TUBERCULE PROFOND ET ULCÉRÉ DE LA LANGUE. (ACCIDENT TERTIAIRE
OBSERVATION
(Fig. 2.)
âgé de quarante-sept ans et d’une robuste constitution, était sujet à des éruptions herpétiques du prépuce; sa mère mourut à l’âge de quatre-vingts ans, à la suite d’un cancer à l’cstomac. Il avait une sœur, plus âgée que lui, qui éprouvait aussi des douleurs vives de l’estomac.
Quand ce malade se présenta à mon observation , au mois de février 1840, voici ce que j’ai recueilli sur scs antécédents et sur les symptômes que je constatai :
En 1830, ulcération de la verge qui avait pour base une forte induration. Il n’y avait pas eu de suppuration des ganglions inguinaux. Au début de la maladie, traitement mercuriel par des pilules, continué pendant quatre mois.
En 1836, une éruption tuberculo-eruslacée apparut sur une joue et sur l’aile du nez du môme côté. Cette éruption dura près de trois mois et disparut sousTinlluence d’un traitement par la liqueur de Van- Svvicten, administrée pendant environ six mois.
En 1838, sans autre cause appréciable que les antécédents que nous venons d’indiquer, des accès d’épilepsie se manifestèrent, et se répétèrent à des intervalles plus ou moins rapprochés pendant cinq années. A la même époque, survinrent des hémoptysies répétées, et le malade remarqua des indurations dans l’épaisseur de la langue. Aucune douleur ostéocope ne s’était fait sentir, aucune saillie osseuse n’était apparue.
On conseilla l’usage des eaux sulfureuses en bains et en boissons; les accidents d’hémoptysie et d’épilepsie disparurent, mais les indurations de la langue continuèrent à se développer.
Dans la région affectée, la langue était très-dure, complètement indolente, de plus en plus gênée dans ses mouvements, ce qui faisait que le malade se mordait. A ce propos, nous ferons remarquer que souvent les malades attribuent à tort à des morsures de ce genre des indurations préexistantes dont cependant ils ne s’étaient pas aperçus avant la morsure, provoquée par la gêne dans les mouvements de la langue.
Aucun des ganglions lymphatiques des régions voisines n’était engorgé. On prescrivit à plusieurs reprises l’iodure de potassium pendant deux ans sans résultat; mais il ne fut pas méthodiquement administré.
En 4840, au mois de janvier, les indurations de la langue, plus développées alors, étaient devenues douloureuses. Les douleurs n’étaient pas lancinantes, le malade éprouvait seulement une sensation de tension pulsalive. Peu à peu, la muqueuse changea de couleur, devint de plus en plus foncée; la tumeur se ramollit, suppura, ses parois s’amincirent à la face dorsale de la langue; un pus sanieux s’échappa, et il s’établit une ulcération profonde, à bords irrégulièrement découpés, à fond grisâtre, revêtue d’une couche pseudo-membraneuse, de détritus organiques, et çà et là parsemée de points gangreneux.
La base engorgée sur laquelle reposait l’ulcération ne présentait plus la dureté des tubercules à la fonte purulente desquels elle avait succédé. Les bords avaient une tendance à s’affaisser.
A cette période de la maladie, la mastication était devenue difficile, et l’ulcération, souvent heurtée par les dents, saignait avec facilité.
L’oubli des antécédents de ce malade, et un examen peu attentif avaient pu faire croire à un cancer de la langue, d’autant plus facilement que la mère de M“* était morte d’un cancer. Sfais l’histoire que nous venons de tracer, pour ceux qui connaissent la filiation des accidents que la syphilis peut produire, ne pouvait laisser aucun cloute sur la nature spéciale de la maladie. 11 s’agissait bien là de tubercules tertiaires, de l’épaisseur de la langue.
Cette observation est remarquable par l’évolution régulière des symptômes: accident primitif; traitement mercuriel prolongé; absence des accidents secondaires précoces; persistance de ladialhèse; accidenis secondaires tardifs et isolés h forme tuberculocrustaoée; nouveau traitement mercuriel prolongé, disparition des accidents, persistance de la diathèse; épilepsie, hémoptysie, traitement par les sulfureux et guérison de ces deux derniers symptômes.
Le traitement par les sulfureux n’avait eu aucune influence sur les tubercules de la langue.
L’hémoptysie et l’épilepsie avaient-elles été la conséquence du traitement mercuriel prolongé, ou do-
vait-on les attribuer à la syphilis qui produit souvent des accidents analogues, ou enfin étaient-elles étrangères à CCS deux causes? Les eaux sulfureuses sont quelquefois efficaces contre les accidents hydrargyriques, et aussi contre les manifestations tardives de la syphilis, mais leur défaut d’action sur les tubercules de la langue permettraient de supposer que l’hémoptysie et l’épilepsie ne dépendaient pas de la vérole, si vraiment on doit accorder aux eaux sulfureuses les honneurs de la guérison. Maintenant quelle pouvait avoir été l’influence du vice herpétique dont nous avons signalé l’existence ?... ...
Quoi qu’il en soit, voici le traitement auquel le malade fut soumis :
Tous les jours, trois verres d’un décocté dequassia amara, avec addition d’une cuillerée à bouche de sirop, de gentiane pour chaque verre.
On administra l’iodure de potassium successivement, à la dose d’un, de deux, de trois grammes par jour.
On prescrivit l’usage du gargarisme suivant :
0/ Eau distillée, 200 grammes.
Teinture d’iode, 4 grammes, lodure de potassium, 1 gramntc. Mêlez.
Après huit jours de ce traitement, l’ulcération tfe la langue était complètement détergée.
Après un mois du môme traitement, l’ulcération était parfaitement cicatrisée.
Le malade continua néanmoins l’usage de son traitement pendant deux mois après sa guérison.