‹ Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleurs (volume 2)Chapitre 18 sur 124 · MERCURE · texte numérisé non relu

MERCURE

Le mercure forme deux oxides , dont l’un est noir et l’autre rouge; le premier (protoxide) contient 96,19 mercure, et 5,8i oxigène. Par la chaleur, l’oxide noir se transforme en métal et deutoxide.

Le deutoxide est rouge; il est formé de 92, 66 mercure , 7,04 oxigène. Pulvérisé, il est d’un jaune orangé , très-venéneux : la chaleur le rend rouge, et ensuite violet. 11 n’est pas employé comme couleur, il est connu sous le nom de précipité rouge. On l’obtient en calcinant le nitrate de mercure.

Le mercure broyé avec du soufre donne une poudre noire grisâtre (éthiops minéral ). Lorsqu’on fond une partie de soulre et 6 parties de mercure , on obtient en masse du rouge noirâtre , qui par la sublimation devient d’un rouge vif, surtout après avoir été pulvérisé. En masses, il est connu sous le nom de cinabre; et quand il est pulvérisé, sous celui de vermillon. On le trouve dans la nature; mais presque tout celui que l’on consomme dans les arts est préparé artificiellement. C’est un des plus beaux rouges que l’on possède.

L’oxide de mercure se combine en plusieurs proportions avec l’acide sulfurique. Le sous-sulfate est jaune-citron , soluble seulement dans 2000 parties d’eau froide et dans 600 parties d’eau bouillante; il est employé comme couleur et comme vomitif sous le nom de turbith minéral.

L iodure de mercure est d’un beau rouge écarlate; le molybdate de protoxide de mercure est d’un beau bleu; le chroma te de protoxide de mercure est d’un rouge écarlate , celui de deutoxide est jaune. L’hydrosuliate de protoxide est noir ; le gallale de protoxide est jaune ; celui de deutoxide , jaune-citron.

Le mercure forme avec l’étain un alliage brillant ( amalgame d’étain ) , qui est employé pour étamer les glaces.

En teinture on n’emploie pas i’oxide de mercure, parce

MOLYBDENE. ï29

qu il est trop altérable; on devrait aussi , à cause de ses propriétés vénéneuses , ne jamais l'employer comme mordant» Si on applique du nitrate de mercure sur des étoffes qui ont été plongées dans des bains alcalins (i), il se développe d’abord une couleur jaune qui devient ensuite olive, et noire quand on lave avec du savon, mais qui disparaît complètement après quelques jours d’exposition à l’air. Le professeur Gmelin obtenait par îe nitrate de mer** cure une couleur de cuivre sur soie; Hauffmann, un beau jaune sur coton.

Lorsqu’on traite les étoffes d’abord par une dissolution de prussiate de potasse , et ensuite par le nitrate de mercure , on obtient un jaune verdâtre.

MOLYBDÈNE. Le molybdène est d’un blanc d’argent ; on le trouve souvent dans la nature combiné avec le soufre. Le sulfure de molybdène est gras au toucher, mou, et laisse* comme le graphite, des traces sur les corps que l’on frotte avec. On le trouve à l’état d’acide combiné avec le plomb ( molybdate de plomb ).

Le molybdène se combine avec l’oxigène de l’air par la chaleur, et forme un oxide d’un brun-violet; plus tard un oxide bleu , et enfin un acide qui est blanc (2).

L oxide bleu porte aussi le nom d’acide molybdeux : il se dissout facilement dans 1 eau , et avec la plupart des bases salifiables il donne des sels bleus. Les sels que forme l’a * eide molybdique sont jaunâtres ou jaune brunâtre.

(1) Si on plonge les étoffés dans de la soude et du sulfure de soude, ou dans du sulfure de soude et de l’alcool , ou dans de la potasse caustique, ou dans de l’orpiment dissous dans la potasse, la couleur se montre plus vite, mais n’est pas plus solide. Bancroff obtenait cependant sur coton , par un bain dans le foie de soufre, un noir qui après ij ans i n’avait, pas e'te' alte're'.

(a) L’acide molybdique s’obtient aussi en traitant le sulfure de molyb- ! dène par l’aeide nitrique.

Toar. I.

i3o MOLYBDÈNE.

Jaeger a recommandé l’oxide bieu (1) comme couleur de peinture , et Fa utilisé en teinture. Il formait un mélange de molybdate de potasse (2) et de muriate d’étain en excès (5) , faisait bouillir le mélange une demi-heure , et le laissait reposer de 8 à 10 jours; pendant ce temps la couleur devenait d’un bleu foncé , et il se formait un dépôt d’oxide d’étain gris que l’on séparait. Cette dissolution , étendue d’eau , séryait à teindre la mousseline en bleu clair ; les étoffes de laine , par la chaleur , en bleu foncé , comme avec la cuve d’Inde; avec le quercitron , on obtenait un beau vert ; avec l’acétate d’alumine et bois bleu, un joli noir. Ces couleurs résistent à l’air, à la lumière et aux acides; la liqueur évaporée donne une poudre bleue qui , dissoute dans l’eau , peut servir pour l’aquarelle.

Richter obtenait une couleur de peinture bleue , en met-

tant du molybdate de chaux avec du muriate de protoxide d’étain ; il se formait du muriate de chaux qui restait en dissolution , et un précipité d’oxide d’étain et d’oxide de molybdène qui formait la couleur.

Roulay -Marillac préparait un couleur très-solide , d’application et d’émail , en chauffant au rouge du phosphate de molybdène avec des os calcinés et pulvérisés. Suivant le degré de chaleur la teinte est d’un bleu pur, vert d’émeraude ou pourpre-violet.

Le molybdène , fondu avec le soufre , forme un composé noir. L’acide sulfurique dissout le protoxide , et prend une couleur bleue qui , par la chaleur , devient verte. Le deut-

(1) L’oxide bleu s’obtient, i° en triturant dans l’eau un mélangé de

2 parties d’acide molybdique , et d’une partie de molybdène ; 20 en met- l tant l’acide molybdique avec des corps qui lui enlèvent une partie de son oxigène.

(2) On l’obtient en calcinant le sulfure de molybdène dans un creuset i ouvert, traitant le résidu par l’eau chaude et la potasse.

(5) La dissolution d’étain agit en désoxigénant l’acide molybdique.

NICKEL. j3£

oxide forme avec cet acide une dissolution brune qui , avec 1 addition de molybdène , devient bleue ( par désoxigénation. )

NICKEL. Le nickel est gris-blanc : il est peu répandu dans la nature. Il constitue la matière colorante d’un grand nombre de pierres vertes. Il s oxide par la chaleur et prend les différentes teintes que l’acier acquiert dans les mêmes circonstances. Le protoxide est noir ; le deutoxide de nickel est gris foncé, à l’état d’hydrate il est vert-pomme. Le deutoxide forme avec 1 acide carbonique, l’acide arsenique, l’acide sé~ lénique et J acide boracique, des sels vert-pomme; aucune d<v ces combinaisons n est encore employée comme couleur. Le phosphate de nickel, mêlé avec de l’alumine et chauffé au rouge, forme une matière verte inaltérable , qui peut être employée à l’huile et pour les émaux.

OR. Le prix élevé de ce métal restreint beaucoup son emploi comme couleur.

Dans 1 état métallique, il est employé en lame très-mince ou en poudre, pour dorer (,) ; cependant la plupart de l’or qui est vendu sous le nom d’or en coquille renferme du sulfure d’étain (or mussif) (2). On a aussi cherché h le fixer sur les étoffes , mais avec peu de succès. Miss Fulham trempait les étoffes de coton dans des dissolutions d’or, et les exposait a 1 action du gaz hydrogène sulfuré , ou du gaz

(1) L or en poudre se préparé en pulvérisant l’or battu en feuilles minces- si on doit s’en servir en peinture ( or en coquille ou moulu), il doit etre broyé 2 heures avec du sel ammoniaque et de la gomme.

(2) En 1770 la fabrique de Schuile livrait au commerce pour la première fois des étoffes imprime'es avec ce mélange broyé avec de la gomme. L’argent et le cuivre en poudre se laissent également appliquer sur les étoffés qui ne doivent pas être lavées. Par le frottement on rend brillant le métal appliqué.

x3» OR.

hydrogène : le métal devenait brillant par partie , mais pas uniformément. Le professeur Kastner recommandait de plonger l’étoffe dans du nitrate d’or , et de l’exposer encore humide aux vapeurs du soufre brûlant; l’or reprend l’état métallique , et par un doux frottement devient brillant. On obtient une dorure plus uniforme encore, en traitant î étoffe par une dissolution d’or dans l’éther sulfurique (1) : par 1 exposition à l’air , l’éther se vaporise , et par la lumière l’or devient métallique ; mais ce procédé est dispendieux.

L’or a peu d’affinité pour l’oxigène ; aussi les combinaisons qu’il forme avec lui ont peu de stabilité. Le protoxide d’or contient 5,88 oxigène, il est vert foncé, et se décom pose rapidement à l’air en métal et en oxigène. Le deutoxide d’or est pourpre, contient 7, 5 oxigène, et se réduit par la chaleur; le peroxide est noir brunâtre, il contient 10,81 oxigène, il se désoxigène par l’air et la chaleur; quand il contient de l’eau sa couleur est le brun-châtaigne. Le tritoxide est principalement employé comme couleur ; combiné avec l’étain, il forme le pourpre d’or (2); il est utilisé pour produire surles matières animales, et sur d’autres corps, un pourpre brillant mais très-cher. Pour cela on dissout l’or dans de l’acide nitro-muriatique , à l’aide d’une douce chaleur (5) ; on trempe l’étoffe dans cette dissolution , et on l’expose à la lumière , où la couleur jaune qu’il avait d’abord devient cramoisie. Ce changement est une suite de la désoxigénation du métal, et peut aussi être produit quand

(1) On l’obtient en mettant une dissolution d’or en contact avec de l’éther sulfurique liquide ; ce dernier s’empare de l'or, et on peut facilement séparer l’éther de l’acide. La lumière du soleil laisse l’or en pellicule. Cette dissolution d’or est souvent employée pour dorer les petites lancettes.

(2) (Pourpre de Cassius, pourpre minéral). Combinaison d’étain et de tritoxide d’or. Voyez pour sa préparation le 2e volume.

(3) Cette dissolution teint la peau en pourpre.

on porte d’avance sur les étoiles des corps désoxigénans : par exemple , une dissolution de colle , de l’huile de lin , du jaune d’œuf, du blanc d’œuf, de l’orpiment , du sulfure de potasse , etc. Si on trempe l’étolfe dans une dissolution de muriate d’étain , le changement de couleur a aussi lieu sans lumière. Plus on prend de dissolution d’étain , et plus la couleur tend au violet: par plusieurs immersions après chaque séchage , ou en étendant les dissolutions d’eau, on obtient toutes les nuances de pourpre et de violet.

Le pourpre d’or invariable s’obtient, d’après Boulay-Marillac , en chauffant ensemble du phosphate d’or et de l’alumine (1), ou en faisant chauffer dans de l’eau du pourpre d’or avec de l’alumine , de la gélatine et du tannin. Le pourpre d’or fait par ce moyen est invariable , tandis que l’ordinaire, sans addition , passe promptement au noir. On peut avec de For pourpre préparé comme précédemment teindre la laine et les autres étoffes.

Hausmann a reconnu que Ton pourrait obtenir des couleurs pourpre liquides , en mêlant de For en dissolution avec une dissolution d’étain renfermant un grand excès d’acide; on peut, en y plongeant la soie à plusieurs reprises, obtenir une couleur solide. Cependant Bancroff préfère appliquer les deux dissolutions séparément. En 1780, Guilich , dans son ouvrage sur la teinture , indiquait le même procédé pour teindre en pourpre , et prétendait aussi avoir trouvé un procédé particulier qu’il a terni secret.

Pour la teinture en pourpre il recommandait de verser la dissolution d’or dans de l’eau , jusqu’à ce que cette dernière

(1) Dans une autre partie de sa patente il disait que Ton obtenait du cramoisi en chauffant au rouge du phosphate d’or et de l’alumine , et tous les phosphates terreux ; et du pourpre invariable en faisant chauffer du phosphate d’or avec de rétain et de l’alumine ou un phosphate ter-

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