‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 57 sur 121 · PI. XXIII BIS · texte numérisé non relu

PI. XXIII BIS

forte induration spécifique qui persistait audessous de la cicatrice qui avait succédé à l’ulcération. Pendant trois mois le malade dut porter des sondes à demeure, souvent renouvelées avec augmentation de calibre ; mais de temps en temps on lui laissa des intervalles de repos.

Toutefois, vu la persistance de l’induration qui laissait des craintes pour l’avenir du malade, et qui donnait une sorte de spécificité au rétrécissement, je conseillai la continuation du traitement mercuriel pendant encore trois mois; ce qui, ajouté aux quatre mois de la médication antérieure, constitua un traitement mercuriel de sept mois, à l’exception de quelques jours, pendant lesquels on fut obligé d’en suspendre l’usage , à cause de la salivation qu’il occasionnait de temps en temps.

Jusqu’au mois de mars 1845, ce malade n’eut aucune manifestation d’accidents secondaires; mais alors il éprouva des douleurs tellement intenses dans les muscles et dans les articulations, qu’il ne pouvait marcher. Pendant plus de deux mois ces douleurs persistèrent. Mais c’est au commencement de juin que débuta la maladie pour laquelle B*** entra à l’hôpital du Midi. Il se forma d’abord un petit bouton au-dessus de la racine du nez. Ce bouton que le malade écorchait sans cesse, s’irrita et prit de l’accroissement. Successivement, plusieurs boutons se développèrent autour de celui-ci, et formèrent un groupe qui avait pour siège la partie antérieure du front. Quinze jours plus tard, un groupe de boutons pareils apparut au-dessus de

la clavicule droite. Ces éruptions se manifestèrent lentement, sans douleur et sans démangeaisons.

Quand le malade fut soumis à mon observation, l’éruption avait une forme irrégulièrement arrondie; elle était constituée par des tubercules confluents qui afléclaient toute l’épaisseur de la peau, qui se trouvait là plus adhérente aux parties sous-jacentes. La surface de ces tubercules était mamelonnée. Quelques-uns étaient surmontés de pustules qui renfermaient du pus encore à l’état liquide ; un plus grand nombre étaient recouverts de croûtes épaisses, brunes , verdâtres, bombées, très-adhérentes et plus étendues que les surfaces qui les avaient produites. D’autres tubercules sur lesquels il n’y avait pas de croûtes, avaient une couleur lie de vin. Du reste, l’éruption paraissait enchassee dans delà peau saine.

Les antécédents du malade et la description de sa maladie que nous venons de donner prouvent qu’il s’agissait bien , chez lui, d’une variété des syphilides tuberculo-crustacées , constituant un accident secondaire tardif, développé en dépit d’un traitement mercuriel très-longtemps suivi , qui n’avait qu’empêché la manifestation des accidents secondaires de la première phase.

Voici le traitement qui fut prescrit:

On appliqua sur les groupes de l’éruption des disques de sparadrap de Vigo cum Mercurio, renouvelés tous les deux ou trois jours.

Le malade prit de la décoction de quassia amara, édulcorée avec du sirop de gentiane.

Tous les jours, deux pilules de proto-iodure de mercure, de cinq centigrammes chaque ; en outre, trois grammes d’iodure de potassium en solution et en trois doses.

Vers le cinquième jour de ce traitement, il survint une éruption abondante de petites pustules psydraciées, occasionnée par l’usage de l’iodure de potassium.

Le H juillet, le malade fut pris de céphalalgie intense, d’une douleur de l’oreille droite, accompagnée d’une fièvre très-forte. On suspendit alors Tusage du traitement. Le malade fut mis à la diète , à l’usage des boissons délayantes, et on lui pratiqua une saignée du bras. Les douleurs de l’oreille continuant à être très-fortes, on fit successivement deux applications de sangsues sur l’apophyse mastoïde du côté malade.

Le 15 juillet, une grande quantité de pus s’écoula par le conduit auditif externe ; les douleurs et la fièvre avaient cessé. On revint à l’usage du premier traitement, et le malade sortit guéri des symptômes pour lesquels il était entré à Thôpital, le 30 du mois d’août 1845.

SYPHIl^IDE VESICULO PUSTULEUSE ANNULAIRE. — VARIETE U’HERPÈS ÏMPETIGINEUX, FORME DEJA TARDIVE.

OBSERVATION

Le nommé P***, âgé de 23 ans, d’une bonne constitution , né de parents sains, avait été vacciné et avait toujours joui d’une bonne santé.

Il y a quatre ans et demi, à la suite de rapports sexuels, il fut affecté de plusieurs ulcérations au gland et au prépuce. Ces ulcérations ne lurent point accompagnées de bubons suppurés.

Le malade fît un traitement par des pilules mercurielles qui déterminèrent un peu de salivation, ce qui l’engagea, au bout de quinze jours, à en suspendre l’usage. Peu de temps après ce traitement, il lui survint à l’anus des boutons douloureux, excoriés et donnant lieu à une sup¬

puration fétide. Ces boutons eurent une assez longue durée, et ne cédèrent qu’à l’usage de nouvelles pilules qu’on lui fit prendre.

Le malade avait eu , en même temps que les ulcérations de la verge, un écoulement urétral qui fut traité par les injections astringentes.

Depuis cette époque, il jouissait d’une bonne santé, lorsqu’il y a trois mois il fut pris de l’éruption pour laquelle il entra à l’hôpital. Cette éruption avait pour siège la peau de la verge, le scrotum, la face interne des cuisses, et quelques points du torse. Elle avait débuté d’une manière lente par de petites macules d’un rouge foncé,

PI. 23 ils.

Dessmé d'après jiature et Jith parlBion-

lmp Jith. de A Artus

suivies de la production de petits boutons suppurés, disposés en cercles plus ou moins complets et assez rapprochés les uns des autres. La suppuration s’était desséchée, en formant des croûtes bombées, saillantes, fendillées, plus étendues que la surface qui les avait produites, et d’une couleur brune, verdâtre. En les détachant, on trouvait, au-dessous, une surface excoriée, papuleuse, plus saillante que les parties saines, de couleur cuivrée et entourée d’une aréole d’un rouge sombre vineux. Dans le centre de quelques-uns de ces cercles existait une vesico-pustule croûteuse, à base papuleuse et donnant au groupe l’aspect d’une cocarde. Du reste, l’éruption offrait à la fois les caractères de l’herpès circiné et de l'impétigo annulaire. Elle s’était faite partout, et persistait, sans démangeaisons, si ce n’est au scrotum, où le malade avait éprouvé, dès le début, un léger prurit qu’il ressentait encore.

La langue présentait, vers sa pointe, quelques papules saillantes , grisâtres et à base un peu profonde. Il n’existait aucun autre symptôme-

Bien que cette forme d’éruption soit moins caractéristique que quelques autres, et qu’il soit plus difficile d’en préciser les signes différentiels, d’avec quelques formes vulgaires ; sa fréquence encore assez grande chez les sujets entachés de syphilis constitutionnelle déjà un peu vieillie ; la régularité des antécédents, les particularités du début, de la marche et de la physionomie sur lesquelles nous avons insisté, dans la description; la persistance et la résistance aux divers traitements, en dehors de la médication antisyphilitique, doivent permettre de la rattacher aux syphilides.

Ce malade fut, en conséquence, soumis à un traitement. Il prit de la tisane de tiges de douce amère, des pilules de proto-iodure de mercure de cinq centigrammes chaque. D’abord une tous les jours; puis huit jours plus tard, deux; puis enfin après huit autres jours, trois.

On appliqua, sur l’éruption, des morceaux de sparadrap de Vigocum JfercMno, je prescrivis en outre deux bains par semaine, et le malade sortit de l’hôpital entièrement guéri de son éruption, au bout d’un mois.

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