ULCÉRATION PRIMITIVE ET NON INDURÉE DE LA GENCIVE SUPÉRIEURE
OBSERVATION
Voici un ulcère virulent primitif de la gencive, contracté par le fait de l’application de la bouche sur les organes génitaux d’une femme affectée de chancre.
C’est le seul exemple que nous ayons rencontré ; ce qui prouve que les chancres des gencives sont beancoup plus rares que les ulcérations virulentes des lèvres et de la langue, que nous avons eu occasion d’observer plusieurs fois.
Cette ulcération, dont la durée n’a pas été très longue, suivit la marche ordinaire du chancre non induré. Elle guérit, sous l’influence de cautérisations souvent répétées avec le nitrate d'argent.
et de quelques lotions avec le vin aromatique.
Notre but, en signalant cet exemple, est de prouver que le pus virulent syphilitique inoculable, n’a pas pour siège d’élection tel ou tel organe en particulier, et qu’il agit toujours, d’abord localement, partout où il rencontre les conditions voulues pour son développement.
De plus, ce qui prouve que la gravité de la syphilis ne dépend pas, comme on l’a dit, du siège de l’accident primitif, c’est que, chez ce malade, il n’y a pas eu d’infection constitutionelle, ainsi qu’on a pu le constater longtemps après l’époque où ils auraient dû se développer.
Pc. XXI.
ULCÈRE PRIMITIF NON INDURÉ DU FREIN (CHANCRE TÉRÉBRANT DU FREIN). PARAPHIMOSIS.
OBSERVATION
Le chancre se rencontre souvent sur le frein ou dans son voisinage.
L’introduction et le séjour du pus virulent dans les follicules nombreux dont cette région est pourvue, les éraillures de l’épiderme et les déchirures qui arrivent pendant les rapports sexuels, constituent autant de causes qui déterminent la prédilection de l’ulcère primitif pour ce siège.
On trouve , dans l'homogénéité du tissu du frein, la raison pour laquelle le chancre, qui s’établit sur lui, est presque toujours lérébranl.
La partie qui résiste ordinairement plus longtemps à ses envahissements, est celle qui renîerme l’artère. Quelquefois il arrive que l’ulcération virulente est cicatrisée, avant que le frein n’ait été rongé entièrement; mais alors la guérison est plus longue à obtenir; et le frein, souvent réduit à l’état de fil, peut devenir l’occasion de nouveaux accidents, parle fait de sa rupture. Voilà pourquoi il est toujours plus prudent d’en pratiquer la section, comme nous l’avons l'ait sur ce malade , à l’aide du procédé suivant : on coupe, avec des ciseaux fins, le frein décollé au niveau de ses deux points d’insertion. Après la section, il faut s’occuper attentivement d’arrêterl’hémorrhagie,dont les suites peu importantes, au premier aspect, pourraient devenir très graves. Un de nos confrères, qui s’était pratiqué cotte petite opé¬
ration, lui-même, a failli, devenir victime des conséquences d’une semblable hémorrhagie. Ordinairement on pince avec les doigts les parties d’où le sang s’échappe, et on les cautérise avec le nitrate d’argent. L’application du froid, de l’agaric, et des autres moyens hémostatiques peuvent parfois suffire. Dans quelques cas rares où l’hémorrhagie était rebelle, nous avons été forcés de traverser les tissus avec une épingle et d’exercer une compression en appliquant un fil en 8 de chiffre.
On pourrait encore, avant de faire la section du frein, pratiquer une ligature aux deux extrémités avec un fil de soie. De cette manière , on empêcherait sûrement l’hémorrhagie, et l’absence de la douleur pendant la section, dédomagerait de celle qu’occasionne la ligature.
Le traitement de ce malade consista dans la cautérisation de l’ulcère avec le nitrate d’argent, et les pansements furent faits avec de la charpie imbibée de vin aromatique.
Chaque région inguinale était devenue en même temps le siège de l’inflammation aiguë d’un ganglion superficiel. Ces adénites suppurèrent, et le foyer demeura virulent, malgré le traitement mercuriel que le malade avait subi déjà avant son entrée à l’hôpital. Ce traitement consista en 110 pilules de Dupuytren et tisane de salsepareille.
CHANCRE INDURÉ GANGRÉNEUX. SYLPHIDE VÉSICULO-PUSTULEUSE; ACCIDENTS SECONDAIRES PRÉCOCES.
OBSERVATION
Le malade qui a fourni le sujet de la fig. : 4 (planche xxi) était d’une constitution lymphatique très prononcée. Il avait été vacciné dans son enfance , et, jusqu’à l’âge de 25 ans , jamais il n’avait eu d’affection cutanée.
Le lendemain d’un coït impur avec une fille publique, il s’aperçut d’une écorchure, qui avait le limbe du prépuce pour siège ; présumant qu’elle devait guérir d’elle-même , il ne fit aucun traitement. L’écorchure devint une ulcération qui s’indura, et plusieurs ganglions de la région inguinale voisine se tuméfièrent, sans occasionner beaucoup de douleur.
Pendant trois semaines, Tulcéralion demeura indolente : elle suppurait à peine et faisait peu de progrès.
Elle devint tout à coup inflammatoire et douloureuse , à la suite d’un abus de liqueurs alcooliques que le malade avait fait. La tuméfaction s’accrut, la suppuration augmenta et la surface ulcérée, qui avait été grisâtre jusque là, fut parsemée de points noirs évidemment gangréneux.
Le prépuce avait toujours été mobile sur le gland et le recouvrait habituellement; mais le malade voulant laisser l’ulcération à découvert, s’avisa un jour de le refouler fortement en arrière ; il en résulta un paraphimosis compliqué d’oedème dur.
Quand le malade vint réclamer nos soins, l’ulcération datait de six semaines : elle était large et saillante; sa base présentait l’induration caractéristique et il y avait un engorgement œdémateux des parties voisines. Ses bords étaient un peu renversés mais sans décollement. Â sa surface, des bourgeons rosés de la période de répa- Pl. XXI.
ration apparaissaient déjà ; cependant, dans quelques points, on voyait encore les traces de la gangrène moléculaire qui avait existé.
Nous trouvâmes, dans les régions inguinales, plusieurs ganglions qui présentaient au toucher une espèce d’induration élastique : ils étaient indolents, isolés et mobiles sous la peau.
L’absence de toute espèce de traitement, la marche des accidents successifs {adénites indolentes multiples) et la nature de l’ulcération primitive, firent présumer avec raison, chez ce malade, l’existence de la diathèse syphilitique. Il est vrai que l’ulcération avait été gangréneuse ; mais la gangrène tardive n’empêche pas l’infection constitutionnelle.
On prescrivit l’usage de la tisane de salsepareille, un régime doux et des bains.
L’ulcération fut pansée avec de la charpie enduite de cérat opiacé.
Il y avait trois semaines environ que le malade suivait ce traitement, quand il éprouva des douleurs sus-orbitaires nocturnes, des douleurs vagues dans le voisinage des articulations; il lui survint, en outre, un engorgement des ganglions cervicaux postérieurs, accompagné de gêne dans les mouvements du cou. Son teint était devenu légèrement chlorotique. 11 n’existait aucun trouble de la circulation , si ce n’est un léger bruit de souffle au premier temps du cœur.
La peau, qui jusque là n’avait rien présenté de particulier, fut parsemée de petits points rouges semblables à des piqûres de puce.
Cette éruption ne se fit pas partout en meme temps : elle avait pour siège le torse et les membres; elle n’avait été précédée ni accompagnée de
fièvre ; elle n^avaii pas occasionné de démangeaisons.
En dehors des anlécédents que nous venons de signaler, aucune cause accessoire d’évolution n’avait pu être appréciée. Cependant à ces maculesrouges, qu’une légère pression faisait momentanément disparaître , succédèrent bientôt de petites élevures miliaires, remplies par une sérosité demi-transparente et grisâtre qui avait soulevé l’épiderme; en prenant de l’accroissement, elles devinrent semblables aux vésicules de l’eczéma. Elles étaient entourées par un cercle rose, dont la teinte devenait de plus en plus foncée , à mesure que l’éruption elle-même progressait : elles finirent par revêtir la forme vésiculopustuleuse de la varicelle conoïde.
L’éruption dura plus de six semaines; mais elle ne parcourut pas partout les différentes phases de son développement :
En plusieurs endroits, elle s’est éteinte à la période maculeuse, sans laisser aucune trace de son passage.
Un grand nombre des vésicules miliaires ou eczémateuses qui se flétrirent et se résorbèrent, n’ont laissé, après leur dessication, qu’une desquammalion légère de l’épiderme sans taches persistantes.
Là où l’éruption avait pris le plus d’accroissement, le liquide devenu purulent ne s’est pas résorbé; il a formé, en se desséchant, un grand nombre de croûtes grisâtres ou verdâtres , dont quelques-unes sont restées adhérentes pendant plus de quinze jours. Après leur chute , on trouva, à la place qu’elles avaient occupée, une tache lisse rougeâtre et environnée d’un liseré gris, produit par le décollement de l’épiderme.
Les croûtes, qui furent prématurément arrachées , mirent à nu une surface légèrement ulcérée, et l’on trouva, après la dessication de quelques pustules, des dépressions légères et des cicatricules de la peau.
Quant à l’ulcère primitif, on n’obtint sa cicatrisation qu’après la disparition des accidents cutanés. Il a été pansé avec de la charpie enduite de la pommade suivante :
Gérât opiacé. 30 grammes.
Calomel à la vapeur. 2 grammes.
Aucun traitement local n’a été fait pour l’engorgement des ganglions inguinaux.
Cet engorgement disparut au bout de deux mois, et l’induration du chancre au bout de trois mois, sous l’influence du traitement général que voici :
Tous les jours, un litre d’une décoction de tiges de douce-amère édulcorée avec 60 grammes de sirop de gentiane.
Tous les soirs, une des pilules suivantes :
^ Proto-iodure de mercure. ) „
Thridace, [aa 3 grammes.
Extrait thébaïque. 1 gramme.
Extrait de cigüe. 6 grammes.
M. S. A. pour 60 pilules.
On augmenta, la dose des pilules, d’une tous les huit jours, et on s’arrêta â la dose de trois par jour.
On prescrivit en même temps douze pilules de Vallet, par jour, et deux bains par semaine. Pendant le cours du traitement, on entretint la liberté du ventre avec de l’eau de Sedlitz administrée de temps en temps.