‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 19 sur 121 · ET SUIVIES D’ULCERATION, INOCULATION ACCIDENTELLE · texte numérisé non relu

ET SUIVIES D’ULCERATION, INOCULATION ACCIDENTELLE

URETRITE BLENNORRHAGIQUE, ULCÈRE PRIMITIF DU MÉAT URINAIRE, LYMPHITE ET ADÉNITE SUPPURÉES, INOCULATION ARTIFICIELLE AVEC RÉSULTAT.

PHEMIEPtL OBSERVATION.

Gar., âgé de 24 ans, marchand de chevaux, entré le 48 juin 4844, salle 2, n° 26.

Ce malade u’avail jamais eu d’affection vénérienne, l’orsqu’à la suite d'une débauche, il eut pendant la nuit des rapports sexuels avec une fille publique et se livra quatre fois au coït. Peu soigneux d’examiner l’état de ses organes génitaux, il dit n’avoir rien éprouvé de remarquable, avant les trois ou quatre premiers jours , sauf un léger prurit du bout de la verge.

Progressivement des douleurs assez vives se firent sentir en urinant, et bientôt un écoulement urétral se manifesta. Les lèvres du méat urinaire se tuméfièrent, et en les renversant on put reconnaître la présence d’un chancre urétral.

Peu de jours après l’apparition de ces symptômes pour lesquels on ne fit aucun traitement, le jirépuce devint rouge, œdémateux, et un phimosis se déclara avec les symptômes d’une vive inflammation. Presqu’en même temps, sur le limbe du prépuce se montrèrent des ulcérations produites par l’inoculation de la matière virulente que sécrétait l’ulcère primitif du méat urinaire.

Dans cet état, le malade ne pouvant continuer son travail, fut consulter un pharmacien, qui d’al)ord eut recours aux antiphlogistiques généraux; puis ordonna une médication sur laquelle nous n’avons pu être exactement renseignés.

Du quinzième au vingtième jour, après les débuls du mal, une lymphite devint apparente sur le côté droit de la verge, près de la racine de laquelle, sur le trajet du vaisseau, se forma une petite tumeur qui, suivant une marche aiguë, devint bientôt fluctuante et s’ouvrit spontanément.

On pratiqua des lotions émollientes ; mais la peau amincie ne tarda pas h s’ulcérer, et mit à découvert un foyer offrant tous les caractères de l’ulcère primitif.

En même temps que la lymphite s’était montrée, les glandes de l’aîne droite étaient devenues douloureuses, l’adénite fit des progrès rapides, et 10 à 12 jours après le début de l’accident une ouverture spontanée laissa échapper beaucoup de pus sanieux. Ici comme pour la lymphite supurée , la peau amincie et décollée qui recouvrait le foyer purulent, fut bientôt détruite par l’ulcér.ition. Enfin, peu de temps après, par suite de l’habitude qu’avait le malade de laisser pendant la nuit la verge reposei“ sur l’aîne droite, la peau de la naissance des bourses qui se trouvait en contact avec le chancre du lymphatique , devint le siège d’une ulcération semblable.

La maladie faisant ainsi des progrès, Gar.

perdit toute la confiance qu’il avait d’abord accordée à la médication ordonnée par son pharmacien, il cessa tout traitement, se livra môme à des travaux qui ont amené beaucoup d’irritations dans les parties affectées, et vint enfin se présenter ii l’hôpital desVénériens, où il fut admis dans le service de M. Ricord , salle 2, n. 26.

Le jour de son entrée , on remarque chez notre malade un phimosis accidentel. Le prépuce rétréci forme en avant du gland une saillie considérable, et cette portion œdémateuse et renversée en dehors, laisse apercevoir un ulcère primitil s’étendant sur tout le côté droit du limbe. Get ulcère, produit de la réunion de plusieurs ulcérations qui, primitivement séparées, s’étaient formées dans les plis du limbe du prépuce, offre des bords très irrégulièrement découpés ; toute l épaisseur de la muqueuse est nettement tranchée, et la surface ulcérée est recouverte par une fausse membrane grisâtre adhérente, qui, dans les trois (juarls de son étendue, présente de très pofils

points rouges très rapprochés qui sont produits par une sorte de transpiration béinorrhagique.

Sur le fourreau, près de la racine de la verge, le chancre qui est résulté de l’ulcération du l yniphalique , a tous les caractères de la période de progrès ; sa surface est recouverte par une Hausse membrane adhérente, pultacée et assez régulièrement grisâtre, et ses bords taillés à pic offrent un décollement circulaire dans une élen due de deux à trois millimètres.

Plus en arrière, à lajoncliondelapeau des bourses avec celle de l’abdomen, le chancre, suite de l’inoculation de proche en proche dont nous avons parlé, offre dans une moins grande étendue, la plus parfaite ressemblance avec l’ulcère que nous venons de décrire, avec cette circonstance particulière, qu’ici le décollement est plus considérable, et que le pus filant au dessous de la peau est venu former dans le tissu cellulaire un abcès virulent dont on aperçoit l’ouverture ulcérée et assez étroite à la distance d’un centimètre h peu près, dans la direction du pli de l’aîne.

Dans la région inguinale droite , une ulcération à bords profondément décollés, œdémateux, légèrement renversés et entourés d’une aréole rouge-violacé dont l’étendue correspond avec assez de régularité à celle du décollement, marque la place de l’adénite suppurée. Ici encore, nous retrouvons les caractères de la période de progrès. Toutefois le fond de l’ulcère est moins uniformément gris que celui du dernier chancre dont nous venons de parler, etse montre sous l’inlluence d’une espèce de transudation hémorrhagique îi un degré encore plus marqué que dans l’ulcère du limbe du prépuce; sa forme oblongue est en rapport avec la disposition du pli inguinocrural dans lequel il s’étend.

Le 19 juin,on applique un cataplasme sur l’aine et l’on panse les ulcérations avec du cérat opiacé. On donne le quart de la portion alimentaire.

Le 24, sous l’influence du repos et des pansements avec le cérat opiacé, les ulcérations paraissent moins irritées. On dessine les organes malades. Même pansement. On donne lia demi-portion d’aliments.

Le 28, il n’y a presque plus d’irritation et les chancres des diverses régions ont un meilleur aspect, leurs bords sont moins élevés et leur fond paraît se déterger en quelques points.

Le 30 juin, le malade sort de l’hôpital, pour se présenter au conseil militaire de recrutement.

Le 2 juillet. Car.... est admis de nouveau dans le service.

On fait des pansements au cérat opiacé. On donne la demi-portion d’aliments.

Le 6, la suppuration est partout abondante, mais la surface dés chancres est moins grisâtre.

On ordonne de faire les pansements a-vec de la charpie imbibée de vin aromatique. Même régime.

Le 10, la surface des ulcères continue à se déterger. Il y a tendance évidente à la réparation. Le dernier chancre produit à la naissance de la peau des bourses n’a pas fait de progrès, ses bords mêmes paraissent moins décollés.

On cautérise avec le nitrate d’argent.

Le 14, la couche grisâtre qui recouvre la surface des ulcères paraît résister en quelques points.

On suspend les pansements au vin aromatique.

Les chancres sont touchés avec un pinceau imbibé de teinture d’iode pure, et l’on panse avec la teinture étendue.

Le régime alimentaire est porté aux trois quarts de la portion.

Le 17. partout l’amélioration est très sensible, et la période de réparation se prononce franchement ; la surface des ulcères se couvre de bourgeons charnus de bonne nature, et son étendue se trouve diminuée de moitié. Dans l’aîne surtout la réparation est remarquable , et l’on n’aperçoit pas le moindre décollement.

Le 20, le malade est forcé de quitter l’hôpital, pour vaquer h ses affaires. On lui recommande de se panser avec le vin aromatique.

Car. n’a pu rentrer dans le service que le

24 août.

Aujourd’hui, les divers points ulcérés présentent des cicatrices parfaites et sans induration. Le prépuce seulement œdémateux et rétréci en avant du gland qu’il emprisonne, forme une saillie de près de 2 centimètres. Nulle part il n’y a de suppuration.

Le 25 août, ou pratique la circoncision, et le gland étant mis à découvert, on voit que les lèvres du méat urinaire ont été détruites p.ar un chancre aujourd’hui cicatrisé.

On enveloppe la verge avec des compresses imbibées d’eau froide. Diète.

Le 30 août, la plaie, suite de la circoncision, est réunie en plusieurs points.

On donne la demi-portion d aliments.

Le 4 septembre, on cauléi ise quelques bourgeons charnus trop développés. On panse avec de la charpie imbibée de vin aromatique.

On donne les trois qiiaiis de la portion alimentaire.

Le 14 septembre, tout est cicatrisé. Le malade sort guéri.

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