circonstances données, très différents, quoique dus à un principe identique. Aussi rien n’est-il plus commun que de rencontrer des malades atteints en même temps de chancre et de blennorrhagie, soit que ces affections datent d’un seul et même coït, soit qu’elles aient été contractées à diverses époques et avec des individus différents aussi. Eh bien ! encore dans ces cas tout particuliers, M. Ricord assure avoir constamment obtenu des chancres par l’inoculation du pus, tandis que celle du muco-pus de l’urétrite n’a jamais eu |aucun résultat.
«D’après cette explication, qui paraît peu propre à rendre raison de tous les faits qui présentent cette réunion des deux phénomènes morbides chez un même sujet, résultat d’ailleurs assez fréquent des communications sexuelles, il semble inutile, dit notre confrère, de revenir sur les cas exceptionnels, et pourtant depuis si longtemps connus, de femmes constituées en principe unique de contagion, en ce que , bien qu’affectées en apparence d’une seule maladie, la blennorrhagie ou le chancre, elles communiquent cependant tantôt l’une et tantôt l’autre de ces affections. Dans les deux transmissions, chaque individu aurait été infecté, soit d'écoulement, soit d’ulcères, on raison de sa prédisposition particulière qui l’aurait rendu plus apte à l’absorption de l’un des principes contagieux qu’à celle de l’autre.
» La théorie que présente ici M. Ricord est de nature à soulever quelque opposition. Nous la croyons cependant applicable dans un certain nombre de cas de l’espèce de ceux dont il est question; mais il en est beaucoup d’autres qu’elle
ne pourrail, selon nous, servir à expliquer d’une manière satisfaisante. Nous exprimons en conséquence le vœu que de nouvelles observations cliniques viennent encore ajouter à la conviction que les faits déjà connus sembleraient tendre à établir d’une manière assez plausible, ce qu’on peut, du reste, attendre avec confiance du zèle persévérant de notre honorable confrère, et de celui de beaucoup d’autres médecins dont l’attention aura sans doute été appelée sur ce sujet par ses intéressantes recherches. Toutefois, et quel que soit d’ailleurs le résultat définitif des travaux qui pourront être ultérieurement entrepris dans ce but, nous déclarons qu’il nous paraît bien difficile qu’on puisse jamais arriver à expliquer, par une seule donnée, tous les faits constatés de personnes qui n’ayant qu’un écoulement communiquent aux uns des chancres et à d’autres seulement une blennorrhagie ; car tout en applaudissant aux résultats qu’a obtenus, quant h présent, M. Ricord , nous sommes loin de les croire suffisants pour rendre raison de tous les cas qui peuvent se présenter à l’observation. L’un de nous, particulièrement, les regarde comme susceptibles de nombreuses exceptions : il admet, par exemple, et ne craint pas de le répéter, l’existence d’écoulements essentiellement syphilitiques, quoique de forme catarrhale, c’est-à-dire dont la matière n’est pas fournie par des ulcères de l’intérieur de l’urètre, et il reste convaincu que ces écoulements peuvent également donner lieu à l’infection générale avec toutes ses conséquences ; de même qu’il croit à la manifestation, rare il est vrai, mais pour lui et par lui bien constatée , de blennorrhagies provenant d’individus n’ayant d’autres accidents syphilitiques que des chancres. M. Ricord lui-même , entraîné pour cette question , par l’irrésistible puissance des faits cliniques qui lui passent en si grand nombre sous les yeux, ne rejette pas non plus d’une manière absolue la possibilité de ces derniers écoulements; mais dominé par le besoin de généraliser l’application de la règle qu’il a si heureusement corroborée par l’autorité des deux beaux faits de blennorrhagies dont la matière était fournie par des chancres, il pense, à tort suivant nous, pouvoir en expliquer la production par le seul contact sur une muqueuse saine du pus du chancre , agissant seulement alors, et probablement par une exception dont on ne saurait aisément se rendre compte, comme matière irritante ordinaire, sans doute à la manière d’un agent chimique quelconque, et non d’une manière spécifique. La maladie dans ce cas ne sel’ait pas réellement, selon lui, blennorrhagique,
mais bien une simple inflammation blennorrhoïde.
» S’il fallait discuter cette assertion et raisonner d’après une hypothèse que nous sommes bien loin d’admettre , il serait permis de demander à notre confrère à quels signes on pourrait reconnaître que ces sortes d’écoulements provenant de vrais chancres seraient pourtant bénins et non susceptibles d’occasionner plus tard l’infection syphilitique générale , et surtout s’il serait bien rationnel de les traiter par les seuls antiphlogistiques, comme on le fait avec raison tous les jours pour ceux qui résultent si fréquemment du contact avec la matière d’une simple leucorrhée? Un médecin prudent n’hésitera pas quant à la conduite qu’il devra tenir en pareille occurrence : il regardera toujours ces sortes de blennorrhagies comme essentiellement virulentes, et par conséquent fera sagement en les combattant comme telles par un traitement spécifique, une fois les accidents inflammatoires calmés.
» Mais arrivons à un autre point non moins intéressant du mémoire ; il en ressortira d’une manière plus évidente encore qu’on ne Fa supposé , surtout de nos jours, où un scepticisme déplorable a semblé un instant prévaloir, la réalité des écoulements vraiment syphilitiques. Amené par ses recherches premières à en faire de nouvelles sur l’état des parties génitales de la femme, M, Ri cord a reconnu par des explorations multipliées à l’aide du spéculum, que des chancres ou ulcères syphilitiques existaient assez souvent dans les profondeurs du vagin et jusque sur le col de l’utérus lui-même. Dans beaucoup de cas, il est vrai, et c’est ce que nous avons nous-mêmes fréquemment constaté, on ne trouve que de légères excoriations dans lesquelles l’épithelium est seul enlevé, de manière à représenter simplement des plaques un peu plus rouges que le reste de la muqueuse , comme on le remarque si souvent dans les balanites ou blennorrhagies bâtardes, qui n’ont le plus ordinairement rien de syphilitique, et nous sommes convaincus que ces sortes d’excoriations n’ont pas plus de gravité ; mais dans nombre de cas aussi, l’auteur a rencontré de vraies ulcérations plus ou moins excavées, à surface grisâtre, à bords taillés à pic, et quelquefois elles faisaient relief sur la muqueuse en forme de champignon ; enfin c’était tout-à-fait des chancres comme on en voit sur d’autres parties.
» Ce fait une fois établi, et il ne semble pas devoir faire l’objet du plus léger doute, beaucoup d’auteurs et votre rapporteur ayant lui-même depuis long-temps fait mention de semblables ulrè-
res, il était naturel de croire que des ulcérations pareilles devaient se rencontrer dans l’urètre des hommes atteints de blennorrhagie, plus souvent qu’on ne s’étail habitué à le supposer depuis les recherches consignées dans la XLIV" lettre de Morgagni, quoiqu’elles soient loin pourtant d’établir, comme on l’a cru à tort, que toutes les maladies de ce genre étaient purement catarrhales ; car cet auteur annonce au contraire , lettres VIII' etXLII“, avoir quelquefois trouvé dans l’urètre des ulcères et des cicatrices d’anciens chancres, mais seulement par exception. C’est, du reste , ce que M. Ricord a été assez heureux pour constater à son tour. Beaucoup d’autres médecins ont d’ailleurs eu l’occasion de faire les mêmes observations.
» Mais sans plus s’arrêter à la discussion de cet important point de doctrine, M. Ricord ajoute : Est-ce qu’il n’était pas suffisamment prouvé par l’analogie que l’inflammation pouvait, sur toutes les muqueuses, donner lieu à l’ulcération quand elle est arrivée à un certain degré et dans des conditions diverses de temps et de durée ; et si d’autres avaient fait des autopsies de personnes mortes à la suite de blennorrhagies sans trouver d’ulcérations, M. Lisfranc n’avait-il pas prouvé dans sa thèse inaugurale , qu’il pouvait y en avoir? et a’avait-on pas ainsi l’explication des opinions contraires rapportées à Morgagni, selon le besoin, et que l’on cite quand on veut prouver que la blennorrhagie n’est pas accompagnée d’ulcères, et qu’on cite encore l’orsqu’il s’agit de démontrer que l’urètre peut être le siège de cicatrices, comme s’il pouvait y avoir des cicatrices sans lésions préalables. Toutefois, continue M, Ricord, les ulcérations simples , framboisées, granulées, en forme de vésicatoires, si fréquentes dans la balanite, si communes dans les organes génitaux de la femme, que des autopsies bien faites et répétées plus souvent qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour, démontreront aussi dans l’urètre de l’homme, et qui peuvent être une conséquence de la blennorrhagie, mais qui ne la conslitueul pas, n’étaient pas encore des chancres. Leur caractère était de ne rien fournir par l’inoculation, ainsi que je l’ai démontré expérimentalement (c’est toujours l’auteur qui parle) et comme le prouve même les résultats obtenus par M. Çibert dans un cas d’ulcération granulée du col et de la matrice, qui n’a rien fourni à l'inoculation, observation qu’on a crue contraire à mes opinions et qui n’a fait que les confirmer davantage.
» Or, les chancres profonds de l’urètre de l'homme, ces chancres cachés ou larvés sous le masque de la blennorrhagie , et qui seuls, selon
M. Ricord, constituent la blennorrhagie virulente des auteurs, étaient démontrés pour lui par le résultat de l’inoculation, par l’analogie la plus rigoureuse , la logique la plus serrée. Mais il restait à en donner la preuve par l’anatomie pathologique. C’est ce dernier argument, argument victorieux, qu’il nous présente aujourd’hui pour la seconde fois. Celte pièce provient d’un jeune homme de dix-sept ans affecté de chancres au gland et au prépuce , accompagnés d’une inflammation assez intense pour déterminer un phimosis. A son entrée à l’hôpilal il fut opéré du phimosis par un autre médecûn, mais les chancres ne se sont pas cicatrisés. Bientôt un écoulement blennorrhoïde ou blennorrhagiforme s’est manifesté. La matière en a souvent été sanieuse et accompagnée de douleurs. Après plusieurs mois de souffrances , sans que jamais aucun instrument ait été introduit dans f urètre , une incontinence d’urine est survenue et n’a plus cessé jusqu’à la mort.
«L’autopsie fit reconnaître sur les organesgénitaux, indépendamment des chancres qui ont déjà été signalés comme existant sur le gland, une ulcération delà partie spongieuse de furètre, située à un pouce de profondeur, de huit lignes d’étendue, déformé allongée, et n’entamant pas toute l’épaisseur de la muqueuse ; mais, ce qui était encore plus remarquable, c’est que la partie de cette membrane située en arrière de la région du bulbe, toutes les portions membraneuses et prostatiques, le col de la vessie , la cavité même de ce viscère , jusque dans l’épaisseur de la prostate , présentaient les traces d’un vaste chancre phagédénique semblable à celui que l’auteur de ce mémoire a déjà fait voir à l’Académie, lequel provenait d’un sujet beaucoup plus âgé, et qui, sans ulcérations extérieures, n’offrait que les symptômes de la blennorrhagie.
» Notre confrère poursuit en ces termes : Si à ces faits si probants, on ajoute que le bubon qui accompagne une blennorrhagie dont le pus ou muco-pus ne fournit rien par l’inoculation, ne donne rien, à son tour, quand il suppure, tandis que le bubon d’absorption du chancre fonrnit, comme celui-là, un pus inoculable, on aura encore une différence incontestable. Si, d’un autre côté, on se rappelle que dans les accidents secondaires de la vérole, le chancre est l’antécédent le plus constant et le plus fréquent, que les symptômes blennorrhagiques se présentent bien plus rarement comme cause de siphilis constitutionnelle, on trouvera l’explication facile et la raison qui a pu faire soutenir des opinions en apparence différentes et pourtant semblables au fond. On aura
donc la vérité en disant : L’accident primitif de la vérole, c’est le chancre, dont la forme et les symp tomes ne sauraient être les mêmes sur tous les tissus, et qui, caché dans la profondeur des muqueuses, peut seul simuler une blennorrhagie ou en être compliqué. Sans chancre urétral dans la blennorrhagie, pas d’accidents de vérole possibles. La rareté du chancre dans l’urètre pendant le cours d’une blennorrhagie, due à ce que les causes prédisposantes nécessaires s’y rencontrent plus rarement, explique la rareté relative de la véritable blennorrhagie virulente des auteurs, ou ce que j’appelle le chancre larvé, par rapport aux cas nombreux de blennorrhagies bénignes, ce qui se trouve tout à fait conforme à ce que les bons observateurs ont noté.
» Voilà, continue M. Ricord, des propositions d’une haute importance, nées d’une observation rigoureuse, susceptibles de plus grands développements sans doute, mais que j’ai dû réduire, pour ne pas abuser des précieux moments de l’Àcadémie.
» Ici se termine le Mémoire dont l’Académie nous a chargé de lui rendre compte. Vos commissaires, qui en apprécient toute la portée, bien qu’ils se soient montrés partisans de manières de voir moins absolues et moins exclusives que celles qui y sont émises sur quelques points essentiels des théories généralement admises par les syphiliograplies de notre époque , et quoiqu’ils soient loin de reconnaître les avantages attribués, comme moyen de diagnostic, à l’inoculation comparative des sécrétions fournies,soit parles chancres, soit par les muqueuses enflammées et non ulcérées, opération dont les résultats sont pourtant ici présentés comme des arguments favorables aux vues génératrices de l’auteur, mais dont, en réalité, la valeur est fort contestable, les dangers assez généralement reconnus, et, par conséquent, l’opportunité presque toujours inadmissible ; vos commissaires, dis-je, pensent néanmoins qu’on ne peut qu’applaudir aux idées de progrès qui ont suggéré les travaux dont ce Mémoire offre l’exposition. Ils ont, eu conséquence, l’bonneur de vous proposer d’adresser des remerciements à M. Ricord, et db l’engager, dans l’intérêt de la branche de la médecine qu’il cultive avec un incontestable succès, h continuer à vous faire part de ce que de nouvelles observations et expérimentations pourront ultérieurement lui révéler d’intéressant et de profitable au progrès de la médecine antisyphilitique, généralement assez négligée de nos jours en ce qu’elle a de spécial. »
PL. viii.
Les conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées.»
Pour répondre à ce rapport, si consciencieux, si plein de toutes les convenances scientifiques et si bien fait pour m’encourager à continuer mes recherches, je ferai d’aboi'd observer que toutes les fois que l’honorable M. Lagneau signale une opinion contraire aux miennes comme étant personnelle h l’un des rapporteurs, cette opinion n’est pas celle de M. Cullerier, qui, sur les différents points en litige, était, dans ces derniers temps, tout-à-fait revenu à ma manière de voir, ainsi que peuvent l’attester les élèves de l’Hôpital des Vénériens.
Passant ensuite aux objections qui me sont faites, on peut les résumer ainsi :
Les chancres urétraux sont rares.
31. Lagneau a vu des blennorrhagies bénignes catarrhales, suivies do tous les accidents de la vérole constitutionnelle.
31. Lagneau dit que le coryza, la conjonctivite et des écoulements fournis par le rectum, peuvent être siphilitiques, sans l’existence d’ulcérations, et peuvent être suivis d’accidents de vérole constitutionnelle, ou transmettre la syphilis.
Il ajoute que, lorsque j’admets que le pus du chancre peut produire des écoulements blennorrhagiques non virulents h la manière des autres irritants, il m’est impossible de prouver cette assertion.
Enfin, les dernières objections portent sur l’incertitude et les dangers de l’inoculation.
Quant à la rareté des chancres ou ulcères syphilitiques primitifs de l’urètre, personne plus que moi n’est disposé à l’admettre, et, loin d’être contraire à mes doctrines, cette proposition vient leur prêter un nouvel appui ; puisqu’elle se trouve en rapport avec la rareté de la blennorrhagie dite virulente des auteurs, qui n’est autre chose que le chancre larvé urétral à symptômes blennorrhoïdes ou compliqué de blennorrhagie, ce qui constitue une autre variété, sur laquelle nous aurons occasion de revenir autre part. Cette rareté du chancre urétral, et, par conséquent, de la blennorrhagie virulente, dans le langage ordinaire , est peut-être encore plus rare que ne le pense l’honorable rapporteur; car la blennorrhagie peut être ulcéreuse sans être virulente, des ulcérations simples peuvent l’accompagner ou en être la conséquence.
M. Lagneau a vu des blennorrhagies bénignes transmettre la siphilis et être suivies d’accidents constitutionnels! Cette proposition, de la part
il'im obsei valeur aussi sévère et d’une aussi vieille expérience, est grave, et, si on s’arrêtait à la valeur grammaticale des mots, elle serait en opposition, non seulement avec les vérités que j’ai démontrées, mais elle renverserait les doctrines mêmes de M. Lagneau. En effet, qu’entend M. Lagneau par blennorrhagies bénignes?
Veut-il dire des blennorrhagies peu intenses, subaiguës , à symptômes inflammatoires légers? Ce doit être sans doute là sa pensée ; car assurément, et contrairement à ses doctrines, M. Lagneau, en conservant le sens rigoureux du mot bénin, qui doit être l’opposé de malin, et, dans l’espèce, de virulent, ne veut pas dire que des blennorrhagies nées en dehors de la cause spécifique des affections syphilitiques, sont spontanément devenues telles, il a voulu dire, à n’en pas douter, qu’il avait vu des blennorrhagies dans lesquelles les signes ralionels du chancre urétral venant à manquer, l’écoulementsimple, avait pu transmettre des chancres à une autre personne ou être suivi d’accidents constilulioimels. MaisM. Lagneau, en invoquant des souvenirs de sa longue pratique, n'a reproduit que les objections auxquelles j’ai déjà, je crois, suffisamment répondu. Je n’ai jamais contesté que des écoulements réputés simples, n’eussent été suivis d'’accidents généraux; en effet, on peut n’avoir pas eu l’occasion d’examiner la personne qui a transmis le mal et rester ainsi dans l’ignorance de la source et de la cause ; la matière de l’écoulement peut ne rien présenter de particulier, ou être en apparence muco-purulente sans être sanieuse, l’urètre peut ne présenter aucune différence de sensibilité dans sa longueur, soit en urinant, soit au toucher extérieur, soit à l’aide d’une exploration avec une bougie ; l’écartement du méat urinaire et le spéculumproblémalique de M. Ségalas peuvent ne rien décéler à la vue , et toute la longueur du canal conserver sa souplesse, sans aucun engorgement ni aucune induration, et cependant un chancre peut exister sur l’urètre, car le chancre, quel que soit son siège, celui que nous pouvons voir et toucher, ne produit pas de nécessité une sécrétion sanieuse, il peut être indolent, et les tissus qui le supportent n’offrent pas toujours de l’engorgement ou de l’induration. Mais, dans ces circonstances rares où les signes objectifs et ralionels du chancre urétral manquent, et auxquelles M. Lagneau semble faire allusion dans ce qu’il appelle ses blennorrhagies bénignes , un signe ne fait jamais défaut quand on sait s’en servir à temps et convenablement : c’est l’inoculation. Or, dans les
casque M. Lagneau cite, ce signe , le seul qu’on pût interroger, le seul pathognomonique, car tous les autres peuvent encore tromper, n’a pas été invoqué, et ses observations restent, par conséquent, sans valeur et sont non avenues, comme celle de M, Baumès, de Lyon , qui ne sauraient soutenir une analyse sérieuse et raisonnée, et sur lesquelles nous reviendrons plus lard.
Quant aux conjonctivites, aux coryzas, aux écoulements du rectum qui peuvent être syphilitiques sans la co-existence d’ulcérations, le savant M. Lagneau pourrait-il citer un seul fait de sa longue pratique ou une ophthalmie blennorrhagique, sans ulcères primitifs des paupières, ou de la conjonctive , cas plus que rares, aurait transmis, soit des chancres, soit un écoulement blennorrhagique d’une région quelconque à un autre individu, et par suite une siphilis constitutionnelle? j’ai trop de confiance dans le savoir de l’honorable académicien, je connais assez ses écrits si recommandables, pour être convaincu qu’il ne pourrait m’opposer une seule observation. Les coryzas et les écoulements du rectum , où on ne saurait inspecter toute l’étendue des tissus malades, rentrent dans ce que je disais tout à l’heure, de la blennorrhagie urélralt : l’inoculation est le seul signe différejiliel, et ceux qui ne l’ont pas invoquée ne peuvent pas tirer des conclusions contraires aux principes que j’ai posés.
Maintenant, M. Lagneau me demande comment je puis prouver que le pus des chancres produit des blennorrhagies simples à la manière des irritants ordinaires et sans que sa spécificité soit mise en jeu? à cela je me contenterai de répondre que nous voyons tous les jours, un chancre exister d’abord seul sur une partie du gland ou de la surface balanique du prépuce et donner lieu ensuite dans son voisinage, soit à d’autres chancres, soit à une inflammation catarrhale, selon qu’il agit comme agent spécifique ou comme simple irritant. Mais dans ces cas, le pus fourni par les surfaces seulement enflammées et non ulcérées n’est jamais susceptible de s’inoculer, quand on ale soin de bien l’isoler de la sécrétion spécifique des ulcères virulents voisins. J’ajouterai que lorsque des individus affectés de chancres auraient communiqué à d’autres, soit une blennorrhagie, soit en même temps une blennorrhagie et un chancre, les choses se sont absolument passées de la même manière ; le pus des chancres est resté seul inoculable et celui de la blennori hagie a toujours donné des résultats négatifs. 11 est bien entendu que pour que mes observations fussent concluan-
les dans ce sens , jni dû expérimenter dans les conditions de temps requises et sur des tissus où l’inspection directe pouvait précéder et suivre l’inoculation.
Maintenant, si toute blennorrhagie qui ne s’inocule pas, en temps opportun, n’est jamais suivie d’accidents constitutionnels, et Inexpérience de dix années à l’hôpital des Vénériens a démontré cela d’une manière surabondante, celui qui a eu le chancre pour cause excitante et non pour cause spécifique, cas dans lequel les symptômes de la blennorrhagie ne sont que ceux du chancre urétral, ne doit pas plus être suivi de l’empoisonnement général.
Enfin, l’inoculation n’est incertaine et dangereuse que pour ceux qui ne savent pas s’en servir, et malgré la timidité des uns , l’ignorance des autres, et la mauvaise foi d’un grand nombre d’aniagonistes instruits, mes recherches, encouragées par l’Académie royale des sciences et par l’académie royale de médecine, donneront, je l’espère, quelque chose de positif à une branche de la science qu’on a toujours voulu envelopper des mysètres les plus absurdes ou les plus ridicules.
Sans entrer dans des développements qui trouveront mieux leur place autre part., je me contenterai ici des propositions suivantes :
1" L’ulcère siphilitique seul, à la période spécifique , produit le pus virulent qui, par l’inoculation donne lieu à une pustule caractéristique à laquelle succède un ulcère identique au premier, et ainsi de suite.
2 “ Quelles que soient les qualités apparentes du pus fourni par une surface enflammée , à quelque période que ce soit, et quelque soit le degré de l’inflammation , s’il n’y a pas d'ulcère s})écifique , l’inoculation est négative.
3“ Aucun ulcère à origine bien constatée non siphilitique, aucun ulcère artificiel et pouvant simuler l’ulcère syphilitique, n’est susceptible de fournir du pus inoculable.
4." Il n’est pas un seul signe des ulcères syphilitiques primitifs qui ne puisse se retrouver dans d’autres ulcérations étrangères à la siphilis , ou qui ne puisse être reproduit artificiellement ; la
réunion la plus complète des signes appartenant à l’ulcère huntérien type , ne permet, pour les observateurs rigoureux , qu’un diagnostic rationel. Le seul signe absolu , univoque et pathognomonique , que le hasard ou l’art ne saurait imiter, c’est la nature de la sécrétion démontrée par les résultats de l’inoculation.
Quant aux inconvénients et aux dangers de l’inoculation, personne, plus que moi, ne les a signalés dans ce qu’ils avaient de vrai, lorsque j’ai démontré contrairement à quelques auteurs, que le pus du chancre, non seulement reproduisait de rigueur le chancre, mais qu'il donnait lieu à un ulcère à marche identique à celle du premier , si l’inoculation était faite sur la même personne, les variétés des chancres dépendant des conditions individuelles et non d’une variété dans la cause spécifique qui est toujours la même.
J'ai encore prouvé le danger de l’inoculation du pus qu’on pouvait croire innocent, comme celui des bubons, ainsi que l’affirmait d’abord M. Cullerier, qui depuis s’était tout à fait rendu à mes doctrines.
En montrant tous les faits aux nombreux élèves qui suivent ma clinique, et en publiant sans restriction toutes mes recherches qui avaient pour imitateurs les noms les plus haut placés dans la science, je n’ai jamais dissimulé les dangers et les inconvénients qui pourraient résulter de l’emploi banal de l’inoculation; mais j’ai montré tout le parti que pouvait en tirer la science et ce que la pratique avait le droit d’en espérer.
Aujourd’hui l’inoculation faite avec les précautions nécessaires, est une des opérations les plus innocentes, parce qu’on est toujours maître d’en arrêter promptement les effets après eu avoir obtenu les renseignements qu’on cherchait : la cautérisation en cmj)orle-pièce avec le caustique de Vienne, au cinquième jour, époque à laquelle tous les caractères de la pustule et de l’ulcération sont suffisamment développés, réussit toujours ; souvent l’eschare, suite de cette cautérisation , laisse, en se détachant, les tissus déjà cicatrisés sous elle ; ou si elle vient à tomber plus tôt, il ne reste qu’une petite plaie simple qui se cicatrise avec la plus grande rapidité.