AVIS DE L’ÉDITEUR
La teinture et l'impression des tissus ont été déjà l’objet d’un très-grand nombre de traités ; quelquesuns de ces ouvrages sont tellement remarquables , et par les connaissances chimiques et pratiques de leurs auteurs , et par le talent avec lequel ils sont rédigés , qu’il est presque téméraire d’espérer faire mieux. Aussi c'est en quelque sorte une nécessité pour l’éditeur d’un nouvel ouvrage sur cette matière , d’exposer les motifs qui lui ont fait penser que sa publication ne serait pas aussi superflue qu’elle peut le paraître à plusieurs personnes.
Les éloges donnés dans plusieurs journaux français très-estimés à l’ouvrage de M. Leuchs, et la réputation dont jouit cet auteur en Allemagne, ont dû naturellement fixer notre attention sur son Traité des corps coloranSj et nous faire naître l’idée de le traduire. En examinant ensuite ce travail avec attention , nous avons dû reconnaître , ce qui sera évident pour nos lecteurs , qu’il est entièrement différent de tout ce qui a été publié jusqu’à ce jour sur le même sujet. L’ouvrage allemand se compose en effet de deux parties bien distinctes. La première et la seule qui ait rapport à l’art de colorer les tissus n’est pas simplement un exposé plus ou moins détaillé , plus ou moins complet des divers procédés employés dans la teinture
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et l’impression des étoffes : s’il se fût borné à ce travail, l’auteur n’eût fait que ce qui avait été exécuté plus ou moins heureusement par ses devanciers. Il a conçu un plan plus vaste , plus neuf ; il a voulu non-seulement décrire ce qui existe , mais encore mettre sur la voie des découvertes qui sont encore à faire. C’est pour atteindre ce but que la première partie de son I raité est un Dictionnaire descriptif de tous les corps renfermant un principe colorant. Que ce principe soit employé depuis long-temps dans nos ateliers, ou qu’il ait été seulement entrevu par les savans, l’auteur n’en examine pas moins ses propriétés , l’action des divers agens sur lui , ses applications possibles s’il ne fait pas encore partie de notre domaine industriel , ou, dans le cas contraire , les divers procédés à l’aide desquels on le fait servir à la coloration des étoffes de toute espèce.
L’ordre suivi par Leuchs est extrêmement simple ; il donne dans une espèce d’introduction des notions générales sur l’art du teinturier , sur les opérations préliminaires que l’on doit faire subir aux substances à teindre : le blanchiment , le désuintage , l’application et la nature des mordans , sont traités dans cette partie. Vient ensuite la description des matières tinctoriales classées par ordre de règne , et dans chaque règne par ordre alphabétique.
Pour donner une idée des recherches qu’a nécessitées cet immense travail , et du soin avec lequel il a été exécuté , nous répéterons ce qui a été dit par un examinateur désintéressé. « L’auteur , pour composer » son ouvrage , a compulsé cent quinze ouvrages écrits
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» dans toutes les langues, sans compter les Mémoires » répandus dans les collections scientifiques. » Pour compléter ce répertoire de tout ce qui a été publié sur la teinture , nous y avons ajouté les travaux et les découvertes faites depuis i8s5 , époque de la publication de louvrage de Leuchs. Nous avons suivi dans ce travail l’exemple donné par l’auteur allemand , en recueillant tout ce qui nous a paru susceptible de quelque intérêt, sans discuter ni adopter les opinions emises par les auteurs des Mémoires ou des travaux dont nous avons rapporté des extraits ou les résultats.
Les hommes qui s’occupent de recherches sur l’art de la teinture apprécieront l’avantage de trouver réunis dans un meme recueil 1 indication des corps renfermant des principes coîorans non employés jusqu’ici , l’exposé des essais tentés et les résultats même incomplets obtenus par ceux qui se sont occupés avant eux des memes recherches • la science de la teinture est encore à créer ; la réunion de tous les faits peut seule mettre à même d’exécuter ce vaste et important travail. Quant aux teinturiers purement praticiens , ils trouveront dans ce recueil non-seulement la description des procédés les plus répandus , mais même les recettes et les opérations employées dans les pays les moins connus , les ateliers les mieux fermés. Grâces aux details et aux dosages indiques , on pourra faire soi-même la comparaison de ces procédés entre eux , et les apprécier sous le rapport de l’économie des frais, et sous celui de la beauté des nuances obtenues.
La deuxième partie de cet ouvrage traite de la préparation de toutes les couleurs solides ou liquides ;
iv AVIS DE L’ÉDITEUR,
l'auteur les a groupées dans Tordre suivant : le blanc , le jaune, le rouge, le bleu, le vert, le brun et le noir. Il a réuni dans chacune de ces divisions toutes les substances et les procédés qui servent à produire chacune de ces teintes. Cette dernière partie est terminée par un travail sur les verres colorés , les pierres artificielles, la peinture sur porcelaine et sur verre, la préparation de l’indigo pastel et des crayons.
L’ouvrage de M. Leuchs comprenant tout ce qui est nécessaire pour l’exercice de deux industries entièrement distinctes , nous avons cru devoir publier la traduction de ce Traité en deux parties qui se vendent séparément.
L’une comprendra le Traité de Teinture ; l’autre , la Fabrication des Couleurs .
Cette traduction a été revue, pour la partie chimique , par M. Péclet , ex-professeur de physique et de chimie appliquées aux arts , maître de conférences de physique à l’école préparatoire.
ACIDE MURIATIQUE. ( Acide hydro - chloric/ue.) Cet acide est une combinaison de chlore et d’hydrogène; pur, il est gazeux. Combiné avec la soude il constitue le sel de cuisine ; combiné avec de l’eau il est très-employé en teinture. Il est préféré à l’acide sulfurique parce qu’il forme des sels solubles avec la chaux et la plupart des oxides métalliques. Il renferme quelquefois de l’acide sulfurique, qui est préjudiciable à la préparation du sel d’étain. On reconnaît sa présence de la même manière que dans l’acide nitrique; on le sépare en distillant le mélange sur du sel marin.
ACIDE NITRIQUE. Cet acide est composé de 25, 9 d’azote et de 74? 1 d’oxigène. Il renferme toujours de l’eau. Il teint en jaune les matières végétales et animales. Cet acide esttrès-souvent employé pour préparer différons mordans, et principalement avec l’acide muriatique ( hydro-chîorique ) , pour préparer la dissolution d’étain. Pour reconnaître si l’acide nitrique contient de l’acide sulfurique, on l’étend de deux fois son poids d’eau distillée , et on y ajoute du nitrate de barite ; si l’acide nitrique contient de l’acide sulfurique, il se forme un précipité blanc. La présence de l’acide sulfurique, est nuisible dans plusieurs teintures, et principalement dans la teinture écarlate. Pour séparer l’acide sulfurique de l’acide nitrique, on peut distiller sur du salpêtre, ou ajouter un sel soluble de plomb jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité, et distiller. On reconnaît que l’acide nitrique contient de l’acide muriatique quand le nitrate d’argent y forme un précipité.
ACIDE NITRO- MURIATIQUE. ( Eau régale.) Mélange d’acide nitrique et d’acide muriatique qui dissout facilement l’or, l’étain, etc. ; il est jaune, fumant, et très-caustique. On l’obtient en mettant une partie d’acide nitrique avec deux ou Tour. I.
trois d’acide muriatique. Ou l’obtient aussi en dissolvant une partie de sel de cuisine ou de sel ammoniac dans huit parties d’acide nitrique; ainsi obtenu, l’acide renferme un sel de soude ou d’ammoniaque.
ACIDE PYRO-LIGNEUX. Cet acide s’obtient en distillant le bois ; il est formé d’acide acétique, de goudron, et d’huile essentielle altérée par le feu : son odeur est empyreumatique. Cet acide, séparé de l’huile, peut être employé comme le vinaigre de vin. L’acide pyro-ligneux impur est souvent employé combiné avec les alcalis, le fer et le cuivre. Kurrer a fait un mémoire sur la préparation de cet acide, qu’on trouve dans le Journal de Dingler, tome ier, pages 12 et 5? (1).
ACIDE SULFURIQUE. ( Huile de vitriol ) L’acide sulfurique fumant de Nordhausen est d’une couleur foncée, tandis que celui de France et d'Angleterre est blanc. Cependant ces derniers sont quelquefois colorés en brun par les matières végétales ou animales en dissolution, et qui sont charbonnées. L’acide sulfurique doit être conservé dans des vases de verre, de grès ou de plomb ; les vases doivent être fermés parce que l’acide sulfurique absorbe rapidement l’humidité de l’air, et se colore par les substances que l’air tient en suspension. L’acide sulfurique ne doit être mêlé à l’eau qu’avec beaucoup de précautions, parce que la combinaison donne lieu à un grand développement de chaleur.
L’acide sulfurique de Nordhausen, qu’011 désigne aussi sous le nom d’acide sulfurique fumant, diffère de tous les autres en ce qu’il ne contient point d’eau. Ces derniers en renferment ordinairement i/5 de leur poids.
AERAGE. Lorsque les matières colorantes sont mieux fixées ou éprouvent une action favorable parle contact de l’air, on cherche pendant l’opération de la teinture à favoriser autant que possible ce contact. Pour cela on retire souvent des bains de teinture
(1) Î1 est cependant important que l’acide soit privé de la majeure partie du goudron qu’il renfermait d’abord, car le goudron en excès qui se fixe sur l’étoffe lui donne une teinte bistrée, retarde sa dessiccation , et fixe facilement la poussière. D’ailleurs les acétates se préparent difficilement avec l’acide brut , parce que le goudron abandonné par l’acide qui se combine, recouvre le métal et le soustrait à l’action de l’acide.
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES, les substances à teindre, et on les suspend à l’air pendant un certain temps, après quoi on renouvelle les immersions. Cela arrive, par exemple, aux fils et aux étoffes que l’on teint en noir par la noix de galle et le fer, en bleu par les dissolutions de fer et de prussiate de potasse, et en jaune par les dissolutions de protoxide de fer, etc.; pour les couleurs sur lesquelles l’air a une action défavorable, il faut au contraire éviter l’aéraee.
AFFINITE. On appelle affinité la tendance de deux corps à se combiner. En général les corps composés ont des propriétés entièrement différentes de celles de leurs éiémens.
ALCALIS. On désigne sous ce nom un grand nombre de corps, dont la plupart sont corrosifs. Leur propriété caractéristique est de verdir les teintures bleues, et de ramener au bleu, celles qui ont été rougies par les acides. En général les alcalis foncent la nuance des couleurs jaunes, ils rougissent celles de curouma. Ils ont une grande affinité pour les acides, avec lesquels ils forment des sels ; avec les graisses ils forment des savons. On distingue les alcalis fixes, potasse et soude : l’alcali volatil, l’ammoniaque : et les terres alcalines : chaux, barite , strontiane, magnésie. Dans le langage ordinaire on réserve principalement le nom d’alcali aux trois premiers.
ALUMINE. Cette matière est blanche, fait pâte avec l’eau. Rarement on la trouve pure dans la nature. En dissolution dans les acides, elle est employée comme mordant, à cause de son affinité pour les fibres des fils et des tissus et pour les matières colorantes. Elle est aussi employée dans la préparation des laques et de certaines autres couleurs. Pour obtenir de l’alumine parfaitement pure , il faut verser une dissolution d’hydro-cyanate de potasse ferrugineux (prussiate de potasse) dans une dissolution d’alun, tant qu’il se développe une couleur verte ; ensuite on laisse déposer pendant plusieurs jours, et on filtre; on verse alors un excès d’ammoniaque dans la liqueur claire, on lave le précipité et on filtre. L’alumine doit être maintenue constamment humide , parce que quand elle est sèche elle se dissout difficilement dans les acides. On peut combiner cette terre avec la laine et Ses autres matières par une ébullition suffi-
samment prolongée. Cependant cette combinaison est incomplète et inégale, et par ce moyen on ne pourrait pas faire une teinture aussi uniforme et aussi solide que quand on emploie l’alumine en combinaison avec un acide.
ALUN. Sulfate d’alumine et de potasse, ou d’alumine et d’ammoniaque. — Composition : acide sulfurique 53, 74 ? alumine 10, 76 ; potasse 9, 95 ; eau 45, 55. Ce sel est soluble dans 16 à 20 parties d’eau froide ou 3/4 de parties d’eau bouillante. Ces dissolutions sont d’un grand usage en teinture (alunage), pour fixer, adoucir et aviver les couleurs. Exposé au feu l’alun perd son eau de cristallisation ; il prend alors le nom d’alun calciné. L’alun calciné était autrefois employé dans les imprimeries de toiles peintes, mais il n’a réellement point d’ayantage sur celui qui est cristallisé. L’acide sulfurique étant en excès dans l’alun , ce sel agit sur toutes les matières colorantes qui sont attaquées par les acides, comme le faux bleu, plusieurs couleurs jaunes, etc. Dans ce cas, on peut saturer l’excès d’acide par de la craie pulvérisée, qu’on ajoute dans le bain de couleurs (1). Sieffert préparait pour cet objet un alun neutre, avec 12 parties d’alun et une partie de chaux éteinte; il laissait bouillir le mélange dans la quantité nécessaire d’eau, et il faisait ensuite cristalliser en rapprochant suffisamment la liqueur. Une partie de cet alun neutre est soluble dans 3o parties d’eau.
L’alun se prépare maintenant dans tous les pays de l’Europe, on en a par conséquent beaucoup de sortes.
Alun de Rome. Se fabrique dans les environs de la Tolfa; il est d’une couleur rougeâtre (2). Cet alun est regardé comme le meilleur de tous, parce que c’est celui qui contient le moins de sulfate de fer (il en renferme à peine quelques atomes). On emploie maintenant dans un grand nombre de fabriques d’autres aluns, et on obtient les mêmes résultats. Tous les aluns peuvent être purifiés et séparés du sulfate de fer qu’ils contien-
(1) On peut prendre 1/8 de craie et la même quantité de potasse.
(2) La teinte rougeâtre n’existe qu’à sa surface et la distingue des autres sortes.
nent, en les faisant dissoudre et cristalliser de nouveau (i) ; on peut également précipiter le fer par du prussiate de potasse ou de l’alumine récemment précipitée. Dans la teinture sur laine, l’alun n’a pas besoin d’être aussi pur que pour la teinture sur soie , sur coton, et sur lin, parce que la laine a beaucoup moins d’affinité pour les oxides métalliques que ces dernières substances.
Alun Luiticher. Contient des atomes de sulfate d’ammoniaque et de fer.
Alun de Rocca. ( Syrie. ) Il vient en gros morceaux transparens, qui, en fondant, présentent la forme ordinaire des cristaux d’alun.
Alun d’ Angleterre. En gros cristaux vitreux : il contient beaucoup de fer, et, par cette raison, est peu estimé.
Alun de Brunswick . Cristallisé en octaèdres transpnrens roses, mais qui ne sont pas couverts d’une poussière rouge comme l’alun de Rome et celui de Levant. Il contient de l’oxide de cobalt (2).
Alun de F ris do rf. Il contient de l’ammoniac, et très-peu de fer; il est le plus pur après celui de Rome.
Le tableau qui suit renferme la composition des principales variétés d’alun. Les 5 premiers résultats sont dus à Seguin, et ceux de Frisdorf à Bergman.
Rome. — Levant.— Luiticher.— Angleterre.— France.— h risdorf.
Alumine io,5o. — 9,00.— 10, 5o. — 10,33. — I0,5û. — ii,i5o.
Acide sulfurique. 3o,4o.— 29,40. — 29,00. — 29,08. — 3o,oO. — 3i,i52.
Potasse to,4o. — 10, 40. — 10, 45. — • 10, 4o. — 10,40.— Jo, 179.
Eau ...48,70. — 5i,20. — 49i97- — 5o, ig. — 49i10-"""' 1 47i0°9*
Fer unat. — 1,20. — 1,10. — 0,07. — 00,12.— O,o5o.
Ammoniac....;.... « — » — » — ». - — » °i479»
([) Pour faire celte purification, on fait dissoudre I partie d’alun dans 3 d’eau bouillante : la dissolution fournit 2/3 partie d’alun purifié ; l’autre tiers reste en dissolution dans l’eau et contient tout le sulfate de fer. Les eaux-mères peuvent être employées dans certaines circonstances où la présence du fer n’est pas nuisible.
(2) Dans plusieurs fabriques d’alun de France , on donne a l’alun celte robe rougeâtre de l’alun de Rome, en agitant l’alun réduit en fragmens avec une terre rougeâtre , ou avec du peroxide de fer.
ALUNAGE. On entend par alunage le traitement des matières à teindre par l’alun : cette opération a pour objet d’augmenter ou de faire naître leur affinité pour les matières colorantes. L’alunage se fait toujours en immergeant les matières dans une dissolution d’alun à froid ou à chaud. On a cru pendant long-temps que dans l’opération de l’alunage une partie de l’acide était mise en liberté, et que l’alumine se combinait avec la matière. Mais MM. Thénard et lloard ont démontré que l’alun se combinait avec l’étoffe sans être décomposé, que par des lavages réitérés on pourrait complètement enlever l’alun, et que la décomposition, à laquelle on croyait d’abord, n’avait lieu que par l’action de la matière colorante.
On peut conclure de là les règles suivantes :
i° Après Falunage il faut rincer les étoffes, afin d’enlever l’alun qui n’étant pas combiné absorberait infructueusement une partie de la matière colorante, et qui d’ailleurs, étant inégalement réparti, pourrait occasioner des teintes irrégulières. Blais le lavage ne doit pas être trop long, parce que l’on pourrait enlever une partie de l’alun combiné, et que par conséquent on n’obtiendrait alors que des nuances beaucoup plus faibles.
2° Qu’il est avantageux de plonger les matières alunées dans les bains colorans avant leur dessiccation, non-seulement parce que les étoffes doivent être mouillées avant d’être plongées dans le bain, afin d’obtenir une teinte uniforme, mais encore parce que, le séchage faisant cristalliser l’alun facilement, il pourrait n’être pas réparti uniformément par un nouveau mouillage , d’où il pourrait résulter des nuances différentes.
5° Qu’une température très-élevée dans le bain de teinture peut être nuisible dans beaucoup de cas, parce que dans certaines circonstances la chaleur diminue l’affinité de l’alun et de l’étoffe, qu’une partie de l’alun pourrait se dissoudre, et que l’on obtiendrait alors des couleurs moins solides. Cela explique pourquoi la soie, le coton, le lin, le chanvre alunés, prennent beaucoup plus de matières colorantes dans un bain à une basse température, qu'à une température très-élevée.
Ordinairement on laisse pendant plusieurs jours les matières
alimées dans un endroit frais. MM. Thénard et Roard ont annoncé que ceia n’avait aucune influence sur les couleurs que l’on obtenait, excepté pour la laine, qui doit être teinte par le vouède; par un long séjour dans l’alun celle-ci prend une teinte plus nourrie. Ils attribuent cet effet au sulfate de potasse qui se forme dans la laine et qui s’égoutte pendant ce temps. .
Le mordant que l’on emploie ordinairement pour la laine se compose de 1/4 d’alun, et 1/16 de tartre,. la laine se combine avec l’alun et avec l’acide tartrique; ainsi cette espece démordant ne doit être employé que pour les couleurs qui doivent être avivées par les acides; par exemple, pour les teintures de kermès, de cochenille, de garance ; il serait préjudiciable pour
les teintures aux bois rouges, etc.
Alunage des étoffes de coton et de lin. On les meta froid dans une dissolution d’alun saturée ou a demi saturée; on les y laisse pendant 24 heures ou plus long-temps; on les rince de suite ou après les avoir séchées : elles gagnent en poids a peu près i/5o. Sur 4 parties de coton, on prend une partie d’alun et autant d’eau qu’il est nécessaire pour couvrir le coton.
Quelques personnes ont reconnu qu’il était convenable d’ajouter au bain, de la craie ou de la potasse ( 1/16 suivant les uns, 1/8 suivant les autres) (1), afin de saturer une partie de l’alun : . Thénard et Roard regardent cette méthode comme pré-
judiciable.
Alunage de la soie. On la tient pendant 8 à 24 heures et même plusieurs jours , dans un bain d’alun , on rince après. La dissolution d’alun doit être froide, parce que si elle était chaude la soie perdrait son éclat, une trop grande quantité d’alun se combinerait avec la soie, une partie cristalliserait par le refroidissement, et on obtiendrait des nuances diÛérentes. Sur 100 livres d’eau on peut mettre de 5 a. 4 hvres d’alun ? fit sur une partie d’alun 5 parties de soie.
Alunage de la laine. On la chauffe lentement dans une
(1) Ha us manu a observé qu’en employant t/8de craie, pas pendant l’été , même quand l’alun est dissous dans sans craie il exig,e 16 parties d’eau pour se dissoudre.
la dissolution ne cristallisait 5 parties d’eau , tandis que
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES, dissolution d’alun , on la rince après. On peut employer en alun 1/4 ou 1/6 de la laine. D’après M. Thénard, la moitié ou i/4 du poids de la laine 11’agissent pas d’une manière différente, mais si l’on prend seulement 1/20 d’alun, la couleur devient très-faible par la cochenille , le kermès , la garance , mais avec le vouède, le bois rouge, elle devient aussi foncée qu’en employant plus d’alun. On peut laisser bouillir depuis 1 heure jusqu’à 2. D’après MM. Thénard et Pxoard, une ébullition de 2 heures est préjudiciable. Ordinairement on ajoute à l’alun la moitié ou le tiers de son poids de tartre, principalement pour les couleurs qui doivent être avivées par les acides.
AMMONIAQUE. Composition : 82,55 azote, i7,65hydrogène. Cette substance est ordinairement employée en dissolution dans l’eau ; son odeur est vive et pénétrante. On la désigne quelquefois sous le nom d’esprit de sel ammoniac (1). L’ammoniaque est de la nature des alcalis , et agit de la même manière , mais elle est souvent préférée aux alcalis fixes, à cause de sa volatilité qui ne permet à aucune partie en excès de rester dans les étoffes: elle n’exerce pas d’ailleurs sur les tissus les actions énergiques des autres alcalis. On remplace quelquefois l’ammoniaque par l’urine pourrie, dans laquelle cette substance se forme par la putréfaction.
APPLICATION DES FONDS. On désigne ainsi l’opération qui a pour objet de donner aux étoffes une couleur première qui fixe davantage ou modifie les couleurs qu’on y applique ensuite. Souvent 011 donne les fonds par des couleurs meilleur marché, pour économiser les couleurs plus fines et plus chères qui doivent former le couvert. Par exemple, avec les bois rouges pour économiser la cochenille , avec les bois bleus pour économiser l’indigo.
AVIVAGE DES COULEURS. On donne ce nom à l’opération qui a pour objet de donner plus d’éclat à la couleur. L’avivage se distingue du lustre, en ce que ce dernier a pour objet de
(l) Celle substance s’obtient ordinairement en distillant un mélange de chaux et de sel ammoniac (bydrocblorale d’ammoniaque).
produire des reflets qu’on remarque dans la plupart des étoffes. Le lustre s’obtient en rendant les surfaces plus brillantes, ou en y appliquant des corps qui réfléchissent la lumière, par exemple, de la gomme; Ravivage consiste au contraire à donner à l 'étoffe la propriété de réfléchir en grande quantité un même rayon coloré.
BAINS ALCALINS. Dissolutions d’alcali.
BAINS DE CENDRES. On désigne ainsi des bains alcalins , soit qu’ils aient été formés avec des cendres ou des alcalis.
BAINS DE COLLEUR. On désigne ainsi les liquides qui tiennent en dissolution ou en suspension les matières colorantes, et dans lesquels on trempe les matières à teindre, ou avec lesquelles on imprime les toiles, etc. La manière de préparer les bains dépend de la nature des matières colorantes, quand les matières colorantes sont très-solubles, on traite seulement par l’eau froide ou l’eau chaude les matières tinctoriales ; on y plonge les étoffes après avoir séparé les matières insolubles par décantation ou par filtration. Cette dernière opération est nécessaire quand les matières insolubles peuvent se fixer sur les tissus et altérer ou changer les couleurs ; dans le cas contraire 011 peut se dispenser de clarifier le bain.
Quand les matières colorantes sont peu solubles, on emploie le secours de la chaleùr; on fait bouillir les matières tinctoriales dans l’eau , ou on les soumet à l’action de la vapeur. Cette opération s’exécute également pour extraire les matières colorantes très-solubles , quand on veut obtenir des dissolutions très-concentrées. Quand les matières colorantes sont altérées par la chaleur, ou que les matières tinctoriales renferment des matières glutineuses qui peuvent altérer les nuances ou diminuer la fixité de la couleur, cette méthode n’est pas praticable. Si on veut obtenir des bains très-chargés, on a quelquefois recours à l’évaporation pour les concentrer, mais cette méthode n’est employée que pour un petit nombre de couleurs, parce que la plupart sont altérées ou décomposées par l’action de l’air et de la chaleur. On peut obvier à l’action de
ro EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES.
Pair sur les décoctions en couvrant le bain avec de l’huile ou d’autres corps liquides qui surnagent le bain; on peut aussi procéder à la concentration en évaporant dans le vide au moyen d’une machine pneumatique. Cette dernière méthode peut aussi être employée pour extraire les matières colorantes, ainsi que la presse à eau , à air ou à vapeur. On peut ainsi obtenir à peu de frais des bains très-riches en couleur.
Lorsque les matières colorantes ne sont pas solubles dans l’eau, on emploie des dissolutions alcalines, acides ou salées.
BAIN-MARIE. Quand l’eau est chauffée dans des vases ouverts, sa température, comme on sait, ne dépasse jamais ioo°. On conçoit facilement d’après cela que si on place dans une chaudière d’eau bouillante une chaudière plus petite renfermant de l’eau, cette dernière n’arrivera jamais à la température de l’ébullition. C’est cette disposition qu’on nomme bainmarie , elle est quelquefois employée en teinture.
BAIN DE SON. On désigne ainsi une décoction de son de froment; on chauffe ordinairement à une température inférieure à l’ébullition, jusqu’à ce que les parties farineuses forment une écume blanche. Les bains de son servent pour nettoyer les étoffes teintes, principalement celles sur lesquelles on a appliqué des couleurs métalliques. Ils n’enlèvent pas facilement les matières colorantes réellement combinées avec les fibres. On s’en sert aussi pour dégraisser. Quelquefois on ajoute du son aux bains de teinture pour empêcher les matières colorantes de se précipiter: cet eifet peut également être obtenu avec de la gomme, de la graine de lin, de la persicaire, etc.
BAINS DE TEINTURE. On nomme ainsi les liquides dans lesquels la matière colorante est en dissolution ou en suspension, et dans lesquels on plonge les objets à teindre.
BAINS TOURNÉS. On désigne ainsi ceux qui par des phénomènes intestins sont devenus impropres à la teinture ; cet effet est principalement produit par la fermentation ou l’absorption de l’oxigène. Ceux qui sont tournés par la fermentation ne peuvent être ramenés à leur état primitif. On peut cependant empêcher la fermentation de se. développer au moyen de l’alun ou
d’autres sels, ou eu conservant les bains dans des vases clos placés dans des lieux frais. Ceux qui sont tournés par l’absorption de l’oxigène, peuvent être ramenés à leur état primitif par des corps désoxigénans. On peut aussi empêcher l’absorption de l’oxigène en conservant les bains dans des vases clos, ou en recouvrant le liquide avec de l’huile, ou enfin en y introduisant des corps qui attirent fortement l’oxigène de l’air.
BLANCHIMENT. Opération qui a pour but de séparer des étoffes les matières colorantes qui ne pourraient pas se détacher par de simples lavages. Les moyens les plus ordinairement employés sont l'exposition au soleil, l’action du chlore, et de quelques-unes de ses combinaisons, l’acide sulfureux, la gelée, etc. Le blanchiment est d’une très-grande utilité pour la teinture, parce que les couleurs très-claires exigent nécessairement que les étoffes soient très-blanches, mais l’art du blanchiment est étranger au but que nous nous sommes proposé. Le lin et le coton sont ordinairement blanchis au soleil, ou par le chlore; la soie et la laine, par l’acide sulfureux; le papier en pâte, par le froid ou le chlore; la paille, par le soufre ou le chlore, etc.
CHLORE. Ce corps est gazeux, d’une couleur jaunâtre , d’une odeur vive et suffoquante; il détruit toutes les matières colorantes végétales; on l’emploie ordinairement en dissolution dans l’eau , et en combinaison avec différentes bases à l’état de sous-sel. Il a été long-temps considéré comme une combinaison d’oxigène et d’acide muriatique , maintenant!! est généralement regardé comme un corps simple, et l’acide muriatique (hydrochlorique ) comme une combinaison de chlore et d’hydrogène. Le chlore et ses combinaisons sont peu employés en teinture , mais ils le sont souvent dans le blanchiment et pour les enlevages.
CORPS ÉPAISSISSANT. On désigne ainsi les corps qui sont employés pour épaissir les couleurs et les mordans qui doivent être appliqués par impression, afin qu’ils ne restent appliqués que là où ils doivent l’être. Ceux qu’on emploie le plus
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES, fréquemment sont l’amidon, la gomme arabique, la gomme de Sénégal, la gomme adraganthe, la gomme de cerisier, l’amidon torréfié.
CORPS CHANGEANS. On désigne ainsi les corps qui sont: employés pour donner aux couleurs les nuances convenables, ïl faut bien les distinguer des mordans, car rarement ils ont la propriété de fixer les couleurs. Les corps changeans sont trèsnombreux, tels sont : Pair, la lumière, le savon, l’ammoniaque, les alcalis, les acides, etc. Les corps changeans sont quelquefois mêlés aux bains de teinture : par exemple, pour obtenir l’écarlate sans matières colorantes jaunes, on mêle le tartre ài la cochenille , etc. L’effet produit par les moyens changeans porte quelquefois le nom d’avivage.
COTON. Le coton est composé de filamens très-déliés qui ont deux arêtes tranchantes. C’est pour cette raison que les étoffes de coton les plus fines sont plus dures sur la peau que les étoffes de lin. C’est aussi pour cette raison que la charpie de coton enflamme les plaies. Le coton est plus poreux que le lin ; par cette raison il conduit moins la chaleur, et est employé de préférence dans les pays chauds aux toiles de lin. Le coton avant sa teinture doit être bouilli dans des bains alcalins pour le nettoyer et ouvrir les pores ; on parvient aussi au même but par le blanchissage : on le dégage par des bains acides des oxides métalliques qu’il peut contenir. Il y a cependant certaines couleurs, comme le rouge d’Andrinople , qui se fixent mieux sur le coton écru que sur celui qui est blanchi. Le coton fixe mieux les couleurs métalliques que la laine, et moins bien les couleurs végétales : cette différence a été attribuée à l’absence de l’albumine, ou de la gélatine dans le coton; et par conséquent on a cru l’approcher davantage de la laine en le plongeant dans des matières animales , comme le blanc d’œuf, le sang, le lait (1), la colle, etc. Cependant la différence en question doit
(0 He rmbstaedt a fait des essais sur l’animalisation du qoton par le sang , le lait , la colle et le blanc d’œuf; il a trouvé le dernier préférable. Il délayait les blancs d’œufs dans trois fois leur volume d’eau, et y trempait le coton ; sur I livre de coton il prenait 6 à 8 œuls ( Hennbstaedt Magasin , 1828 ).
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES. x3
être moins attribuée à l’absence cîes substances animales qu’à la nature propre du coton , qui est d’avoir moins d’affinité pour les matières colorantes que la laine ; aussi on trouve rarement à faire usage de l’animalisation pour la teinture du coton ; et quand on l’a employée on peut considérer les matières animales comme jouant le même rôle que les mordans, ainsi que les huiles et les graisses qui, quand elles s’oxident sur le coton, forment avec lui des combinaisons intimes qui ont une grande affinité pour les matières colorantes, par exemple pour le rouge de la garance.
COULEURS EN DÉTREMPE. On désigne ainsi les couleurs qui s’en vont complètement par le lavage. Pour teindre les étoffes avec ces couleurs elles doivent être séchées à la sortie du bain sans lavage; on teint souvent ainsi les rubans, les gazes, les crêpes, etc.
COULEURS PASSÉES. On désigne ainsi celles qui sont altérées par des causes naturelles. La cause la plus ordinaire est la lumière ; elle agit d’autant plus qu’elle est plus vive, plus en été qu’en hiver, et d’autant plus que la température est plus élevée. Dans quelques couleurs l’altération est produite par une oxidation ; dans d’autres, par une perte d’oxigène. Les couleurs qui passent sont celles qui proviennent des matières colorantes végétales et animales, mais les mordans ne sont pas altérés à moins qu’ils ne soient de nature volatile. Quand les couleurs ont été fixées par l’alun , l’alumine, le feroxidé, ces mordans restent intacts, et les étoffes peuvent être reteintes sans nouveau mordant.
COULEURS SUBSTANTIYES. Bancroff appelle couleurs substantives celles qui se fixent solidement sans mordant sur les étoffes; par exemple, l’indigo, le curcuma, l’orseiîle, plusieurs oxides métalliques : je n’ai point admis cette distinction parce qu’elle est sans importance.
CRÈME DE TARTRE. ( Tartrate acide de potasse ). Ce sel est composé de 26,12 de potasse, de 75,88 d’acide tartrique. Ce sel a une saveur acide et rougit le papier de tournesol. On le trouve dans le commerce brut et purifié: ce
dernier porte îe nom de crème de tartre. Les tartres bruts, que l’on distingue sous les noms de rouge et de blanc, contiennent, outre le tartrate acidulé de potasse, du tartrate de chaux et des matières colorantes végétales. La crème de tartre est blanche; elle contient quelquefois un peu de tartrate de chaux et de l’alumine : l’alumine et la chaux sont nuisibles à la teinture écarlate. La crème de tartre est principalement employée avec l’alun et dans la teinture écarlate avec le sel d’étain. Employé avec l’alun , son acide se fixe en même temps que lui sur les étoffes. Dans la teinture écarlate il se fixe de
crème de tartre peut être employée comme mordant pour toutes les couleurs qui sont avivées par les acides; cependant il faut Remployer avec modération pour les couleurs qui sont altérées par les acides; par exemple, pour plusieurs jaunes. Dans quelques cas la crème de tartre pourrait être remplacée par un acide très-étendu.
CUVE. On désigne ainsi un vase ordinairement cylindrique et en bois. On appelle cuve de pastel la cuve dans laquelle oni prépare le liquide pour teindre au moyen de cette substance., La teinture à la cuve d’indigo indique ordinairement la teinture avec l’indigo à froid, parce que dans les modes de teinture à chaud on emploie des chaudières; on désigne aussi sou îe nom de bleu de cuve la teinture avec l’indigo.
DECREUSAGE. Cette opération se dit de la soie dont on a? enlevé les matières résineuses ; cette opération s’exécute parn l’ébullition dans les eaux de savon.
DEGRAISSAGE. Les moyens qu’on emploie ordinairement sont l’ébullition avec des liqueurs alcalines, l’eau de savon, l’alumine, le talc, les papiers absorbans, etc.
DÉTEINDRE. Dans les impressions d’indiennes il arrive souvent qu’il faut enlever la couleur dans les endroits où le mordant n’a point été appliqué. Cet enlevage se fait en pas — : j sant les étoffes dans des bains de son, d’agaric, de savon, ou de faible liqueur blanchissante, ou par une exposition sur îe pré;.*
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES. i5
par ce traitement on détruit ies couleurs faiblement combinées.
DISSOLUTION D’ÉTAIN. Pour bien concevoir la nature de la préparation dont il est question, il est nécessaire de donner d’abord quelques détails sur les propriétés chimiques de l’étain.
L’étain se combine avec l’oxigène en deux proportions différentes. Le protoxide absorbe facilement une nouvelle quantité d’oxigène, l’autre en est saturé.
Tous deux sont solubles dans l’acide muriatique, et forment avec lui deux sels que l’on désigne sous les noms de proto et deuto-muriate. Les dissolutions de protoxide d’étain ont la propriété d’absorber l’cragène de l’air ou des corps oxigénés, le protoxide passe alors à l’état de deutoxide. Quand la liqueur
est neutre, il se précipite en meme temps du deutoxide.
La propriété désoxigénante des dissolutions de protoxide d’étain est très -avantageuse à la teinture, parce qu’elle change ou avive les couleurs. Les dissolutions de deutoxide d’étain ne sont utiles que pour les teintures qui ne doivent pas être désoxigénées ; il est évident d’après cela que les dissolutions de protoxide d’étain doivent être préservées du contact de l’air ou être préparées peu avant leur emploi.
L’acide muriatique, à chaud, dissout facilement l’étain métallique en dégageant de l’hydrogène; la dissolution est jaunâtre et ne contient que le protoxide. A l’air, ou par le contact des corps oxigénés, il se transforme en deutoxide. Si on ajoute des alcalis il se forme un précipité blanc, qui est un sous-sel renfermant 1 / 5 d’acide muriatique, et qui se dissout dans l’acide acétique, l’acide nitrique ou l’acide sulfurique faible, sans effervescence.
L’acide nitrique faible dissout l’étain à l’état de protoxide et de deutoxide ; c’est cette dissolution qui constitue les dissolutions d’étain ordinaire; il se forme en même temps de l’ammoniac qui augmente avec le temps, et le protoxide s’oxigène, ce qui produit un précipité toujours croissant. Si la liqueur est saturée, elle prend la forme gélatineuse.
j 6 EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES.
L’acide nitrique concentré attaque Pétain et le change en hydrate de deutoxide, qui est insoluble dans l’acide nitrique. Il Pest cependant un peu dans l’acide très-fort qui devient un peu jaunâtre, et la liqueur claire est soluble dans Peau. L’hydrate de deutoxide d’étain qui a été précipité par l’ammoniaque se dissout facilement dans le fort acide nitrique. La dissolution à 5o° laisse tomber presque tout l’oxide, et se décompose aussi à Pair (principalement quand elle est très-étendue). Cette décomposition n’a point lieu quand la dissolution contient du muriate d’ammoniac, aussi le précipité qui s’est déjà formé se redissout quand on ajoute du sel ammoniac. L’ammoniaque favorise les dissolutions d’étain, aussi seul il dissout également les deux oxides d’étain.
L’acide nitrique très-liquéfié dissout à froid Pétain à l’état de protoxide en formant de l’ammoniaque : la dissolution est jaune, laisse précipiter avec le temps quelques atomes de deutoxide , et chauffée avec de l’acide nouveau, elle laisse déposer tout Pétain à l’état de deutoxide.
L’acide sulfurique concentré et froid dissout Pétain trèslentement avec dégagement d’acide sulfureux, et formation de flocons blancs; il dissout facilement l’oxide qui a été précipité d’une dissolution dans Pacide muriatique par un alcali. La dissolution étendue d’eau laisse précipiter de l’oxide d’étain et n’est pas cristallisable, mais par Pévaporation elle se prend en une masse gélatineuse.
DISSOLUTION D’ÉTAIN DES TEINTURIERS. ( Dissolution d'étain pour la composition d’écarlate. ) Dissolution d’étain dans Pacide nitrique, ou Pacide nitrique mêlé de sel ammoniac ou de sel de cuisine, qui est principalement employée pour la teinture d’écarlate. On a d’innombrables descriptions pour sa préparation, qui diffèrent beaucoup (i) ; on ne peut pas donner de proportions exactes (acide nitrique, sel ammoniac ou sel de cuisine, et étain). Les observations suivantes peuvent servir de guide dans cette préparation.
(i) Lenormand s’est procuré' à Lyon 3^ écrits dans lesquels les proportions d’acide différaient. Voyez, son Traité sur la préparation delà composition d’écarlate,
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES, i7
i° L’acide nitrique ne doit être ni trop fort ni trop faible, et ne doit point contenir d’acide sulfurique, parce que ce dernier rendrait la couleur écarlate trop matte.
2° L’acide nitrique ne forme pas une dissolution stable à l’air, il faut par conséquent employer de l’acide nitro-muriatique que l’on obtient en y ajoutant l’acide muriatique, ou un sel renfermant de l’acide muriatique (du sel marin ou du sel ammoniac. )
3° Plus on prend d’acide muriatique , et moins l’oxide détain se précipite facilement; cependant si l’on employait plus d’acide muriatique qu’il n’en faut pour dissoudre l’étain, on obtiendrait des rouges mats. Si on veut obtenir un rouge de feu écarlate, il faut faire attention à ne pas employer trop de sel marin; pour les rouges roses on peut en prendre davantage.
4° Si la dissolution d’étain renferme trop d’acide nitrique il se forme à l’air un précipité blanc : si elle contient trop d’acide muriatique, il se forme un dépôt noir. Dans le premier cas on ajoute un peu d’acide muriatique, et dans le second de l’acide nitrique.
5° Si la dissolution d’étain devient gélatineuse, on ajoute un peu de sel ammoniac ou d’acide muriatique.
6° Plus on laisse dissoudre lentement l’étain, moins on en ajoute à la fois dans l’acide, moins il se développe de chaleur, moins ilsedégage de vapeur, et plus la dissolution estbien faite, c’est-à-dire plus la couleur écarlate est brillante. Cette observation, qui avait été faite parPœrner, a été constatée par toutes les nouvelles expériences.
Nous avons trois manières de préparer la dissolution d’étain.
i° Etain , acide nitrique et sel marin.
C’est la méthode la plus ancienne, mais elle n’est pas la meilleure, parce que la soude du sel marin reste dans la dissolution, brunit les rouges, et rend mattes les couleurs écarlates. C’est principalement le cas quand le sel marin n’est pas pur et renferme des sels terreux.
2° Etain , acide nitrique et sel ammoniac.
Ici le sel ammoniac reste dans la liqueur, il est également Tom. I.
i8 EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES,
nuisible à la beauté des couleurs , mais moins que la soude ; pour celte raison on préfère la composition d’écarlate préparée par le sel ammoniac. Aussi Lenormand a trouvé que les couleurs produites avec cette composition étaient moins maltes que celles qui sont obtenues avec la préparation renfermant du sel de cuisine (i).
5° Etain y acide nitrique , acide muriatique.
Lorsque les acides sont purs, cette dissolution donne la plus belle couleur écarlate, et par conséquent elle doit être préférée à toutes les autres.
A. Acide nitrique , sel marin ou sel ammoniac (2) ( pour écarlate. )
L’on met de l’acide nitrique de force moyenne dans un vase de verre. On y dissout du sel marin ou du sel ammoniac, et on ajoute peu à peu de l’étain en grenaille, et seulement à mesure qu’il se dissout. Pour que la liqueur s’échauffe moins, on peut mettre le vase dans de l’eau froide ; de temps en temps on agite. Quand la dissolution est faite on soutire la liqueur claire (5) , on l’étend d’eau de pluie, et on la conserve dans des vases clos.
Pœrner prend 5a parties d’acide nitrique, 5 de sel ammoniac, 4 d’étain.
Guihlich prend 32 parties d’acide nitrique fumant, 1 de sel ammoniac, autant d’étain que l’acide en peut dissoudre, et 3a parties d’eau.
Yitalis, 32 parties d’acide nitrique à 24°. Baumé, 4 parties de sel ammoniac et 4 parties d’étain, et à la fin il liquéfie la dissolution avec i/4 de son poids d’eau.
Hellot, 32 parties d’acide nitrique, 32 d’eau, 1 de sel ammoniac, .1/2 partie salpêtre, et 2 parties d’étain.
(1) On peut s’assurer si l’acide nitrique contient de l’acidc- muriatique , pour ne pas en ajouter de trop par la suite.
(2) 1 livre d’acide nitrique , I à 2 onces sel marin , I livre d’eau et I/S de livre d’étain.
(3) Des expériences directes ont aussi démontré que le nitrate d’ammoniac ajoute' à une dissolution d’étain (acide nitrique et muriatique), donnait un rouge écarlate , beau mais mat; le nitrate de soude , un rouge très-mat qui ressemble au rouge délié de vin. La soude était encore plus préjudiciable que l’ammoniaque.
Trommesdorff, 52 parties d’acide nitrique, 8 de sei ammoniac, 8 d’étain, plus tard 52 parties d’eau.
En Angleterre on prend 52 acide nitrique , 1, au plus 4? sel marin, 4 étain, et à la fin on étend la liqueur avec la moitié de son volume d’eau.
A Lyon on prend, d’après Lenormand, 52 parties acide nitrique, 4 parties sel marin ou sel ammoniac, L\ parties d’étain (1).
Pour la composition d’étain pour cramoisi, on prend moins d’étain et de sel ammoniac.
(Préparation en Angleterre, d’après Parkes. ) On délaie l’acide nitrique dans i/5 d’eau, et on y met autant d’étain en grenailles qu’il en faut pour que le fond du vase en soit couvert (2). S’il se forme une écume à la surface on agite, parce qu’elle est souvent cause que l’étain se met en masse au fond du vase. Quand le premier étain est dissous, on en ajoute du nouveau, et on agite quand cela est nécessaire. Lorsque sur le fond du vase il se forme un précipité blanc, on ajoute le sel marin ou le sel ammoniac peu à peu : l’oxide blanc précipité se redissout.
Quand la liqueur a dissous un peu plus de la moitié de l’étain, la liqueur tourne, et il se dépose sur les fragmens d’étain un oxide jaune qui par l’agitation donne sa couleur au liquide. Si l’acide nitrique est bon , la couleur se forme au fond du vase et se répartit ensuite dans toute la liqueur, qui devient couleur d’ambre ; si elle est mauvaise, elle devient laiteuse , ce qui est une preuve de l’incomplète oxidation de l’étain par l’acide. Si elle a la couleur d’ambre, on n’ajoute plus d’étain, parce qu’une dissolution d’étain trop saturée ne donne pas des couleurs si brillantes que celles qui le sont moins; on prend ordinairement en étain 1/8 de l’acide nitrique.
B. Acide nitrique et acide muriatique. ( Préparation d’après Lenormand. )
On prend un ballon de verre d’une capacité double de celle
(1) IL reste ordinairement un dépôt blanc que le teinturier rejette comme inutile.
(2) On yerse tout à La fois dans l’acide.
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES, de l’acide , on y verse 2 parties d’acide nitrique à 24% et une partie d’acide muriatique à iy° Baume. Les vapeurs qui se forment d’abord sont dangereuses pour la respiration; on les laisse se dégager ; mais après on couvre l’ouverture avec un couvercle de carton en forme d’étui qui ne la ferme pas hermétiquement, afin que les vapeurs ne puissent pas se dégager librement.
Dans 8 parties du mélange on dissout une partie d’étain en grenaille, en l’ajoutant peu à peu et ouvrant à chaque fois le ballon; il se dégage peu de vapeurs quand on met l’étain peu à peu, et point du tout quand la liqueur en a déjà beaucoup dissous.
Si 011 a employé de l’étain bien pur il ne reste point de résidu noir; s’il en paraissait, il faudrait soutirer la liqueur claire, car le dépôt rendrait les couleurs mattes.
L’étain étant convenablement dissous et la liqueur refroidie, on la verse dans des flacons de verre fermés à l’émeri , et on la garde pour l’usage ; seulement quand on l’emploie on l’étend de 1/4 de son poids d’eau distillée.
En opérant ainsi, M. Lenormand n’a jamais obtenu le précipité blanc qui se montre dans toutes les autres manières d’opérer. Ce précipité est ordinairement perdu, car on ne le porte pas dans les bains de teinture, parce que n’étant pas dissous son action serait irrégulière.
Lenormand, comme il a été dit, prend 2 parties acide nitrique à 24° Baumé, et une partie d’acide muriatique à 17°, et une partie d’étain dans 8 parties de ce mélange dissout.
Dingler ( pour l’écarlate avec laquedye ) recommandait 18 parties d’acide nitrique à 56° de Beck. , 5 parties acide muriatique à 220 Beck., 18 parties eau, et 5/4 partie d’étain que l’on dissout peu à peu (1).
(1) Au commencement -on ajoute assez de métal pour que la température s’élève à i IO0 de Réauntur, par conséquent plus en hiver qu’en été. Si l'eau de départ est bonne, on peut agiterait commencement ; mais si elle est trop forte il ne faut pas le faire, il sa décomposerait trop d’acide.
D’autres recommandent 5 acide nitrique, 4 acide muriatique et 2 d’étain, et à la fin 6 à 7 parties d’eau.
Yitalis donne les proportions suivantes : 10 parties acide nitrique à 24° B., 22 parties acide muriatique de 220 à 24% et 4 parties d’étain.
10 parties acide nitrique, 5 parties acide muriatique, 5 parties eau, et 2 1/2 parties d’étain.
( Pour les couleurs jaunes.) 12 parties acide muriatique, 10 acide nitrique, 10 d’eau, 8 parties d’étain, et après la dissolution 2 parties acétate de plomb.
( Pour les couleurs rouges des bois de teinture. ) 16 parties acide nitrique, 24 acide muriatique, 7 étain, 3 acétate de plomb.
Pour les couleurs rouges de Fernambouc, on dissout ordinairement le sel d’étain dans l’eau, et on ajoute de l’acide nitrique jusqu’à ce que la dissolution devienne plus claire.
DISSOLUTION D’INDIGO. Cette dissolution se fait au moyen de l’acide sulfurique; elle sert pour la teinture au bleu de Saxe. On la prépare en mêlant peu à peu de l’indigo pulvérisé très-fin (1) dans de l’acide sulfurique très-concentré (2) ; la dissolution, qui est d’un bleu noirâtre, est ensuite versée dans l’eau (3), parce que l’indigo, par un contact prolongé avec l’acide, s’altère et donne une couleur moins solide. L’indigo doit être pur; celui qui est bleu est préférable à celui qui est cuivré ou violet. L’indigo impur peut être purifié en le faisant bouillir avec de l’acide muriatique ; les proportions dépendent de la qualité de l’indigo et de la force de l’acide. Fœrner re~
(1) Pour faciliter celle opération on le laisse Lien dessécher.
(2) Le meilleur est celui de Nordhausem, qui est fumant ; celui d’Angleterre eide France renferment trop d’eau. D’après Bucholzs, on peut l'employer après l’avoir fait bouiiliravec i/i 6 de soufre ; ou, d’après Herhslaedt, après yavoir mis 1/16 desel ammoniac : il est nécessaire que l’acide sulfurique ne contienne point d acide nitrique, parce que ce dernier détruit l’indigo.
(3 j Si on versait, au contraire, l’eau sur la dissolution , la chaleur altérerait la beauté et la solidité delà couleur. C’est par la même raison qu’on ajoute l’indigo peu à peu dans l’acide.
commandait 4 parties d’acide sulfurique et une d’indigo. Bancroff etVitaiis admettent ces proportions. Bergmann recommandait 8 parties d’acide, Quatremère d’Isjonnal 6 parties. Ordinairement on opère par un des moyens suivans :
i° En grand, on met une partie d’indigo pulvérisé très-fin dans 4 parties d’acide sulfurique concentré. On accélère la dissolution en agitant et en chauffant à une température qui ne doit pas excéder îo degrés de Réaumur, et on verse la liqueur dans 16 parties d’eau chaude en agitant toujours. Le liquide bleu se conserve dans des flacons fermés.
3° En petit, on met une partie d’indigo dans un mortier de porcelaine ou de verre, et lorsqu’il est bien pulvérisé on ajoute goutte à goutte 4 parties d’acide sulfurique; on laisse le mélange, dans un lieu à une douce température, pendant 16 à nl\ heures en remuant de temps en temps ; après on le verse doucement dans 120 parties d’eau.
EAU. Ce corps est un agent indispensable à la teinture. En général on préfère les eaux les plus pures; cependant, pour différentes décoctions de Fernambouc, les eaux dures sont préférables; pour la garance, les bois jaunes et les corps qui contiennent du tannin , les eaux dures ne sont pas nuisibles. On peut obtenir des eaux dures en mettant dans l’eau pure de la chaux, de la potasse ou du plâtre.
La quantité d’eau que l’on emploie en teinture dépend de la nature de la matière colorante, du volume de l’étoffe quand elle est immergée dans le bain, des nuances que l’on veut obtenir, etc. On prend ordinairement pour une partie d’étoffe de 10 à 16 parties d’eau.
EAU DE CHAUX. Dissolution de chaux caustique dans l’eau ; quand elle est saturée elle contient une partie de chaux sur 5oo parties d’eau. On la prépare en mettant de la chaux récemment éteinte dans l’eau, agitant, laissant déposer et soutirant la liqueur claire. Elle a un goût alcalin, elle attire l’acide carbonique de l’air, et il se forme un sel insoluble qui s’étend en pellicule sur le liquide, et qui plus tard se précipite (sous-carbonate de
chaux ). Il est nécessaire que les eaux de chaux soient préservées du contact de Pair, ou qu’elles soient récemment préparées. L’eau de chaux est employée pour faire virer les couleurs; cependant on la remplace souvent par les dissolutions de soude ou de potasse, parce quelle forme avec certains acides, des sels insolubles qui se fixent facilement sur les étoffes et les rendent dures.
ÉLÉMENS. On désigne ainsi les matières premières des corps; on leur donne aussi le nom de corps simples. Par exemple, Poxigène et l’hydrogène sont les élémens de Peau. Souvent on désigne aussi sous le nom d’élémens d’un corps, les corps composés qui le constituent.
ENGALLAGE. L’engallage consiste à mettre l’étoffe dans une décoction de noix de galle pour qu’elle en absorbe l’acide gallique et le tannin. L’acide gallique et le tannin servent de mordant comme Palun. L’engallage est très-souvent employé pour la soie, afin de la disposer à prendre des teintes noires ou grises dans des dissolutions de fer; plus rarement il est employé pour le coton (par exemple pour la teinture de rouge d’Andrinople ). Souvent on engalle une étoffe déjà teinte (en noir) pour éloigner le surplus du fer qui pourrait porter préjudice à la ténacité de la couleur.
On peut préparer le bain de galle quelques jours d’avance; on peut aussi mettre la galle concassée dans un nouet, la faire tremper, et le lendemain faire bouillir la galle pendant 4^5 heures dans une quantité d’eau suffisante.
ÉDULCORER. Lessiver, rincer. Cette opération a pour objet de séparer les matières solubles (sels, acides, etc. ). Le mot édulcorer est principalement employé lorsque l’eau qui s’écoule
a peu de saveur. Quand les eaux sont fortement salées ou alcalines, on se sert du mot lessiver; enfin le mot rincer sert à désigner l’opération qui a pour but de débarrasser une étoffe des corps solides étrangers qu’elle renferme. Ces opérations s exécutent par l’eau, l’agitation, les pressions mécaniques, la décantation ou la filtration. La filtration s’exécute au moyen du papier, d’une toile filtrante, ou d’un tonneau dont le fond est percé
de trous et recouvert d’une couche de paille, sur laquelle on met le corps imbibé d’eau. La décantation s’exécute en versant une grande quantité d’eau sur le corps dont on veut séparer les matières solubles, laissant reposer, enlevant les eaux claires surnageantes, et répétant cette opération un nombre de fois suffisant.
ESSAI DES COULEURS. Comme chaque couleur ne peut pas résister à tous les agens, il faut d’abord savoir quelles sont les propriétés que l’on désire dans les couleurs ; si elles doivent résister seulement à Pair et à la lumière, ou au sayon, aux alcalis et aux acides. Pour reconnaître si les couleurs résistent à la lumière, on en expose un échantillon au soleil, et un autre à l’ombre, et on juge, par la différence des teintes, des effets de l’air et de la lumière. Ce mode d’opération ne donne cependant pas toujours des indications exactes, parce que le temps a une grande influence. On peut aussi juger jusqu’à un certain point de l’action de l’air et de la lumière par celle du chlore, ou par l’opération du blanchiment; mais il y a des couleurs qui résistent mieux au chlore qu’à la lumière, et réciproquement.
Pour observer la résistance d’une couleur au savon et aux alcalis, il suffit de faire bouillir la matière dans de l’eau de savon. Pour observer l’action des acides, on fait chauffer avec de l’eau et de l’alun ou de la crème de tartre.
ESSAIS SUR LES ÉTOFFES TEINTES. Les couleurs solides se reconnaissent en les faisant bouillir dans différens liquides. Les liquides que l’on emploie ordinairement sont, l’eau pure, la dissolution de savon, celle d’alun et de tartre. A une certaine époque Part de la teinture était assujetti en France à des réglemens qui prescrivaient une foule d’essais, par lesquels on cherchait à reconnaître dans un court espace de temps l’action de la lumière et de Pair. Toutes ces épreuves étaient souvent insuffisantes, parce qu’elles devaientdifférer non-seulement suivant la nature de la couleur, mais encore suivant la nature de l’étoffe , et suivant le mordant employé.
j Ébullition dans Veau d’alun. Cet essai était prescrit en
France pour les rouges et les couleurs qui en dérivent, et qui doivent résister a la lumière et non au savon; elle devait servir à distinguer les rouges altérables à la lumière. On faisait chauffer jusqu a 1 ébullition une livre d’eau dans laquelle on a\ait mis une once d alun ; on plongeait dans cette liqueur un gros de laine teinte que l’on faisait bouillir pendant 5 minutes. On reconnaissait par ce moyen le cramoisi, l’écarlate de cochenille (i), le violet, le pourpre, le bleu, le bleu ardoise et autres couleurs semblables, qui ne s’altéraient pas quand elles étaient solides. Les étoffes qui étaient teintes avec des bois rouges sans indigo passaient au jaune rougeâtre, ainsi que les couleurs noires faux teint.
Ebullition clans Veau de. savon. Cet essai se faisait en chauffant jusqu’à l’ébullition une livre d’eau et deux gros de savon; on y ajoutait alors l’étoffe, et on laissait bouillir 5 minutes. Cette épreuve était employée pour les jaunes, les verts, les rouges de garance et autres couleurs voisines. Elles sont inaltérables lorsqu’elles ont été obtenues avec le genêt, le bois jaune , la semence de corne de bouc et la vraie garance; mais cehes qui provenaient de la graine d’Avignon, du roucou, du curcuma , du fustet , du safran et du bois rouge, étaient plus ou moins altérées. Les étoffes et les fils de coton, pour lesquelles cette épreuve convient également, on laissait bouillir plus long-temps, un quart d’heure ou une demi-heure.
Ebullition avec la crème de tartre. Cet essai était la troisième épreuve ordonnée en France. Il se faisait sur des proportions semblables à celles qui étaient indiquées pour l’alun; eet essai était principalement employé pour les couleurs brunes et jaunes. Celles qui ont été produites par le brou de noix, la racine du noyer, l’écorce de l’aune et le sumac, ne changent pas; celles cpii proviennent du santal et de la suie éprouvent quelque altération.
COLLEUR ADJECTIYE. Bancroff appelle couleurs adjectives celles qui ne sont pas fixées par un mordant, qui tiennent
(i) L écarlate de cochenille devient d'un rouge pourpre avec des nuances violettes.
faiblement ou sont de peu de durée sur le lin, le chanvre, le coton, la laine et la soie.
COULEURS BON TEINT. On appelle couleurs bon teint celles qui résistent à différens agens auxquels on les soumet, et qui n’éprouvent ni altération ni changement de nuance. Les agens auxquels on les soumet, sont l’air, la lumière, et la dissolution de savon s’ils doivent être exposés à l’action des dissolutions alcalines. On pourrait encore employer les acides ou les sels acides, parce que les étoffes sont souvent exposées «à être tachées par des liquides acides ; mais cet essai serait très-incertain , parce que la plupart des couleurs n’y résistent pas, ou sont altérées d’une manière très-variable. La première condition à laquelle doit satisfaire une bonne couleur, c’est de résister à l’influence de l’air, puisque tous les corps teints sont constamment plongés dans ce fluide, excepté ceux qui doivent être couverts d’un vernis : plusieurs couleurs métalliques, et un grand nombre de celles qui proviennent des plantes, nerésistent pas à cet agent, parce qu’elles absorbent une partie de l’oxigène qu’il renferme. La seconde condition nécessaire, c’est de résister à l’action de la lumière : cette propriété se rencontre dans toutes les couleurs qui se sont développées par l’influence de la lumière ; telle est celle du pourpre. Toutes les autres sont détruites, ou du moins se ternissent, par l’influence de l’air et de la lumière; et les meilleures sont celles qui résistent plus longtemps.
On emploie très-fréquemment des couleurs qui se détruisent facilement par l’action de la lumière, parce qu’en général elles ont un vif éclat, et qu’elles sont meilleur marché; ces couleurs ne devraient être employées que pour les objets de courte durée ou pour celles qui ne doivent être que peu exposées à la lumière.
Toutes les couleurs qui ont été fixées par des moyens chimiques résistent à l’eau; mais il n’en est pas ainsi de celles qui ont été appliquées seulement mécaniquement. Ces dernières ne sont jamais employées que pour lès matières qui ne doivent point être lavées; telles que les étoffes de meubles, les dou-
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES. a7
blures tic chapeaux , etc., ou lorsqu’elles doivent être reteintes après avoir été blanchies.
En général les étoffes qui, clans l’opération de la teinture, ont passé par des bains de savon ou alcalins , résistent très-bien au savon ; mais il n’en est pas ainsi des couleurs qui ont été obtenues par les acides, quoique parmi celles-ci il y en ait un grand nombre qui résistent à la lumière. Il arrive quelquefois qu’une couleur résisté très-bien aux alcalis, et ne résiste pas à la lumière. Les couleurs de cette, nature sont: le pourpre, le cramoisi de cochenille, plusieurs violets et plusieurs rouges; les jaunes et les bruns obtenus par le sulfure de plomb, le sulfure d’arsenic, etc.
Les acides ont en général peu d’influence sur les étoffes teintes, et quand elles sont tachées par ces substances, on peut facilement les faire revenir par l’action des alcalis, à moins que la couleur ne soit détruite. Sous le rapport des acides , on doit considérer comme mauvais teint les couleurs qui sont détruites par un acide faible , ou altérées par la sueur, ou seulement par l’acide carbonique qui se trouve dans Pair. Autrefois, pour essayer les soies teintes, on employait du vinaigre et du jus de citron, et on déclarait faux teint celles qui ne résistaient pas à ces a gens.
ESSAIS DES MATIÈRES TINCTORIALES. On peut facilement déterminer les quantités relatives de matières colorantes contenues dans différentes espèces d’une même matière, en faisant des décoctions de parties égales, par exemple, de différentes sortes de cochenille, d’indigo (ce dernier se dissout clans l’acide sulfurique ) ; on met ces décoctions dans des verres, et on les décolore par une dissolution de chlore : on juge de leur richesse par les quantités de chlore qui ont été nécessaires pour les décolorer (i).
ETAIN. Les oxides et les sels d’étain sont fréquemment employés comme mordans dans la teinture ; mais principalement
(i) Ce procédé n’est point exact. A l’article indigo , on trouvera la description du procède' de M. Labillardière qui est bien préférable.
le muriate d’étain, qui est indispensable dans la teinture écarlate. Pour cette préparation , on réduit d’abord l’étain en grenaille, en le coulant en filets minces et de plusieurs pieds de hauteur dans un vase contenant de l’eau froide : il est important qu’il soit pur; celui qui contient du plomb ne donne pas de l’écarlate avec la cochenille, mais seulement une couleur pourpre.
Ordinairement on prend l’étain de Malaca, qui est le plus pur. Celui de Saxe contient du plomb et du cuivre, celui d’Angleterre contient presque toujours du cuivre. En moyen simple d’épurer l’étain serait d’une grande utilité.
FAUSSES COULEURS. On désigne ainsi celles qui sont changées ou altérées par les agens auxquels les couleurs doivent résister.
FONDANS. On désigne ainsi des matières qui peuvent se
combiner avec les matières colorantes et former dans certaines circonstances des corps liquides ; la cire est un fondant quand on l’emploie colorée pour teindre les marbres. Ordinairement on réserve cette dénomination pour les matières que l’on allie aux couleurs inaltérables par le feu, comme dans la coloration de la porcelaine , des émaux.
FRAPPAGE. Les fils et les étoffes qui ont reçu le mordant sont frappés légèrement, ainsi que ceux qui sont teints, lorsqu’on procède au rinçage. Cette opération s’exécute à l’aide d’un appareil semblable à un fléau, ou avec des battoirs à main.
HYDRATES. On désigne ainsi les corps dans lesquels l’eau est combinée chimiquement. La plupart des corps , excepté les corps simples, contiennent de l’eau qui est en partie si intimement combinée, qu’on ne peut la dégager qu’à une très-haute température. Cependant le mot hydrate n’est employé que pour les oxides et les sels ; on distingue dans les corps l’eau qui est nécessaire à la cristallisation.
LAIT DE CHAUX. Mélange d’eau et de chaux éteinte.
LAINE. La laine est composée de fibres contournées en spi~ 1 aies ^ chaque fibie est recouverte de petites écailles entuilées dans la direction du sommet à la base; aussi elle est d’un touchei doux du sommet à la base, et rude en sens contraire. C est a cette structure qu’est dû le feutrage, c’est pourquoi la lame ne prend bien les couleurs qu’à chaud, parce que la chaleur écarte et dilate les écailles (i).
La laine est composée d’albumine coagulée, de savon avec excès d’alcali , et de quelques sels. Meinecke croit qu’elle contient aussi un acide libre, parce qu’avec la garance, dans les mêmes circonstances où le coton et le lin deviennent rouges, elle ne prend qu’une couleur rouge jaune. Les alcalis dissolvent la laine, et forment une combinaison savonneuse. Dans l’état brut, on la désigne sous le nom de non-lavée ou en suint. Pour être propre à la teinture il faut qu’elle soit dégagée du suint. Cela se lait en la lavant avec de l’urine pourrie, ou des eaux alcalines ou savonneuses, et incomplètement avec de l’eau propre. Ce travail porte le nom de dégraissage ou lavage de la laine; cette opération est analogue au décreusage de la soie. Il y a une très-grande différence entre les laines, sous le rapport de leur structure, et de leur affinité pour les mordanset les matières colorantes. La laine des cuisses et de la partie de derrière prend moins bien les matières colorantes et les mordans : il en est de même de celle des moutons malades; la laine de mérinos prend mieux les couleurs que les laines ordinaires, et ces dernières mieux que celle des moutons sauvages.
La laine a moins d’affinité pour les oxides métalliques que le coton et le lin. Cependant M. Roard a observé qu’elle perdait sa blancheur et prenait un peu de métal quand on la fait
(iy Comme celte propriété est nuisible au filage , il faut , avant de procéder à celte opétation, graisser les laines ; l’huile couvre les lamelles, el diminue les aspérités.
1 lusieurs auteurs expliquent par là, la plus grande durée de plusieurs couleurs sui la laine, en admettant que les couleurs , après avoir pénétré dans les écailles dilatées , sont recouvertes par elles lors du refroidissement; mais quand cela devrait avon de 1 influence , il faudrait toujours admettre que la plus grande solidité des couleurs sur la laine est due à une affinité étrangère, d’autant plus qu’ii y a des matières colorantes qui s« fixent davantage sur le coton et le lin que sur la laine.
bouillir long-temps dans de l’eau propre renfermée dans un vase de cuivre. Cela arrive encore mieux quand on alune la laine dans une chaudière de cuivre.
La laine en flocons prend plus de couleur et se teint mieux que la laine filée (i) ; celle qui est filée lâche, mieux que celle qui est filée serrée; et celle-ci, mieux que celle qui est tissée (2). Si on veut avoir des couleurs plus belles et plus nourries, on teint la laine en flocons; cependant cette méthode ne peut pas être employée quand la teinture donne de la dureté à la laine, ce qui nuit à la filature, ou quand les couleurs souffriraient par la filature et la préparation des draps (5).
LESSIVÉS. On désigne ainsi un liquide contenant une quantité plus ou moins considérable de sels caustiques; dans un sens plus restreint c’est une dissolution de potasse dans l’eau. Cette dernière se distingue en lessives caustiques, celles où la potasse a été déearbonaté par la chaux, et en lessives douces qui renferment la potasse encore combiné avec l’acide carbonique. Ces dernières agissent beaucoup moins que les premières sur les huiles , les graisses et tous les autres corps ; elles se distinguent facilement des premières, parce qu’elles font effervescence avec les acides.
LUSTRAGE [Gommage). On lustre ordinairement en trempant l’étoffe dans une dissolution de gomme, tordant légèrement et faisant sécher ; plus rarement on emploie de l’huile et du suif (4), la pression avec des plaques chaudes ou des fers chauds, etc. On emploie aussi le mot lustrer quand on donne
(1) On admet en générai que la laine en flocons prend i f!\ en sus, et la laine filée i/5 de plus que la laine en pièces.
(2) On ne peut pas teindre le drap fin écarlate sans que la tranche ne soit blanche.
(3) C’est le cas de la teinture écarlate. Graf de La Boullain a démontré récemment que l’on pourrait teindre les draps en pièces aussi-bien qu’en laine, en les faisant passer entre des rouleaux placés sur la cuve, qui facilitent la pénétration de la matière colorante. Le drap écarlate teint par ce procédé a une couleur plus profonde que par l’ancien procédé.
(4) Le dernier procédé s’emploie quelquefois pour la soie ; on l’étend sur une plaque de suivre, et on applique la soie dessus.
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES. 3i
plus d’éclat à La couleur d’un corps par un moyen chimique ( par exemple, par une dissolution de savon ).
MAGNÉSIE. Terre blanche, sans odeur et sans goût; elle forme avec l’acide sulfurique un sel amer. D’après les expériences de Fogler, le bois de Fernambouc et la garance donnent les mêmes couleurs, et même avec plus de vivacité avec la magnésie et la chaux qu’avec l’alun. La magnésie pure bouillie seule avec la laine se fixe peu.
MORDANS. On désigne ainsi les corps qui peuvent se combiner avec les matières à teindre, la soie, la laine, le coton, le chanvre , le lin, et qui en même temps développent dans ces matières une grande affinité pour les matières colorantes (i). Les mordans sont nécessaires pour fixer toutes les matières colorantes qui par elles-mêmes n’ont point assez d’affinité pour se fixer sans intermédiaires sur les étoffes. Dans le cas contraire ils sont encore utiles, parce qu’ils produisent une combinaison plus intime et plus solide. Les meilleurs mordans sont l’alumine et l’oxide d’étain; tous deux sont employés en dissolution dans les acides, et ont le plus souvent autant d’affinité pour les matières colorantes que pour les tissus; après vient l’oxide de fer, qui a une grande affinité pour le coton, le lin, et moins pour la laine et la soie ; mais il ne peut être employé généralement, parce qu’il ne se combine qu’avec un petit nombre de matières colorantes : l’oxide de cuivre est dans le même cas, mais il est plus souvent employé comme inatière colorante.
(i) Quelques chimistes de'signent sous le nom de mordans, dcâ matières qui ont en même temps de l’affinité pour les tissus et pour les matières colorantes;- cette définition est d’accord avec l’expérience dans un grand nombre de cas; mais il arrive quelquefois qu’un mordant ainsi que l’étoffe n’ont qu’une faible affinité pour la matière colorante quand ils sont isolés, et que leur combinaison en acquiert une très-grande. La combinaison de la matière colorante et du mordant doit être peu soluble ; car autrement l’étoffe ne pourrait. pas supporter les lavages. Les mordans sont utiles pour consolider une couleur insoluble qui résulte de la précipitation d’une dissolution de la matière colorante par une dissolution de mordant. On peut même admettre en principe que toutes les couleurs insolubles résultantes de l’action d’un mordant en dissolution sur une dissolution de matière colorante, peuvent être fixées sur les étoffes qui peuvent recevoir ce mordant.
L’oxide et quelques combinaisons de plomb ont beaucoup d’affinité pour plusieurs matières colorantes avec lesquelles ils forment des précipités, mais ils ont peu d’affinité pour le lin , le coton, la soie et la laine, aussi ils sont rarement employés comme mordans. Les oxides et les combinaisons d’arsenic, de mercure, de bismuth, de manganèse, de zinc, et plusieurs autres métaux, sont de bons mordans pour les matières colorantes rouges; la chaux , la magnésie et la barite, ont beaucoup d’affinité pour plusieurs matières colorantes mais très-peu pour les étoffes, c’est pourquoi elles sont rarement employées, surtout la première et la dernère, qui portent facilement préjudice aux étoffes par leur action corrosive.
La crème de tartre , Y acide boracique et plusieurs autres substances acides entrent en combinaison avec quelques matières colorantes, et la première aussi avec la laine, comme cela paraît résulter des faits observés; mais ils agissent le plus souvent non comme mordans, mais comme changeant les nuances des couleurs.
Si l’on fait bouillir une des terres précédemment citées, avec de l’eau et du coton, il ne se forme qu’une combinaison incomplète et inégale, parce que la faible division de ces terres s’oppose à la combinaison. Alors, pour obtenir des combinaisons uniformes, il faut les employer dans un état où elles soient solubles: on se sert pour cela des acides, et rarement des alcalis ou d’autres corps. Le corps soluble est alors absorbé par l’étoffe, et ce n’est que plus tard et par l’action des matières colorantes que l’agent qui a produit la dissolubilité est séparé, et qu’il ne reste que l’oxide en combinaison avec l’étoffe : c’est ainsi que se comporte l’alun. On voit d’après cela l’importance des corps solubles , et l’on peut poser en principe ce qui suit.
i° Chaque sel terreux ou alcalin qui n’est pas décomposé par la matière colorante, ne peut être employé quand il entre en combinaison avec l’étoffe sans être décomposé, ou quand on ne peut pas ajouter un autre corps qui en agissant sur cette combinaison puisse séparer l’acide.
a0 Chaque sel qui contient un acide qui se fixe sur les étoffes
et qui en altère les fibres , ou qui est nuisible à l’éclat et à la solidité cîe la couleur , ne peut pas être employé à moins que 1 on ne puisse a temps neutraliser l’acide par un autre corps.
o Un sel ties-soluble , et qui en dissolution se combine avec les étoffes, donne rarement des teintes d’une grande solidité; parce que ce sel fixé se redissout très-facilement dans le bain de teinture.
Du premier principe il résulte, que le sulfate de zinc est peu utile, comme mordant, et que les acétates de fer et de cuivre sont préférables aux sulfates de fer et de cuivre. D’après le même principe, on sature souvent une partie de l’acide des mordans par des terres ou des alcalis.
ïl résulte du deuxième principe, que l’on préfère dans l’impression des étoffes, les acétates aux sulfates et autres sels; parce que les acides de ces derniers attaquent souvent les fibres des étoffes, au lieu que l’acide acétique en excès s’évapore lors de la dessiccation.
Dans l’impression des toiles, on doit encore considérer d’autres propriétés des mordans; il faut qu’ils soient très-solubles, afin qu’ils puissent être employés dans une pâte consistante, en quantité suffisante, sans cristalliser. Autrement il ne s’en fixerait pas une quantité assez considérable, et cette fixation serait inégale (1) : ici il est encore beaucoup plus important que dans la teinture, que l’acide se sépare facilement, ou soit de nature à ne pas attaquer les fibres.
Le sel ammoniac, d’après Pccrner, est une addition utile comme mordant pour les teintures en jaune, surtout pour le curcuma, la camomille, la sarrette.
Le sel de cuisine fixe , d’après Pœrner, le curcuma , la sarrette, la camomille, la cochenille, la garance et le bois de Brésil. La couleur de la cochenille pénètre plus profondément dans le drap quand on ajoute du sel de cuisine. Ce sel produit le même effet sur la matière colorante du lycoperdon bovista.
(f) On préfère l’acétate d’alumine à l’alun.
Tom. I.
Pcemer a trouvé que le salpêtre était sans utilité comme mordant , et comme moyen changeant pour les teintures en jaune.
Substances végétales et animales. Plusieurs de ces matières peuvent se combiner à la fois avec les étoffes et les matières colorantes, et peuvent par conséquent servir de mordans; tels sont le tannin, les graisses et les huiles tournantes. Le premier est principalement employé pour la soie; les huiles, pour consolider les matières colorantes de nature résineuse : dans les autres cas , il paraît qu’elles agissent moins comme mordans qu’en attirant les acides et augmentant la ténacité des couleurs; aussi les huiles sont rarement employées seules, mais presque toujours avec d’autres mordans (1).
On peut poser en principe sur la nature des mordans et sur leur combinaison avec les étoffes, que tous ceux qui sont facilement altérés par l’air, la lumière, l’eau, ou par le temps, ou qui changent ou altèrent les matières colorantes , sont de peu d’usage. Le premier cas se rencontre dans les oxides d’or, de mercure, qui perdent facilement leur oxigène ; le second se rencontre dans plusieurs oxides et acides.
Application des mordans. ( Alunage , engallage . ) II y a trois manières d’employer les mordans : i° on les combine d’abord avec les substances à teindre, on procède ensuite au lavage, et on porte alors la combinaison dans la teinture; 2° on met ensemble la' matière colorante et le mordant, et on plonge l’étoffe dans le double bain à la température convenable; 3° on teint d’abord, et on soumet ensuite les étoffes à l’action des mordans. La première manière est ordinairement employée quand le mordant a une grande affinité pour la matière colorante ou d’autres corps renfermés dans ces matières , de manière qu’il formerait avec eux une combinaison qui ne se fixerait pas sur les tissus (2) ; elle l’est aussi quand on veut
(1) Voyez les articles noix de galle, plantes colorantes , garance, ronge d’Andrinople.
(2) Par exemple, dans le cas où il se formerait un précipité comme eela arrive souvent par le mélange de l'alun avec un grand nombre de matières colorantes .
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES, économiser le mordant. La seconde s’emploie quand on veut aviver les couleurs par les mordans. Souvent aussi on emploie les deux méthodes à la fois. La dernière n’est applicable qu’aux couleurs qui peuvent se fixer sans mordant , et que l’on veut rendre encore plus solides; et lorsque le mordant fixe mieux la couleur déjà déposée sur le tissu, que quand il a été fixé luimême d’avance : aussi cette méthode est peu employée.
Si on traite les étoffes d’abord par le mordant, on emploie un des procédés suivans :
i° On met l’étoffe nettoyée (traitée par la lessive) dans le bain de mordant, où on la laisse séjourner quelque temps.
2° On fait bouillir ou seulement chauffer le bain de mordant et l’étoffe.
3° On épaissit le mordant avec de la gomme, de l’amidon , ou un autre corps, et on l’applique à la planche sur les parties des étoffes qui doivent être colorées ; c’est ce procédé qu’on emploie pour les toiles peintes.
Si le mordant se combine facilement avec l’étoffe en employant les procédés î et 2 , il faut laver immédiatement après, pour enlever l’excès de mordant : ce lavage estindispensabîepour l’uniformité et la beauté de la couleur. Si le mordant a été fixé par le bouillon, on étend ordinairement l’étoffe à l’air pour la laisser refroidir, afin que le mordant se fixe encore davantage ; car l’action de l’air paraît augmenter l’action du mordant sur l’étoffe (i). Dans la plupart des cas, il est avantatageux de laisser les étoffes reposer un certain temps hors du bain, avant de procéder au lavage, parce qu’il se produit une combinaison plus intime.
Si le mordant ne se combine que faiblement avec l’étoffe , on lave celle-ci avec précaution, ou seulement après sa dessiccation; ou même on ne la lave pas, en se contentant de la tordre (2) ; quelquefois on fait seulement sécher, et on porte aussitôt dans le bain de teinture. Le séchage augmente l’affinité
(t) C’est principalement le cas des mordans ferrugineux . (2) C’est ce qui arrive le plus ordinairement avec la soie.
cia mordant ayec l’étoffe, parce qu’à mesure que la dessiccation fait des progrès, la dissolution devient plus concentrée.
Lorsque le mordant a été fixé par application (5e procédé) on ne peut pas enlever le superflu du mordant par des lavages, parce qu’il s’en déposerait dans les endroits qui doivent rester blancs : il faut alors ajouter, à l’eau destinée à laver les étoffes, des corps ayant une grande affinité pour le mordant , afin qu’ils s’emparent de celui qui n’est pas combiné, et ne le cèdent pas aux parties de l’étoffe qui n’en ont pas reçu par l’application. On se sert pour cet effet de bouse de vache, de son, etc.
Si le mordant doit être appliqué en même temps que la couleur (alun , sel d’étain et sel de fer ) , on îe met dans le bain de teinture (en dissolution, ou sec), et on teint dans le mélange.
Bains de mordons. On désigne ainsi des liquides qui con~ tiennent un ou plusieurs mordans en dissolution.
Bains de mordans qui ont déjà servi. Lorsque les bains de mordans ont été formés avec de l’alun ou du tartre , après le service ils renferment des acides en excès ; pour les employer de nouveau, il faut précipiter les acides en excès au moyen d’un sel soluble neutre de chaux ; le tartrate de chaux peut être recueilli et utilisé pour en extraire l’acide tartrique.
Mordant de Fabroni . Ce mordant a été recommandé pour fixer les rouges et les bleus de bois sur la soie et sur la laine ; il est employé en Allemagne dans plusieurs teintureries de laine. On l’obtient en mettant dans un ballon de verre 16 onces d’eau, y ajoutant peu à peu 1 once d’acide sulfurique, plus tard 16 onces de limaille d’étain; on chauffe le ballon dans un bain de sable jusqu’à la température de l’ébullition, puis on retire le feu; 24 heures après on ajoute 24 onces de muriate de soude; on agite avec un tube de verre, on bouche l’ouverture avec du papier, et le mélange est abandonné pendant 2/j heures. Ensuite on fait chauffer de nouveau au bain de sable, et on maintient l’ébullition jusqu’à ce que tout le métal soit dissous, alors on retire le feu, et on laisse refroidir. Après le refroidis-
sement on trouve une masse saline, dont on prend i livre que l’on dissout dans 5 livres d’eau, et on y ajoute une dissolution de a onces 1/8 de crème de tartre, et de 2 onces 5/4 ée sulfate de cuivre dans 8 livres 1/2 d’eau; on agite le mélange, et 011 le conserve dans des flacons de verre. Decroisilles a proposé un mordant semblable.
MOUILLAGE. Avant la teinture on mouille ordinairement les étoffes avec de l’eau propre, et on les tord légèrement. Cette opération a pour but de faciliter la pénétration de la couleur, et de la rendre plus uniforme. Elle est principalement nécessaire quand les bains de couleur sont épais, ou qu’ils renferment des matières seulement en suspension; elle est moins nécessaire quand les bains sont limpides et très-fluides.
NUANCES. O11 désigne ainsi les variétés de teinte d’une même couleur.
OXIDE. On désigne ainsi la combinaison d’un corps avec l’oxigène qui ne rougit pas le papier de tournesol ; mais cette dénomination est principalement employée pour les métaux. La plupart des métaux se combinent avec i’oxigène dans des proportions différentes; on désigne ces combinaisons sous les noms de protoxide , de deutoxide et de tritoxide ou pei oxide , suivant leur degré d’oxigénation.
OXIDES DE FER. Les oxides de fer sont, comme on sait, des combinaisons de fer et d’oxigène; on en connaît trois, qui sont désignés sous les noms de protoxide, de deutoxide et de peroxide ; sur 100 parties le premier contient 22, 87 d’oxigène, le second 27, le troisième 5o, 77. Ces trois oxides sont souvent employés : il est par conséquent utile de laire connaître leur préparation.
Le protoxide de fer s’obtient en décomposant le proto-sulfate de fer par la potasse ou la soude, lavant le précipité avec de l’eau privée d’air dans des flacons fermés, et le faisant sécher dans le vide. Ces précautions sont nécessitées par la grande affinité de ce corps pour l’oxigène.
Le deutoxide s’obtient en faisant rougir un mélange exact de 29 parties de tritoxide, et i3 1/2 de limaille de fer, ou en faisant passer de la vapeur d’eau sur du fer incandescent : l’oxigène se combine avec le fer, et l’hydrogène est mis en liberté. Il se forme aussi quand on expose de l’hydrate de protoxide de
fer à Pair, mais il passe promptement à l’état de tritoxide.
Le peroxide de fer était connu autrefois sous le nom de safran de mars : on l’obtient; T en faisant chauffer à l’air du fer, du protoxide ou du deutoxide de fer; 2°enexposant du fer au contact de l’air et de l’eau, on obtient ainsi un hydrate dont Peau se dégage facilement à la chaleur rouge naissante ; 3° en faisant détonner un mélange de limaille de fer et de salpêtre, et lavant le résidu. En grand le peroxide de fer s’obtient en exposant à l’air, sur des claies, des vieux clous, des débris de tôle, après les avoir préalablement débarrassés, par le lavage, des substances étrangères qu’ils renferment : les claies sont placées dans un lieu couvert, où Pair peut facilement se renouveler; le métal est arrosé de temps en temps (1).
Oxide de fer alcalin. Cette préparation s’obtient en verr sant de la potasse dans une dissolution de nitrate de fer, jusqu’à ce que le précipité qui se forme d’abord soit dissous. La potasse est alors combinée avec le fer; cette combinaison est employée dans les imprimeries de toile. Buchner pense que cette préparation pourrait s’exécuter en précipitant le tartrate de potasse et de fer par la potasse.
OXIGENE. Ce gaz est nécessaire à la respiration des plantes et des animaux, et à la combustion; combiné avec les métaux il constitue les oxides, et avec certains métaux et d’autres corps simples les acides oxigènes; il exerce une action trèsénergique sur un grand nombre de couleurs. Son nom, qui signifie générateur dé acide , lui avait été donné à une époque où l’on ne connaissait que des acides oxigènes. Il entre pour 21 centièmes dans l’air atmosphérique.
(l) A la place de l’eau pure on emploie quelquefois des dissolution de sel marin , l’urine et autres liquides sale's. Ces mélanges accélèrent peu l’oxidation , et on n’obtient pas alors de l’oxide de fer pur.
EXPLICATIONS PRÉLIM1N AIR É S . 3çf
PEINTURE. Les couleurs appliquées sur ia toile et sur le bois doivent être préservées de l’action de la lumière et de Pair au moyen d’un vernis. La préservation n’est jamais complète, parce que les corps résineux qui constituent les vernis attirent l’oxigène des matières colorantes. On peut éviter cette action des vernis en couvrant d’abord la couleur avec une couche de gomme ou de colle, et appliquant ensuite le vernis. L’expérience a démontré que, dans ce cas, la couleur se passait beaucoup moins rapidement.
Probablement on pourrait aussi augmenter la fixité des couleurs sur les étoffes, en trempant ces dernières dans les huiles, les graisses, après les avoir rendues résineuses par l’absorption de l’oxigène. Cela devrait être pris en considération, car c’est ainsi que les couleurs noires et le rouge d’Andrinople acquièrent une si grande fixité.
PEINTURE EN DÉTREMPE. On désigne ainsi l’application des couleurs délayées dans l’eau. On ajoute souvent à l’eau de la gomme, de l’amidon, de la colle, du lait, du sang, de l’albumine , etc. — - Voyez le 2e vol.
POTASSE. Les matières qui portent ce nom dans le commerce sont composées de sous-carbonate de potasse mêlé d’une quantité plus ou moins considérable de sulfate de potasse, de muriate de potasse, de silice, et autres corps étrangers. Dans différens travaux de la teinture on a besoin de potasse saturée avec de l’acide carbonique. Pour l’obtenir on laisse une dissolution concentrée de potasse dans un vase ouvert placé dans un lieu où se trouvent des liquides en fermentation, ou bien on fait passer un courant d’acide carbonique à travers cette dissolution. On peut aussi l’obtenir en mettantde la sciure de bois dans de la potasse en dissolution, faisant calciner au rouge, dissolvant dans l’eau, et faisant évaporer (1).
(i) De tous les procéde's indiqués par l’auteur pour obtenir du carbonate de potasse saturé, il n'en est qu’un seul qui soit exact, c’est le deuxième. La calcination de la potasse avec une matière végétale ne peut donner qu’un sous-carbonate, car le bicarbonate de potasse se décompose par la chaleur, même à ioo° quand il est en dissolution.
Pour purifier la potasse, on peut employer le moyen suivant* on fait dissoudre 80 livres de potasse dans 121 livres *
d’eau chaude , et on verse la dissolution dans un tonneau de sapin : par le refroidissement et le repos, lapins grande partie des substances étrangères se séparent en se précipitant ou en cristallisant. On peut alors la conserver en dissolution, ou la faire évaporer. Si la potasse doit rester caustique, il faut éviter le contact prolongé de l’air; dans ce cas, on y ajoute de la chaux vive. La pureté de la potasse a beaucoup d’influence sur la beauté de certaines couleurs, et principalement sur les rouges d’Andrinople. La potasse qui renferme de la silice rend ce rouge brunâtre.
On reconnaît que la potasse renferme de l’acide muriatique en versant dessus le triple de sou poids d’acide sulfurique fumant; si elle contient un muriate, il se dégage des vapeurs d’acide muriatique. Pour reconnaître si elle contient de la silice, on la dissout dans de l’acide muriatique ; si la silice y est renfermée il se forme un précipité gélatineux; il faut cependant avoir soin de n’ajouter l’acide que peu à peu ; 011 peut aussi employer l’acide sulfurique, mais le précipité ne se manifeste
qu’en chauffant. On reconnaît qu’elle contient du carbonate de chaux, quand la dissolution dans l’acide muriatique est précipitée en blanc par l’acide sulfurique.
PRESSE A VAPEUR DE ROMMERH AUSEN. A, est le foyer; le feu chauffe la chaudière c, la fumée va envelopper la chaudière b, et se rend dans la cheminée.
b , chaudière pleine d’eau, garnie d’un tuyau à robinet qui aboutit à une chaudière à vapeur c , sa capacité est les 2/3 de celle de la première.
c y chaudière à vapeur. Le tuyau / est destiné à laisser dégager les vapeurs quand on veut l’alimenter; le tuyau e, également garni d’un robinet communique avec la partie inférieure d’un vase où se trouvent les corps que l’on doit soumettre à la vapeur : les deux chaudières sont en fer ou en cuivre.
d , est un vase en bois de chêne. L’eau bouillante arrive à sa partie inférieure par le tuyau e , et passe à travers un fond percé
r • flotta sc.
recouvert de paille, et de là il s’échappe à travers les corps qui ont été placés dans l’espace h. À la partie supérieure on place une grosse toile de laine, ou un tond percé, que l’on lixe de manière qu’il ne puisse pas être levé.
k, tuyau par lequel le liquide qui a traversé le vase d , se rend dans le tonneau /. Lorsque les corps sont aromatiques, on condense les vapeurs dans un serpentin.
n, est un tuyau fermé par un robinet qui sert à soutirer le liquide qui reste dans le vase.
Pour travailler avec cet appareil, on commence par fermer tous les robinets, on introduit l’eau dans la chaudière by et on ouvre le robinet qui communique avec la chaudière à vapeur et le robinet f, pour que l’eau de la chaudière b puisse pénétrer dans la chaudière c; alors on ferme le premier robinet, et on laisse ouvert le robinet f, on remplit de nouveau la chaudière b, et on chauffe.
Pendant que l’eau renfermée dans les chaudières a et b se chauffe, et que les vapeurs se dégagent par/*, on remplit l’espace h avec les objets que l’on veut soumettre à l’expérience; si ce sont des corps soüdes ils doivent être grossièrement pilés.
Aussitôt que l’eau entre en ébullition, on ferme le robinet/’, on ouvre quelques minutes après le robinet e. La pression de la vapeur qui se forme dans la chaudière c force l’eau à pénétrer dans l’espace h ( le robinet n est fermé) (1) ; en traversant les corps qui y sont renfermés, elle dissout les matières solubles qu’ils renferment, et se rend par le tuyau k dans le tonneau /.
S’il paraît des vapeurs dans le tuyau k , c’est une preuve que l’eau de la chaudière c est évaporée ; on ouvre alors le robinet f et celui du tuyau placé entre c et ô, et on laisse pénétrer l’eau, de la chaudière b dans la chaudière c ; l’opération recommence comme précédemment, et on répète cette opération jusqu’à ce que l’eau qui s’écoule par le tuyau k soit pure ; ce qui
(1) IL ne faut pas ouvrir trop tard le robinet parce que la vapeur pourrait acquérir une assez grande force élastique pour briser la chaudière. Pour éviter ces accidens il serait convenable de garnir les chaudières de soupapes de sûreté.
indique que les corps solubles qui renfermaient les matières
placées en h ont été complètement entraînées.
On peut accélérer l’opération en faisant d’abord tremper les corps pendant quelques heures dans l’eau, et encore davantage si on les fait traverser par de la vapeur. Cette dernière opération peut s’exécuter en mettant d’abord dans la chaudière c seulement quelques pouces d’eau qui se transformeront rapidement en vapeur.
PRUSSÏATE DE POTASSE. Ce sel, d’une couleur jaunâtre, est composé d’acide hydro-cyanique (prussique), de potasse et de fer. 1 1 acide hydro -cyanique, 38 cyanure de fer, 3q potasse, et 12 eau; ou 38,49 a°ide hydro-cyanique, 16,64 oxide de fer, et 44? 87 potasse. On peut le préparer, i°en traitant par l’eau les matières animales calcinées avec de la potasse, faisant évaporer, cristalliser, et purifiant les cristaux obtenus par de nouvelles cristallisations ; i° en traitant le bleu de Prusse pulvérisé par une dissolution de potasse; la matière devient d’un brun rougeâtre, 011 y ajoute du bleu de Prusse jusqu’à ce qu’il cesse d’être décoloré, afin que la potasse ne soit pas en excès : on peut aussi reconnaître qu’il n’y a pas excès de potasse en trempant dans la liqueur du papier de curcuma, ou de tournesol rougi par un acide. La dissolution contient de l’hydrocyanate de potasse ferrugineux (prussiate de potasse); on filtre, on fait évaporer et cristalliser.
RESEIWAGES. On désigne sous le nom de réserve, les parties des étoffes qui ne doivent point recevoir de couleurs, ou qui doivent prendre des teintes particulières. Pour empêcher la couleur de se fixer sur ces endroits on emploie divers moyens : i° on couvre les parties des étoffes qui ne doivent point recevoir de couleurs ; 20 on ne met point de mordans sur ces parties lorsque la couleur en exige un pour se fixer; 3° on détruit le mordant dans certains endroits lorsqu’il a été appliqué sur toute la surface : les deux derniers moyens ne sont appliquables qu’aux couleurs qui ne se fixent pas sans mordant. Les matières qui empêchent que les couleurs ne se fixent sur certaines parties s’appellent pâtes de réserves. On emploie aussi des matières
d’application qui détruisent la Couleur qui est déjà fixée, rendent l’étoffe blanche , ou seulement en changent la nuance.
Originairement les réserves étaient formées avec de la cire fondue, qui était appliquée sur les étoffes sèches, et après la teinture on les enlevait avec le son et le savon ; plus tard on employa du plâtre délayé dans de l’eau gommée , que l’on laissait sécher après l’application et après la teinture, et qu’on enlevait ensuite par les mêmes moyens : on emploie aussi de l’argile et de la gomme, du suif, de l’empois, etc.
Réseryàges TE] g x axs. On désigne ainsi ceux qui donnent une couleur aux étoffes; les plus employés sont ceux de sel d’étain avec une forte décoction de couleur ou de prussiate de potasse.
RINÇAGE. Laver sans pression et sans frottement. On rince les étoffes après le bain de mordant, afin d’enlever les matières qui n’ont pas été combinées. Cette opération est nécessaire aussi après le bain de teinture pour enlever les matières en excès ; elle est même souvent nécessaire entre les différens bains de teinture quand il y en a plusieurs ; elle est surtout indispensable quand les matières colorantes sont mêlées avec beaucoup de substances étrangères, dont la présence ferme les pores de l’étoffe et empêche les couleurs de se fixer. Cette opération doit être exécutée avec modération dans la teinture des couleurs qui ne sont que légèrement fixées.
SÉCHAGE. Le séchage des étoffes teintes se fait ordinairement à l’air libre, plus rarement par la chaleur artificielle. Quand les couleurs sont altérées par la lumière, le séchage doit se faire à l’ombre. En grand on a des séchoirs disposés pour cet objet.
SELS NEUTRES. On désigne ainsi les sels dans lesquels ni la base ni l’acide ne dominent. On désigne sous le nom de sursels, ou de sels acides , ceux qui renferment un excès d’acide ; et ceux qui contiennent un excès de base sont connus par la dénomination de sous-sels. Le sel marin et le salpêtre sont des sels neutres ; la crème de tartre et le sel d’oseille sont des sels acides , et le borax est un sous-sel.
SELS D’ALUMINE. Acétate d’alumine. Ce sel consiste, comme son nom l’indique, en acide acétique, alumine et eau; il est déliquescent. Il est préféré à l’alun pour les impressions : i° parce que, ne cristallisant pas, on peut employer des dissolutions très-concentrées; 2° parce qu’il se combine plus facilement avec les fibres des étoffes ; 5° et parce qu’il renferme un acide qui n’a point d’action destructive sur les étoffes, et qui se volatilise dans le séchage. On l’emploie beaucoup maintenant préparé avec l’acide pyro-ligneux brut ou purifié , suivant la nature des couleurs. L’acétate d’alumine s’obtient :
i° En dissolvant de l’alumine récemment précipitée dans de l’acide acétique. Cette méthode est trop dispendieuse parce qu’il faut employer de l’acide acétique trop concentré.
a° En versant une dissolution de sulfate d'alumine dans une dissolution d’acétate de plomb , jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité (sulfate de plomb). La dissolution contient l’acétate d’alumine.
5° En prenant une dissolution d’alun au lieu de sulfate d’alumine, et opérant de la même manière, on obtient un mélange d’acétate d’alumine et de sulfate de potasse, mais ce dernier n’est pas nuisible. 5 parties d’alun suffisent pour 4 parties d’acétate de plomb. Si on prend trop d’alun, l’acétate d’alumine retient une trop grande quantité de ce sel, et il pourrait en résulter des inconvéniens dans l’impression. On laisse cependant! toujours un petit excès d’alun, et d’après Kurrer cela est sans inconvénient, parce que, quand il reste un peu d’alun, on obtient avec le quercitron, la garance, des couleurs plus vives et plus solides (i).
4° En ajoutant à une dissolution d’acétate de chaux une dis— - solution d’alun tant qu’il se forme un précipité ; on décante et on filtre , et on fait concentrer.
La dissolution d’acétate d’alumine dans l’eau laisse précipiter
(i) Rigoureusement il faudrait parties égales d’alun et d’acétate de plomb , poui que la décomposilion fût complète; mais alors une partie de l’alumine serait précipitée c’est ce qu’on évite en employant un excès d’alun. On pourrait aussi dissoudre l’alumine précipitée en ajoutant de l’acide acétique.
de l’alumine lorsqu’on la fait chauffer jusqu’au bouillon. Cela n’arrive pourtant point à celle qui est pure, mais seulement à celle qui contient des sulfates de soude , de potasse , de magnésie, d’ammoniaque, de l’alun et d’autres sels étrangers. Cette observation est due à M. Gay-Lussac. On voit d’après cela pourquoi il ne faut pas faire chauffer les dissolutions d’acétate d’alumine impures que l’on emploie ordinairement, et qu’il ne faut pas les employer à chaud. On voit aussi pourquoi on obtient des couleurs plus vives dans l’impression que dans les bains chauds.
Eurrer a donné la composition de plusieurs mordans composés, dont nous allons rapporter les principaux. Plus ils sont vieux, et plus ils donnent de vivacité et de fixité aux couleurs.
i° Alumine pure et acide acétique pur. On dissout 5go parties en poids alun dans 5i 2 eau chaude , on ajoute peu àpeu 32parties de craie ; et quand la liqueur n’est plus qu’à 25 à 3o° degrés Réaumur, on ajoute 224 parties d’acétate de plomb; on agite le mélange pendant 2 jours; et on le laisse vieillir de 2 jusqu’à
5 semaines avant de l’employer. Pour les jaunes et les rouges d’impression ce mordant est très-bon; avec la garance il donne des rouges de feu, et avec les matières colorantes jaunes il donne des couleurs bien nourries.
20 Alumine combinée avec l’acide acétique et mêlée avec du sulfate dépotasse. On prépare ce mordant comme le n° 1 ; mais on prend à la place de craie, 24 parties de potasse. C’est un bon mordant pour les couleurs rouges et jaunes.
5° Acétate d’alumine et d’arsenic. Se prépare comme le premier, en ajoutant 16 parties d’arsenic. C’est un bon mordant pour le coton et le lin; il donne avec la garance un beau rouge solide.
4° Acétate d’alumine , sulfate et acétate de zinc. Se prépare comme la première; seulement on dissout avec l’alun 25 parties de sulfate de zinc. Cette composition donne un rouge foncé avec la garance.
5° Acétate d’alumine , d’arsenic et cuivre. On dissout à chaud
6 livres de vert-de-gris dans l’eau, on verse la dissolution sur 4 livres d’arsenic blanc et 3 livres 1/2 de blanc de plomb : on
agite pendant quelques heures, et on abandonne pendant la nuit. On met alors dans la liqueur 4o livres d’alun ; on agite jusqu’à ce quelle soit complètement refroidie , on ajoute 22 livres de sucre de plomb, et quand on l’épaissit on y ajoute du sel d’étain et de l’alcohol. Cette composition est celle de la fabrique de Schuiler pour les rouges imprimés, et qui est restée si long-temps inconnue.
6° Acétate d’alumine et de mercure. Se compose comme la première, mais on ajoute à la dissolution 6 parties de sublimé corrosif et 2 parties de sel ammoniac; ce mordant rend les rouges de garance plus foncés et plus solides.
70 Acide acétique et alumine concentrés par la congélation. On fait geler l’acétate d’alumine, et on sépare la glace ; on obtient ainsi dans plusieurs fabriques un bon mordant pour les rouges, en le mêlant avec de l’amidon, du sel d’étain et de l’alcohol. Il donne avec la garance un beau rouge de feu.
Les résidus de ces mordans lavés donnent des mordans faibles.
Dans différentes fabriques on ajoute du vinaigre à l’acétate d’alumine ; d’après Kurrer cela est sans utilité.
Nitrate d’alumine. Ce sel n’est pas cristallisable, il se prend en une masse gommeuse; il contient à peu près 78 acide nitrique et 22 d’alumine : il était recommandé comme mordant à la place de F alun (1). On dit qu’il donne dans les teintures de laine et de soie des couleurs plus nourries et plus vives. Maintenant on ne l’emploie presque que dans l’impression; on le prépare i° en dissolvant de l’alumine dans de l’acide nitrique ; 2° en dissolvant du plomb dans de l’acide nitrique , étendant la dissolution de 5 parties d’eau chaude, et ajoutant de la dissolution d’alun chaude tant qu’il se forme un précipité. On soutire la liqueur claire, et on concentre.
Muriate d’alumine, sel incristallisable. Se prend en une masse analogue à la gomme ou en une matière pulvérulente d’un goût très-âpre. Ce sel contient sur 100 parties 5o d’alumine, il est très-
(1) Fogler a observe que la couleur d’écarlate devenait plus couleur de feu par l’emploi de ce mordant
soluble et déliquescent. Fogler obtenait avec ce sel (comme avec le nitrate d’alumine ) et le kermès, de plus jolies couleurs qu’ avec l’alun. Récemment Bosc l’a aussi recommandé. Il remplace dans i’impression l’acétate d’alumine ; son emploi est avantageux pour la soie et le coton , moins pour la laine, où il ne paraît pas avoir d’avantage sur l’alun et le tartre. Sur les 2 premières étoffes , les couleurs sont plus durables qu’avec l’alun. En général, quand ce sel ne renferme pas d’acide en excès ni de fer, il donne des couleurs plus pures et plus vives que l’alun. On l’obtient en dissolvant de l’alumine dans de l’acide muriatique.
Tartrate d’alumine. Ce sel se forme quand on emploie à la fois le tartre et l’alun, et paraît agir favorablement sur quelques couleurs. Il se combine en grande proportion avec la laine.
Potasse aluminée. Cette combinaison s’obtienten traitant par la soude ou la potasse caustique l’alumine récemment précipitée ; cette combinaison, recommandée parHausmann comme mordant, est peu favorable (i) : après avoir immergé les étoffes dans le bain de potasse aluminée, il faisait sécher et saturer la potasse par l’acide acétique. Bancroff obtenait un jaune solide par l’écorce de quereitron, en plongeant d’abord l’étoffe dans la potasse aluminée et ensuite dans l’alun (2). Dans ce cas l’alun décomposait la potasse aluminée, et l’alumine de ces deux décompositions se déposait surl’étoffe.
SELS DE CUIYRE. Acétate neutre de cuivre. Ce sel est formé de 40 parties d’oxide de cuivre, de 5i d’acide acétique, et de 9 parties d’eau; il est d’un vert d’émeraude : on l’obtient en dissolvant le vert-de-gris dans du vinaigre, filtrant, faisant évaporer et cristalliser. Il est employé comme mordant à la place du vert-de-gris et du sulfate de cuivre.
(t) On peut 1’obtenir en versant de la soude ou de la potasse dans une dissolution d’alun chaude, jusqu’à ce que ie précipité qui s’est forme d’abord soit redissous. On prend i livre d’alun que l’on fait dissoudre dans 3 livres d’eau bouillante ; la liqueur claire est soutirée : après le traitement par la potasse on fait évaporer de manière que par le refroidissement la plus grande partie du sulfate de potasse cristallise.
(2) Le nitrate d’alumine produirait un meilleur effet.
Ammoniure de cuivre. Cette combinaison est utile pour obtenir les couleurs vertes de cuivre dans la teinture et dans l’impression ; on la prépare en dissolvant dans l’ammoniaque le souscarbonate de cuivre ( préparé en précipitant un sel de cuivre par la potasse )
Nitrate de cuivre neutre. L’acide nitrique dissout facilement le cuivre; il forme un sel bleu cristallisable qui attire l’humidité de Pair et attaque la peau. La chaleur le décompose ; mêlé avec du charbon et soumis à l’action de la chaleur, il détonne. Les alcaliset lesterres alcalines en précipitent le cuivre en bleu clair.
Lorsqu’on enlève une partie de l’acide, ou par une certaine portion d’alcali, ou par l’action de la chaleur, il se transforme en sous-sel qui se précipite sous la forme d’une poudre verte insoluble ; il consiste en 66, 89 oxide de cuivre, 8, 06 acide nitrique, et i5, o5 eau.
D’après Kurrer ( Dinglers Magazin, tome III, page 41 ) ce sel est employé dans les impressions d’indiennes, pour obtenir différentes nuances avec des matières colorantes jaunes et la garance; on le combine avec l’alumine, le sel d’étain et le bois de Fernambouc pour les couleurs rouges foncées; on l’ajoute dans la dissolution de fer pour produire avec le prussiate de potasse des bleus foncés sur le lin et le coton.
Pyrolignate de cuivre. Ce sel jouit des mêmes propriétés que l’acétate de cuivre; on le prépare de la même manière: seulement on prend de l’acide pyroligneux au lieu de vinaigre (1).
SULFATE DE CUIVRE ( Vitriol bleu, bleu de Chypre). Composition : 52 oxide de cuivre ; 52 acide sulfurique : 56 eau (2). Ce sel est d’un bleu d’azur, cristallisable, soluble
(1) Quand l’acide pyroligneux employé a été purifié, c’est de l’acide acétique pur, et par conséquent le pyrolignate est un acétate pur; mais quand l’acide est brut, comme il contient des substances étrangères , le pyrolignate est un acétate impur qui ne peut être employé que pour les teintes foncées , principalement pour les noirs.
(2) 64, 17 oxide de cuivre, 2 1, 3g acide sulfurique, et 14, 44 1 eau formant une soussulfate de cuivre insoluble , sous la forme d’une poudre verte. On peut l’obtenir en saturant une partie d’une demi-dissolution de sulfate neutre de cuivre par de la potasse caustique.
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES. 4g
dans 4 parties d’eau froide et 2 parties d’eau chaude ; on l’obtient en partie dans l’exploitation des mines de cuivre , en traitant immédiatement le cuivre ou l’oxide de cuivre par l’acide sulfurique. Il est très-répandu dans le commerce, mais il renferme souvent du fer, ce qui le rend impropre à beaucoup d’emplois. Pour séparer le fer : i° on le laisse longtemps à l’air en dissolution dans l’eau : le fer se suroxide et il se précipite en sous-sulfate de fer d’un rouge brunâtre. Cela arrive encore plus rapidement quand on fait passer un courant d’oxigène à travers la dissolution. 20 On ajoute à la dissolution une certaine quantité de chlore , et après un certain temps de l’oxide de cuivre nouvellement précipité ; ce dernier se dissout, et l’oxide de fer se précipite.
Tartrate de potasse et de cuivre. Kurrer l’a employé avec succès dans les impressions d’indiennes, principalement pour les réservages argileux de la cuve d’indigo. On le prépare en dissolvant du tartre dans de l’eau bouillante et y mêlant un excès d’oxide de cuivre.
Nitrate de cuivre et de zinc. Ce sel s’obtient en trlitant du cuivre jaune ou laiton par l’acide nitrique ; la dissolution est d’un bleu verdâtre. Kurrer l’employait à la place du nitrate de cuivre pour la plupart des réservages de la cuve d’indigo.
SEL D’ETAIN. [Mordant.'} On désigne ainsi en teinture une ou plusieurs combinaisons salines d’étain qui sontemployées comme mordant ; l’oxide d’étain a principalement de l’affinité pour la laine. Ce mordant s’emploie ordinairement en le dissolvant dans l’eau, y ajoutant du tartre, et y faisant bouillir quelque, temps la laine ; on le met aussi quelquefois dans le bain de teinture. Ce mordant se comporte avec les étoffes comme celui qui est formé de tartre et de sel de fer (1). Tous les mordans d’étain rendent les fibres de la laine un peu rudes, alors elle ne se file pas sifacilement, et îalaine paraîtplus grossière ; c’est pour cette raison que l’on ne teint pas l’écarlate en laine, et qu’en général le sel d’étain n’est employé que pour la laine filée ou tissée.
(t) Il reste dans la liqueur du tartrate de potasse, et du tartrate de potasse et d’étain, et du muriate de potasse très-acide.
Tom. I.
5o EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES.
Acétate d’étain. Cette combinaison est quelquefois employée dans les impressions d’étoffes; on l’obtient en dissolvant 2 parties de sel d’étain (muriate d’étain) dans 4 parties d’eau, y ajoutant 3 parties d’acétate de potasse^ou de soude dissous dans 6 parties d’eau ; on mêle bien les dissolutions et on y ajoute encore une partie d’eau. Ce mordant doit être employé peu de temps après sa préparation. Cette dissolution persiste quelque temps à l’air, mais avec le temps il s’y forme un précipité; par la chaleur tout l’étain se précipite.
Muriate d’étain. Ce sel peut être employé avec avantage à la place du nitrate d’étain pour la teinture d’écarlate, comme Hermbstœdt et Bancroff Pont démontré. Il fixe le cramoisi de cochenille avec le plus grand éclat; il a aussi l’avantage de ne pas attaquer autant les étoffes, et de pouvoir être conservé des années dans des vases clos , tandis que la dissolution de nitrate se trouble facilement. Ce sel agit mieux quand la dissolution renferme Pétain à l’état de protoxide ; le sel d’étain qui se trouve dans le commerce est ordinairement un muriate d’étain, quelquefois avec plus ou moins de sulfate.
On l’obtient par les procédés suivans :
i° On met dans un ballon de verre 6 parties d’acide muriatique pur, on y ajoute une partie d’étain et on fait chauffer au bain de sable jusqu’à ce que Pétain soit dissous; alors on ajoute une quantité d’eau suffisante pour que la liqueur pèse 8 parties , et on conserve la dissolution dans un vase bien clos. On l’emploie dans les mêmes circonstances que le nitro-muriate.
2° On échauffe 5 livres de crasse d’étain des potiers d’étain (oxide d’étain) avec 7 livres d’acide muriatique, jusqu’à ce que l’étain soit dissous; on soutire la liqueur, et on la conserve dans des vases bien fermés.
5° ( Sel d’étain. ) On dissout, au moyen de la chaleur, une partie d’étain dans 3 parties d’acide muriatique, et on fait évaporer la dissolution jusqu’à ce qu’elle cristallise parle refroidissement.
On peut dissoudre l’étain à froid dans l’acide muriatique, principalement quand l’acide ne doit être saturé qu’à moitié.
EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES. 5i
Bancroff prétend avoir reconnu que Pacide à moitié saturé est aussi avantageux pour la teinture écarlate que celui qui est saturé , et que par conséquent, quand on emploie des dissolutions saturées, la moitié de Pétain est employée inutilement.
Il ne faut pas que Pétain soit au dernier degré d’oxigénation, parce qu’il agirait avec trop d’énergie sur les étoffes. Tromsdorf recommandait de laisser de Pétain métallique dans la dissolution, pour empêcher une plus grande oxidation de celui qui était dissous.
L’emploi de la chaleur pour favoriser la dissolution est nécessaire à la préparation des muriates d’étain , et n’a pas ici le même inconvénient que dans la préparation des nitrates.
Depuis quelques années on trouve dans le commerce le muriale cl’étain en cristaux, qui est principalement employé pour l’impression.
Sulfate d’étain. Le sulfate de cleutoxide d’étain est depuis quelque temps dans le commerce, sous le nom de composition de Dingler: ce sel est déliquescent, d’un jaune grisâtre; il est principalement employé dans l’impression, pour les cuves vertes ou violettes. On trouve quelques données sur ce sel dans le Journal de Dingler , I, io5.
Sulfate et muriate d’étain. Bancroff le recommande pour les couleurs d’écarlate, parce qu’il produit deux fois plus d’effet que le nitrate, qu’il ne coûte que i/3, et qu’il se conserve bien. Il donne les procédés suivons pour le préparer.
On met dans un ballon de verre 7 parties d’étain, on y verse 24 parties d’acide muriatique, et on ajoute peu après 16 parties d’acide sulfurique (1). On laisse ces acides sur l’étain jusqu’à ce que tout soit dissous : une chaleur artificielle n’est pas nécessaire ; il est aussi plus avantageux de ne saturer qu’à moitié.
Ce mordant est avantageuxpour produire un jaune vif avec le quercitron, et le rose avec la cochenille. Dingler observe que ce sel double est souvent employé en France, en Allemagne, etc. sans que les teinturiers s’en doutent, parce que le sel d’étain qui
(1) Sa densité est de 1,170, et petit dissoudre par la chaleur t/3 de son poids d’étain.
5 s EPPLICATIONS PRÉLIMINAIRES.
paraît dans le commerce est un mélange de sulfate et de mu-
riate d’étain.
Bancroff assure qu’un fabricant d’Angleterre préparait le sel en question en faisant d’abord un muriate d’étain qui avait dissous 1/4 ou i/5 de métal, et ajoutant 2/3 d’huile de vitriol, par quoi il obtenait un sulfate acide d’étain dans lequel l’acide était à moitié saturé ; il restait constamment transparent, et n’attaquait pas le drap dans la teinture.
Etain potassié. D’après Hausmann, cette combinaison a été employée avantageusement dans l’impression. Il l’obtenait en faisant dissoudre de l’étain dans l’acide muriatique , liquéfiant la dissolution, précipitant par la potasse, lavant le précipité avec de l’eau, et le dissolvant dans de la lessive caustique. Ce mordant se conserve plus long-temps que l’acétate d’étain, particulièrement quand il est tenu dans des vases bien clos.
Nitrate d’étain. On connaît deux sels de cette nature, le nitrate de protoxide et le nitrate de deutoxide. Dans le dernier l’étain est très-oxigéné et se précipite promptement de sa dissolution en une poudre blanche; ce sel est par conséquent peu employé. Cependant ce phénomène se produit beaucoup moins quandla dissolution contient du nitrate d’ammoniaque. Le nitrate de protoxide est beaucoup plus stable, on l’obtient en mettant de l’acide nitrique étendu, dont la densité n’excède pas i,n4 dans un vase environné d’eau froide qui en absorbe la chaleur, et ajoutant peu à peu de l’étain très-divisé, seulement à mesure qu’il se dissout; la dissolution est jaunâtre, et persiste long-temps à l’air, mais avec le temps il s’y forme un précipité, et par la chaleur tout l’étain se dépose.
SELS DE MERCURE. Sulfate de mercure. Ce sel s’obtient en faisant chauffer un mélange d’acide sulfurique et de mercure. Dingler l’employait dans la teinture et l’impression ; et d’après Kurrer il est préférable au sublimé corrosif ( deutochlorure de mercure ).
SELS DE FER. Acétate de fer. Ce sel est formé d’oxide de fer, d’acide acétique et d’eau. On connaît deux variétés d’acétate de fer, l’acétate de deutoxide et celui de peroxide :
îe premier forme à Pair un dépôt brun de sous-acétate de peroxide de fer, et cristallise en petits prismes verdâtres. Le dernier est d’un rouge brun , forme par l’évaporation une matière visqueuse, et ne cristallise pas. Ce dernier se forme toujours lorsque le premier est exposé à l’action de l’air, ou quand on met le fer et l’acide acétique en contact en présence de l’air. Pour obtenir le per acétate de fer, on laisse vieillir la dissolution de fer, et on y ajoute du peroxide de fer.
L’acétate de fer est surtout employé pour les impressions , et en teinture (i); il est préféré à tous les autres sels de fer, parce qu’il abandonne plus facilement l’oxide de fer aux étoffes ou aux matières colorantes, et que l’acide acétique n’a qu’une faible action sur les fibres des tissus (2) ainsi que sur les couleurs.
Nous allons indiquer les meilleurs procédés pour préparer ces dissolutions de fer.
i° On remplit un tonneau défoncé, aux 5/4, de fer rouillé, et on y verse du vinaigre chauffé à la température de 55 à 6o° Réaumur (5); après 5 jours on soutire le liquide par un robinet placé au bas du vase, et on îe rejette dans le vase; on répète cette opération 5 fois dans l’espace de 14 jours, et plus tard toutes les 5 à 4 semaines. Après 5 mois on met toutes ces liqueurs dans une chaudière et on chauffe jusqu’à 4^° de Réaumur; on les met ensuite dans un autre vase avec du fer rouillé, et on agite comme dans le premier vase pendant 5à4 mois , après quoi l’opération est terminée ; 011 les porte alors dans des vases placés à la cave, et on y ajoute de temps en temps de l’oxicle de fer rouillé. Cette liqueur s’améliore avec le temps, et peut se conserver des années entières.
Le fer qui reste dans les vases doit être lavé avec une petite
(1) Surtout pour les nankins.
(2) Kurrcr a donné un très-bon mémoire sur les combinaisons de fer et leur emploi en teinture et en impression , dans le journal de Dingler , n° 3, page 2^3.
(3) Tous les vinaigres sont bons, pourvu qu’ils ne contiennent pas trop de mucosité, ou qu'iis ne soieni pas trop faibles : ils doivent porter de 2° l/2a3° de l’aréomètre de Beeks,
quantité cPeau, ce qui dorme des dissolutions faibles d’acétate de fer, et on le porte sur des claies pour le faire rouiller de nouveau. Les tonneaux doivent être lavés avant de servir à une nouvelle opération.
Comme dans ces dissolutions le fer est en grande partie à l’état de deutoxide , il faut les laisser vieillir. Elles sont trèsbonnes pour les couleurs de nankin claires.
En 1809 Rurrer préparait de fortes dissolutions de fer, pour obtenir différentes nuances, par un procédé qui lui paraît préférable. Il dissolvait 16 livres d’acétate de plomb dans 5a livres d’eau, et il ajoutait peu à peu 10 livres d’acide sulfurique dans 14 livres d’eau ; après a jours il décantait; il délayait le liquide avec 16 livres d’eau : il obtenait ainsi un acide très-pur et trèsfort qu’il traitait par l’oxide de fer pur. II prenait, pour former son oxide de fer, les résidus pulvérulens qui se trouvent dans les cuves où l’on prépare ordinairement l’acétate de fer; il les lavait dans l’eau chaude et les exposait pendant \f\ jours à l’aif : le produit qu’il obtenait renfermait une certaine quantité de sous-acétate de fer, il facilitait la combinaison de l’acide et de l’oxide parla chaleur. Il obtenait encore de l’oxide pur en précipitant le sulfate de fer par la potasse , et exposant le précipité à l’action de l’air. Il préparait aussi son oxide par l’action de l’air sur le fer, et faisait toujours ces combinaisons par la chaleur. Dans le Lancashire, à la place du fer rouillé, on emploie un ocre rouge très-riche en fer.
2° Le second procédé consiste à traiter l’acétate de plomb par le sulfate de fer. On dissout 5o livres de sulfate de fer dans 200 livres d’eau, on y ajoute 40 livres d’acétate de plomb pulvérisé, et on agite continuelleroentpendant 5 ou 4 jours. L’acide sulfurique se combine avec le plomb et forme un composé insoluble qui se précipite, tandis que l’acide acétique se combine avec l’oxide de fer (1); on soutire la liqueur claire, et on la conserve pour l’usage : le fer y est peu oxidé, et elle ne peut être employée que pour les couleurs claires quand on ne la
(l)Le sulfate de plomb qui se précipité peut être employé' comme la ce'r use,
laisse pas vieillir à l’air. On obtient aussi une dissolution semblable, mais avec excès d’acide, en faisant chauffer 240 livres de bon vinaigre à 6o° Réaumur pendant 2 heures avec du fer rouillé, et encore le môme temps avec du nouveau fer rouillé; on verse cette liqueur non saturée sur 40 livres de sulfate de fer, et on ajoute n5 livres d’acétate de plomb. On n’emploie cette préparation qu’un mois après.
5° Le troisième procédé consiste à traiter le sulfate de fer par une dissolution d’acétate de potasse ou de chaux. On prend 20 livres de potasse pure que l’on traite avec du vinaigre, on évapore convenablement la dissolution, et on ajoute 32 livres de sulfate de fer. Il se forme de l’acétate de fer et du sulfate de potasse ; on sépare ce dernier par la concentration, il cristallise facilement. Si on prend de l’acétate de chaux à la place d’acétate de potasse, on obtient de l’acétate de fer plus pur, parce que le sulfate de chaux est insoluble , ou du moins très-peu soluble. Dans ces deux méthodes l’acétate de fer renferme ce métal peu oxidé, il faut alors l’abandonner long-temps à l’air.
4° Le quatrième procédé consiste à traiter l’acétate de plomb par le carbonate de fer. On prend de l’acide acétique et on y verse de la litharge jusqu’à saturation; on passe la liqueur, et on ajoute du carbonate de fer tant qu’il se forme un précipité, l’on soutire la liqueur et on la fait bouillir avec du fer rouillé pour la saturer complètement. Le précipité est formé de souscarbonate de plomb.
5o Liqueur du décapage. La liqueur qu’on emploie pour l’étamage est ordinairement de l’acide acétique, et par conséquent il se forme par l’immersion du fer de l’acétate de fer; celte liqueur peut être améliorée en la coneentiant, la saturant avec de l’oxide de fer, et l’exposant à l’air un temps suffisant.
6° Pyrolycnàte de fer. ( Composition : fer oxidé , acide acétique huile essentielle altérée par le feu, et goudron.) Cette préparation se fait comme avec le vinaigre ordinaire. Comme cette composition est meilleur marché, qu’elle remplit au moins aussi bien que l’acétate de 1er l’objet qu’on se propose, et souvent beaucoup mieux, en produisant des
couleurs plus solides, elle est très-employée. On l'obtient, i° en traitant l’acide pyroligneux et l’oxide de fer comme page 52. (î) ; 2° en traitant parties égales de sulfate de fer et de pyrolignate de chaux ou de plomb.
Muriate acide de fer. L’acide muriatique se combine également avec les différens oxides de fer; le proto-muriate est verdâtre et cristallise, ses cristaux sont déliquescens ; on l’obtient en dissolvant du fer dans l’acide muriatique liquide (2). Le muriate de peroxide de fer s’obtient en exposant la première dissolution à l’air, ou en y ajoutant de l’acide nitrique, ou en traitant l’oxide rouge par l’acide muriatique ; elle est d’un brun foncé et ne cristallise pas; elle tache la peau en jaune. Ce sel s’emploie comme le nitrate de fer, mais il n’agit pas aussi avantageusement.
Nitrate de fer. L’acide nitrique se combine avec le deutoxide et le tritoxide. Le nitrate de deutoxide est presque sans couleur et déliquescent, il s’obtient en traitant le fer par l’acide nitrique trèS’étendu d’eau, ou en traitant le deutoxide par de l’acide concentré (3). Le nitrate de peroxide est d’un brun jaunâtre, par l’évaporation il devient visqueux, et ne peut être obtenu en cristaux. Il se décompose à Pair et par la chaleur. On l’obtient : i° en abandonnant à l’air une dissolution de deuto-nitrate de fer, ou en la faisant bouillir pendant quelques instans : elle laisse déposer des flocons jaunes ; 20 en dissolvant de l’oxide noir de fer dans l’acide nitrique concentré ; 3° en
(1) Si on employait de l'acide pyroligneux renfermant encore beaucoup de goudron , ce corps se fixerait sur le fer et empêcherait la combinaison avec l’acide. On remédie à cet inconvénient en retirant le fer et le chauffant au rouge ; le goudron se brûle et le fer s’oxide. Un mélange de 5 parties de pyrolignate de fer et x partie de pyrolignate de cuivre , est préférable , suivant Kurrer, au pyrolignate de fer seul, dans la teinture en bleu par le prussiate de potasse , en violet et lilas , par les bois rouges et la garance , etc.
(2) D’après M. Trautven de Nuremberg , il faut prendre I partie de fer oxidé rouge et 4 parties d’acide muriatique à I, 18 de densité, faire chauffer au bain de sable jusqu’à réduction à i,5o : on laisse déposer et on filtre.
(3) La dissolution est verdâtre , parce qu’elle tient en dissolution du deutoxide d’azote; mais il se dégage à l’air.
dissolvant du safran de mars, ou l’oxide rouge provenant du sulfate de fer précipité par un alcali et exposé à l’air, par de l’acide nitrique à i,36odc densité.
On prépare ordinairement la dissolution de nitrate de fer en mêlant 8 livres acide nitrique avec 4 livres d’eau, et y ajoutant toutes les 4 heures 1/2 once de limaille de fer ou des battitures de fer (1), jusqu’à ce que l’acide soit saturé (12a 14 jours). Cette dissolution ne conserve plus l’odeur de l’acide, elle est d’une
couleur brune ; on la passe à travers une toile, et on la con-
serve dans des flacons bien bouchés dans un endroit obscur.
Le nitrate de fer se distingue des autres dissolutions de fer, parce qu’il devient aussitôt noir par une dissolution de noix de galie , et bleu par le prussiate de potasse. Il a une très-grande action sur les tissus. Les étoffes qui ont été traitées parce sel doivent être immédiatement rincées à l’eau pure, ou à l’eau alcaline. Ce sel a beaucoup moins d’inconvéniens pour les teintures en noir avec la décoction de galle.
Il est très-employé pour les impressions.
Sulfate de fer. Vitriol 7)ert ou couperose. Composition : 27, 1 o d’oxide de fer, 5i, 01 acide sulfurique, 4*786 eau. Ce sel est très-répandu dans le commerce; il est très-employé non-seulement en teinture, mais dans plusieurs autres arts. Il est cristallisé, d’une couleur verte. Il est soluble dans 2 parties d’eau froide et 3/4 d’eau bouillante. Chauffé, il perd son eau de cristallisation, se transforme en une poudre blanche formée de 4^,66 d’oxide de fer et 53,34 d’acide sulfurique. Chauffé davantage avec le contact de l’air, l’oxide attire l’oxigène de l’air , il se dégage de l’acide sulfurique, et l’on obtient une matière d’un rouge jaunâtre, composée de soussulfate de fer (2). Chauffé davantage encore, il se dégage de
(1) On emploie de 16 à 17 onces de fer.
(2) D’après Kurrer, dans les fabriques de toiles peintes on prépare le sulfate de fer calciné , en faisant chauffer le sulfate de fer dans une chaudière de fer jusqu’au rouge, pulvérisant le résidu , le mêlant avec l//fde sel marin , calculant de nouveau jusqu’à chaleur rouge.
l’oxigène , de l’acide sulfureux , et il reste du peroxide de fer
mêlé d’une certaine quantité d’acide sulfureux.
Si on laisse le sulfate de fer exposé à l’air, il se couvre d’une poudre jaune composée de sous-sulfate de peroxide.
La dissolution de sulfate de fer attire également l’oxigène de l’air, et se change entièrement en sulfate de peroxide de fer; la couleur devient jaunâtre, et il se forme un précipité de sous-sulfate. Le même phénomène se produit lorsqu’on ajoute de l’acide nitrique à une dissolution de sulfate de fer. Dans cet état, ces dissolutions ne peuvent pas être employées pour dissoudre l’indigo à froid, parce que, comme nous le verrons plus tard , l’indigo ne se dissout qu’autant qu’il est en contact avec des substances qui peuvent absorber une partie de son oxigène.
Le sulfate de fer que l’on trouve dans le commerce renferme souvent du cuivre, et quelquefois du sulfate de zinc et de l’alun. Dans la plupart des cas, la présence du cuivre n’est pas nuisible; elle est même avantageuse dans les teintures en noir, comme dans les teintures en bleu parle bois bleu, l’airelle, etc. On peut cependant dégager facilement le cuivre en mettant du fer dans la dissolution (1).
Les sulfates de fer du commerce les plus estimés sont ceux de Bodenmais (près Regensburg); on l’obtient avec des mines de fer magnétique. Il s’eflleurit facilement. D’après Schmitz, 100 parties renferment 28,0 acide sulfurique, 44? 5 eau, 26,0 deutoxide de fer, et ?,5 oxide de cuivre.
Le sulfate de Bircuther est vert bleuâtre, s’efïïeurit peu, et contient 1/8 de son poids de sulfate de cuivre.
Le sulfate de fer de Scliees i s cher est d’un bleu-vert clair; il est très-pur.
Vitriol de Saltzbourg. On le regarde comme formé de parties égales de sulfate de fer et de cuivre. Il s’obtient dans les forges de Brenthal et de Rettcnbach. Il est formé, d’après Smith, de sulfate de fer, de cuivre et de zinc. Celui de Brenthal est bleu-
(1) Le fer se substitue à la place du cuivre , ce dernier est précipité à l’état métallique , et peut être facilement recueilli.
de-ciel, celui de Rettenbach est verdâtre; tous deux se soutiennent passablement à Pair. Celui de Brenthal contient 3o, 3 acide sulfurique, 4^9 eau, 12, 9 oxide de zinc, 10, 7 oxide de cuivre, 6,2 oxide de fer. Celui de Rettenbach, 27,9 acide sulfurique, 42, [8 eau, 8,5 oxide de zinc, 10,6 oxide de cuivre, g, 9 oxide de fer. Ces différentes variétés sont vendues quatre fois plus cher que le sulfate ordinaire.
Vitriol dy A dmunter. Ce sel est ordinairement en pains, bleus en bas et verts au sommet. Il doit plutôt être considéré comme un sulfate de cuivre que comme un sulfate de fer, car il contient 2 parties du premier et seulement 1 du second
Vitriol de Goslar. Il renferme ordinairement une petite quantité de sulfate de zinc.
Vitriol de Saxe. Il contient peu de cuivre.
Vitriol anglais . Il ne renferme ni cuivre ni zinc.
Vitriol français . Il renferme quelquefois de petites quantités d’alun. Celui de Passeau est recherché en France parce qu’il renferme du cuivre.
Tartrate de ter. Ce sel est très-soluble; par la concentration il prend une consistance gélatineuse , et ne cristallise pas. Il est employé comme mordant pour quelques nuances, par exemple pour le brun de chocolat par la garance. On le prépare : i° en dissolvant du fer ou de l’oxide de fer dans de l’acide tartrique ; 20 en décomposant de l’acétate de fer par du tartrate neutre de potasse. Buckner a démontré qu’on pouvait le remplacer avantageusement parle tartrate de potasse et de fer.
Tartrate de potasse et de fer. C’est une combinaison de tartre et d’oxide de fer. On l’obtient en dissolvant 14 parties de sulfate de fer dans l’eau, précipitant le 1er parla potasse, lavant le précipité et le mêlant avec 1 5 parties de tartre pulvérisé, facilitant la combinaison par une chaleur convenable , mettant le mélange en boulettes et le faisant sécher, on obtient de 17 à 18 parties. La préparation ne doit pas se laiie dans un vase de fer, parce que le métal absorberait de 1 oxigène de l’oxide, et le sel serait moins soluble.
6o EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES.
SELS DE PLOMB. Acétate de plomb. On connaît plusieurs acétates de plomb; celui qui contient le plus d’oxide de plomb est formé de 89, 60 d’oxide de plomb , de 6, 80 d’acide , et de 5, 60 d’eau. Le second est formé de 78 d’oxide, de 17 d’acide et de 5 d’eau; il est plus soluble que le premier, et cristallise en lames blanches. L’acétate neutre est formé de 58, 95 oxide de plomb, 26, 84 acide, et i4>21 d’eau. Ce sel cristallise en prismes blancs transparens ; il est connu sous le nom de sucre de plomb , de sucre de saturne , de sel de saturne. Celui du commerce est souvent mêlé avec un ou plusieurs des sousacétates dont nous avons donné la composition.
SEL DE TARTRE. On désigne ainsi le sous-carbonate de potasse qu’on obtient en faisant détonner le tartre avec du salpêtre. Il est souvent préféré à la potasse ordinaire, à cause de sa pureté. On le prépare en mêlant parties égales de tartre et de nitre , et versant peu à peu le mélange dans un creuset chauffé au rouge. On verse la matière liquide sur un marbre, et on la conserve dans des flacons fermés.
SELS DE ZINC. Nitrate de zinc. On l’obtient en mettant le zinc peu à peu dans l’acide nitrique. D’après Dingler, il donne les mêmes couleurs que le sulfate, mais elles sont plus saturées. L’acétate de zinc agit mieux; le muriate de zinc tient le milieu entre le sulfate et le nitrate.
Sulfate de zinc. ( Vitriol blanc. ) Ce sel est composé de 28,07 oxide de zinc, 27,95 acide sulfurique, et 44?ooeau. (Dans l’état anhydre, 5o, 12 oxide zinc, 49? 88 acide sulfurique. )I1 est blanc, efilorescent soluble dans 2, 28 d’eau froide. On l’obtient pur en dissolvant du zinc dans de l’acide sulfurique. Il paraît fréquemment dans le commerce mêlé avec du sulfate de fer et du sous-sulfate de ce dernier; on reconnaît la présence du fer à sa couleur jaunâtre , ou mieux encore , parce que sa dissolution devient noire par la noix de galle, et bleue par le prussiate de potasse. On peut le purifier par le procédé suivant :
i° On dissout dans l’eau, on ajoute de la limaille de zinc.
et on laisse le mélange en contact jusqu’à ce que la noix de galle ne précipite plus en noir; on soutire.
On accélère cette purification par la chaleur : il faut dans tous les cas agiter souvent.
2° On verse dans la dissolution une dissolution de galle , tant qu’il se forme un précipité noir; on sépare le précipité par un filtre, et on concentre.
Le sulfate de zinc est peu employé en teinture. Dingler fit , en 1806 et 1807, des essais dans l’impression , et a obtenu plusieurs jolies nuances. On l’emploie plus fréquemment en l’ajoutant à d’autres mordans (particulièrement avec l’acétate d’alumine et l’acétate de cuivre pour le rouge de garance )„ Dans plusieurs cas il avive les couleurs.
SOUDE. Alcali qui peut toujours remplacer la potasse ( en teinture du moins^. On l’obtient ou par la calcination des plantes marines, ou par la décomposition du sulfate de potasse. La substance connue dans le commerce sous le nom de sel de soude est un sous-carbonate.
TEINTURE. On peut distinguer dans la teinture les opérations préparatoires et celles de la teinture proprement dite. Les opérations préliminaires sont le lavage, le blanchiment le mouillage, et le décousage quand ce sont des vêtemens, etc. Celles qui suivent la teinture sont, le rinçage, le lavage, l’exposition à l’air, le séchage, le lustrage, l’avivage, le pressage. Le travail principal est celui dans les bains de teinture , l’exposition à l’air pendant cette opération, etc. Le bain doit être fortement pallié avant l’immersion des étoffes, afin que la dissolution soit homogène, et pendant le travail pour que toutes les parties de la pièce prennent la même nuance.
Teinture a froid. Ce mode de teinture n’est employé que pour les matières colorantes qui ont une grande affinité, pour les étoffes et pour les couleurs qui peuvent être altérées par la chaleur; comme aussi quand le mordant qui est combiné avec l’étoffe peut être dissous par la chaleur.
Teinture a chaud. Comme la chaleur facilite toutes les combinaisons, on chauffe ordinairement les bains toutes les
fois que les couleurs doivent être fixées par des actions chimiques. La température est ordinairement élevée de manière que l’on puisse tenir la main dans le bain; et dans quelques teintures le bain est élevé jusqu’au bouillon naissant, parce qu’un plus fort bouillon ne donnerait pas davantage de chaleur, mais produirait une trop forte évaporation. Quand une température plus élevée est nécessaire pour la beauté ou la solidité des couleurs, on peut couvrir le bain de teinture par de la cire fondue, ou teindre dans des vases fermés. Les cas où une haute température doit être employée avec ménagement ou même pas du tout, sont les suivans :
i° Pour les couleurs tendres qui sont altérées par la chaleur (1) ;
2° Quand le mordant combiné avec l’étoffe se dissout facilement à chaud;
5° Quand on a employé une matière colorante dont l’affinité pour l’étoffe diminué avec la température (2), ou en a plus pour l’eau chaude que pour l’étoffe (3).
Teinture par pression. La pression rend les combinaisons plus promptes, plus faciles et plus parfaites ; par conséquent les matières colorantes sont mieux fixées sur les étoffes. En 1817, j’avais proposé la presse hydraudique ou la presse à vapeur pour la teinture. En petit, j’avais obtenu des résultats favorables : la couleur se fixe plus parfaitement, on obtient d’autres nuances, on peut employer des bains plus saturés, et on peut teindre les draps en pièces de manière à ce qu’il n’y ait pas de différence avec ceux qui sont teints en laine. Les moyens à employer sont les suivans :
i° En teignant dans des vases qui contiennent une grande hauteur de liquide, et passant l’étoffe au fond du vase, la pression est produite parle liquide lui-même;
20 En faisant passer l’étoffe ou les fils enduits de matière
(1) Par exemple, avec la garance on ne chauffe le bain qu’au point d’y tenir la main , parce que la matière colorante tourne au brun par la chaleur.
(2) Par exemple, quand l’acétate d’alumine est employé comme mordant.
(3) C’est le cas de quelques matières colorantes grasses.
colorante dans une cuve pleine de mercure; la pression, comme dans le premier cas, est proportionnelle à la hauteur du liquide : elle serait 14 fois plus grande, à même hauteur, que pour l’eau. Ce mode d’opération ne coûterait que l’achat du mercure.
3° En mettant l’étoffe ouïes fils dans le cylindre d’une presse ordinaire ou d’une presse hydraulique, et exerçant une pression plus ou moins forte (1). De cette manière on peut facilement teindre le bois, la corne, le papier, etc.
4° En mettant l’étoffe et la teinture dans la chaudière de la presse à vapeur de Rommershausen. Ce procédé n’est applicable qu’aux couleurs qui se fixent facilement à une température élevée.
5° En passant entre des rouleaux l’étoffe sortant du bain de teinture. Dans ce mode d’opération, la pression agit en même temps que le mouvement du liquide qu’elle produit, et qui rentre et sort de l’étoffe. Boullay - Marilac a employé cette méthode pour teindre du drap en pièce, et obtenir une teinte foncée dans la tranche.
6° En battant et pressant l’étoffe sortant de la cuve : on emploie souvent cette méthode, mais incomplètement.
Dans le 4e volume de mon Manuel , 1817, page 224? j’ai proposé un nouvel appareil pour teindre non - seulement le papier, les étoffes, mais encore des dessins appliqués. On met au bas du cylindre de la presse une couche de papier non collé, et dessus le papier sur lequel se trouve le dessin qu’on veut produire , imprimé avec du sulfate de fer épaissi, et audessus le papier et les étoffes engallées : par la pression le sulfate de fer traverse perpendiculairement toutes les feuilles, et forme des dessins noirs avec la noix de galle. De cette manière on peut obtenir dans quelques minutes des dessins sur 100 ou 1000 feuilles de papier.
A Glascow (1822) on a employé un appareil remarquable pour produire des dessins blancs sur des fonds rouges, au moyen de la pression de l’atmosphère. La manière d’opérer était la suivante. Après avoir teint une pièce de 12 mouchoirs de coton
(1) Yoyez pour sa description, mon Manuel du fabricant , vol. l\. page 225. ,
d’une manière uniforme, on la partage en deux, dont chaque partie en contient 6; on la plie de la grandeur d’un mouchoir, on la pose sur une plaque de dimension suffisante, creusée suivant les contours des dessins qu’on veut produire; pardessus on met une plaque semblable en plomb , garnie inférieurement d’un dessin semblable à celui de la plaque inférieure , mais symétrique, de manière que tous les points des dessins se correspondent ; le tout est mis sur le plateau d’une forte presse hydraulique , et fortement comprimé. Les deux plaques sont percées de trous circulaires , dont celui de la plaque inférieure communique avec une machine pneumatique, et celui du haut avec un vase renfermant du chlore. L’appareil est garni de robinets placés convenablement pour arrêter ou établir la communication entre le haut et le bas de l’appareil. Quand tout est disposé de cette manière, les parties des mouchoirs qui sont en regard des dessins ne sont pas comprimées ou le sont peu, tandis que les autres le sont fortement. On ouvre alors le robinet inférieur, et à l’aide de la machine pneumatique on fait le vide. Alors en ouvrant le robinet supérieur, la dissolution de chlore s’introduit dans les parties non comprimées, et y détruit la matière colorante. Quand tout le chlore renfermé dans le vase supérieur a passé, on le remplace par de l’eau pure que l’on fait traverser de la même manière, elle enlève le chlore en excès; après on fait passer de Peau renfermant 1/40 d’acide sulfurique, pour enlever les taches jaunâtres qui se trouvent sur les dessins, et après on fait passer beaucoup d’eau; enfin on ouvre la presse, et on lave. Les dessins sont d’un blanc éblouissant.
Teinture de la laine et des draps. Les draps teints en laine, c’est-à-dire dont la laine a été teinte avant le tissage, ont un grand avantage sur ceux qui sont teints en pièces, parce que la couleur se fixe mieux sur la laine non tissée, et pénètre mieux toutes les fibres; tandis que quand les draps sont teints en pièces les parties centrales ont une nuance plus faible , et la teinture est moins solide : aussi ces derniers deviennent pâles, et leurs tranches présentent des
nuances. Mais la teinture des draps en laine est plus chère, parce qu une partie de la laine teinte est perdue dans la tonte et dans les déchets, et qu'il se fixe davantage de couleur; d’ailleurs on ne peut pas toujours teindre les laines d’avance: parce que souvent les couleurs seraient altérées par les manipulations qu’elles doivent subir. Il y a aussi des couleurs qui rendent la laine dure et ne la laissent pas facilement filer.
Teinture des bois. Le bois se teint ordinairement en le trempant dans la teinture ; plus rarement on étend la matière colorante sur le bois. Les bois très-poreux et à fibres tendres se teignent facilement ; ceux qui sont serrés, durs, ou qui contiennent beaucoup de matières résineuses, se teignent difficilement. Les bois qui renferment du tannin changent plusieurs couleurs ; alors il est nécessaire de les faire bouillir dans de l’eau, ou de les soumettre à l’action de la vapeur : on obtient ainsi des couleurs plus vives et plus nettes. Cette opération est d’ailleurs toujours utile, parce qu’elle ouvre les pores, et que la teinture pénètre plus facilement. En faisant bouillir les bois résineux avec des alcalis, on les rend plus propres à recevoir la teinture; on peut également les faire bouillir avecPalcool et de l’essence de térébenthine. Pour faciliter la pénétration, on emploie des bains de teinture chauds et bouiîlans. Si on frotte du bois avec de l’acide nitrique et qu’on le fasse chauffer, il devient jaune ; si on frotte le bois de chêne avec de l’acide nitrique ou du salpêtre, et plus tard avec de l’huile ou de la cire , il devient brun; avec de l’acide sulfurique, il devient noir ; si on y passe plusieurs fois du lait de chaux que l’on laisse sécher sur lui, il prend la teinte du bois d’acajou foncé. Dans tous les cas, la couleur est produite dans le bois même. Pour donner du lustre au bois teint, on le frotte avec un corps gras résineux ou savonneux.
Teinture du chanvre. Le chanvre se comporte avec les matières colorantes comme le lin. A cause de son peu de valeur on teint ordinairement en fils.
Teinture des cuirs. La teinture des cuirs s’exécute ordinairement en les plongeant dans des bains colores ; il faut Tom. I. 5
observer que les couleurs résineuses se fixent mieux que les extractives. Les cuirs qui sont tannés se teignent souvent avec des dissolutions métalliques , parce que le tannin a la propriété de donner avec les métaux des précipités colorés. Par exemple, tous les cuirs se teignent en noir par des dissolutions de fer; en ajoutant du sucre, de la gomme, etc., on donne souvent à la couleur plus d’éclat et plus de solidité.
Teinture des fils de lin. Les fils de lin se comportent ordinairement comme ceux de coton , mais ils prennent les couleurs plus difficilement, et exigent des mordans et des bains plus saturés. Cette différence paraît provenir de ce que les fibres renferment plus de matières glutineuses et de chaux.
Teinture du papier. Le papier se teint par immersion ou par application ; la teinture reçoit ordinairement de la colle ou de la gomme. Pour les couleurs délicates , le papier exige une préparation qui a pour objet d’enlever les matières terreuses et les oxides métalliques qu’il contient (i). Cette opération consiste à plonger le papier dans de l’eau contenant un peu d’acide muriatique, à laver et sécher.
Teinture des pierres. Les pierres se teignent facilement avec les matières colorantes errasses ou résineuses* ou celles qui ont été dissoutes par les huiles, la cire, la térébenthine, la colle , le soufre ; on Ses applique à chaud sur la pierre froide ou chauffée d’avance. Les couleurs en dissolution dans l’huile affaiblissent l’éclat des pierres, et ne pénètrent pas dans ]es parties humides. On emploie la gomme-gutte en dissolution dans l’eau, le sang-dragon, la cire verte ou d’une autre teinte, le soufre fondu, etc. Le sang-dragon et les autres couleurs résineuses doivent être dissoutes dans l’alcool. On emploie aussi comme dissolvant la lessive ou l’ammoniaque. L’orseille, le tournesol, la cochenille doivent être employés en dissolution dans l’essence de térébenthine. Les dissolutions de sulfate de fer teignent les pierres en jaune, le nitrate d’argent en rouge pourpre, le sulfate de cuivre en vert.
(i) Les rouges faibles deviennent cramoisis par la cliaux que contient le papier.
Teinture de poils ( cheveux, pelleteries ). Les cheveux sont composes d’albumine coagulée, d’un peu de soufre, de divers sels, et de matières grasses; ils prennent facilement les matières colorantes grasses ou résineuses. Il faut toujours les dégraisser avec de l’eau de chaux ou d’autres alcalis. Les cheveux deviennent noirs par l’oxide de plomb et le nitrate d’argent.
TORBAGE. On appelle ainsi l’opération qui a pour objet de comprimer en les tordant les étoffes et les écheveaux, pour en faire sortir l’eau qu’ils contiennent.
Comme cette opération est très-pénible , on emploie souvent dans les grands établissemens un baquet de 4 1 /a à 5 pieds de hauteur sur 21/4 ou 2 1/2 de diamètre; 2 montans placés à l’extrémité d’un même diamètre dépassent les bords supérieurs de la cuve de 12 à i5 pouces; l’un porte un crochet fixe, l’autre un crochet fixé à l’extrémité de l’axe d’une manivelle. La pièce que l’on veut tordre est pliée entre les deux crochets, de manière que les deux extrémités rentrent dans le milieu ; alors 011 tourne la manivelle jusqu’à ce que la pression ait été assezforte.
TRANCHE. Quand on coupe une étoffe teinte après sa confection, la tranche de l’étoffe ne présente pas une nuance uniforme; elle va en s’éclaircissant de la surface au centre. 11 n’en est pas ainsi quand les matières ont été teintes en laine. Récemment on a employé la pression pour donner à la tranche des étoffes teintes en pièces la même apparence que celle des étoffes teintes en laine.
TRAVAIL DES ÉTOFFES B AN S LE BAIN. Si on abandonnait les fils et les étoffes dans les bains de teinture sans les agiter, il faudrait beaucoup de temps pour qu’ils se chargeassent de matière colorante, et souvent on obtiendrait des nuances différentes. Pour prévenir ces inconvéniens, accélérer la teinture et rendre la nuance uniforme , on agite les étohes dans la cuve. Lorsqu’on opère sur de petits objets, on agite et on pétrit avec la main les matières à teindre; mais en grand cette méthode serait fatigante , incommode et trop laborieuse : d’ailleurs elle ne serait pas' praticable pour les bains qui doivent
être maintenus à la température de l’eau bouillante, ou à une température plus élevée. En grand, les fds et les étoffes sont placés sur deux tours , dont l’un est dans la cuve et l’autre audessus de la chaudière, et par un mouvement de manivelle on fait passer et repasser continuellement les étoffes dans la cuve. Si les étoffes ne doivent pas être exposées à l’air, les deux tours peuvent être placés au-dessous du niveau du liquide dans la cuve, de manière que le double mouvement n’en fasse pas sortir les objets (i). On peut aussi employer des systèmes de rouleaux au moyen desquels les étoffes sont pressées.
TREMPAGE. C ’est ainsi qu’on désigne l’opération d’immerger une substance quelconque dans un liquide pour qu’elle en absorbe une partie, ou se combine avec les matières qu’il contient : l’on trempe aussi une étoffe ou toute autre substance pour enlever les matières solubles qu’elle renferme, ou enfin pour la ramollir, afin que les matières que l’on veut en extraire en sortent plus facilement. Cette opération est surtout nécessaire pour extraire les principes colorans des matières végétales et animales qui se sont desséchées en vieillissant.
Lorsque les matières sont de nature à fermenter ou à s’altérer par l’oxigène de l’air, l’opération du trempage doit être de courte durée. Ordinairement on trempe dans l’eau froide, très-rarement dans l’eau chaude. On emploie principalement le trempage pour la noix de galle, l’indigo, les bois de teinture, l’écorce de chêne, etc.
URINE. Dans l’état frais, l’urine humaine est composée de 93, 5o d’eau; 3, 010 d’urée; 1,714 mucus, osmazome, acide lactique; o,o32 lactate d’ammoniaque; o, roo acide urique; o, i65 phosphate d’ammoniaque ; 0, i5o sel ammoniac ; 0,371 sulfure dépotasse; 0, 3 16 sulfure de soude; o, 445 sel marin; 0,294 phosphate de soude; 0,100 phosphate de chaux, avec quelques atomes de phosphate de magnésie et un atome de fluate de chaux; et de 0, oo5 de silice. Ces proportions
(1) Gratis. de Hulme a donné, il y a quelques années, la description d’un appareil de cette nature dans les /hinales des arts , tom. YI1I ; mais il ne paraît pas avoir été beauconp employé.
doivent cependant varier suivant l’âge, les maladies, la nourriture des individus. Cependant l’urine récente peut être considérée comme un acide faible. A Pair elle se décompose facilement, et acquiert des propriétés ammoniacales. Dans cet état elle est souvent employée en teinture pour faire virer les couleurs.
On abandonne ordinairement l’urine jusqu’à ce qu’elle dégage de l’ammoniaque, et on accélère quelquefois le dégagement de cet alcali par une addition de chaux. Par la distillation elle donne une matière connue sous le nom d’esprit d’urine, et qui contient principalement de l’acide carbonique et de l’acétate d’ammoniaque.
SOIE. La soie consiste en fils fins produits par une chenille dans la construction de son cocon. Ce fil quelquefois blanc, mais ordinairement d’une teinte jaunâtre, est recouvert de a5 jusqu’à 24 centièmes de son poids de matière colorante jaune, de 1, 55 jusqu’à 1,60 d’une matière résineuse, de 1 jusqu’à 2 centièmes d’une matière analogue à la cire. La gomme est soluble dans l’eau , et la matière colorante dans l’alcool. On dégage la soie de ces substances étrangères en la faisant bouillir avec du savon : cette opération porte le nom de décreusage ; dans cette opération , la soie perd de 20 à 25 pour 100 (1). La soie se comporte dans la teinture intermédiairement à la laine, au coton et au lin. Elle prend généralement les matières colorantes végétales et animales mieux que le lin, mais moins bien que la laine; elle prend les couleurs métalliques moins bien que le coton et le lin. Comme sa texture est moins serrée que celle de la laine, elle se laisse plus facilement pénétrer par les matières colorantes, qui ne se fixent réellement qu’à la surface de la laine ; aussi pour donner la même teinte cramoisi à la laine et à la soie , il faut deux fois plus de cette matière colorante pour la dernière que pour la première.
(1) Pour 100 livres de soie on prend de 20 à 5o livres de savon, suivant la teinte que 1 on veut donner à la soie : on en prend moins pour les couleurs foncées • pour le janne et le bleu on en prend plus , et plus encore pour le rouge.
7o EXPLICATIONS PRÉLIMINAIRES.
Les mordans que l’on emploie le plus souvent pour la soie sont l’alun, la noix de galle et le se! d’étain.