ERUPTION PAPULEUSE DE LA LANGUE. (ACCIDENT SECONDAIRE
OBSERVATION
M. ***, âgé de vingt-huit ans, né de parents sains, vacciné dans son enfance, et d’un tempérament bilieux, avait toujours joui d’une bonne santé, lorsqu’on 1837 il contracta pour la première fois une blennorrhagie urétrale sans complication.
Cette blennorrhagie, traitée par les antiphlogistiques et le copahu, guérit au bout de six semaines.
En 1838, il fut affecté d’un chancre urétral sans induration, avec écoulement blennorrhoïde. Ce chancre donna lieu à une adénite d’un seul ganglion superficiel. Cette adénite, à marche aiguë, suppura, et l’ouverture de l’abcès mit à nu un chancre ganglionaire.
Bien que ces accidents ne fussent pas de nature à faire redouter l’infection constitutionnelle, on soumit le malade à l’usage d’un traitement mercuriel qui ne dura' que trois semaines.
En 1843, au mois de mars, huit jours après un coït, le malade aperçut une ulcération qui avait pour siège le voisinage du frein. Cette ulcération, qui suppurait peu, avait une base dure et indolente. Par son étendue et sa forme, cette ulcération présentait l’aspect de la moitié d’un pois casse.
Plusieurs ganglions des deux régions inguinales étaient tuméfiés, durs, rénitents, indolents et mobiles.
L’ulcéralion fui cicatrisée au bout de trois semaines, sans qu’aucun traitement intervînt.
Trois mois plus tard, au mois de juin, époque à laquelle le malade se soumit à mon observation, l’induration spécifique persistait ainsi que l’engorgement des ganglions inguinaux. Depuis un mois, le malade se plaignait de douleurs céphaliques nocturnes, qui avaient pour siège les régions sus-orbitaires. Plusieurs ganglions cervicaux postérieurs étaient tuméfiés , peu volumineux, indolents, bien qu’il existât de la gêne dans les mouvements du cou.
Le cuir chevelu était le siège de papules croûteuses.
On voyait à la paume des mains et â la plante des pieds une éruption papulo-squammeuse confluente, sans douleur et sans démangeaisons, de couleur sombre cuivrée, à squamraes grisâtres un peu épaisses et légèrement cornées. Ces squammes, en se détachant vers le centre, mettaient à découvert une papule à surface lisse, nettement Icnticulée et entourée d’un liseré recoquevillé formé par l’épiderme blanchâtre (jui s’était soulevé.
La langue de ce malade présentait à sa face dorsale une éruption tout à fait analogue à celle que nous avons signalée à la paume des mains et à la plante des pieds.
Les papules paraissaient un peu plus saillantes, d’un rouge assez vif et nettement enchâssées par une muqueuse saine.
Un groupe de ces papules, qui occupait la base de la langue, était recouvert d’une matière pullacée ' adhérente, qui pour les muqueuses est l’analogue des squammes dans les éruptions cutanées.
Les papules, qui étaient isolées et de forme circulaire, devenaient ovalaires par le fait de l’allongement de la langue. Ces papules étaient un peu doulou • reuscs par le contact de certains aliments : du melon et des confitures surtout.
Le 19 juin 1843, le malade fut soumis à l’usage du traitement suivant :
Tisane de saponaire, sirop de cuisinier, et tous les jours une pilule de proto-iodure de mercure de 5 centigrammes.
Huit jours après., on augmenta, d’une par jour, la dose des pilules.
Le 1" juillet., un peu de ptyalisme étant survenu, on n’administra plus qu’une seule pilule par jour au malade, et on prescrivit l’usage d’un gargarisme avec l’acide chlorhydrique.
Le 30 juillet, les symptômes du ptyalisme ayant cessé, on donna de nouveau deux pilules par jour, et l’usage de ce traitement fut continué jusqu’au 5 novembre 1844.
Dès la quatrième semaine du traitement, la roséole avait presque entièrement disparu sans desquammalion et sans lais.ser après elle aucune trace de son passage. L’éruption croùteuse du cuir chevelu n’existait plus alors. Quant à l’éruption palmaire et plantaire qui avait donné lieu à plusieurs*desquammations successives, et de plus en plus superficielles, à mesure que la maladie diminuait, elle ne céda qu’après le deuxième mois du traitement. Vers cette époque, la langue était aussi guérie: de sorte que l’engorgement des ganglions cervicaux fut le seul symptôme qui persista, quoiqu’à un faible degré, jus- (ju’à la fin du traitement.
Cette observation, comme toutes celles qui sont recueillies avec soin, corrobore les lois que nous avons déjà reconnues, savoir :
1° La blennorrhagie non symptômatique du chancre n’est jamais suivie d’accidents constitutionnels.
2° Le chancre non induré, quel que soit son siège, quand il est suivi d’un bubon symptômatique suppuré, ne donne pas lieu à l’infection constitutionnelle. Le chancre induré, au contraire, ordinairement accompagné d’adénites indolentessymplômaliques et multiples, est fatalement suivi de l’empoisonnement général, dont lessymptômes se manifestent dans un espace de temps déterminé, quand aucun traitement n’intervient, cl en suivant un certain ordre dans leur évolution.-
On a pu voir encore, par cette observation, que quel qu’ait été le nombre des accidents primitifs, il n’y en a jamais qu’un seul qui détermine la vérole constitutionnelle, qu’on n’a qu’une seule fois dans la vie à ce qu’il paraît.
EXPLlCATlOiN DE LA PLAISCHE XXXV.
rio. i. ïiibcrcnlc ulcéré de la muqueuse linguale, accident secondaire tardif ou de transition.
A la base de la langue et à sa partie supérieure, on voit deux ulcérations profondes à bords taillés à pic et h fond gris. Ces ulcérations ont succédé h des tubercules analogues à ceux qui e.xistent en avant de chacune d’elles.
rig. 2. A la partie antérieure et latérale droite de la langue, on voit une large et profonde ulcération tertiaire dont la surface est recouverte par une sécrétion pseudo-membraneuse, çli et là parsemée de points gangreneux. Les bords de cette ul¬
cération, irrégulièrement découpés, décollés, présentent une marge grisâtre analogue au fond.
Quand le malade sortait la langue de la beuebe , elle se portait toujours vers la commissure opposée à ruleéralior.
Fig. 5, A la face dorsale de la langue, on voit une série de papules dont quelques-unes sont groupées â la base. Ces papules ont pour siège la surface de la muqueuse linguale et n’en alTeclent pas l’épaisseur, comme le font les tubercules.
Les papules groupées sur la base de la langue sont couvertes par une pseudo-membrane qui, pourles muqueuses, est l’analogue des squammes pour la peau.
Peint etLifh. d'âprèî nature par LBion etE .Beau.
PLANCHE XXXVI
SYPHILIDE TUBERCULEUSE EN GROUPES (ACCIDENT SECONDAIRE TARDIF). OSTÉITE NASALE (ACCIDENT TERTIAIRE).
OBSERVATION
Philibert M^^*, âgé de vingt-cinq ans, d’une forte constitution et d’une bonne santé habituelle, fut, en 1836 , affecté d’un chancre (Jui avait le gland pour siège; les ganglions inguinaux voisins ne suppurèrent pas. Pour tout traitement, ce malade prit des pilules mercurielles de Dupuytren pendant deux mois, et jusqu’en 1842 aucune manifestation ne survint, et il ne contracta pas de maladie nouvelle. Mais en 1842, il éprouva de violents maux de tête qui sévissaient surtout pendant la nuit. On lui prescrivit l’emploi de la liqueur de Van-Swieten; il en prit quatre litres, et les maux de tête disparurent. Quelque temps après un enchifrenement de la narine droite survint : cette narine était souvent obstruée , sans qu’il y eût de la douleur. La narine du côté gauche se prit ensuite, et les accidents morbides du nez n’ont pas cessé depuis.
En mars 1845, éprouva du mal dans la
gorge et de la gène dans la déglutition. Presque en même temps, le volume du nez augmenta , et la peau qui le recouvre commença:» rougir; mais il n’y avait pas de douleur.
Le mois suivant, un bouton apparut sur le milieu du front; il fut attribué à la pression occasionnée par le chapeau. Aucun traitement ne fut fait, et tous les symptômes que nous avons énumérés persistèrent et s’accrurent jusqu’au 25 juillet 1845, époque à laquelle entra à l’hôpital du Midi, salle 2, lit n° 25.
Voici les conditions où il se trouvait quand il se présenta à notre examen : Des ulcérations profondes existaient à la partie moyenne du front; elles entamaient la peau dans toute son épaisseur ; leur fond était grisâtre, pullacé; leurs bords, d’un rouge vif, étaient taillés à pic, serratés et légèrement décollés. Trois de ces ulcérations se confondirent bientôt en une seule. Elles étaient la conséquence de la fonte de tubercules qui avaient pour siège toute l’épaisseur de la peau. Trois tubercules persistaient encore