COURT EXPOSÉ DE L’ART DE LA TEINTURE
Lorsque les couleurs sont seulement superposées sur les corps, et qu’elles y sont maintenues par leur propre adhérence, on dit que les corps sont peints.
Lorsque les couleurs pénètrent les corps et recouvrent nonseulement leur surface extérieure, mais encore les fibres qui les composent, on dit qu’ils sont teints. On désigne cependant principalement sous le nom de teints les corps qui ont été pénétrés par une couleur qui ne s’en va point par de simples lavages.
Teindre, c’est donc appliquer sur un corps quelconque une matière colorante qui le pénètre. La matière colorante pourrait être appliquée sèche par le frottement , mais en général elle se dégagerait par la môme opération : elle pourrait être appliquée en la délayant dans l’eau; alors si elle n’est pas retenue par une action chimique des corps, elle s’en va par le lavage; dans le cas contraire elle résiste à cette opération. C’est principalement dans ce dernier mode d’application des couleurs, qui ont une affinité pour les corps , que consiste réellement Fart de la teinture.
Les couleurs appliquées par la teinture et qui sont maintenues par des actions chimiques, résistent en général à Faction de l’eau, mais ne résistent pas à Faction de la lumière, de l’air, des alcalis, du savon et des acides.
On peut diviser la teinture suivant la nature des objets sur lesquels la couleur doit être appliquée : la teinture du papier, des cuirs, des étoffes, des liquides, etc. On peut également établir une différence entre la teinture des matières en masse, en fils et en tissus. On peut aussi différencier les teintures par leur résistance plus ou moins grande à l’air, à la lumière, à l’eau, aux alcalis, au savon, aux acides. On connaît quatre moyens de teinture.
Teinture de Immge. Elle s’obtient en immergeant le corps dans une décoction de couleur ; les couleurs ainsi appliquées ne résistent pas à l’eau. On n’emploie ce procédé que pour les rubans, les gazes et les étoffes de soie, le papier, les cuirs, les pierres, et tous les corps qui ne doivent pas être lavés.
Teinture par mélange. On teint ainsi les corps liquides avec d’autres qui tiennent les matières colorantes en dissolution.
Teinture par des ckangemens chimiques. Par ce procédé 011 teint les corps solides et les corps liquides. C’est ainsi, par exemple, que l’acide nitrique teint la soie en jaune, que l’acide sulfurique teint en noir les bois en les charbonnant. Ces changemens chimiques sont plus souvent employés pour modifier les nuances des couleurs déjà appliquées que pour les produire, et ne peuvent être considérées que comme un travail, secondaire.
Teinture par des combinaisons chimiques . On désigne ainsi les teintures dans lesquelles la matière colorante est retenue sur le corps par une action chimique. On teint ainsi presque
tous les corps, mais principalement la laine, les fils et les étoffes tissées. Cette méthode est la plus usitée et la plus difficile.
îl est absolument indispensable pour qu’il y ait combinaison chimique, que la matière colorante ou le corps à teindre soit liquide, ou du moins qu’un corps liquide serve d’intermédiaire. Ainsi pour tous les corps solides il faut nécessairement que la matière colorante soit liquide ou en dissolution : on désigne ces dissolutions sous le nom de bain de teinture. Les moyens de préparer ces bains, d’extraire les couleurs, de tes dissoudre, de les dégager des matières étrangères, de les obtenir bonnes et de les améliorer, forment une partie importante de l’art de la teinture. Ordinairement on ne teint qu a\ee les dissolutions de teinture; mais quand la couleur est peu soluble, on laisse les matières colorantes dans le bain pendant la teinture, pour que la liqueur en dissolve de nouveau a mesure qu’elle en eède à l’étoffe.
Tous les corps polorans n’ont pas de l’affinité pour les étoffes , ceux qui ne jouissent pas de cette propriété ne peuvent pas
être fixés directement sur les étoffes : alors on emploie pour cela des corps intermédiaires qui ont en même temps de l’affinité pour l’un et pour l’autre, et que l’on désigne sous le nom de mordans. Les mordans sont cependant quelquefois employés dans l’application des couleurs qui ont elles-mêmes de l’affinité pour les étoffes, parce qu’ils les fixent davantage, ou en foncent la nuance. Les mordans sont appliqués d’avance sur les étoffes, ou avec la matière colorante, ou après l’application de cette dernière. Mais dans ce dernier cas ils agissent principalement comme moyen changeant, par conséquent comme une matière qui, par des actions chimiques, donne une autre nuance à la couleur.
La teinture est accélérée par la chaleur, par l’agitation et par la pression ; car ces différentes circonstances favorisent en général toutes les actions chimiques.
Travaux accessoires. Le battage et le lavage sont des opérations indispensables, soit pour faciliter la pénétration de la teinture, soit pour enleverîes parties des matières colorantes qui ne sont pas combinées : l’aérage est souvent utile. On passe fréquemment les étoffes teintes dans différons liquides pour aviver ou changer la couleur. Le séchage se fait à l’ombre, au soleil, ou à la chaleur naturelle ou artificielle , suivant les circonstances; enfin on passe les étoffés à la presse, à la calandre ou au lustre.
Impressions. En teinture on donne aux étoffes une couleur uniforme; dans les impressions on a pour objet de colorer l’étoffe de manière à y figurer des dessins ; c’est une véritable peinture mécanique.
Jusqu’ici on a employé trois procédés dans les teintures par impression : iü en appliquant immédiatement la couleur sur les endroits qui doivent être teints; 2° tn teignant l’étoffe comme à l’ordinaire, après avoir couvert les parties de l’étoffe qui ne doivent pas être teintes9, avec des matières qui empêchent leur contact avec les matières colorantes, et que l’on enlève après la teinture : alors les parties qui ont été couvertes restent dans leur état primitif, ou reçoivent ensuite une cou-
leur particulière ; 3° en teignant avec des matières colorantes qui ne se fixent qu’à l’aide d’un mordant, et imprimant d’avance le mordant sur les parties de l’étoffe qui doivent recevoir la couleur; 4° enfin en appliquant le mordant sur toute l’étoffe, et l’enlevant dans les places qui ne doivent pas être teintes. Ce moyen est aussi employé pour les matières colorantes qui se fixent sans mordant, mais qui ne sont pas solides, parce qu’on peut les détruire aux endroits où l’on n’a pas appliqué de mordant, par l’exposition des étoffes à l’air, à la lumière, par les bains de savon, d’acide, etc.
Les couleurs que l’on imprime doivent d’abord être en dissolutions concentrées, et épaissies avec de la'gomme, de l’amidon, etc. , afin qu’elles ne bavent pas : rarement la chaleur est employée.
Pour produire des changemens chimiques et des enlevages , les matières s’appliquent de la même manière.