‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 39 sur 121 · PL. XV TER · texte numérisé non relu

PL. XV TER

PLANCHE XV

1° CHANCRE INDURE DU SEIN (accident primitif) ET SYPHILIDE EXANTHÉMATIQUE (accident secondaire) sur une NOURRICE.

2“ SYPHILIDE PAPULO-SQUAMMEUSE HUMIDE (ACCIDENT SECONDAIRE) SUR UN ENFANT.

OBSERVATION

Le 25 juillet 1841, un de mes confrères, M, le docteur Mongeal, soumit à mon examen une petite lille âgée de six mois : cette enfant, d’une bonne santé apparente, était affectée d’une éruption syphilitique qui avait pour siège les fesses et la partie postérieure des cuisses.

Voici riiisloire des parents : Son père, âgé de trentehuit ans, avait été affecté, au mois d’avril 1839, d’un phimosis sub-aigu qu’on disait avoir été la conséquence d’une balanite. Sous l’influence de quelques injections faites, entre le gland et le prépuce, avec une solution d’azotate d’argent, le dégorgement du prépuce s’effectua d’une manière assez complète pour permettre de mettre à découvert le gland, sur la base duquel on constata l’existence d’une ulcération. Cette ulcération fut cautérisée avec le crayon de nitrate d’argent et guérit au bout de quelques jours. Mais environ six semaines après, une éruption lenticulée de couleur cuivrée et squammeuse se manifesta à la paume des mains. Aucun traitement n’intervenant, l’éruption continua et devint très-confluente au mois de septembre. Alors le malade consulta un médecin qui lui prescrivit le traitement suivant : pilules de proto-iodure de mercure, tisane de salsepareille et sirop de cuisinier. L’éruption disparut assez rapidement, mais elle eut plusieurs récidives qui cédèrent toutes sous l’influence des mômes remèdes.

Au mois de décembre 4839, M. désirant se marier, eut des inquiétudes sur les conséquences futures de sa maladie, et, d’après l’invitation de son médecin, il vint me consulter. Je constatai la disparition complète de tous les symptômes syphilitiques, et je crus pouvoir conclure que les traitements subis avaient été suffisants.

L’état de santé apparent de M. se maintenant, il se maria au mois de mars 1840. Sa femme devint enceinte le mois suivant, et sa grossesse ne présenta rien de particulier. Seulement elle fut affectée d’une PL. XY QUATER.

leucorrhée abondante et de fréquentes éruptionsà'herpes vulvaris parfaitement caractérisé.

Vers la fin de janvier 4841, madame accoucha à terme d’une fdle assez petite, mais avec l’apparence d’une bonne constitution.

On l’envoya en nourrice aux environs de Paris. Six semaines après, la nourrice annonça aux parents qu’une éruption boutonneuse s’était manifestée sur les fesses et aux environs de l’anus de son nourrisson. On ne s’en inquiéta pas; deux mois plus tard, l’enfant fut vacciné par le médecin de la famille, auquel on ne parla pas de l’éruption existante, et il ne s’en aperçut pas, car elle était cachée par les vêtements de l’enfant, et il n’y avait rien sur les autres parties du corps.

Le 47 juillet 4841, la mère, qui jusque-là avait toujours joui d’une bonne santé, apprit que l’éruption boutonneuse de son enfant existait encore, que la nourrice elle-même était malade, et qu’elle prétendait que sa maladie lui avait été communiquée par l’enfant qu’elle nourrissait.

Je visitai de nouveau le père de l’enfant : il n’avait plus aucun symptôme de sa maladie. Je visitai aussi la mère, et je ne trouvai sur elle aucune trace de maladie ancienne ou récente. On soumit ensuite à mon observation la nourrice et l’enfant, et voici ce que je constatai : L’enfant était affectée de papules muqueuses au pourtour de l’anus; elle avait, sur les cuisses et les fesses, une éruption de taches cuivrées; des élevures papuleuses de forme arrondie, à surface granuleuse, entourées d’une aréole d’un rouge sombre et couvertes d’une matière piiltacée, adhérente et grisâtre, étaient çà et là disséminées : quelques-unes de ces élevures étaient déprimées à leur centre, ce qui leur donnait un aspect ombiliqué. En résumé, cette éruption, par sa physionomie, pouvait être rattachée, soit à une syphilide herpétiforme, soit à une syphilide squammeuse humide.

soit à un eclliyma plat lenticule (formes mixtes delà syphilis constitutionnelle chez les enfants).

Je trouvai un engorgement des ganglions cervicaux postérieurs, mais il n’y avait ni coryza, ni traces d’aucun autre accident. Cependant la nourrice aOirma que, peu de temps auparavant, l’enfant avait eu des ulcérations aux lèvres : disait-elle vrai?

La nourrice avait, au voisinage du mamelon, une ulcération profonde, dont la forme irrégulière paraissait avoir été le résultat de deux ulcérations qui s’étaient, en se renconlranl, confondues en une seule. Les bords taillés à pic qui circonscrivaient cette ulcération étaient indurés; le fond était rosé et présentait déjà les granulations de la période do réparation; la base, nettement circonscrite, était dure, élastique et présentait tous les caractères du chancre induré. Les ganglions de l’aisselle étaient durs, tuméfiés, mais indolents. La vulve présentait, sur la grande lèvre gauche, une cicatrice récente, au-dessous de laquelle se trouvait une induration profonde qui avait tous les caractères spécifiques du chancre induré.

Les ganglions des deux régions inguinales étaient durs, tuméfiés et indolents.

La malade était en outre affectée d’une éruption exanthématique, confluente sur le torse et sur les membres, qui avait tous les caractères de la roséole syphilitique.

Les ganglions cervicaux postérieurs étaient durs, engorgés, indolents.

11 existait des papules croûteuscs sur le cuir chevelu.

Le sein était à la fois le siège de quelques papules et de taches exanthématiques.

Cette éruption, comme celle de l’enfant, était sans fièvre et sans démangeaisons.

Deux mois après avoir pris son nourrisson, la nourrice avait sevré son enfant, qui s’était toujours bien porté.

Quant à l’enflint malade, ses parents le reprirent. On lui lit, en alternant d’une aisselle à fautre, des frictions avec 2 grammes d’onguent mercuriel double; puis, tous les deux ou trois jours, on lui fit prendre un bain à l’eau de son. La santé générale de cet enfant avait du reste été bonne pendant toute la durée de son traitement, et, vers la lin de septembre, il n’avait plus aucune trace de sa syphilide.

La nourrice dut suivre aussi un traitement mercuriel.

On rencontre souvent, dans la pratique, des cas analogues à celui que nous venons de relater; et, comme on n’a pas toujours le soin de s’enquérir des antécédents, souvent on se contente d’apparences fal¬

lacieuses, et on arrive à des explications erronées.

Ainsi, le plus ordinairement, pourdécider la question de savoir si c’est la nourrice qui a infecté son nourrisson, ou si c’est le nourrisson qui a infecté sa nourrice, on a coutume d’attribuer la faute à celui des deux chez lequel la manifestation est apparue d’abord, et l’on oublie que dans le plus grand nombre des cas il n’y a qu’un rapport de coïncidence dans l’époque de la manifestation de la maladie. Car il arrive très-souvent qu’une nourrice, déjà constitutionnellement affectée, prend un nourrisson atteint lui-même d’infection syphilitique. Alors, sans supposer qu’ils aient été infectés l’un par l’autre, on comprend trèsbien que la manifestation de la maladie puisse s’effectuer, à la même époque ou à des époques différentes, sur l’un et sur l’autre.

La transmission de la syphilis de l’enfant à la nourrice, et réciproquement, constitue un des problèmes les plus difliciles de la pathologie syphilitique : les questions de moralité sont mises en avant, les récits mensongers se répètent, les questions d’intérêt interviennent, le défaut d’appréciation du début de la maladie, et l’ignorance, malheureusement trop commune de la paternité, peuvent être aussi invoqués.

Voici, à ce propos, une observation qui me paraît corroborer mes assertions :

Une jeune femme, accompagnée de son mari, beaucoup plus âgé qu’elle, vint me consulter au sujet de son enfant qu’elle avait retiré de nourrice, infecté d’une syphilis constitutionnelle, et elle accusait la nourrice de la lui avoir communiquée.

J’examinai l’enflmt : il était affecté d’une syphilide squammeuse humide presque universelle; il avait des plaques muqueuses exulcérées au pourtour de l’anus et aux lèvres.

Cet enfant avait six mois, et, au dire de la nourrice, c’était à l'âge de six semaines que les symptômes de sa maladie étaient apparus.

La mère et le mari m’affirmèrent n’avoir jamais été malades, et l’examen le plus minutieux ne me fit, en effet, rien découvrir.

J’examinai la nourrice à son tour, et elle me parut parfaitement saine; elle n’avait aucune ulcération ni aucune trace d’ulcération sur les mamelons des deux seins ni ailleurs. Son enfant, qu’elle allaitait en môme temps que son nourrisson malade, était très-bien portant.

J’étais donc embarrassé dans la recherche de l’origine de la maladie du nourrisson, quand je reçus, le lendemain, la visite d’un officier de cavalerie qui vint me consulter pour une syphilide palmaire et plantaire dont il était affecté. Cet officier m’interrogea avec sollicitude sur la maladie de l’enfant qu’on m’avait présenté la veille, et me fit la confidence de la part qui lui reve-

nait dans celte question; mais, comme il ne connaissait pas les lois de l’hérédité, il était surpris d’avoir donné le jour à un enfant malade, attendu, disaitil , qu’il s’élail cru guéri et qu’il n’avait plus aucun symptôme de sa maladie quand il avait eu des rapports avec la dame, qui, du reste, n’avait jamais été malade.

Beaucoup de nourrices de la ville et de la campagne peuvent souvent contracter la syphilis en dehors de leurs rapports matrimoniaux , et ensuite infecter leur mari ; alors, pour excuser leur faute, elles ne se font aucun scrupule d’accuser leur innocent nourrisson qu’elles ont aussi fort souvent infecté.

Du reste, il arrive fréquemment que des nourrices ayant les doigts souillés, à la suite de pansements, quand elles ont des ulcérations aux organes génitaux, se contagionnent elles-mêmes les mamelons, souvent gercés, et alors elles peuvent communiquer leurs ulcérations à la bouche de l’enfant allaité par elles.

C’est une ulcération de cette nature qui a eu lieu au voisinage du mamelon de la nourrice dont j’ai rapporté l’observation; ce sont aussi ces sortes d’ulcérations que l’on prend souvent, à cause du siège qu’elles occupent, pour des accidents secondaires, qu’on croit transmissibles, et l’erreur est ici d’autant plus facile que le chancre induré emprunte souvent la physionomie des plaques muqueuses.

Il est eneore un fait important à signaler à propos de la coïncidence dans la manifestation des symptômes de syphilis secondaire chez la nourrice et chez l’enfant : c’est que la bouche et le mamelon sont déjà, à cause de leur structure, prédisposés aux manifestations secondaires dont ils sont si souvent le siège, et que celte prédisposition est accrue par l’exaltation de la vitalité qu’occasionnent la succion et l’allaitement.

Ce résultat, dont l’explication est si facile et si simple, a été pris pour un fait de contagion par des observateurs superficiels ou peu clairvoyants.

On a aussi conclu à la contagion des plaques muqueuses par le contact, quand elles avaient une fesse pour siège, et qu’ensuite elles se développaient sur l’autre. 11 en a été de même quand elles apparaissaient dans l’angle péno-scrotal ou dans le pli génito-crural. Mais comment admettre la contagion par le contact, quand ces plaques se manifestent successivement dans le creux des aisselles , ou dans les conduits auditifs des deux côtés ? — N’est-il pas plus rationnel d’admettre que la même cause constitutionnelle qui avait déterminé leur apparition d’un côté, doit ensuite la déterminer sur l’autre?

Dans les faits en apparence minutieusement circonstanciés, et si légèrement énoncés par Vercelloni,

Portai, etc., puis si complaisamment accueillis par les partisans de leurs doctrines, on peut remarquer : 4° que les malades ont été examinés à des époques plus ou moins éloignées du point de départ de leur maladie; 2° que, dans ces circonstances, on était obligé de faire un diagnostic rétrospectif, basé plutôt sur les récits souvent trompeurs des malades, que sur la nature de l’accident primitif dont les traces avaient pu disparaître ou avoir été altérées.

A moi aussi, il est arrivé de rencontrer des cas en apparence favorables à l’opinion de ceux qui admettent la contagion des accidents secondaires. Mais, toutes les fois que j’ai eu sous les yeux l’enfant et la nourrice au début de leurs rapports, et cela est arrivé bien souvent, j’ai toujours pu distinguer la coïncidence d’accidents secondaires de la véritable contagion déterminée par le contact de l’accident primitif inoculable (le chancre).

Quant à l’enfant qui a fourni le sujet de l’observation que nous avons ci-dessus relatée, en tenant compte de l’époque à laquelle les accidents se sont manifestés après la naissance, et de la forme qu’ils ont revêtue, il est rationnel de conclure que sa maladie lui avait été transmise par son père, et qu’il n’y avait qu’une coïncidence dans la manifestation de sa maladie avec celle de sa nourrice.

De plus, si on voulait absolument voir dans cette observation un fait de contagion, elle n’aurait été possible que de la nourrice à l’enfant, car elle seule présentait les traces persistantes d’accidents primitifs, dont le premier avait eu la vulve pour siège.

Sans résoudre ici l’importante question de la transmission de la syphilis des parents à l’enfant (ce qui doit être le sujet d’un travail spécial que je publierai plus lard), je crois à propos de formuler les propositions suivantes, basées sur un grand nombre d’observations :

1" Le père et la mère peuvent la transmettre à leur enfant, que l’un des deux soit infecté, ou que tous deux le soient simultanément.

2° La transmission peut avoir lieu des parents à l’enfant, alors qu’ils sont affectés de symptômes constitutionnels, ou quand fa diathèse syphilitique sans manifestation existe chez eux.

3“ L’absence ou l’existence de symptômes constitutionnels chez les parents, au moment de la fécondation et de la conception , n’exerce aucune influence sur la forme des accidents qui doivent plus tard survenir chez l’enfant.

La distinction établie par M. Cazenave, entre la syphilis congéniale et la syphilis héréditaire, qui a pour base l’absence ou la présence d’accidents constitutionnels chez les parents à l’instant de la génération, ou survenue chez la mère pendant la gestation,

est tout à fait erronée; du reste, M. Cazenave convient qu’il n’a pas eu l’occasion de beaucoup observer.

4” Ce qui influence la forme et l’époque de la manifestation des accidents qui doivent survenir chez l’enfant, c’est la période à laquelle la syphilis était arrivée chez les parents à l’instant de la génération. Les traitements subis par les parents peuvent aussi retarder, empêcher ou modifier les manifestations chez l’enfant.

5° Si les parents sont sains tous deux à l’instant de la génération, et que la mère vienne à contracter la syphilis pendant le temps de la gestation, elle pourra transmettre la vérole à son enfant; j’en ai vu des exemples aux diflërentes époques de la grossesse, jusqu’à sept mois inclusivement.

6° Quand la vérole est transmise de la mère à l’en¬

fant pendant la gestation, l’infection a lieu par l’intermédiaire du placenta, et, dans ce cas, l’infection delà mère à l’enfant paraît s’effectuer après le quatrième mois de la gestation.

Dans les avortements qui sont la conséquence de ta syphilis, si le père se trouvait seul infecté à l’instant de la génération, l’avortement pourra avoir lieu à une époque indéterminée de la grossesse; si la mère était seule infectée au moment de la conception, l’avortement n’aura lieu qu’après le quatrième mois.

7“ Les enfants nés d’un père ou d’une mère affectés de syphilis peuvent ne pas avoir la vérole ; car chez l’enfant, comme chez l’adulte, il faut, pour la vérole constitutionnelle, uneaptitudequi peut manquer.

8“ Des observations aussi précises que possible semblent prouver que la syphilis constitutionnelle peut être transmise de l’enfant à la mère pendant la gestation.

EXPLICATION DE LA PLANCHE XV Q^ater.

Celle planche représenle 1“ une syphilide exanlhémalique el papulo-squamineuse liumide, qui a pour siège les fesses et la partie posiériciire des cuisses d’un enfant ; 2" un chancre induré h la période de réparation, situé auprès du mamelon sur le sein d’une nourrice, el une syphilide exanthématique el papuleuse.

PL. 15 qiialer.

Dessiné d'apresnature et iilh.par F. Bidr

PLANCHE XVI

UI^CÉRi: PRIMITIF DIPHTHÉRITIQUZ: PULTACÉ, ERUPTION VESICUEEUSE ET PUSTUEO-CRUSTACÉE.

OBSERVATION

Rum., âgé de 33 ans, courtier, entré le 21 septembre 4841, salle 2, n° 27.

Ce malade est d’une taille moyenne, ses muscles paraissent forts et bien développés, ses cheveux sont noirs et ses yeux châtains, sa peau est assez blanche et son teint généralement pâle ; il a été vacciné.

D’après lesrenseignementsquinous sont fournis par Dum..., la santé de ses parents fut toujours assez bonne, et rien n’a pu faire croire qu’il exislâtdans safamille des maladies transmissibles par l’hérédité. Du reste, pour ce qui le regarde, il dit seulement que lorsqu’il se livrait à des travaux trop fatigants, ou bien qu’il se permettait quelques écarts de régime, il lui est souventarrivé d’éprouver de vives démangeaisons à la peau, et bientôt après d’apercevoir des vésicules, qui ne tardaient pas à se rompre et à se recouvrir d’une croûte assez épaisse, au-dessous de laquelle se trouvait une petite ulcération; il n’a jamais été nécessaire d’employer un traitement contre cette éruption, qui toujours a disparu après une durée variable de dix à vingt jours au plus.

Voilà les seuls accidents dont on puisse tenir compte jusqu’à l’âge de 18 ans, époque à laquelle fut contractée une blennorrhagie, qui guérit à l’aide de tisanes rafraîchissantes, continuées pen* dant trois semaines à peu près.

Depuis lors, Dum... n’a pris aucune précaution qui put s’opposer à la manifestation d’accidents secondaires, et pourtant il ne s’est produit aucun symptôme qu’il fut possible de rapporter à la syphilis.

D’après ses considérations, il est permis de croire que la blennorrhagie dont notre malade s’est trouvé affecté, n’était pas compliquée d’ulcère primitif syphilitique, ou, du moins, qu'il n’y a pas eu d’infection générale.

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