‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 40 sur 121 · PL. XVI · texte numérisé non relu

PL. XVI

Le 5 août dernier, à la suite de rapports sexuels qui dataient de trois jours, Dum... aperçut une petite ulcération dans la rainure du gland, région médiane et supérieure. Deux jours plus lard, après des courses très fatigantes, une tuméfaction assez notable se manifesta dans l’aine droite. L’ulcération du gland fut cautérisée à l’aide du nitrate d’argent, et l’on appliqua des cataplasmes sur la tumeur inguinale.

Le 18 août il n’y avait plus de tuméfaction dans l’aine, mais l’ulcération du gland continuait à faire des progrès, en n’occasionnant toutefois que fort peu de douleur. A diverses reprises, les pansements furent changés, mais toujours sans succès.

Enfin du 25 au 27 août, une tumeur se développa entre les corps caverneux et la peau de la verge, immédiatement en arrière de l’ulcération de la rainure du gland. Les douleurs qu’éprouvait le malade étaient des plus aiguës, il ne pouvait dormir et n’obtenait un peu de soulagement qu’à l’aide de bains locaux dans l’eau froide.

Tel était l’état de Dum... lorsqu’il se présenta à la consultation, et l’on put alors reconnaître que la tumeur de la verge se trouvait abscédée, fluctuante vers son centre et sur le côtévoisinde l’ulcère de la rainure du gland. D’après cette disposition de rapportât la marche sur-aiguë qu’avait suivi l’abcès dans son développement, on crut devoir attribuer sa formation au passage du pus virulent dans le tissu cellulaire sous cutané. Ici, en effet, à part une comparaison facile à établir avec les accidents qui ont lieu, lorsqu’il se fait dans les tissus des fusées de matière inoculable, on pouvait constater encore que le limbe du prépuce, constituant un étranglement en avant de l’ulcère , le pus devait trouver plus

de facilité à pénétrer dans le tissu cellulaire lâche qui double les corps caverneux , qu’à se frayer une voie à travers l’obstacle qui l’empêchait de se porter au dehors. Quoiqu’il en soit, dans l’espérance qu’une rémission dans l’intensité des accidents inflammatoires diminuerait le gonflement des parties, et que l’étranglement formé par le limbe du prépuce se trouvant alors moins énergique, le pus s’échapperait sans qu’il fut besoin d’opérer, on eut recours aux applications de compresses imbibées d’une solution concentrée d’opium, et l’on donna pour calmer l’éréthisme, des pilules opiacées camphrées.

Dès la première journée de ce traitement, les douleurs furent considérablement diminuées, et le malade put dormir assez paisiblement.

Huit jours plus tard, le limbe du prépuce exerçant moins de constriction, il s’échappa beaucoup de pus sanieux. Aux applications opiacées on avait joint l’usage des cataplasmes de fécule, le malade gardait le repos, et prenait un bain tous les jours. Malgré l’amélioration obtenue, on s’aperçut bientôt que le foyer purulent se vidait mal; il gagnait en étendue, et quoique le traitement antiphlogistique fut régulièrement suivi, l’inflammation reparut avec intensité, en même temps que l’ulcération envahissait la couronne du gland.

Dum... fut alors admis dans l’hôpital, salle 2, n® 27, le 21 septembre.

On continua le traitement déjà prescrit, espérant que le repos au lit, et plus de sévérité dans le régime, permettrait de se dispenser du débridement, dans lequel on avait à craindre d’agrandir le champ de l’ulcération, qui ne manquerait pas de s’étendre, par l’action du pus virulent sur les tissus divisés.

Le 28, l’inflammation persiste, l’ulcération, visible à la couronne du gland, et qui se montrait recouverte d’une fausse membrane pultacée adhérente jaune verdâtre a pris une teinte livide, il y a début de gangrène, et l’opération du débridement devient urgente. On divise le prépuce par la face supérieure, afin de découvrir les parties ulcérées.

La couronne du gland se montre profondément ulcérée, et les corps caverneux sont dénudés dans une grande étendue, par suite de la destruction du tissu cellulaire , qui les unissait à la peau La face interne du prépuce offre aussi de larges ulcérations, correspondantes à celles du gland.

On continue les applications opiacées; même régime.

Le 30, il y a beaucoup de diminution dans

l’état inflammatoire, la tuméfaction est bien moindre ; la douleur constante qu’éprouvait le malade a cessé; le passage de l’urine sur les parties malades occasionne fort peu de cuisson, pourtant elles sont très sensibles au toucher, et leur aspect indique que la spécificité de l’ulcère n’a pas été détruite par la gangrène, dont on n’a, du reste, remarqué les escarrhes que sur les points soumis à l’action de l’étranglement. Sur les deux bras et sur la région scapalo-humérale gauche, on voit quelques petits points l’ouges saillants.

Cette éruption s’est faite sans prodromes appréciables, et se borne aux parties que nous avonsindiquées.

Même pansement; on donne des soupes et des bouillons.

Le 6 octobre, la tuméfaction est réduite des trois quarts, mais partout il y a progrès ulcératif; les bords de l’incision pratiquée pour opérer le débridement, ont subi l’influence du pus inoculable et sont envahis par l’ulcération. L’éruption continue à se développer avec assez d’activité;, elle est vésiculeuse.

On panse au vin aromatique*.

Même régime.

Le 8, les pansements au vin aromatique ont d'éterminé de l’irritation.

On reprend la solution opiacée. Même régime.

Le 12, l’irritation occasionnée par le vin aromatique a disparu. L’éruption a continué sa marche ; quelques vésicules se sont rompues, et de simples squammes ou bien de petites croûtes se montrent à la place qu’elles occupaient. D’autres enfin s’étant développées au point de constituer de véritables pustules, à leur rupture, la surface du derme ulcéré s’est recouvert de croûtes plus ou moins volumineuses.

On panse à la solution iodée, et l’on touche avec un pinceau trempé dans la teinture d’iode. On donne le quart de la portion alimentaire.

Le 14, les progrès de l’ulcération sont toujours très actifs ; on continue les pansements à l’iode, on donne par jour une pilule de proto-iodure de mercure avec la ciguë, et la tisanne de houblon avec deux grammes d’iodure de potassium.

demi-portion d’aliments.

Le 16, la suppuration demeure toujours très abondante. Le gland et la peau de la verge continuent à s’ulcérer avec activité. Ori panse une moitié des parties malades avec la solution iodée, et sur l’autre on applique de la charpie imbibée de vin aromatique, afin d’étudier comparativement, sur une même ulcération, l’influence decesagens

thérapeutiques. L’éruption ne fait pas de progrès.

Même traitement. Même régime.

Le 18, on soulève une des croûtes du bras gauche, et l’on trouve au dessous une surface ulcérée couverte d’un pus verdâtre , dont on se sert pour pratiquer une inoculation sur la cuisse droite par deux piqûres.

Le pansement au vin a produit de l’irritation ; on le suspend, et la solution d’iode est appliquée partout.

Même traitement. Même régime.

Le 20, les parties ulcérées ont un meilleur aspect ; elles se montrent presque partout d’une belle coloration rose.

L’éruption est de même en voie de guérison; les squammes se détachent.

Même traitement. Même régime.

Le 22, les tissus envahis par l’ulcération et qui, jusqu’à ce jour, avaient conservé une espèce de tension oedémateuse, mais sans présenter d’induration spéciûque, commencent à se ramollir.

Il y a tendance générale à la réparation, qui paraît débuter par l’angle supérieur de la division de la peau de la verge.

On donne deux pilules par jour et deux grammes et demi d’iodure de potassium.

Même pansement. On donne les trois quarts de la portion alimentaire.

Le 25, l’inoculation n’a rien produit. Il y a un peu de dévoiement. On donne trente grammes de sirop de pavot blanc.

Même traitement. Même régime.

Le 28, la cicatrisation continue à faire des progrès, et l’éruption cutanée se guérit; il ne reste que les croûtes les plus volumineuses.

On donne trois pilules et quatre grammes d’iodure de potassium.

Même régime.

Le 31, pendant la nuit, une érection a occasionné la déchirure d’une petite artère située à la région médiane et supérieure de la verge, dans le point correspondant à la couronne du gland ; on peut évaluer la perte du sang à un demi verre. Les applications froides n’ont pu arrêter l’hémorrhagie , qui se trouvait favorisée par un défaut de plasticité très remarquable dans l’état du sang ; mais elle a cédé sous l’influence de l’alun en poudre.

La cicatrisation marche et les chairs se nivellent. Du reste, on peut remarquer ici, comme chez la plupart des malades affectés d’ulcères phagedéniques dans ces conditions, que les corps caverneux ont mieux résisté que le gland au progrès ulcératif, et que la destruction de la peau est bien

plus considérable à la face dorsale de la verge que dans la région correspondant à l’urètre. Les dernières croûtes de l’éruption cutanée se sont détachées, et les tissus qu’elles laissent à découvert sont parfaitement cicatrisés, mais non déprimés.

Même traitement. Même régime.

Le 16 novembre, le malade demande à sortir ; il doit terminer chez lui son traitement.

Le 19, Dum... rentre dans le service, même salle, n“ 26. Il y a recrudescence de l’érUption cutanée, douleur de gorge assez intense, et sur l’amygdale droite, on aperçoit quelques ulcérations recouvertes d’une couche membraneuse blanc-grisâtre. Il n’y a pas, non plus que lors de la première entrée du malade, de l’engorgement des ganglions cervicaux.

On remarque dans la région du frein, sur le tronçon de gland épargné par l’ulcération, une petite surface recouverte d’une fausse membrane grisâtre; depuis le lendemain de la sortie du malade, elle a triplé d’étendue.

On donne une pilule de proto-iodure de mercure avec la ciguë. Deux grammes d’iodure de potassium avec la tisane de saponaire. Gargarisme au bichlorure de mercure dans la décoction concentrée de ciguë et de morelle. On cautérise l’ulcération avec le nitrate d’argent. Pansement avec la solution d’iode.

Soupes et bouillons pour aliments.

Le 25 , l’éruption cutanée a cessé ses progrès, et les ulcérations qui s’étaient formées sur les points primitivement malades offrent aujourd’hui des croûtes plus ou moins épaisses. Les douleurs de gorge sont bien moindres. On remarque aussi du mieux dans l’aspect de l’ulcération de la verge.

Même traitement. Même régime.

Le 30, il n’y a plus de douleurs de gorge, et les ulcérations de l’amygdale ont presque complètement disparu. Quelques croûtes se sont détachées de la peau.

Même traitement. On donne la demi-portion d’aliments.

Le 10 décembre , la gorge est parfaitement guérie.

Même traitement. Même régime.

Le 16, il ne reste plus de croûtes h la peau.

Même traitement. On donne les trois quarts de la portiou alimentaire.

Le 21, on voit à la place de l’éruption des taches brunes très déprimées. L’ulcération de la

verge n’existe plus. Dum.sort de l’hôpital ; il

devait continuer son traitement pendant un mois. Mais à peine dehors, toute médication fut cessée; il y eut même quelques écarts de régime ; aussi,

le 11 janvier 1842, le malade se présentait à la consultation. Il y avait recrudescence de l’éruption. Aux deux bras, les cicatrices de la dernière éruption s’étaient ulcérées. Enfin, sur la joue gauche, on voyait deux croûtes jaunâtres , saillantes et irrégulières dans leurs contours. On prescrivit le traitement par les pilules de protoiodure de mercure avec la ciguë, la tisane de saponaire et l’iodure de potassium.

Cette médication futcontinuée jusqu’au l"mars, mais avec assez d’ii’régularité pour que la maladie ne fût pas influencée ; ausssi Dum.crut-il de¬

voir rentrer à l’hôpital, salle 1, u” 16.

Aujourd’hui, de larges croûtes recouvrent la plupart des points sur lesquels l’éruption avait son siège. Les croûtes, particulièrement au visage, sont d’un jaune verdâtre clair et lorsqu’on les arrache, on trouve au-dessous une ulcération rougeâtre granulée, dont la surface est plus élevée que celle de la peau saine, on remarque à leur circonférence un cercle inflammatoire de peu d’étendue. Sur les deux bras, région antérieure et moyenne, on voit deux larges ulcérations dont la croûte s’est détachée depuis quelques jours. Au bras droit, les bords de l’ulcération sont nettement tranchés, minces et dentés en scie très fine; ils offrent une coloration rose, tandis que le centre de la surface malade est grisâtre et paraît en quelques points recouvert d’une espèce de membrane tomenteuse qui noircit en se desséchant. Sur le bras gauche, l’ulcération offre à peu près le même aspect; seulement, sa surface est presque partout recouverte d’une croûte mince et noirâtre formée par la dessication de l’espèce de membrane dont nous avons signalé la présence sur le bras droit.

On ordonne de reprendre le traitement par les pilules de proto-iodure de mercure et par l’iodure de potassium. On panse les ulcérations avec la

teinture d’iode. On donne les trois quarts de Iq portion d’aliments.

Le 10, le traitement mercuriel agit sur la bouche ; le bord libre des gencives est rouge et tuméfié ; il y a saveur métallique et début de salivation.

On suspend l’administration des pilules de protoiodure de mercure, et l’iodure de potassium est continué à la dose de quatre grammes. On touche les gencives avec un pinceau trempé dans l’acide chlorhydrique, et l’on donne un gargarisme avec le quinquina.

Même pansement. Soupes et bouillons.

Le 14, la stomatite mercurielle a disparu.

On continue le gargarisme. On donne deux pilules de proto-iodure de mercure. Continuation des autres parties du traitement. Demi portion d’aliments.

Le 20, les croûtes de l’éruption se sont toutes détachées sans laisser d’ulcération à leur place , et les plaques ulcérées sont presque cicatrisées.

On donne trois pilules et cinq grammes d’iodure de potassium.

Même pansement. Même régime.

Le 30, les cicatrices qui marquent le siège de l’éruption sont partout franchement déprimées , et leur coloration est rouge brunâtre. Cette dépression est d’autant plus considérable , que les parties avaient été plus profondément intéressées.

Même traitement. Même régime.

Le 5 avril 1842, la dépression des taches de terminaison et des cicatrices qui ont succédé à l’éruption n’a pas augmenté ; elle paraît arrivée à son terme.

Le malade sort de l’hôpital.

Nous avons revu Dum.le 8 avril 1843, et jus¬

qu’à ce jour il ne s’est produit chez lui aucun autre accident. Il nous a dit pourtant s’être assez fréquemment exposé à des écarts de régime.

Page 1