‹ Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleurs (volume 2)Chapitre 119 sur 124 · SANG · texte numérisé non relu

SANG

Les acides forts la décomposent par la chaleur; l’acide nitrique la rend noire; l’acide muriatique forme avec elle une combinaison brune neutre. Tous les acides qui ne sont pas trop forts et qui sont étendus la dissolvent avec une couleur rouge foncé.

L’acétate de plomb avive la couleur de la dissolution aqueuse, et précipite une belle matière rouge (Berzélius).

Le nitrate de mercure et le sublimé corrosif précipitent la matière colorante de sa dissolution aqueuse , et la fixent sur les étoffes. L’alun donne également un précipité rouge , mais dont la teinte n’est fixe ni à l’air ni à la lumière. Il en est de même du sel d’étain.

Bizio regarde la matière colorante du sang comme composée de crythrogène et d’azote. Le crythrogène se trouve dans le fiel des individus ayant la jaunisse; il est gras, sans goût, insoluble dans l’eau et l’éther, très-soluble dans l’éther et les huiles grasses ; il se volatilise à 4°° Réaumur : en contact avec l’air il donne des vapeurs couleur de pourpre. Les alcalis rendent sa couleur jaune; les acides muriatique, nitrique et sulfurique , le dissolvent sans l’altérer , mais le décomposent par la chaleur : en le chauffant avec l’acide nitrique ainsi qu’avec l’ammoniaque , il devient rougepourpre. Cette même teinte s’observe peu -à peu à l’air. Elle provient de la combinaison du crythrogène avec l’azote. ( Schveigger , Journal de chimie , vol. XXXVII, pag. 1 53. ) Peut-être le suc colorant du pourpre est de même nature.

Teinture avec le sang . Quand on traite les étoffes de laine par le nitrate de mercure ou le sublimé-corrosif, et qu’on les plonge ensuite dans une dissolution de la matière colorante du sang , elles prennent une belle teinte rouge, qui ne change pas par le savon. On peut employer la matière colorante dissoute dans l’ammoniaque. D’autres mordans que

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ceux à base de mercure ne donnent pas des couleurs solides (Brande). Les alcalis et les acides, excepté l’acide nitrique, ne peuvent pas changer la couleur; et comme la couleur sur les étoffes non préparées par le mordant s’enlève facilement à l’eau , cette matière est principalement propre pour les impressions d’indiennes. Les Arméniens depuis longtemps emploient du sang mêlé à la garance pour la teinture des rouges les plus fins et les plus solides : ils le regardent comme nécessaire à la solidité de la couleur. Peut-être la couleur provient et de la garance et du sang.

Du coton engallé se teint rouge solide par la dissolution aqueuse de la matière colorante du sang (Brande).

Avec la couleur de sang obtenue par la décoction de galle, Kastner teignait sans mordant le coton en un assez beau rouge : le coton traité par l’huile et le savon prenait un rouge -cramoisi; traité par l’acétate de plomb, il devenait d’un beau rouge (moins foncé). Kastner demande si l’on ne pourrait pas éviter le bain de fiente et économiser de la garance , en impreignant le bain de galle de la matière colorante du sang, et si cette dernière ne pourrait pas être employée pour teindre les cuirs. Jusqu’à présent on n’a employé le sang que dans la teinture en rouge d’AndrinopIe,

après 1 avoir séparé de la fibrine , et en le mêlant avec un peu de craie.

SEPIA. La sepia est le suc noir desséché contenu dans certains moîusques ; il est contenu dans des glandes particulières. L animal le lance pour troubler l’eau qui l’environne , aussitôt qu’il est poursuivi. Une partie suffit pour troubler 1000 parties d’eau.

loutes les variétés de l’espèce de moîusques en question contiennent un suc brun ou noir ; mais on extrait principalement ce suc de la sepia off. ? de la sepia ioligo et de la sepia tunicqta . La première contient le plus de suc noir; on la

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trouve dans la Méditerranée et l’Océan. On enlève la vessie de suite et on la fait sécher rapidement , parce que le suc entre facilement en putréfaction.

Propriétés . Le suc sec a une couleur brun foncé presque noir , et a un grain très-fin. Il est insoluble dans l’eau , mais il s’y divise très-finement , et ne se dépose que lentement. L’alcool et l’éther font cailler le suc frais; le premier ne dissout pas le suc sec. Les alcalis caustiques dissolvent la sepia, et changent sa couleur en brun; cependant elle retombe aussitôt que la liqueur a absorbé de l’acide carbonique de l’air. Les acides ne changent pas sa couleur, excepté l’acide nitrique , qui la rend brune après quelques jours. Le chlore agit de la même manière, et ne la détruit que très- difficilement. Le suc frais pourrit vite à l’air; le suc sec, ainsi que les traits faits avec, sont très-solides.

Composition . La partie colorante de la sepia est une matière charbonneuse très- divisée. Elle contient de l’albumine, de la gélatine du phosphate de chaux, et quelques autres terres.

Préparation . Pour l’usage dans la peinture à l’eau , la sepia est préparée par le traitement suivant : on broie une partie de sepia sèche avec de la lessive caustique, on ajoute alors davantage de lessive, on fait bouillir 1/2 heure, on filtre; on sature la potasse par un acide, on sépare la liqueur du précipité , on lave avec un peu d’eau, et on le fait sécher à une douce chaleur. Cette matière est alors brune , et d’un grain très-fin.

Usages . La sepia ne peut pas être employée pour teindre des étoffes , parce qu’elle n’a point d’affinité pour ces matières, mais elle donne une bonne couleur noire et brune pour la peinture à l’eau. Elle a de l’avantage sur l’encre de la Chine pour les grandes teintes , parce qu’elle ne sèche pas

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si vite , et qu’elle peut être enlevée du papier. Autrefois on croyait que l’encre de Chine était faite avec cette substance.

SOIE. La soie jaune brute contient une matière colorante résineuse qui en masse est d’un rouge -brun, en poudre d’un jaune verdâtre. Elle est insoluble dans l’eau , soluble dans l’alcool et les alcalis , et se décolore rapidement à la lumière (Roard).

TEIGNES. Kirby et Spence rapportent dans leur ouvrage sur l’anatomie , que les larves des teignes qui se mettent dans le drap peuvent former des couleurs vives quand elles ont été nourries avec des draps de la couleur que l’on veut obtenir.

Un Anglais a récemment émis l’opinion singulière que ces larves avaient été employées par les anciens pour produire les couleurs rouges qu’ils appelaient purpurissum , et que M. Chaptal regardait comme une craie teinte avec de la garance; il fit des essais, parce qu’il manque dans la peinture à l’huile une matière plus convenable que le carmin.

Il pensait obtenir une plus belle couleur que le carmin en nourrissant les larves avec du rouge turc; cependant les larves ainsi nourries se détruisaient rapidement , ce qu’il attribuait à l huile que contenait le coton. Cependant elles laissaient beaucoup d’excrémens d’un rouge vif. L’eau en dissolvait facilement une partie de la couleur; mais une grande partie du coton paraissait seulement très-divisé et non altéré. Des circonstances particulières empêchèrent 1 auteur de suivre ces expériences , qui mériteraient d’être continuées, parce que la solubilité de la matière colorante dans l’eau prouve qu’elle a éprouvé une altération; mais il serait nécessaire de nourrir les larves avec de la laine teinte

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