PL. XXIX
couche pseudo-membraneuse grisâtre, analogue à celle des chancres à la période de progrès. Au premier aspect, on croyait reconnaître tous les caractères du chancre dit huntérien. Mais les antécédents du malade, les symptômes concomitants analogues, qui siégeaient sur l’épaule, le mode d’évolution (début tuberculeux avant l’ulcération), l’absence de l’engorgement des ganglions inguinaux et les résultats négatifs de l’inoculation artificielle, ne permirent pas de douter qu’il s’agissait d’un tubercule de transition, symptôme tardif d’une syphilis constitutionnelle.
Dans des accidents de ce genre, l’erreur de diagnostic est facile, et, probablement, voilà pourquoi M. Babington, trompé par les apparences, a pu croire que le chancre débutait quelquefois par l’induration.
C’est sans doute aussi par suite d’une erreur de diagnostic analogue, que quelques praticiens, oublieux des antécédents de leurs malades ont pris ces tubercules de transition pour des ulcérations primitives, et ont cru à la possibilité du développement d’une exostose, comme symptôme précoce et première manifestation d’une syphilis constitutionnelle.
Voici le traitement qu’on fit suivre au malade qui fait le sujet de cette observation : Tous les jours trois verres de tisane de saponaire, une pilule de proto-iodure de mercure et deux grammes d’iodure de potassium.
On pansa les tubercules ulcérés avec de la charpie imbibée du liquide suivant :
^ Eau distillée, 100 grammes;
Teinture d’iode, 2 grammes ;
lodure de potassium, 30 centigrammes.
Depuis le 5 août, le malade était soumis h ce traitement et déjà les symptômes étaient en voie de guérison très avancée, lorsque le 16 du même mois, à sept heures et demie du matin, il alla aux lieux; là il vit ;du sang s’écouler par l’ulcération de la verge, et il fut pris d’un étourdissement subit. 11 rentra dans la salle, se jeta sur son lit et expira en moins de cinq minutes. Jusque-là, en dehors des accidents que nous venons d’énumérer, aucun autre symptôme, ni aucune plainte du malade n’avaient fait soupçonner des lésions plus profondes.
Avant de mourir, la face était devenue violacée.
puis très pâle. Il n’eut que le temps de pronon^ cer ces mots : « Je me sens très mal. »
On procéda à l’autopsie 24 heures après la mort, et voici ce que l’on constata :
Le cœur et les poumons exceptés, tous les viscères étaient sains, mais ils présentaient une congestion sanguine très prononcée.
Le cœur était hypertrophié : ses cavités étaient remplies de sang pris en caillots peu consistants, l’endocarde du ventricule droit avait plus d’un millimètre d’épaisseur, il était de couleur blanc mat et de consistance fibreuse.
Quant à Dendocarde du ventricule gauche, il ne présentait rien d’anormal, mais àla pointe du cœur etsursaparoi interne, on voyait une couche de sang friable, adhérente et au-dessousde laquelle se trouvait une espèce de foyer apoplectique, qui avait pour siège toute ^épaisseur de la paroi ventriculaire. Le sang était là intimement combiné avec la substance musculaire, qui avait perdu sa consistance normale ; ce qui permet de présumer que Paffection n’était pas un accident récent. Le péricarde, au niveau de ce foyer, était boursouflé et épaissi.
Le cœur, à son sommet, était extérieurement recouvert par une fausse membrane, épaisse de trois millimètres.
Les parois ventriculaires présentaient, dans plusieurs points, une altération tuberculiforme , constituée par une matière jaunâtre, dure, criant sous la pointe du bistouri, sans vascularité, de consistance squirrhoïde en quelques points, et dans d^autres, analogue pour Paspectàla matière tuberculeuse en voie de ramollissement. En un mot, on retrouva lâ les caractères des nodus ou tubercules syphilitiques , accidents tertiaires qu'on observe souvent dans le tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux.
Autour de toutes ces productions morbides, on n’observait pas de refoulement des fibres musculaires , car c’était la fibre musculaire elle-même dont la substance était dégénérée. On pouvait suivre, d'ailleurs, l’évolution de cette transformation qui semblait avoir commencé par une combinaison du sang avec la fibre charnue. En effet, la lésion existait encore à cet état, dans plusieurs points. Dans d'autres, elle présentait une couleur jaunâtre et avait acquis un développement plus considérable au centre; mais à la cir-
conférence on constatait encore la combinaison du sang avec la fibre charnue qui avait été le début de la maladie.
Les poumons, parfaitement sains à leur sommet , présentaient, à leur base, plusieurs altérations tuberculiformes, grosses comme un pois et tout-à-fait analogues aux altérations signalées pour le cœur.
Du reste, cette altération du cœur et des poumons, rappelle beaucoup celle de l’observation voisine et celle dont nous avons donné l’histoire dans la 7* livraison de notre iconographie. Cette dernière avait pour siège le foie d’un malade qui succomba aux accidents déterminés par la syphilis tertiaire.