PL. X ET X BIS
Tenirée de Mel.les régions inguinales devin¬
rent douloureuses, et il se manifesta une tuméfaction ganglionnaire plus apparente du côté gauche que du côté droit. Depuis quelques jours, l’état inflammatoire des parties malades paraissait s’accroître avec activité, et le scrotum et la verge furent envahis par un oedème érysipélateux.
On appliqua des cataplasmes sur les aines, et le malade, forcé de cesser son travail, après un repos d’une huitaine de jours, vint se présenter à l’hôpital, où il fut reçu le 17 août 1841, salle 7, n” 8.
Aujourd’hui, 18 août, on remarque une tuméfaction considérable du scrotum et de la verge : la peau de ces parties, sous Finfluence d’un œdème érysipélateux, est rouge, lisse, tendue, et conserve l'impression du doigt qui la déprime. Par suite du gonflement des tissus, il s’est formé un phimosis œdémateux qui permet cependant de s’assurer qu’il n’y a pas d’ulcération sur le gland ou sur la muqueuse du prépuce ; l’urètre fournit à peine quelques gouttes d’une sécrétion séro-purulente.
Dans l’angle péno-scrotal, se trouve un ulcère primitif, qui, ainsi que nous l’avons dit, est le résultat de plusieurs ulcérations d’abord séparées. Cet ulcère offre une large surface recouverte d’une fausse membrane adhérente, dont la portion gauche est franchement grise, tandis que, du côté droit, où il existe plus d’irritation, on remarque une transsudation hémorrhagique qui se fait à travers la couche grisâtre diphthéritique ; sur ce point, le fond est un peu soulevé. Du reste, la base ne présente pas d’induration spécifique. Les
bords de l’ulcère sont irrégulièrement coupés,surtout du côté de la verge où l’on voit encore quelques lambeaux des téguments qui séparaient les ulcères au début. Cet état est surtout facile à observer vers l’angle gauche et supérieur, où le travail ulcératif a fait disparaître, depuis deux jours, la majeure partie de la peau qui séparait une petite ulcération de la grande surface ulcérée.
Du côté droit, l’ulcère paraît avoir subi l’influence qui souvent oppose une barrière au progrès du mal, en vertu de la résistance variable des tissus dilférents: le raphé semble lui avoir servi de limite.
Du côté du raphé, vers l’angle supérieur de l’ulcère et dans la moitié de son côté supérieur, les bords sont peu élevés au-dessus du fond ; partout ailleurs, ils sont nettement taillés à pic.
Sur le scrotum, on remarque quelques petites ulcérations de la même nature que celles que nous venons de décrire. Elles sont, ainsi que nous l’avons dit, le résultat de l’action infectante du pus virulent qui s’écoule de l’ulcère péno-scrotal.
La région inguinale gauche offre seule une légère tuméfaction avec coloration rougeâtre des téguments ; cette tuméfaction a pour siège principal un des ganglions superficiels et le tissu cellulaire ambiant. A droite, il existe à peine de la tension ganglionnaire.
On panse les ulcérations avec du cérat opiacé. On applique des cataplasmes sur les aines. — Soupes et bouillons.
Le 25, l’œdème érysipélateux a beaucoup diminué. La surface de l’ulcération est uniformément grisâtre et ses bords n’offrent plus de tuméfaction inflammatoire.
Dans l’aine, il ne reste qu’une légère tension ganglionnaire.
On continue les mêmes pansements. Demi-portion d’aliments.
Le 30, la verge et le scrotum ont repris leur volume normal. Par suite de l’affaissement des tissus, l’étendue des ulcères paraît moindre. On les cautérise avec le nitrate d’argent. Même pansement, même régime.
Le 1" septembre, lapeau qui, depuis huit jours, paraissait légèrement maculée, offre une éruption polymorphe et particulièrement vésiculo-pustuleuse.
Cet accident caractéristique de l’infection constitutionnelle n’a été précédé ni de fièvre, ni de démangeaisons, ni enfin d’aucun symptôme particulier que l’on pût considérer comme signe précurseur .Les progrès de l’affection se sont montrés très rapides, et tandis que çà et là se
trouvent encore des macules de début, on remarque un grand nombre de vésicules variables dans leur volume, depuis celui d’un point à peine visible, jusqu’à la grosseur où elles doivent être rangées parmi les pustules. Dans quelques endroits, léruption offre les caractères du rupia : ici l’épiderme s’est rompu de bonne heure et il s’est formé des croûtes dures, épaisses, stratifiées et irrégulières dans leur circonférence.
Parmi les macules, quelques unes sont légèrement saillantes et papuleuses, tandis que d’autres n’offrent qu’une simple tache, plus ou moins rouge à la surface de la peau , et qui disparaît momentanément sous la pression. Si l’on déchire les pustules, elles laissent échapper un pus séreux; autour d’elles se dessine une aréole moins rouge, mais plus diffuse que celle qui entoure les croûtes du rupia. Enfin, si l’on arrache ces croûtes, on trouve au-dessous les tissus ulcérés superficiellement,
La surface de l’ulcère péno-scrotal se déterge bien. Les autres petites ulcérations du scrotum sont cicatrisées.
Bien qu’on n’ait pas eu recours aux anti-blennorrhagiques, depuis près de six jours, l’urètre ne fournit plus de sécrétion morbide.
On cautérise l’ulcération avec le nitrate d’argent. Même pansement ; même régime.
Le 5, l’ulcère péno-scrotal est en pleine voie de réparation ; son étendue est réduite de moitié, son fond et ses bords sont de niveau. On cautérise superficiellement avec le nitrate d’argent ; on panse avec de la charpie sèche; on donne les trois quarts de la portion alimentaire.
Le 9, l’ulcération est cicatrisée partout, sans laisser d’induration à sa base.
Même régime.
Le 10, le malade est soumis au traitement par l’eau.
Il prend un verre d’eau toutes les heures.
Dans les vingt-quatre heures , quatre lavements d’eau froide; deux bains de trois heures de durée.
Après chaque bain, une heure de course au pas gymnastique , puis on enveloppe le malade dans une couverture de laine , et l’on a soin d’essuyer fréquemment la sueur qui couvre son corps.
Même régime alimentaire.
Le 15, les progrès de l’éruption sont enrayés. Le traitement par l’eau est bien supporté. On le continue.
Même régime.
Le 20, amélioration très notable, il n’y a plus
de pustules, ni de vésicules depuis quelque jours, et déjà plusieurs croûtes sont tombées.
Même traitement.
Même régime.
Le 26, Mel... sort pour affaires, il se trouve aujourd’hui en pleine voie de guérison ; on remarque presque partout un bon nombre de taches de la période de terminaison légèrement brunes et déprimées, dont la coloration ne s’éteint plus sous la pression.
Quelques jours après la sortie du malade, une nouvelle éruption syphilitique papuleuse s’étant manifestée, il fut admis dans un autre hôpital, où, pendant six semaines, on lui fit prendre des pilules de proto-iodure de mercure, de la tisane de salsepareille et des fumigations de cinabre, tousles deux ou trois jours.
Mel..., n’obtenant pas une guérison assez rapide h son gré, sortit de l’hôpital et revint aux vénériens, où il fut admis le 10 décembre 184t, salle 7, n“ 24.
Il existe aujourd’hui, chez notre malade, un peu de douleur à la gorge ; il y a de la rougeur au voile du palais, la luette et les amygdales sont un peu tuméfiées, mais la muqueuse n’offre aucune trace d’ulcération. Les taches brunâtres qui indiquent le siège de la première éruption paraissent avoir échappé à la recrudescence, et ce n’est que dans les points où les papules sont très rapprochées que ces taches se trouvent intéressés par la saillie des tissus voisins. Cette disposition particulière est surtout remarquable au dos et sur les bras, où les papules sont groupées et notablement élevées ; leur teinte est rouge assez vif, et le sommet applati du plus grand nombre se trouve recouvert d’une squamme mince, dont les bords blanchâtres sont légèrement soulevés. Autour des papules, la peau se montre à peine colorée en rose dans une très petite étendue circulaire qui sépare le bord des squammesd’un liseré blanchâtre, formé par l’épiderme irrégulièrement déchiré; il n’existe pas au-delà les moindres symptômes d’altération.
A la face, la première éruption n’avait pas laissé de taches franchement déprimées; seulement, dans quelques points, la peau conservant presque toute son épaisseur, avait pris une coloration brunâtre; dans d’autres, des plaques rougeâtres, à surface inégale, indiquaient encore le siège de la syphilide en voie de guérison, lorsque le malade sortit de l’hôpital pour la première fois.
Ici encore, la nouvelle éruption paraît avoir épargné le centre des taches brunâtres, mais sur les
plaques rouges une véritable recrudescence s’est montrée.
Aujourd’hui, l’éruption syphilitique de la face offre des papules moins larges que celles du dos et des bras. Leur sommet est plus arrondi, et quelques unes sont aussi plus saillantes. La tendance quelles ont à se montrer, disposées en cercle, bien que contrariée par les accidents dépendant de la première éruption, est particulièrement remarquable sur les parties latérales du front. Du reste, elles se présentent, dans leurs différents degrés de développement, depuis le soulèvement à peine sensible jusqu’à la grosseur d’un fort grain de mil. Au menton, elles sont presque confluentes, tandis qu’au front on remarque seulement quelques uns des cercles dont nous avons parlé. Enfin, la maladie paraît avoir aujourd’hui pénétré plus profondément le tissu cutané, et déjà des tubercules se mêlent à l’éruption que nous venons de décrire.
La région antérieure du tronc, les deux tiers inférieurs de sa région postérieure, les bras, les membres inférieurs, offrent à peine quelques traces de l’éruption; les ganglions cervicaux ne sont pas pris; les cheveux tiennent bien; les voies digestives paraissent en bon état.
Le 12 décembre, on donne une pilule delactate de mercure, tisane commune. Trois quarts de la portion alimentaire.
Le 20, il n’y a pas de modification notable dans l’état du malade. On donne deux pilules. Même régime.
Le 28, on porte à trois la dose des pilules. La maladie ne fait pas de progrès ; mais on ne remarque aucune amélioration.
Même régime.
Le 5 janvier, l’éruption paraît un peu moins saillante. Les aréoles qui entourent les papules prennent une teinte brunâtre, et celles-ci s’affaissent; mais sur les épaules et sur les bras, les papules demeurent rouges et saillantes.
Même régime.
Le 10 janvier, on donne quatre pilules.
Même régime.
Le 20 janvier, il reste peu de papules au visage et les tubercules semblent constituer presque à eux seuls l’éruption.
Les voies digestives sont toujours en bon état.
Même régime.
Le 16 février, on suspend les pilules delactate de mercure dont l’action ne paraît pas impressionner assez activement le malade, et l’on donne une
pilule de proto-iodure de mercure et ciguë; le sirop et la tisane sudoriliques, fumigations de cinabre et bains de Barèges alternés.
Même régime.
Le 27, partout l’éruption paraît notablement modifiée. A la face et au front, il n’y a presque plus de papules saillantes, et la coloration brunâtre, dite cuivrée, se dessine de plus en plus sur les épaules et sur les bras. Un assez grand nombre de squamraes se détachent des points où les papules se sont affaissées. On applique sur les épaules du sparadrap de Vigo cum mercurio.
Même régime.
Le 1" mars, la guérison marche. L’affaissement des papules est surtout remarquable dans les points où l’on avait appliqué du sparadrap de Vigo.
Même régime.
Le 9, on donne deux pilules de proto-iodure de mercure. Le visage s’est presque débarrassé ; en plusieurs points, on voit à peine des traces de l’éruption. Au front, il ne reste rien; au menton, les plaques formées par les papules confluentes et quelques tubercules, n’offrent plus qu’une très légère saillie. Sur les épaules et sur les bras, la syphilide s’est affaissée et la peau malade a presque partout repris sa souplesse, mais elle conserve une teinte rosée indiquant le siège des papules. Çà et là se trouvent quelques nouvelles taches déprimées, dont la coloi-aiion varie du blanc sale ponctué de brun, au brun clair.
Même régime.
IjC 16, la guérison fait des progrès; les taches brunâtres déprimées se multiplient.
Même régime.
Le 22, Mel.... sort de l’Hôpital, en voie de guérison ; on lui recommande de continuer son traitement pendant un mois.
La médication prescrite ne fut pas continuée, et quinze ou vingt jours après sa sortie, le malade s’aperçut de la présence de quelques papules au menton ; ce qui ne l’empêcha pas de se livrer à des excès de boisson, qui bientôt furent suivis d’une recrudescence de la syphilide. Il a suffi de six jours pour qu’elle parvînt à l’état de développement qu’elle présente aujourd’hui.
On eut recours d’abord à des tisanes faites avec des herbes dont Mel... ne peut nous dire le nom. Mais après un mois, n’éprouvant aucune améliol'ation, toute médication fut cessée jusqu’au jour de son retour. On l’admit le 10 juin, salle 4, n“ 12.
Aujourd’hui, 12 juin, l’éruplion est particulièrement caractérisée par des papules rouges, sail¬
lantes, et qui paraissent plus volumineuses que celles des éruptions précédentes ; plusieurs offrent, à leur sommet, une squamme centrale adhérente, mince et brunâtre ; en divers endroits, elles sont confluentes et forment à la face antérieure du tiers supérieur des bras, et principalement au menton, des plaques rouges, proéminentes, irrégulières. Parmi les papules, se montrent de nombreux tubercules qui indiquent une altération plus profonde et le passage des accidents secondaires aux tertiaires.
Ici, comme nous l’avons observé précédemment, les taches brunes déprimées n’ont pas été influencées par la recrudescence de la syphilide.
Les voies digestives du malade paraissent en bon état et les autres fonctions sont également régulières. On donne une pilule de proto-iodure de mercure par jour et trois grammes d’iodure de potassium ; tisane de douce-amère, bains de Barèges et fumigations de cinabre alternés.
On donne les trois quarts de la portion alimentaire.
Le 23 juin, il y a une légère tendance à la stomatite. On cesse l’usage des pilules de protoiodure de mercure ; on continue l’iodure de potassium, lesbains deBarègeset les fumigations. On donne un gargarisme à l’acide chlorhydrique.
Pour combattre une constipation qui dure depuis trois jours, on prescrit une bouteille d’eau de sedlitz.
Même régime.
Le 1" juillet, f état du malade est notablement amélioré; les papules s’effacent partout et de nombreuses squammes se détachent.
Même régime.
Le 14-, on reprend les pilules de proto-iodure de mercure ; on continue l’iodure de potassium à la même dose , ainsi que les bains de Barèges et les fumigations.
Sur les bras et les épaules, les papules n’offrent plus de saillie, elles ont pris une teinte rose-brun ; au menton, les plaques formées par l’éruption confluente sont moins avancées vers la guérison, quoique déjà notablement modifiées. Partout les tubercules offrent un bien moindre volume.
Même régime.
Le 17, le malade se plaint de coliques, il a de la diarrhée séreuse. On suspend l’usage des pilules; le reste de la médication est continué.
Eau de riz, sirop diacode, 30 grammes.
Le 25, presque partout, le siège de l’éruption papuleuse est marqué par des taches légèrement déprimées ; il reste à peine quelques squammes dans les points où les papules tardent à s’étein-
dre. Les tubercules ont disparu en laissant des taches brunes plus déprimées que celles des papules. Il n’y a plus de diarrhée depuis quatre ou cinq jours.
Même traitement, même régime.
Le 5 août, tout est guéri ; la plupart des taches brunâtres qui marquaient le siège de la première éruption ont disparu, ou bien offrent de légères dépressions plus blanches que la peau environnante; quelques unes sont marquées de petits points bruns. L’aspect des taches produites par la seconde -éruption a été peu modifié. Celles qu’a laissées la dernière, offrent une teinte rose-brun
sur les bras et les épaules. Au visage, dans plusieurs endroits, il reste à peine des traces de la syphilide. Cependant, dans ses divers points, on peut reconnaître le siège qu’occupaient les tubercules, à des taches brunes très déprimées ou à des cicatrices plus profondes dans l’épaisseur de la peau.
Mel... sort de l’hôpital. Aura-t-il de nouvelles récidives des accidents qui se sont déjà manifestés? C’est possible. Se produira-t-il des accidents d’une autre période ? Tout cela est d’autant plus probable, que Mel... est peu disposé à continuer les soins nécessaires.