EXPLICATION DE LA PLANCHE XXVI
On voit, sur le dos et sur le bras, une éruption à différents degrés de développements : macules, vésicules, vésico-pustules et pustules-crustacées.
C’est surtout au bras qu’on peut constater la manière dont l’éruption progresse du centre à la circonférence : les croûtes sont enchâssées par un cercle d’épiderme que du pus soulève. Ce cercle est lui même entouré par une aréole rouge dont l’épiderme va aussi se soulever, et ainsi de suite.
En arrière du bord postérieur de l’aisselle, se trouve un groupe d’ulcérations superficielles, mises à découvert par la chute des croûtes.
Au bas de la joue, près de l’angle de la mâchoire inférieure, existe une ulcération profonde, à bords saillants, taillés à pic, et légèrement renversés.
Dessiné d après nature par F Bien
Irap.LemercieràParis
P1.26 bis.
lilh Escîier,fl,rue Béthisi
PLANCHE XXVI BIS
ÉRUPTION PUSTULO-GRUSTACÊE , RÉPUTÉE SYPHILITIQUE , FORME DE ZONA.
OBSERVATION
maçon, âgé de 47 ans, avait la peau blanche, les cheveux châtains, était très-médiocrement musclé et d’un tempérament lymphatique très-prononcé. 11 eut, en 1826, une blennorrhagie urétrale qui disparut au bout de huit jours sans aucun traitement.
Ce malade avait de fréquents rapports avec des femmes, et il vil survenir, en 1839, un engorgement des ganglions inguinaux du côté gauche qui se termina par suppuration. On fit l’ouverture de l’abcès avec le bistouri, et aucun traitement méthodique n’intervenant, la cicatrisation ne fut obtenue qu’au bout de quatre mois.
Le malade ne remarqua aucun autre symptôme, ni avant, ni pendant, ni après la suppuration des ganglions inguinaux.
En 1842, se manifesta, sansprodrômes, l’éruption dont nous avons fait dessiner les restes.
Constituée par des pustules crustacées, cette éruption avait pour siège le côté gauche du thorax. Elle avait débuté au niveau des cartilages sterno-costaux des huitième et neuvième côtes. Les pustules s’étaient développées lentement : entourées d’une aréole d’un rouge clair, elles s’étendirent peu àpeujusqu’à l’épine dorsale, en suivant toujours la direction des huitième et neuvième côtes.
A ces pustules, suoeédèrentdes croûtes flavescentes, dont les plus développées n’avaient plus la forme arrondie. Au fur et à mesure que les anciennes pustules se desséchaient et que les croûtes tombaient, quelques-unes, mettant à découvert après leur chute
des ulcérations superficielles d’un aspect scrofuleux et d’une couleur jaunâtre, de nouvelles pustules surgissaient avec la même marche et continuaient à former le zona. Les deux croûtes les plus saillantes et les plus développées étaient d’une couleur verdâtre et avaient une forme de rupia qui présentait beaucoup d’analogie avec le rupia syphilitique.
Lorsque le malade vint à l’hôpital, tous ces accidents étaient en voie de guérison spontanée, car il n’avait fait aucun traitement; seulement, les deux croûtes de rupia persistaient; et, comme un instant on supposait l’éruption syphilitique, on avait commencé un traitement mercuriel; mais, après huit jours de l’application de cataplasmes de fécule de pommes de terre, quelques bains et l’usage de la tisane amère, tous ces accidents disparurent; l’on dut en conclure, en remontant aux antécédents du malade, qu’il s’agissait ici d’une éruption pustulocrustacée vulgaire dépendante de la constitution lymphatique du sujet, et n’ayant aucun rapport avec les antécédents vénériens du malade.
C’est avec des observations analogues qu’il est facile de faire l’histoire de blennorrhagies virulentes, de bubons d’emblée et d’accidents secondaires, quelle que soit leur forme, à des époques indéterminées, lorsque les malades n’ont pas fait de traitement spécifique. Mais pour ceux qui connaissent la régularité de l’évolution des accidents syphilitiques, s’il peut y avoir un instant de doute avant un examen approfondi, l’analyse les conduit bientôt à un diagnostic rigoureux.