ACCIDENT DE TRANSITION
OBSERVATION
Garig*** Cosme-Camille, âgé de 33 ans, né à Clermont, en Auvergne, garçon boucher, d’un tempérament lymphatico-nerveux, était issu de parents sains. Sa mère avait eu vingt-un garçons et une fille. Onze des garçons sont morts du choléra.
G*** avait eu la petite vérole dans son enfance; mais depuis, il avait toujours joui'd’une bonne santé.
En 1832, il fut affecté d’une blennorrhagie urétrale et d’une épididymite, qui toutes deux cédèrent à l’usage des antiphlogistiques et des antiblennorrhagiques ordinaires sans traitement mercuriel.
Deux mois plus tard, il entra à l’hôpital du Midi (service de M. Ricord), avec un écoulement blennorrhoïde symptomatique d’un chancre urélral induré. Le pus fourni par l’urètre fut inoculé, et et les résultats de l’inoculation furent positifs. Cette fois, il ne fut pas affecté d’épididymite, mais on constata chez lui une tension indolente des ganglions inguinaux. 11 fut soumis à un traitement par le proto-iodure de mercure, à la dose de 5 centigrammes par jour d’abord, puisa 10, puis à 15. — Après quarante jours, il sortit guéri de rhôpital.
En 1833, ce malade fut traité pendant trois mois dans un autre hôpital pour une affection cérébrale. Dans le courant de la même année, il revint à l’hôpital du Midi avec une syphilide ecthymateuse et quelques croûtes du cuir chevelu, qui cédèrent à un traitement mercuriel.
En 1834, il paraît qu’il aurait eu une récidive de l’éruption cutanée, et postérieurement un chancre non induré sur le prépuce. Il a été traité pour ces accidents dans un autre hôpital.
En 1835, il revint à l’hôpital du Midi avec une blennorrhagie compliquée d’épididymite,
PL. XXIV ET XXIV bis.
En 1838, il fut de nouveau traité à l’hôpital du Midi pour une syphilide ecthymateuse.
En 1839, il fit encore deux ou trois séjours très courts à l’hôpital du Midi, et sortit non guéri des récidives des accidents constitutionnels pour lesquels il avait déjà subi plusieurs traitements.
Enfin, le 6 décembre de la même année, il entra salle 3, lit 10, service de M. Ricord, avec la syphilide tuberculeuse qui fait le sujet des planches n“ XXIV et n» XXIV bis.
Déjà ce malade avait éprouvé des douleurs céphaliques et des douleurs rhumatoïdes préarticulaires nocturnes, lorsque l’éruption que nous allons décrire se développa. Elle eut d’abord pour siège les membres pelviens et thoraciques, puis la face et le cuir chevelu.
Isolée dans quelques points, groupée dans d’autres, irisée ou serpigineuse, cette éruption présenta les phases suivantes : macules d’un rouge sombre et cuivré avec épaississement du derme; granulations miliaires; tumeurs de plus en plus volumineuses et entourées d’un cercle rouge sombre : les unes avec intégrité de l’épiderme ; d’autres recouvertes de squammes fendillées, rugueuses et nacrées ; d’autres enfin , après avoir subi un travail d’ulcération et de suppuration à la surface, étaient revêtues de croûtes stratifiées et verdâtres. Cependant çà et là on remarquait des pustules ecthymateuses au sommet des tubercules. Dans les points où la suppuration s’était établie, après la chute des croûtes, spontanée ou artificielle, on découvrait une ulcération à fond rougeâtre, à bords taillés à pic et irrégulièrement arrondis.
Là où siégeaient les squammes, le tubercule, après leur chute, avait conservé sa saillie. Dififé-
renls temps d’arrêt, différents modes de progression ou de terminaison, avaient rendu polymorphe l’aspect général de cette éruption, qui n’avait jamais été précédée ni accompagnée de fièvre. 11 n’y avait jamais eu de démangeaisons, si ce n’est au cuir chevelu.
Voici le traitement mixte des accidents de transition qu’on fit alors subir au malade :
Tisane amère, iodure de potassium en solution à la dose de 3 grammes par jour.
Tous les soirs, une pilule de proto-iodure de mercure, puis 2, puis 3, puis 4.
Après avoir préalablement détaché, à l’aide de cataplasmes de fécule de pommes de terre, les squammes et les croûtes, on couvrit les parties malades avec du sparadrap devigo cummercurio.
Sous l’influence de cette médication, les ulcères furent promptement cicatrisés; les tubercules se flétrirent, se ridèrent, et subirent une sorte de ramollissement gélatineux par le fait du travail de résorption.
Les cicatrices qui succédèrent aux ulcérations étaient déprimées et irrégulièrement rayonnées. Là où il n’y avait pas eu d’ulcération, on trouvait un tissu inodulaire, dur, saillant, gauffré, qui avait beaucoup d’analogie avec certaines tumeurs kéloïdes. En général, ces cicatrices ressemblaient à celles des brûlures ou des ulcères scrofuleux ; quelques unes, de couleur lie de vin, sont restées fort longtemps vasculaires.
Après être demeuré cette fois 55 jours à l’hôpital du Midi, G*** sortit guéri, en apparence, d’une manière plus complète.
Cependant en 1843, il alla dans un autre hôpital pour des douleurs ostéocopes.
Le 16 février 1844, il revint à l’hôpital du Midi (service de M. Ricord) dans les conditions suivantes : 11 éprouvait depuis un mois des douleurs ostéocopes nocturnes très intenses qui le privaient de sommeil. Parfaitement localisées, ces douleurs, avaient pour siège différents points de la face antérieure du tibia droit, du cubitus gauche à sa
partie supérieure et de l’os malaire du même côté ; ces douleurs s’exaspéraient par la pression et la chaleur du lit. A la place qu’elles occupaient, se manifestèrent bientôt des tumeurs dures, adhérentes par leur base, sans chaleur ni changement de couleur à la peau qui restait mobile sur elles. Ces tumeurs, devant être rapportées à des exostoses épiphysaires, semblaient devenir de moins en moins douloureuses à la pression, à mesure que leur volume augmentait.
Ces nouveaux accidents ont été traités par la tisane de houblon et la solution d’iodure de potassium à la dose de 3 grammes par jour. On recouvrit les tumeurs osseuses avec des emplâtres de vigo cum mercurio.
3 jours, de ce traitement suffirent pour chasser les douleurs et rendre le sommeil au malade.
Après 15 jours, les tumeurs avaient déjà diminué, et elles étaient presqu’entièrement dissipées, quand le malade sortit encore malgré nous de l’hôpital, le 23 avril 1844. Le 26 du même mois,«de la même année, il y revint pour continuer son traitement jusqu’au 3 juin.
Enfin, le 17 septembre 1844, il fût admis salle 3, lit 8 , avec les symptômes suivants : les deux os malaires et le frontal, dans les deux régions sus-orbitaires, étaient le siège d’un gonflement très prononcé, avec douleurs vives qui s’accroissaient par la pi’ession et s’exaspéraient la nuit.
Indépendamment de ces douleurs locales, le malade éprouvait des crises de céphalalgie nocturne, avec un trouble de la vision de l'œil gauche. Les objets qu’il fixait lui paraissaient multiples et sautillants. Il était presque complètement sourd de l’oreille droite.
Le traitement qu’il a suivi depuis a consisté dans l’ùsage de la tisane amère, et de l’iodure de potassium. Aujourd’hui 27 novembre 1844, tous les symptômes que nous avons décrits ont complètement disparu.
Peml daprés nature et liti.par Emile Beai
PL. 24 bis
Peint d'après nature et lith .par F.mile Beau
Imp.'leiriercier.