‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 20 sur 121 · SECONDE OBSERVATION · texte numérisé non relu

SECONDE OBSERVATION

Pic....,, Agé de 25 ans, bilumier, entré le 24 septembre 4841, salle 2, n“ 4 .

Il y a Ifois mois et demi, ce malade fut affecté d’une Itlennorrhagie qui n’occasionna que fort peu de douleur. Pendant la période la plus aiguë de la maladie, les érections mêmes n’étaient pas douloureuses, et c’était seulement en urinant qu’il y avait un peu de cuisson vers le méat urinaire. Dix h douze jours après son apparition, l’écoulement que l'urètre fournissait en assez petite quantité, était blanc et comparable à la sécrétion de la blennorrhée;du reste,dès le début de la maladie, Pic.... fut traité par les antiphlogistiques. On appliqua 25 sangsues au périnée. On prescrivit deux pilules camphrées chaque soir. Des boissons rafraîchissantes et l’abstinence de toute alimentation excitante. Quelques jours plus tard, on fit usage des capsules de copahu et de cubèbe, à la dose de 25 par jour, et bientôt l’écoulement se tarit, au point de n’offrir qu’un léger suintement, se montrant plus ou moins marqué, en raison directe de l’irritation qui suivait les relations sexuelles que le malade se permettait assez fréquemment. Cet état durait depuis un mois et demi à peu près, lorsqu’à la suite de quelques jours de débauche, sans que Pic....

puisse préciser la date du coït infectant, l’écoulement parut notablement accru, et quelques douleurs assez vives se firent sentir au méat urinaire. Ces nouveaux symptômes ont été remarqués depuis une dizaine de jours. Presque en même temps, les glandes inguinales du côté droit devinrent très sensibles et se tuméfièrent.

Enfin, sur le trajet d’un lymphatique, au côté droit de la verge, il se forma deux tumeurs qui s’accrurent avec rapidité , en présentant tous les caractères des abcès très aigus. La tumeur qui se montra la première avait son siège en arrière de la base du gland ; elle offre aujourd’hui sur son côté antérieur une ufcération grisâtre entamant d’une manière assez régulière l’épaisseur des téguments et à travers le fond de laquelle le pus de l’abcès se vide en partie. La seconde tumeur voisine de la racine de la verge est abcédée, et la peau qui la recouvre paraît très amincie, mais ne présente pas d’ouverture.

La région inguinale droite est le siège d’une adénite superficielle, circonscrite, très doulou- Kcuse et fluctuante,elle s’est développée en môme

temps que la tumeur dont nous venons de parler, et sa marche a été semblable.

Le 25 septembre, à part les accidents que nous venons de décrire, en renversant le prépuce, on remarque une aréole rougeâtre qui se dessine autour du méat urinaire, dont il faut écarter les lèvres, pour apercevoir une petite ulcération grisâtre qui occupe la commissure supérieure ;• mais il est impossible de reconnaître h quelle profondeur elle s’étend, à cause de l’étroitesse des parties. En pressant sur l’urètre d’arrière en avant, on amène une petite quantité de matière séro-purulente sanieuse.

Le pus recueilli au méat urinaire est inoculé sur la cuisse gauche h l’aide d’une seule piqûre.

On dessine les parties malades.

Le 26, la portion de peau ulcérée qui recouvrait la tumeur voisine de la base du gland s’est détachée spontanément pendant la nuit, et le foyer purulent mis à découvert présente tous les caractères de l’ulcération virulente à la période de progrès.

On fait des ponctions multiples sur le bubon inguinal droit.

La lymphite suppurée de la racine de la verge est ouverte par une seule ponction.

On applique dés cataplasmes.

On donne le quart de la portion d’aliments.

Le 29, l’inoculation du pus fourni par l’ulcération du méat urinaire a produit la pustule caractéristique de l’ulcère syphilitique primitif. On détache répiderme soulevé par le pus et l’on trouve au-dessous la peau taillée perpendiculairement dans toute son épaisseur par une ulcération à fnnd grisâtre.

Les ouvertures pratiquées sur les foyers purulents se sont ulcérées et agrandies. Partout la peau est très décollée. Les lèvres du méat urinaire sont écartées, et l’on cautérise avec le nitrate d’argent l’ulcération de la commissure supérieure.

On panse avec la pommade au' calomel et à l'opium.

On donne la demi-portion d’aliments.

Le 30', l’ulcère de la cuisse,-résultat de l’inoculation pratiquée le 25, est cautérisé avec la pâte de Vienne.

Le 10 octobre, quelques cautérisations avec le nitrate d’argent et des pansements avec le vin aromatique dont on a prescrit l’emploi depuis quatre jours, ont amené une amélioration remarquable. Les foyers purulents se sont bien détergés et leur l'ond a pris un bon aspect; de nombreux bourgeons charnus l’oses ont percé la couche grisâtre qui s’étendait à la surface. Les portions de peau décollée que l’ulcération n'a pas détruites ont contracté plusieurs points d’adhérence avec les tissus sous-jacents. Enfin la suppuration est moins considérable et la nature du pus de meilleure qualité.

On n’aperçoit plus d’ulcération au méat urinaire, et l’urètre ne fournit plus de pus. L’ulcél ation de la cuisse, cautérisée par la pâte de Vienne, s’est recouverte d’une croûte légèrement déprimée. On l’a dessinée en cet état le 5 octobre. Aujourd’hui, elle est desséchée et les tissus sousjacents sont cicatrisés.

Même pansement ; même régime.

Le 15. octobre, les ulcérations présentent en plusieurs points les caractères de la période de réparation.

On ne remarque plus de décollement.

Même pansement.

On donne les trois quarts de la portion alimentaire.

Le 20, partout le fond des ulcérations est rose et de bonne nature ; l’étendue de leur surface est diminuée de plus de moitié.

Même pansement; même régime.

Le 25, l’ulcération de l’aine et celle de la racine de la verge sont presque cicatrisées. On touche légèrement avec le caustique , et les pansements sont faits avec de la chàrpie sèche.

Le 29 octobre , tout est cicatrisé, et nulle part on ne trouve d’induration.

Le malade sort de l’hôpital.

Page 1