‹ Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleurs (volume 2)Chapitre 112 sur 124 · SUBSTANCES ANIMALES · texte numérisé non relu

SUBSTANCES ANIMALES

On n’emploie encore en teinture qu’un très-petit nombre de couleurs animales.

Le règne animal offre cependant toutes les couleurs; mais la plupart ne se trouvent qu’à la surface des animaux , et résultent souvent, non d’une matière propre , mais de la disposition des mêmes surfaces en lames minces qui réfractent ou réfléchissent la lumière en la décomposant. Quand ces nuances sont dues à des substances particulières, on a rarement pu les employer comme couleur, parce qu elles sont en trop petites quantités, qu’elles ont trop de penchant à se décomposer, qu’elles sont trop peu solubles, et enfin par ce quelles ont trop peu d’affinité pour les mordans connus.

Il est remarquable que la matière colorante rouge, qui ne se rencontre que rarement à la surface des animaux, hisse , dans plusieurs classes , partie des principaux sucs intérieurs, et forme presque la seule matière colorante animale que l’on emploie en teinture. Cette matière colorante rouge se trouve dans le sang de tous les mammifères , des oiseaux, poissons , etc. Le sang n’a été employé en teinture qu’il y a quelques années ; on n’a trouvé le moyen de fixer cette couleur qu’à l’aide de certains sels mercuriels. Il existe aussi une matière colorante rouge dans la cochenille (1), dans

(1) Dans les pays du sud il y a probablement plusieurs insectes qui contiennent de la matière colorante rouge. Monrad, dans son tableau de la côte de Guinée ( Veimar, 1824 ), rapporte qu’on y a trouve' un insecte

5 ao SUBSTANCES ANIMALES,

le kermès , la laque insecte ; dans les écrevisses ( elle se développe par la chaleur); dans les excrémens de la baleine ; dans le pourpre (où la couleur rouge provient de l’oxigénation d’un suc blanc); dans les œufs d’une espèce de cimex dont le suc mis sur du papier devient d’un rouge vif; et enfin dans l’urine d’où on peut extraire par l’acide nitrique un corps colorant rouge (acide purpurique ).

La matière colorante jaune existe souvent à la surface des animaux; mais seulement sur les animaux des classes inférieures. Dans les classes plus élevées la couleur jaune passe au brun ou au fauve ; artificiellement on produit cependant une belle couleur jaune avec toutes les substances animales en les traitant par l’acide nitrique. J’ai fait sur cette matière plusieurs essais pour l’appliquer à la teinture. On utilise aussi celle qui se trouve dans les calculs (pierres de fiel) de quelques animaux , cependant elle n’est employée que comme couleur de peinture.

La couleur bleue ne se trouve pas fréquemment dans le règne animal; elle se rencontre plus dans les poissons que dans les autres classes , jusqu’ici aucune couleur bleue animale n’est utilisée. Le lait des vaches, dans certaines circonstances, possède une couleur bleue, mais elle paraît provenir des plantes qui leur servent de nourriture.

La couleur verte, qui est si répandue dans le règne végétal , paraît rarement dans le règne animal ; elle se trouve plus dans les oiseaux et les insectes que dans les autres classes; on la rencontre aussi dans le fiel des mammifères. Le der-

rougeâtre qui donne une matière tinctoriale qui pourrait remplacer la cochenille. Keesz, dans son Exposition de l’industrie autrichienne, rapporte que l’on a trouvé en Dalmatie (surtout dans les îles Ugliand et Ulbo), des insectes qui étaient un fléau du pays, mais qui donnaient une couleur rouge (pii pourrait probablement être employée en teinture.

ACIDÉ PURPURIQUE. 5»i

nier est employé comme couleur de peinture. Il est probable que l’on trouvera un insecte qui rendra pour les couleurs vertes les mêmes services que la cochenille pour les couleurs rouges (i).

Le brun , le noir, et les couleurs foncées se trouvent plus fréquemment dans le règne animal, et principalement dans ceux de la classe élevée. Presque toutes les matières intérieures des mammifères et des poissons sont incolores ou blanches, à l’exception du sang. Mais la surface extérieure a une couleur plus ou moins foncée. Les oiseaux sont dans le même cas , excepté que les plumes ont souvent de brillantes couleurs. Parmi les couleurs foncées animales on n’emploie jusqu’ici que le suc des hannetons et la liqueur noire des poissons d’encre (sèche).

Nous allons maintenant examiner les matières colorantes animales utilisées.

ACIDE PURPUPJQUE. Si on dissoutà chaud des dépôts d’urine (2) ou les calculs urinaires dans une dissolution de potasse, en ajoutant ensuite de l’acide muriatique il se forme des écailles blanches qui sont composées d’acide urique.

Si on sépare les écailles de la liqueur, et si 011 les chaude doucement avec de l’acide nitrique étendue, 1 acide urique est transformé en acide purpurique. En saturant ensuite l’acide nitrique en excès avec l’ammoniaque et évaporant lentement , la liqueur devient toujours plus foncée et laisse

(1) Dans le Journal clu Commerce , 182a , il est dit que le teinturier Vincare de Paris avait fait recueillir en Beauce un insecte avec lequel il espérait teindi'e en vert de la meme maniéré que 1 on teint en îouge avec la cochenille.

(a) Il se produit surtout dans celle que Bon rend quelques heures après les repas

523 ACIDE PURPURIQUE.

précipiter des cristaux rouge foncé formés de purpurate d’ammoniaque. On peut en séparer l’acide purpurique en les dissolvant dans l’eau et en ajoutant de l’acide sulfurique tant qu’il se forme un précipité blanc jaunâtre (acide purpurique).

L’acide purpurique est blanc jaunâtre, sans odeur et sans goût; il rougit à l’air et par la chaleur; il est insoluble dans l’alcool, difficilement soluble dans l’eau (dans 10,000 parties d’eau bouillante, la liqueur est rouge pâle ) , difficilement dans les acides étendus , mais facilement dans les acides sulfurique , nitrique et acétique concentrés : il forme avec les bases salifiables des combinaisons P1 us ou moins solubles. Le purpurate d’ammoniaque est rouge de grenade, d un goût sucré, soluble dans i,5oo parties d eau froide et dans beaucoup moins d’eau bouillante; le

purpurate dépotasse est rouge brunâtre et plus soluble; le purpurate de soude est d’un rouge de tuile foncé ; le purpurale de barite est d un vert foncé; le purpurate de chaux est brun verdâtre; le purpurate de magnésie est rouge; celui d alumine est blanc; celui de cobalt est rougeâtre; celui d’oxide de zinc est jaune d’or; celui d’oxide d’étain est d abord louge et plus tard blanc; celui de mercure est

rou^e.

Il se forme souvent dans l’urine, h la suite de certaines maladies, ou apres de violentesagitalions, un dépôt rougeâtre qui paiaît consister en acide rosacique et acide urique. Si on le fait bouillir avec cie 1 eau , elle dissout presque uniquement 1 acide rosacique, qui approche beaucoup de l’acide purpurique pour ses propriétés , et peut être employé de la même manière en teinture.

Le professeur Kapp , à Hanau , a recommandé le premier, en teinture, la matière colorante rouge qui se forme en dissolvant 1 acide urique dans l’acide nitrique. Il y avait été

conduit par l’observation qu’il teignait les ongles des doigts en rouge cinabre très-solide. La laine, la soie, le coton et le lin plongés dans une dissolution d’acide urique, dans de l’acide nitrique, et saturée avec de l’ammoniaque , séchés et passés à un fer chaud , se teignent en beau rouge; il en est de même des toiles peintes quand on les a passées sous une calandre chaude.

Kastner rapporte qu’en Islande on teint des peaux en joli rouge par un mordant d’alun et d’urine de vache.

CHENILLES. On dit que la chenille commune de l’aubeépine donne avec la lessive une couleur pourpre ou de chair, ainsi que la tête des scarabées et des fourmis. (Leister. )

La chenille du prunellier donne avec la lessive une nuance grise. Le scolopendre donne avec la lessive un beau bleu de ciel solide.

COCHENILLE. Histoire. La cochenille n’a été connue en Europe qu’après la découverte de 1 Amérique. Les Espagnols fixèrent leur attention sur celte matière en 1618 , lorsqu’ils entrèrent à Mexico, et en i 5 2 5 Cortez reçut 1 ordre d’en augmenter la production. Les premiers conquérons ne visaient" qu’à l’extraction de l’or, et laissèrent la culture de 1 la cochenille aux indigènes qui s’en occupèrent avec succès, 1 car il en vint de grandes quantités en Europe (1). Ils em- | ployaient la cochenille pour colorer leurs habitations, leurs j ustensiles , ainsi que pour teindre les étoffes de coton.

Les premiers écrivains d’Espagne avaient indique la co - » chenille comme un insecte; mais plus tard on la regarda . comme une semence jusqu’à ce que Leuwenhock et autres (1703) démontrèrent le peu de fondement de cette opinion.

L’usage de la cochenille augmenta rapidement en Europe,

(i) En î 58 ï une seule flotte en a amené en Espagne i4t,75o livres.

5a4 COCHENILLE,

et cette matière lit presque disparaître l’usage du kermès,

qui même se perdit complètement dans quelques endroits!

Maintenant la cochenille vient principalement du Mexique et du Pérou, quoiqu’elle vive à l’état sauvage dans d’autres pa! tics de 1 Amérique et dans les Indes orientales. La meilleure provient des environs de Guaxaca. On a lait ailleurs différens essais pour élever la cochenille ; par exemple , Thierry de Menonville , à Saint-Domingue, en 1777, mais à sa mort, en 1780, ils furent abandonnés (1); en '1789, près de Madras, dans les Indes orientales. Anderson croyait avoir découvert une espèce de cochenille dans les n es orientales, mais il fut reconnu que c’était une espèce semblable au kermès qui ne teint que chocolat. Le cactus coccinili/era croit dans le sud de l’Europe. En Espagne on a fait des essais sur l’éducation de la cochenille . qui ont réussi : ils devraient être répétés et suivis.

Cochenille insecte. La cochenille du commerce est 1e- corps desséché de la cochenille femelle , qui vit au Mexique sur quelques espèces de cactus (cactus coccinili/era, C. opuntia, ,/ tm* et a P**sxia). La cochenille est allongée, aplatie, d une largeur presque uniforme, sans ailes , ridée, et garnie sur le dos d’un écusson pâle ou rouge-brun; elle a 6 pattes qui ne lui servent qu’à sa naissance : entre les deux pattes e devant elle est armée d’un suçoir avec lequel elle se fixe par 1 aspiration et reste immobile jusqu’à sa mort. Le suc incolore (de la plante lui sert de nourriture.

Les mâles ne ressemblent aux femelles que pendant qu’ils sont en larves; ils vivent également sur les plantes; ils se changent en chrysalides , s’échappent peu après sous la

( 1 ; En 1 70; iî publia, au Cap Français, un Traité de la culture du nopal et de 1 éducation de la cochenille. La cochenille sauvage fut recueillie plus tard a Saint-Domingue et envoyée en Europe. 12 parties de cette derme. 1e équivalent a 5 de la cochenille espagnole.

COCHENILLE. or,

forme de petites mouches minces rotigeso II sont très-vifs , ils meurent de suite après avoir fécondé les femelles immobiles.

Manière de vivre . Après la fécondation ( en avril ) la femelle pond plusieurs milliers de petits œufs qui restent entassés sous elle. La femelle meurt tandis que les jeunes s’échappent sous la forme de petits poux de bois et cherchent leur nourriture sur la plante. Ils sont alors à l’état des larves, et les deux sexes vivent ensemble. Ils changent plusieurs fois de peau, et prennent alors les formes décrites plus haut (les femelles se recouvent d'écussons , se fixent , et les mâles prennent des ailes.) Toute la vie de ces animaux dure 2 à o mois. Après se développe une nouvelle, et ensuite une troisième génération , mais la dernière ne reçoit pas son accroissement complet, à cause du temps des pluies qui arrive en Amérique à cette époque. Les mâles et les femelles cherchent alors à se cacher et à se soustraire aux pluies, beaucoup périssent, et seulement une partie vit jusqu’au printemps suivant.

Education. Comme la récolte de ces animaux sur les cactus sauvages serait incertaine , on les élève dans des plantations de cactus coccinilifera On préfère cette espèce aux autres , parce qu’elle est san épines et préserve davantage les animaux contre la pluie et humidité à cause de sa surface velue (i). Dix-huit mois après que la plantation a été pré-

(i)En Amérique les Espagnols l’appellent nopal, et nopal-opunti ; il a 6 pieds de haut , on le multiplie par bouture. On renouvelle la plantation tous les 6 ans. On croit que cela est plus utile que de la laisser vieillir davantage. De temps en temps on enlève les mauvaises herbes et les insectes étrangers , surtout une araignée qui enveloppe la tige avec des fils fins dans lesquels la cochenille s’embarrasse et meurt, et d’un ver qui chemine dans l’intérieur de la plante et attaque les insectes par le bas. Cependant il faut avoir soin de ne pas déranger la cochenille de sa place, parce que cela la ferait périr.

parée on y dépose des cochenilles qui ont été prises à l’état de larve à l’entrée de l’hiver, qui ont été conservées dans du foin et que l’on a nourries dans l’intérieur des habitations avec des feuilles de cactus (i). On les répartit aussi également que possible, afin que ces insectes ne se nuisent pas, en mettant 12 à i5 femelles dans de la laine de cactus et les fixant sur les lises.

Alors on les abandonne à elles -mêmes. Avant 2 mois a lieu la ponte, après quoi les mâles meurent; on recueille les femelles mortes (2). Après 5 à 4 mois les jeunes ont atteint leur développement et on fait la seconde récolte. O11 récolte les femelles qui sont arrivées à leur terme. Avant l’entrée de l’hiver a lieu la troisième ponte. Alors on enlève tout et on conserve les jeunes pour le printemps suivant.

Manière de faire la récolte. On emploie un vase à rebords tranchans (espèce de chaudron) et une toile; 011 détache la cochenille avec un couteau en allant de bas en haut ( ou avec un pinceau ) ; et on nettoie en même temps la plante avec le couteau et avec un linge.

On tue les cochenilles recueillies qui sont encore vivantes en les plongeant dans de l’eau chaude ou en les exposant à de la vapeur chaude, et on les fait sécher. Le séchage se fait i°au soleil: les cochenilles deviennent alors rouge-brun; 20 dans des étuves: elles deviennent alors grises

(1) Dans quelques endroit son coupeles tiges sur lesquelles se trouvent les larves , et on les met dans des chambres, où les animaux se développent; après le temps des pluies on les remet sur les plantes. Ailleurs on se contente de couvrir les plantes avec un toit.

(2) D’après d’autres indications on ramasse les femelles un peu avant qu’elles ne fassent la ponte, aussi bien pour éviter la perte des œufs, qui sont riches en matière colorante, que pour empêcher que les jeunes n’éclosent sur la plante, parce que celle-là a besoin de plusieurs mois pour réparer les pertes qu’elle a éprouvées par les animaux qui se sont nourris sur elle.

avec des veines pourpres; 5° sur des plaques ou des fourneaux sur lesquels on cuit les gâteaux de maïs: elles deviennent noirâtres , et souvent se charbonnent entièrement. Elles se retirent beaucoup par le séchage et perdent les 2/0 de leur poids. Après le séchage on les tamise, et la poussière ainsi que les petits insectes sont vendus à part.

Un arpent produit 200 livres de cochenille, et un seul homme suffit pour le soigner. 70,000 insectes donnent 1 livre de cochenille (1).

Cochenilles sauvages , et cochenilles élevées. Probablement il existe plusieurs espèces de cochenilles. Jusqu’à présent on en distingue deux espèces principales , la domestique grana fina meslica , ou me s te que , parce qu’elle vient principalement dans la province de Metèque , et la sauvage G. sylvestra , ou capesiana. On croit que la première provient de la dernière qui a été modifiée par l’éducation. Elle lui ressemble entièrement , mais elle est deux fois plus grande et n’est pas recouverte du duvet blanc qui sert aux cochenilles sauvages à les préserver de l’intempérie de Pair, mais qui ne possède aucune propriété teignante. Les cochenilles cultivées ont deux fois plus de force teignante que les cochenilles sauvages (2). La cochenille domestique ne se trouve que dans les plantations, mais la sauvage se trouve sur les cactus coccinilifères sauvages, et aussi dans les plantations dont elle chasse la cochenille domestique, parce qu’elle résiste mieux aux changemens de tempéraiure et se multiplie plus rapidement. Aussi on peut en

(1) Gomme l’introduction en Europe est d’environ 800,000 livres, ils proviennent de 56, 000 millions d’insectes.

(2) On vend, en Angleterre, sous le nom de cochenille sauvage , une espèce de cochenille qui est en masses agglomérées et qui ne possède que 1/6 de la quantité de matière colorante cpie possède le meme poids de cochenille domestique ( Bancroff),

5a3 COCHENILLE,

faire six récoltes par an , tandis que l’on ne peut en obtenir que trois avec la cochenille domestique , parce qu’elle ne se propage pas pendant le temps des pluies. Mais par compensation une tige peut nourrir i/5 de plus en poids de cochenille domestique que de cochenille sauvage. Au Mexique on tient les deux espèces à une distance de 100 toises, pour éviter que les mâles des cochenilles sauvages ne fécondent les femelles domestiques et ne fessent dégénérer l’espèce.

Sortes. Dans le commerce d’Europe on distingue la cochenille gris-d’argent , la cochenille noire , et la poussière de cochenille.

Falsifications . La bonne cochenille est brillante , sèche , sans odeur, exempte de poussière et ridée. Dans des lieux humides elle gagne facilement 8 à 10 p. o/o.

On mélange souvent la cochenille avec de la poussière de cochenille et de feuilles; en Angleterre on y ajoute souvent ce qu’on nomme substance sylvestre, qui est formée d’un mélange d’argile , de décoction de fernambouc et de gomme adragant , auquel on donne la forme de la cochenille. En France on donne à la cochenille noire l’apparence de la cochenille grise en l’agitant avec de la poudre de talc après l’avoir mise pendant 56 à 46 heures dans une cave humide , et enlevant après le talc en excès. A Marseille on rend noire la cochenille grise. On croit que cela se fait par des vapeurs de vinaigre. Toutes ces falsifications sont faciles à reconnaître.

C onsommation de la cochenille . Raynal estime l’importation annuelle de la cochenille en Europe à 4oo quintaux de cochenille fine , 5oo quintaux de sauvage , 200 quintauxde granilla, et 100 quintaux de poussière. D’après Fischer l’exportation en Espagne s’élève à 10,220 arobbes fine, 926 arobbes de qualité inférieure, et 1 68 arobbes de poudre. La première

vaut 8o4, 900 piastres , la seconde 42,971 , la dernière 672 piastres. D’après M. de Humboldt, en 1756 , il fut expédié en Europe pour plus de 1 5, 000, 000 de francs de cochenille.

Plus tard l’importation augmenta et s’élevait dans les trois années 1788, 1789 et 1790 k 2,200,000 livres, ce qui fait par an 705, 555 livres.

BancrofF estime la consommation annuelle en Europe à 600,000 livres, et compte pour l’Angleterre seule 240,000 livres.

Récemment elle a beaucoup diminué , parce que dans plusieurs cas on remplace la cochenille par la laque et la garance.

Le tableau suivant présente , d’après des indications officielles , l’importation et l’exportation en Angleterre, l’Irlande exceptée. L’estimation est en livres sterl.

Exportation.

Importation.

La France avant la révolution employait annuellement pour 1 million de francs de cochenille. Dans les 7 années qui ont suivi 1802, l’importation annuelle moyenne était de 1 million 1/2 de francs. Dans les 4 années suivantes seulement 200,000 francs. En 1819 elle était de 226 quintaux métriques , en 1820 de 52 2 , en 1821 de 168.

En Autriche , au commencement du dix-neuvième siècle, l’importation annuelle était de 24,955 livres, en 1807 29,885 livres; de 1809 k 1821 elle était de 11,592 livres , et l’exportation de 4>J42 livres.

Composition. Nous possédons deux analyses de la cochenille, une plus ancienne de John, et une récente de MM. Pelletier et Caventou. D’après les derniers, la cochenille Tom. I. 34

53o COCHENILLE,

est composé de carminé, d’une matière animale particulière , d’une matière grasse ( elle contient de la stéarine, de l’élaine) , d'un acide odorant et de plusieurs sels ( phosphate de chaux, carbonate de chaux, phosphate de potasse).

D’après John , 100 parties de cochenille contiennent :

Matière colorante rouge cramoisi 5o,oo

Gélatine io,5o

Gire grasse . 10,00

Parties de peau » , . . .

Mucilage gélatineux i4>00

Phosphate et muriate de potasse, phosphate

de chaux et de fer. i,5o

Phosphate d’ammoniaque » »

Poussière blanche. La poussière blanche qui recouvre la cochenille est regardée par John comme une cire grasse, et il pense qu’elle a suinté à la surface par la chaleur du séchage ; mais d’après d’autres indications elle existe à la surface de l’animal vivant , sous la forme d’un duvet fin , surtout sur les cochenilles sauvages.

Action de F air. La cochenille sèche n’éprouve aucune altération à l’air. Iïellot a trouvé qu’après 5o ans la cochenille était aussi bonne pour la teinture que la cochenille fraîche. Mais si on expose à l’air une décoction de cochenille dans l’eau ou l’alcool , la matière colorante s’oxide , devient violette et insoluble (1). La matière colorante oxidée donne avec les alcalis et les sels des précipités plus abondons; et quelques-uns, d’après John, peuvent servir comme le carmin.

Action de l'eau. Si on fait bouillir la cochenille avec de

(1) Elle n’est pas sujette à se putréfier, à moins qu’elle n’ait dissout beaucoup de matières animales.

COCHÉNILLE. 53 1

l’eau il se dissout d’abord une matière rouge -cramoisi , plus tard une matière violette et en même temps de la gélatine. D’après cela , John pense qu’il est avantageux de ne faire l’extrait qu’à une basse température , parce qu’à tir: température élevée il se dissout trop de gélatine, et que la couleur s’oxide et donne des couleurs moins vives. D’après MM. Pelletier et Caventou, la décoction, outre la matière colorante, contient toujours des matières animales et des matières grasses. Les premières lui donnent la propriété de former des précipités avec la plupart des corps , propriété que ne possède pas la matière colorante pure.

L’eau ne dissout pas facilement toute la matière colorante, et on peut par un alcali obtenir encore 1/8 de matière colorante de la cochenille traitée par l’eau. Cependant par la méthode ordinaire, où on emploie la crème de tartre et le sel d’étain , presque toute la matière colorante est extraite.

Ether sulfurique . L’éther sulfurique dissout à la chaleur de l’ébullition une matière grasse jaune d’or. Cette matière est semblable à la graisse des animaux , et sa couleur jaune provient de la matière colorante rouge qu’elle contient et qui est altérée par l’acide qui renferme la graisse. Les alcalis la font repasser au rouge. C’est seulement par la graisse que la matière colorante est soluble dans l’éther, car la matière colorante pure n’y est pas soluble (Pelletier et Caventou ).

Action de U alcool. L’alcool dissout la matière colorante de la cochenille et prend une teinte rouge-ponceau , mais seulement par suite de l’eau qu’il contient. Si on traite la cochenille par l’alcool après l’avoir traitée par l’éther, il se teint en rouge foncé tirant sur le jaune , et par le refroidissement et plus encore par l’évaporation il se dépose des matières rouges cristallines qui contiennent de la carminé, de la matière animale et de la graisse. Si on la dissout dans l’alcool froid, il reste des matières animales; en séparant

ces dernières par le filtre et ajoutant à la liqueur une égale quantité d’éther sulfurique , il se dépose dans l’espace de quelques jours une belle matière rouge pourpre qui s’attache fortement aux parois du vase , et que MM. Pelletier et Caventou regardent comme la matière colorante pure.

Ils la désignent sous le nom de carminé. Elle est rouge pourpre vif , presque cristallisée; soluble dans l’eau (une très-petite quantité teint une grande quantité d’eau) , par l’évaporation elle devient sirupeuse sans cristallisation; elle passe au jaune par les acides , et au violet par les alcalis.

Action du tannin. La décoction de tannin produit dans celle de cochenille un précipité violet que John regarde comme étant dû à de la gélatine. Il explique par là l’influence de l’emploi des écorces qui contiennent du tannin pour la teinture avec la cochenille , parce que l’on éloigne ainsi la gélatine qui serait précipitée par plusieurs sels et qui nuirait à la beauté de la couleur. La matière colorante pure n’est point' précipitée par le tannin.

Les huiles grasses ainsi que les huiles volatiles ne dissolvent pas la matière colorante de la cochenille.

Action des acides. Les acides ne précipitent pas la matière colorante pure quand elle est dissoute dans l’eau, mais ils précipitent celle qui est combinée avec des matières animales^ L’acide sulfurique dissout la matière colorante avec une couleur violette , l’acide muriatique avec une couleur rouge (1); l’acide nitrique à froid la colore en brun, et la décompose par la chaleur en la colorant en jaune (John). La matière colorante pure est facilement décomposée par les acides très-concentrés; les acides moins forts rendent seulement sa couleur rouge de feu, plus tard rouge-

(i) D’après MM. Pelletier et Caventou, l’acide muriatique fort la transforme en une matière jaune amère.

jaune, et a la fin jaune. Les alcalis reproduisent la couleur quand on n’a pas employé trop d’acide. Le chlore la détruit complètement. Il en est de même de l’iode , mais son action est plus lente (Pelletier et Caventou).

Action clés alcalis . L’eau alcaline dissout la plus grande partie de la matière colorante de la cochenille et prend une teinte violette ,* elle paraît changer un peu la matière colorante (i). Il se dissout aussi beaucoup de matières animales. Si on ajoute alors des acides il se forme de beaux précipités rouges qui par la dessiccation sont si foncés qu’ils paraissent bruns , mais avec l’eau ils reprennent une belle nuance rouge. Ces précipités sont du carmin pur ( Pelletier et Caventou). Les alcalis seuls ne forment pas de précipité dans la décoction aqueuse , mais ils font virer la couleur au rouge cramoisi (Pelletier et Caventou).

Action des terres. Si on ajoute de l’alumine à une décoction de cochenille , la décoction se décolore , tandis que la matière colorante et un peu de matière animale se combinent avec l’alumine. Il ne reste dans la liqueur que les matières animales et des matières grasses. On obtient aussi de belles laques rouges ; mais quand on chauffe la liqueur, les laques sont d’autant plus violettes que la chaleur a i été plus élevée et plus long -temps soutenue. Si on ajoute avant à la liqueur un peu de potasse , on obtient aussi à l’aide de la chaleur une laque rouge. L’eau de chaux forme un précipité violet. La harite et la strontiane rendent la couleur cramoisi comme la potasse, sans former de préci-

(i) D’après John, la dissolution alcaline de la matière colorante devient brunâtre avec le temps ( surtout par le contact de l’air ), et à la fin toute la matière colorante se précipité. La dissolution dans l’ammoniaque peut être employée comme encre rouge. D’après MM. P. et G. la couleur violette de la dissolution alcaline passe, avec le temps ou la chaleur, au rouge et ensuite au jaune, Alors la matière colorante est décomposée.

pité. D’après Bancroff, en ajoutant du silicate de potasse à la décoction et facilitant le précipité par de l’acide sulfurique, on peut teindre la laine en rouge pourpre. La laine prend également cette couleur lorsqu’on la fait bouillir long-temps avec de l’eau de chaux et de la cochenille.

Action des sels. Les sels ne produisent point de précipités dans la dissolution de carminé pure, mais dans la décoction impure plusieurs sels acides y forment des précipités ; tels sont la crème de tartre (1), le sel d’oseille et l’alun , dont les précipités sont connus sous le nom de carmin. Le nitrate d’alumine et le muriate d’alumine agissent de la meme manière. Le précipité de muriate d’alumine est plus rouge. Les sels neutres de potasse, de soude et d’ammoniac, rendent la couleur violette , mais ne produisent point de précipités. Le muriate de chaux y produit un précipité brun-girofle qui devient noirâtre , et à la fin vert sale. L’acétate de barite un rouge ponceau vif, mais qui se forme lentement et en petite quantité (John). Le tartre facilite la dissolution des matières colorantes quand on le fait bouillir avec la cochenille. Hermbstaedt obtenait avec l’arséniate acide de soude un mordoré foncé, avec du sous -arséniate un lilas.

Avec les sels suivans on obtient ( d’après Bancroff) sur laine

Avec chaux muriate — pourpre.

— sulfate — rouge foncé.

— nitrate — presque écarlate.

Magnésie sulfate — pourpre vifaprès un long bouillage.

— acétate — lilas.

Barite muriate — pourpre vif — (d’après Hermbstaedt ) violet.

(i) La crème de tartre rend la décoction d’un rouge jaunâtre, et forme un précipité rouge pâle.

Barite — nitrate — pourpre vif plus cramoisi — ( d’après Hermbstaedt ) rouge.

♦ acétate —rouge-ponceau vif — (Hermb. )

ponceau.

Strontiane — maria te — orange.

— neutre — ( Hermb. ) écarlate qui passe au

cramoisi par le séchage.

— nitrate — (Hermb.) brun-rouge vif.

— acétate — (Hermb.) rouge-ponceau.

Avec nitrate d’alumine Kurz obtenait sur indienne un

faible lilas; avec acétate et arséniate , cramoisi.

Action clés sels métalliques . La plupart des sels métalliques forment dans la décoction de cochenille des précipités colorés. Les sels d’étain très-oxidés forment des précipités rouges (i), ceux qui sont peu oxidés forment des précipités violets. L’acétate de plomb donne un très- beau précipité violet constant à l’air. Toute la liqueur se décompose. Avec la décoction de cochenille oxidéele précipité est violet d’indigo. Si , avant , on ajoute dans la liqueur un peu d acetate ou du muriate de barite, la couleur du précipité donne un peu dans le rouge.

On obtient des précipités violets fonces avec le sulfate de zinc, des précipites violets avec des sels de cuivie (2) et La mm ordure de cuivrte ; les sulfates d argent, de chiome,pioduisent des précipités rouges brunâtres (John). Le sulfate de fer produit un précipité brun-violet; 1 acetate de fer un précipité brifn qui devient plus tard vert olive. Avec le nitrate de mercure, John obtenait un beau précipité amcthisto ; Pcllc-

(1) Si on ajoute en même temps avec le muriate cFétam, de Facetate de barite et du tartràte de potasse, on obtient un précipite d un rouge cramoisi très-vif que Jolin recommande comme couleur de peinture.

(2) Dans les dissolutions de matière colorante pure les sels de cuivre ne produisent point de précipité.

lier et Caventou un rouge écarlate. Avec nitrate deproloxide de mercure, MM. Pelletier et Caventou obtenaient un précipité violet; quand Facide était en excès, un précipité rouge cramoisi. Le muriate de manganèse, les sels de cuivre et les sels d’or ne forment point de précipité dans la dissolution de matière colorante pure. Le muriate d’argent rend la couleur plus claire : il se forme un précipité qui ne paraît que plus tard; il est peu abondant. Le tartrate de potasse rehausse beaucoup la couleur des précipités (John).

D’après BancrofF, toutes les préparations de cuivre et de mercure nuisent à la beauté de la matière colorante de la cochenille.

Ce qui suit est l’énoncé des différentes couleurs qu’on obtient sur les étoffes à l’aide de différens mordons. B désigne Bancroff, D Dingter, M. Meidinger , H Hermbstaedt, F. Fogler, K Kurz. Fogier teignait sur indienne, et les autres sur drap de laine.

Arsenic blanc — lilas foncé. (H. )

Acide arsenic — écarlate donnant dans le jaune, venant

plus foncé au séchage. (H.)

— - lilas clair. (F.)

Arséniate neutre de potasse — lilas.

— acide — mordoré.

— peu acide — pourpre vif. (B.)

Acétate de plomb — pourpre donnant dans le violet. (B.)

— violet. (H.)

Nitrate de plomb — entre rouge et cannelle vif.

Oxide de plomb dissous dans la potasse — cramoisi. (M.)

Sulfate de manganèse — orange.

Nitrate . — — rouge de garance.

Acétate , sulfate , muriate ou nitrate de fer — violet foncé. (B.')

Les mêmes en grande quantité —

noir. (B.)

COCHENITXE. 537

Nitrate de fer contenant du cuivre — * violet. (F.) Nitro-muriate d’or — brun rougeâtre. (B.)

Nitrate de cobalt — pourpre (B.) rouge clair.

Sulfate de cobalt — violet (B.), passant au mordoré. (H.) Nitrate de cuivre — lilas vit. (F. )

Acide molybdique — violet agréable. (H.)

Nitrate de nickel — lilas violet. (B.)

Nitrate de platine — rouge qui avec craie devenait brun

châtaigne. (B, )

Sulfate acide de mercure — cramoisi terne. (F.)

Sublimé corrosif — cramoisi brunâtre. (F. )

Nitrate d’argent — orange vif rougeâtre. (B.)

Nitrate d’antimoine — écarlate semblable à celui que l’on obtient avec le sel de zinc, et plus beau qu’avec le

sel d’étain.

Nitrate d’urane — vert-gris clair. (II. )

Sulfate d’urane — vert-gris. (H.)

Sels de bismuth — lilas. (B.)

Acétate de bismuth — superbe pourpre. (B.)

Nitrate de bismuth — lilas vif. (F.)

Oxide de tungstène — ponceau. (II.) — rouge de garance. (B.)

Oxide de zinc Nitrate de zinc Muriate de zinc Sulfate de zinc

Acétate d’étain Phosphate —

Finale — Muriate — Acétate et muriate

— - cramoisi. (B.)

— lilas. (B. )

— fleurs de pêcher. (K.)

— lilas. (M. ) liias agréable. (K. )

— sur indienne rose clair. (D. )

— écarlate un peu rose. (B. )

— écarlate très-brillante, plus jau-

nâtre. (B.)

— écarlate très-brillante. (B.)

— rouge-carmin. (B.)

— cramoisi foncé. (B.)

Nitro-muriate — cramoisi moins vif.

Nitro-muriate — rose. (F.) — Cramoisi qui par

le tartre devient ecarlate; mais encore plus beau quand on dissolvait l’étain dans un mélange d’acide nitrique et de tartre. Ln ajoutant du sucre ou de 1 alcool au mordant il ne pouvait pas être employé., parce que l’étain était désoxigéné.

Sulfate d’étain — couleur de saumon.

Sulfate neutre — cramoisi. (D.)

Acétate d’étain — rose brunâtre. (K.) ~ Écarlate tombant un peu dans le rose. (B.)

lartrated etain — écarlate vif mais un peu orange. (B.)

Acétate d étain très-belle écarlate, mais un peu aurore.

BancrolF, en procédant comme à l’ordinaire à la teinture ecaiîate, obtenait, par une dissolution d’étain préparée avec égalé partie d acide nitrique et d’acide muriatique, une écarlate brillante; mais en ajoutant 1/8 d’acide sulfurique il obtenait seulement une couleur de saumon ; si avant d’ajouter l’acide sulfurique on ajoute trois fois autant de tartre qu’on a employé d’acide nitrique, on obtient une bonne écarlate. Dans les essais de BancrofF rapportés plus haut, il faut observer que quand il obtenait des couleurs aurore , ou ecarlate , il y avait toujours de l’acide en excès.

Propriétés tinctoriales . La matière colorante de la cochenille se iixe sans mordant avec une couleur rouge sur laine quand elle est dissoute dans de l’eau contenant de l’acide sulfurique , mais elle ne se fixe pas sur le coton. Avec l’alun on obtient cramoisi; avec sel d’étain on obtient également cramoisi; mais avec addition de tartre ou d’un autre acide, ou d un corps teignant en jaune , on obtient écarlate , la plus brillante couleur que 1 on ait encore produite. Sur le coton on obtient les mêmes nuances , mais pas aussi belles. Sur la soie on n’obtient pas une belle écarlate , parce que le

sel d’étain ôte îi la soie son éclat. On no la teint pour cela que cramoisi.

‘ Histoire de la teinture écarlate. Un Allemand nommé Kuster ou Kuffler, fut le premier qui parvint à teindre la laine rouge écarlate. D’autres attribuent cette invention au chimiste hollandais Cornélius Derbbel à Alkmar, qui 1 avait découverte par hasard en i63o. D’autres prétendent qu il tint les procédés de Kuffler. On a prétendu aussi que \ an- Julich et Van-Leferst ont découvert en même temps le procédé en question. Gilles Gobelin apprit du dernier le procédé; avec son frère il monta , sur la petite rivière de Bièvre , un atelier qui lui procura une grande fortune.

Dans le commencement on se servait pour la teinture écarlate de nitrate d’étain , quoiqu’il fut peu propre à cet usage, parce qu’il retient trop peu d’oxide d’étain et qu* ce dernier s’en précipite rapidement (i). On eut bientôt 1 idee d’ajouter du sel de cuisine ou du sel ammoniac et de produire ainsi de l’acide muriatique , qui avait la propriété de tenir mieux et plus d’oxide en dissolution. Cependant on n’ajoutait ces sels qu’en petite quantité, parce que 1 on pensait que ces sels ajoutés en excès faisaient virer au

cramoisi (2}. . , . . ,

Plus tard on prit un mélange d’acide nitrique ( 2 parties) et

d’acide muriatique ( 1 partie) ; récemment Lenormand a fait voir qu’on obtenait ainsi une plus belle écarlate que par i’ad-

(0 Hellot rapporte dans la description du procédé que l’on suit à Carcassonne , que l’on dissout l’étain dans de l’eau de dépa^etendue , mais il observe que M. Baron , de cette ville , avait employé d abord de ea regale pour dissoudre l’étain, afin de prévenir la précipitation del on e

d’étain.

teï Cette opinion était sans fondement, parce que non-seulement l’acide muriatique elles mariâtes produisent le cramoisi , mars aussi l’acide nitrique et les nitrates , et on n’obtient l’ecarlate m par le mtraie d’étain ni avec le muriate , quand on «'emploie pas en meme temps d’autres moyens

54o COCHENILLE,

dïtîon du sel marin et de l’ammoniaque à l’acide nitrique. Quelques teinturiers pensent cependant que ce dernier mordant ayant moins d’action sur les fibres des tissus , il devait être préféré quoique donnant une moins belle couleur : cependant cela n’est pas démontré.

Poerner contribua beaucoup par ses essais au perfectionnement de la teinture écarlate; cependant l’ancien procédé resta en totalité. Ce procédé se compose de deux opérations, le bouillon et le bain.

Développement de la couleur écarlate. On ne sait point encore comment la couleur écarlate se développe, et quels sont les meilleurs procédés de teinture. BancroiT pensait qu’elle consistait en cramoisi et jaune d’or; que le tartre avait pour objet de faire virer au jaune une partie de la couleur de la cochenille , et de produire ainsi de l’écarlate , parce que le sel d’étain seul ainsi que l’alun donnent seulement du cramoisi. Mais comme il est peu économique de faire du jaune avec une matière aussi chère que la cochenille, il proposait de ne pas employer de tartre, et de le remplacer par une matière colorante jaune. Avant on avait déjà employé des matières jaunes pour épargner la cochenille; mais on employait toujours du tartre. D’après d’autres, le tartre agit non-seulement comme altérant la couleur, mais en se déposant avec la matière colorante combinée avec le sel d’étain. C’est ce qui paraît aussi résulter de l’ex périence suivante. Une dissolution de cochenille avec du tartre laisse déposer des cristaux de ce sel , dont la couleur, d’un rouge rubis, est beaucoup plus foncée et plus vive que celle de la dissolution.

Nous allons décrire les meilleurs procédés pour teindre les draps de laine en écarlate. Il ne faut pas oublier qu’ils doivent être complètement blancs , et ne doivent pas contenir de terres. Du reste il est convenable de plonger avant

COCHENILLE. 54 r

les draps dans une eau de son acide, et de bien rincer à l’eau pure.

Ancien procédé . On remplit une chaudière en étain (1) d’eau pure, et on ajoute 8 livres de tartre brut (2), 6 à 8 onces de cochenille pulvérisée , et 12 à 14 livres de nitromuriate d’étain liquéfié (qui contient 1/14 de son poids de métal) (5). Quand le mélange est prêt à bouillir on y plonge le drap humecté (100 livres ), et on le passe d abord vite, ensuite plus lentement; après 1 heure 1/2 on le sort, et on rince à l’eau pure. Il a pris une couleur de chair. Ensuite on le passe d’abord rapidement , ensuite plus lentement pendant 1/2 heure, ou jusqu a épuisement de la teinture , dans un bain que 1 on préparé ainsi 1 on chauffe de l’eau presque jusqu’au bouillon; on ajoute alors 5 livres, ou pour une couleur pleine 5 livres 1/2 de cochenille; on remue; on ajoute è peu près moitié autant de dissolution d’étain que dans le premier bain (6 à 8 livres), et on y plonge le drap.

On peut aussi teindre en écarlate par une seule opération, en mettant tout le mordant; et après 12 minutes de travail du drap dans la liqueur on ajoute la cochenille , ou bien on teint à la fin dans un bain de pure cochenille. La dernière méthode paraît la meilleure , mais la matière colorante de la cochenille n’est pas complètement extraite.

Poerner prenait pour le bouillon, par livre de laine, 5 onces 1/2 de crème de tartre et 1/2 once de dissolution d’étain ( formé avec une livre eau de départ , 5 onces de sel ammoniac, 4 onces d’étain, et point de cochenille); et pour

(1) On a reconnu récemment que le fond peut être en cuivre.

(2) La crème de tartre est préférable ; le tartre rouge affaiblit un peu le brillant delà couleur.

(3) En tout on emploie, sur 100 livres de drap , 18 à a5 livres de dissolution d’étain de cette force. On prend ordinairement 3/5 pour le bouillon et a/5 pour le bain.

le bain 1/2 once de tartre, 2 onces de cochenille, et 2 onces de dissolution d’étain. Il trouvait que pour le bouillon il était plus avantageux de prendre parties égales de tartre et de dissolution d’étain ; mais pour le bain 1 partie de cochenille , 1 partie de tartre et 2 parties de dissolution d’étain.

Guilich prenait sur 1 livre de fil de laine, pour le bouillon, 4 onces de dissolution d’étain préparé avec 1 livre d’acide nitrique , 4 onces de sel ammoniac et autant d’étain que cette liqueur pouvait en dissoudre, 5 onces de tartre blanc, 1/2 once de cochenille ; pour le bain de teinture, 2 onces de cochenille et 5 onces de dissolution d’étain. Pour le drap on ne prenait en tout que 2 onces de cochenille. Quand l’écarlate devait venir rouge de feu on ajoutait du curcuma.

HœlterhofFprenait sur 5o livres de drap, pour le bouillon, 0 livres de tartre, 2 livres i/5 de bois de fustet , 1 livre de dissolution d’étain; pour la teinture 1 livre 1/2 de cochenille et 7 livres de dissolution d’étain. Pour une nuance fine il prenait pour le bouillon 1/2 livre de tartre de plus et 1/0 de livre de bois de fustet de moins; 5 livres 1/2 de dissolution d’étain de plus ; pour la teinture 1 /2 livre de cochenille de plus et 5 livres de dissolution d’étain de moins.

Yitalis fait bouillir 100 liv. de drap avec 1 700 à 1800 liv. d’eau, 6 livres de crème de tartre, 1 livre 1/2 de cochenille, et 5 livres de dissolution d’étain, pendant 2 heures; il teint avec moitié moins d’eau, 1 livre 1/2 de cochenille, i4 livres dissolution d’étain, pendant 1 heure. Avec ces proportions on obtient une écarlate moyenne ; pour la couleur de feu on ajoute du curcuma ou du fustet.

Vinçard ( Art du teinturier eoloriste ) prend par livre de drap, pour le bouillon, 2 onces de crème de tartre , 2 gros de cochenille , 2 onces de dissolution d’étain , et passe une heure le drap; pour la teinture, 1 once de farine d’amidon,

2 onces de. dissolution d’étain , et 6 gros de cochenille. Il

teint à une chaleur moyenne pendant i heure , et observe que l’écarlate obtenue dans le même bain n’est pas aussi belle que celle qui a été teinte dans deux bains. On prépare la dissolution d’étain avec 4 litres d’eau, 2 livres de sel ammoniac, 2 liv res de limaille d’étain , 2 livres d’acide nitrique à 5o°, et 2 onces de salpêtre. Si la couleur ne réussit pas on la rend cramoisie en plongeant l’étoffe dans un bain dans lequel on a dissous 2 livres d’alun pour 100 livres de drap.

Procédé de Hermbstaedt. Hermbstaedt ht connaître le procédé suivant , avec lequel on donne au drap , avec 6 gros de cochenille par livre , une nuance aussi belle qu avec 2 onces à 2 onces 1/2 par le procédé ordinaire, et avec lequel 011 obtient la plus belle écarlate. On prend pour 100 1. de drap , pour le bouillon : 6 livres de creme de tartre , 5 livres de curcuma (ou 6 livres de fustet ) , et 16 de dissolution d’étain (1). Pour le bain , 5 livres de cochenille. L’économie réside principalement dans l’emploi du muriate au lieu du nitrate d’étain , et dans le traitement du drap avec cette dissolution sans cochenille; car à la maniéré ordinaire il se précipite une partie du nitrate d etain et de la manière colorante qui est entièrement perdue. L ecarlate ainsi obtenue est d’abord un peu cramoisie, mais elle devient promptement à l’air écarlate vive. Ce procède est fréquemment employé en Allemagne.

Procédé de Bancrojf. Bancroff s’est occupe récemment de perfectionner la teinture écarlate. Il regarde 1 ecarlate comme formée de 3/4 de cramoisi ou pourpre, et i/4 d6 jaune brillant, La couleur naturelle de la cochenille étant cramoisi, il faut que i/4 de la matière colorante soit changée en jaune. Gela se fait par l’acide tartrique, dont 1 addition est nécessaire , parce que le sel d etain seul donne

^1) Obtenue par la dissolution de Pétain dans Pacide muriatique.

du cramoisi; mais on peut le remplacer par d’autres acides.

Mais s'il est démontré que dans la teinture en écarlate i/4 de la matière colorante de la cochenille est changée en jaune, il y aurait un immense avantage d’obtenir cette couleur jaune par d’autres matières, et il serait plus naturel de teindre en cramoisi, et de fixer ensuite des matières jaunes.

En partant de là , BancrofF chercha à produire de l’écarlate par le jaune de quercitron, la cochenille et le muriate d’étain (i) sans employer de tartre, et il obtenait avec 1/4 moins de cochenille une écarlate aussi belle et aussi solide. Plus tard il obtint avec le sulfate d’étain des résultats encore plus avantageux. Il donne alors la prescription suivante :

On remplit une chaudière d’eau , et on y verse 8 livres de dissolution de muriate et de sulfate d’étain (2}; on chauffe au bouillon, et on y passe 100 livres de drap à la manière ordinaire, on l’enlève, on tord; alors on met dans le bain 4 livres de cochenille et 2 liv. 1/2 de quercitron (3). Quand ces matières ont été chauffées un temps suffisant, on passe le drap dans le bain, et on travaille jusqu’à ce que le bain soit épuisé : i5 à 20 minutes suffisent. On sort alors le drap et on le lave comme à l’ordinaire.

(1) 1 acide ayant dissous i/3 de son poids d’étain, il en fallait

ï partie sur io de drap. Bancrofî trouyait aussi que l’acide qui ne contenait que la moitié' de la quantité d’étain qu’il pouvait dissoudre, produisait le même effet que les dissolutions saturées.

On la prépare en dissolvant 14 onces d étain dans un mélange de 3 livres d’acide muriatique et 2 livres d’acide sulfurique. Le sel d’étain qui parait dans le commerce, en Allemagne, est ordinairement du sulfate d’étain.

(3) Pour obtenir le rose , on ne met point de quercitron , et on obtient la nuance directement , tandis que jusqu’ici on teint d’abord en écarlate et on fait venir la couleur par l’urine pourrie ou l’ammoniaque, mais la couleur n’est pas aussi solide contre les acides.

On épargne par ce procédé :

i‘° Le temps, le combustible de 2 bains;

2° Tout le tartre;

5° 2/0 du prix du muriate d’étain , parce que le sulfate coûte seulement 1/0 de celui-là;

4° i/4 de cochenille.

En même temps on obtient une écarlate aussi belle que par la méthode ordinaire; cette couleur a de plus l’avantage de supporter le foulage et le savon sans passer au rose , ce qui n’arrive point aux écarlates produites par les procédés ordinaires , attendu que la matière jaune est le résultat de l’action des acides. Elle paraît aussi aux lumières artificielles d’un ton plus élevé et plus plein.

Bancroff fit aussi des essais pour remplacer le quercitron par la garance, parce que celle-ci donne un rouge jaunâtre avec le muriate d’étain. Il obtint ainsi en faisant bouillir du drap avec du sulfate d’étain non saturé, et teignant dans un bain de 2 à 4 livres de cochenille , une bonne écarlate , qui cependant n’était pas aussi belle que celle que l’on obtient seulement avec la cochenille. On épargnait i/5 à 1/4 en. cochenille.

Nous rassemblons ici les proportions précédentes , calculées pour 100 livres de drap.

Proportions .

Dissolution d’étain. • — Cochenille. — Tartre.

Ancien procède 18 à 25 L 5 à 61. 8 liv.

Pœrner 8 6 1 /|. 121/2.

Guilich ....28 6 t/4. i5 3/4,

Hoelteshoff. 26 a/3 5 10 et 8 de bois de Faste t.

Ibid. Meilleure coul. . . 28 i/3 62/3 11 2/3 et 10 de bois de F.

Vincard. 25 6 1/4. » et 6 et 1/4 d’amidon.

En Angl. pour drap fin. » 62/3. »

— pour du drap gros. » 4 »

Hermbstaedt 16 5 6 et 3 de curcuma.

Bancroff 8 4 » 2 1 1'1 de quercitron.

Vitalis 19 3 6

Tom. I.

S 46 COCHENILLES.

Cramoisi sur laine . Si on veut teindre du drap de laine cramoisi on le fait bouillir 1 heure dans une liqueur qui contient par livre 7 onces d’alun et 5 onces de tartre , et on teint alors dans un bain contenant 4 onces de cochenille et un peu de dissolution d’étain. On peut aussi obtenir le cramoisi en teignant écarlate et faisant ensuite bouillir le drap dans une dissolution d’alun ou dans un bain de potasse ou de savon; mais la couleur est fausse. Si on remplace la moitié de la cochenille dans la teinture d’écarlate ou de cramoisi par la garance ? on obtient demi-écarlate ou demi cramoisi.

Teinture sur coton. Le coton ne se teint pas si bien avec la cochenille que la laine; on ne peut pas surtout obtenir d’écarlate saturée , paüce qu’il a peu d’affinité pour le sel d’étain. Si on passe dans un bain de cochenille une étoffe tissée avec de la laine et du coton , le dernier ne se teint pas. Avec alun on obtient un cramoisi assez beau et assez solide (1); avec sel d’étain une écarlate pâle qui se fixe lentement et qui n’est pas très-solide. Cette couleur se fixe mieux quand le mordant est appliqué séparément. En général on emploie rarement la cochenille pour teindre le lin et le coton , parce que la garance est plus propre pour ces matières.

En 1751 , Scheffer recommandait pour teindre le coton en écarlate de passer le coton d’abord dans une dissolution de nitro-muriate d’étain ? et ensuite dans le bain de cochenille. Le docteur Bekenhout obtint plus tard du gouvernement anglais une somme de 5ooo livres sterling

fi) On alune ordinairement les fils en ajoutant un peu de potasse à 1 alun, et on passe ensuite dans un bain de cochenille; si on les passe apj es a 1 eau de chaux, la couleur devient plus solide. L’infusion de noix de galle rend la couleur plus vive. La dissolution de fer très-etendyp « la rend plus fonce'e.

pour un procédé qui ne différait pas essentiellement de celui-là, et qui ne donnait pas des couleurs plus solides. Bancroff produisait une écarlate brillante , qui supportait un léger lavage au. savon et l’action de Pair , en trempant du coton dans une dissolution et passant et de sulfate d’étain étendu, tordant et passant dans de Peau renfermant une quantité de potasse suffisante pour neutraliser l’action du sel d’étain : Poxide entrait alors plus fortement en combinaison avec les fils. Il rinçait , et teignait dans un bain formé de 4 livres de cochenille et 2 livres 1/2 à 5 livres de quercitron.

Dingler produisait une belle écarlate sur coton en le traitant comme pour le rouge d’Andrinople par des huiles alcalines , rinçant après le séchage , tannant avec une décoction de sumac, passant dans une dissolution neutre de sulfate d’étain , séchant , lavant , et passant dans le bain de cochenille.

Teinture sur soie. On obtient sur soie , avec le secours d’un sel alumineux , des cramoisis aussi beaux que sur laine (1); mais avec des sels d’étain on ne peut pas obtenir une écarlate vive, parce que ces sels enlèvent le lustre des soies. Aussi Bancroff avec tous les mordans n’obtint jamais

(1) Pour du vrai cramoisi on de'creuse 100 livres de soie avec .20 liv. de savon, on rince, on l’alune 10 à 12 heures dans un fort bain d’alun. On rince et on bat , on jette dans un baiu d’eau bouillante 8 à 12 livres de noix de galle , après quelques bouillons 12 à 20 livres de cochenille $ alors 6 livres détartré, et quand il est dissout 6 livres de dissolution. |« d’e'tain ( 12 onces d’ëtain , 1 livre d’acide nitrique et 8 de sel ammoniac ). On tique'fie le bain, on y passe la soie jusqu’à ce que sa nuance soit égale , ensuite on la fait bouillir 2 heures en la retournant de temps en temps. Après on e'teint le feu , on la laisse 5 à 6 heures dans le bain , ensuite on rince , on bat et on sèche. On rend la couleur plus fonce'e par une dissolution de fer, plus jaune par une addition de bois jaune ( Vitalis ),

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