MATIÈRES COLORANTES VÉGÉTALES
observations préliminaires.
Toutes les plantes , à leur naissance, sont sans couleur, transparentes ou blanches.
Par l’influence de la lumière elles deviennent d’abord jaunâtres , après vertes , et prennent toutes les nuances depuis le vert jaunâtre clair jusqu’au vert-bleu foncé. Par Faction de Foxigène de Pair, les tiges vieilles deviennent gris clair ou brun-noir,* les fleurs et les fruits présentent toutes les variétés de couleurs connues.
Ainsi , la couleur du germe est le blanc, celle des tiges vieilles, le gris ou le noir, et les autres nuances se rencontrent seulement dans les fleurs et les fruits.
Cette loi n’éprouve que peu d’exceptions. Les feuilles et les tiges de quelques plantes sont dun rouge verdâtre, rouge-brun ou rouge ; par exemple , celles de l’oseille , de Pamaranthe à queue : dans celles - là un acide est toujours dominant; d’autres sont bleues ou vert-bleu, comme celles des choux rouges; d’autres sont blanches, comme celles du peuplier blanc.
Toutes ces couleurs, qui se produisent dans les plantes vivantes par l’action de la lumière, se détruisent par la même cause dans les plantes mortes.
Toutes les parties vertes des plantes deviennent, après qu’elles ont cessé de végéter, jaunes, brun jaunâtre, brun ou gris-noir; mais quelques-unes aussi passent au rouge et Tom. t.
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au rouge-brun. Le changement en brun repose, d’après mes recherches , sur l’absorption de l’oxigène , et le brun est d’autant plus foncé que la partie de la plante a plus de penchant à se décomposer. Le changement en gris-noir résulte de la décomposition de certaines parties plus faciles à décomposer que les autres , et qui ont donné naissance à des gaz et à un dépôt de charbon. Le rouge est le résultat de la production d’un acide; il passe plus tard au rouge-brun et au brun.
Les autres parties colorées des plantes deviennent également par la suite d’un brun-noir; mais prennent avant d’autres nuances qui dépendent de celles qu’elles avaient d’abord.
Quand, par la décomposition des parties, les substances gazeuses qui peuvent se former se sont dégagées (i), il
(i) La formation et le dégagement des gaz qui donnent lieu à un depot de charbon, peuvent avoir lieu de quatre manières, et produire différentes couleurs. On obtient des résidus charbonneux, i° en chauffant les plantes ou les matières végétales dans des espaces clos 5 certaines matières se volatilisent sans se de'composer , d’autres éprouvant une certaine altération , et les autres en formant un dépôt de charbon ; 20 par une combustion incomplète , les matières qui se seraient dégagées en vase clos sont brûlées ainsi qu’une partie plus ou moins considérable du charbon • 3° par la fermentation dans des circonstances qui ne permettent pas la transformation de toutes les substances en gaz (de cette manière se font la tourbe, le terreau, etc.); 4° en mettant les corps en contact avec certains corps qui attirent avec une grande force l’oxigène ou l’hydrogène des plantes, ou tous les deux, à l’état d’eau : c’est ainsi que l’acide sulfurique charbonne le bois et toutes les parties des plantes.
Le premier procédé s’emploie pour préparer le charbon , le deuxième pour obtenir le noir de fumée; le troisième produit dans la nature différentes terres employées en peinture sous les noms de terre d’ombre , et le dernier pour colorer les bois, la corne. La suie de bois contient une matière colorante brune qui a été employée récemment pour teindrela laine en brun. Elle se fixe sans mordant , et donne une odeur désagréable , mais elle préserve la laine des vers. Le procédé ordinaire consiste à
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reste un résidu brun ou noir, qui est principalement formé de carbone et des parties minérales qui étaient renfermées dans les plantes. Cette altération se manifeste sur toutes les parties des plantes qui se décomposent dans l’intérieur de la terre, sans le contact de l’air; c’est ainsi que se forment le terreau , les tourbes.
Couleurs et variations des teintes des parties des plantes .
La racine est ordinairement blanche ou noire , quelquefois brune, rarement jaune ou rouge, et jamais verte. La couleur noire provient souvent d’une altération de la surface.
Les tiges et les feuilles sont ordinairement vertes , et rarement rouges, quelquefois tâchées de blanc et de noir; plus rarement elles sont jaunes.
L’écorce des plantes vivaces, et particulièrement des arbres, est ordinairement brune; mais le bois est blanc ou d’un jaune-blanc, plus rarement il est brunâtre , rougejaune, jaune, rouge, noir ou bleu; et toujours ces couleurs n’arrivent qu’avec l’âge , par l’accumulation des parties colorantes, qui probablement se préparent dans les feuilles. Tous les bois de teinture n’obtiennent alors du prix qu’à un certain âge.
Les corolles des fleurs sont de toutes les nuances , mais rarement vertes , et plus rarement encore noires.
faire bouillir Pe'tofFe plus ou moins long-temps , suivant la nuance que Pon veut obtenir, avec de Peau et de la suie 5 un procédé' pre'fe'rable , consiste à préparer une décoction de suie par une ébullition de 2 heures, à passer et à teindre dans ce bain. La matière colorante brune de la suie est employe'e sous le nom de bistre pour la peinture en de'trempe. Dans la peinture à l’huile on emploie l’asphalte , qui donne une belle couleur brune. Voyez le second volume pour la préparation de ces couleurs.
Les calices sont ordinairement verts, rarement d’une autre couleur , et jamais noirs.
Les étamines sont ordinairement transparentes ou blanches , rarement d’une autre couleur.
Les fruits juteux sont de toutes couleurs.
La semence est ordinairement noire ou brune , quelquefois d’une autre nuance.
Le jus des plantes est ordinairement sans couleur ou jaunâtre : il est blanc de lait dans les Euphorbia , Papavei Leontodon , Ficus; jaune dans le Chelidonium ; rouge dans le Rumex sanguineus , le Dracœna draco , le Ptereocarpus samlalinus , le Calamus draco ; bleu dans la racine de Pinpinella draco . Dans beaucoup d’arbres elle devient brunâtre : elle devient noire dans la noix d’acajou , le vernis de l’arbre de catappa , etc.
Les couleurs des fleurs éprouvent beaucoup de changemens par la culture. Les tulipes et l’œillet en offrent des exemples remarquables. On observe aussi dans les fleurs quelques changemens de couleurs que nous allons rapporter.
Le rouge se change en blanc dans les fleurs des Erica , Scrpyllum , Betonica , Dianthus , Agrostemma, Trifolium , Orchis , Digitalisa Carduus , Serratula , Papaver , Fumaria , Géranium y etc. Le fruit du groseillier est souvent de couleur blanche.
Le bleu se change en blanc dans les Campanula , Pulmonaria , Anémone , Aquilegia , Viola , Vicia , Galega , Polygala , Symphytum , B or a go , Hyssopus , Draco- Cœphalum , Scabiosa , Jasione , Cichorrium , etc.
Le jaune se change en blanc dans les Melilotus , Agrimonia , Verbascum , Alcea , Centaurea , Chrsyanthemum , etc.
Le bleu se change en rouge dans Aquilegia , Polygala , Anémone y Centaurea y Pulmonaria , etc.
Le rouge en jaunedans les Mirabilis, Tulipa , Anthyllis , etc.
Le bleu se change en jaune dans les Commelina, Crocus, etc.
Le rouge se change en bleu dans Y Anagallis , etc.
Leblanc en rouge dans les Oxalis , Datura , Pisum , Bellis.
Les. fruits noirs se changent souvent en blanc dans les Rubus , Myrtillus . Sambucus ; en jaune dans les Solanum; le vert en rouge dans le Ribes grossularia ; le noir en vert dans le Sambucus , etc.
Les semences changent aussi souvent de couleur, principalement celles des légumineuses. La graine de pavot passe du blanc au noir.
O11 observe des taches sur les feuilles de plusieurs plantes : elles sont noires sur \esArum, Polygonum , Orckis, HLoracium , Hypochaeris ; blanches sur les Pulmonaria , Cyclamen ; rouge sur les Lactucay Rumex , Belaf Amaranthus ; jaune sur les Amaranthus , etc.
Recherches sur les couleurs des fleurs; par M. Schubler.
( Joiirn.für Chem . und Physik ; 1826, n° 3 , p. 285 ).
Il existe beaucoup d’observations isolées sur les changemens des couleurs dans les fleurs , mais ce sujet n’a pas encore été considéré d’une manière générale. M. Schubler vient de rechercher quelle est la loi qui préside à la transformation de ces couleurs les unes dans les autres, soit que cette transformation soit opérée par la nature elle-même, ou qu’elle soit produite par les réactifs chimiques.
Le principe colorant des fleurs se dissout presque toujours imparfaitement dans l’eau; il se dissout bien dans l’alcool , qui modille quelquefois la couleur de la corolle. Les acides et les alcalis forts le détruisent, et lorsqu’ils sont faibles et étendus , ils lui communiquent différens changemens de couleurs; l’acétate de plomb et le sulfate de fer donnent lieu aux colorations les plus variées. Les fleurs
i5o OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES,
rouges fournissent une teinture plus ou moins rouge , qui prend en général une couleur plus intense par l’addition d’un acide; les alcalis la font passer le plus souvent au vert, qui peut varier du jaune au bleu. Les fleurs violettes fournissent une teinture d’un violet pâle, qui rougit davantage par les acides, et qui passe au vert ou au vert bleuâtre par les alcalis. Les fleurs bleues (leurs teintures) rougissent toutes avec les acides , et verdissent toutes par les alcalis , même après avoir été rougies par les acides , qui ne les ramènent plus au bleu; cependant en y procédant avec précaution et en employant un alcali faible , on peut remarquer le passage par le violet et le bleu jusqu’au vert. A cette occasion Fauteur fait observer que les couleurs végétales , traitées par les moyens chimiques , éprouvent des nuances successives comme les couleurs du spectre solaire , mais dans un ordre différent , savoir : orangé , rouge , violet , bleu, bleu verdâtre, vert, vert jaunâtre , jaune. Les trois premières sont produites par les acides , les autres par les alcalis. Les fleurs jaunes donnent une teinture d’un jaune clair; celle-ci est peu influencée par les acides, si ce n’est qu’ils la rendent souvent plus pâle; les alcalis la foncent davantage , ou la font passer au brun. Aucun réactif ne produit de nuance bleue; aussi la culture ne parvient-elle jamais à faire bleuir une fleur qui est naturellement d’un jaune pur. Les fleurs orangées prennent une teinte plus vive ou tirant au rouge par le moyen des acides; les alcalis leur donnent une nuance verte , brune verdâtre , ou brune rougeâtre (capucines). Les fleurs brunes, qui sont rares dans la nature, se comportent à peu près, à l’égard des réactifs, comme les fleurs rouges. Les fleurs vertes , qui ne sont jamais d’un vert aussi franc que les feuilles , se rapprochent beaucoup des fleurs jaunes, eu égard aux réactifs. Le principe colorant vert des feuilles est insoluble dans l’eau et
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soluble dans l’alcool; la solution alcoolique qui est d’un vert clair est insensible à l’action des acides et des alcalis. Les fleurs blanches tiennent ordinairement un peu du jaune; elles se distinguent en deux séries, i° celles qui se comportent à la manière des fleurs légèrement jaunes, et 2° celles qui manifestent des propriétés analogues à celles des fleurs bleues , violettes et rouges. Les premières ne sont pas altérées par les acides , mais bien par les alcalis qui les rendent plus jaunes ou jaunes brunâtres; les autres sont légèrement rougies par les acides, ou du moins veidi^s pai les alcalis. Il n’existe peut-être pas de fleurs franchement noires dans la nature ; des taches florales , noires en apparence, donnent une teinture jaune qui se comporte avec les réactifs comme les teintures des fleurs naturellement
jaunes.
Les couleurs des fleurs peuvent être rangées en deux séries, i° celles qui présentent les phénomènes de la nuance bleue; 2° celles qui présentent les phénomènes de la nuance jaune. Les premières sont plus sensibles à l’action des acides , les autres plus à celle des alcalis. Celles-ci acquièrent un jaune vif ou passent au rouge-brun par l’eftet des' alcalis ; celles-là rougissent par les acides. Les fleurs auxquelles la culture fait acquérir diverses nuances , montrent dans celte variation un certain ordre ; ainsi les fleurs naturellement jaunes passent successivement à l’orangé, au rouge et même au violet, sans jamais atteindre parfaitement au bleu ; et , au contraire , les fleurs naturellement bleues peuvent passer au violet , au rouge , enfin à l’orangé , mais jamais au jaune pur : en sorte que le jaune et le bleu constituent deux extrêmes , qui ne sauraient jamais être
retrouvés dans une même espèce.
L’auteur considérant i° que les genres Se dam , Semper vivam , Crassula, Oxalis, etc. , qui contiennent des acides
*5a OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES,
libres , ont ( outre les Heurs blanches ) ordinairement des fleurs jaunes ou rouges; 2° que toutes les fleurs bleues passent subitement au rouge par 1 influence des acides; 5° que les fleurs rouges de X Hortensia speciosa peuvent être rendues bleues , si on mêle au terrain une certaine quantité de charbon , propre a attirer 1 oxigène et à réduire la plante à un état de désoxidation , et qu’une goutte d’acide faible suffit pour rendre à ces fleurs leur couleur rouge naturelle, ce qui n’aurait pas lieu si du carbone absorbé'était la cause de la couleur bleue; 1 auteur, dis-je, prenant toutes ces circonstances en considération , appelle oxidées ou positives les couleurs jaunes-rouges, et désoxidées ou négatives les couleurs bleues-rouges; le vert qu’il nomme couleur neutre, leur est intermédiaire. De là résulte l’ordre suivant : couleurs oxidées ou positives des fleurs * rouge, rouge orangé, orange, jaune orange, jaune, jaune verdâtre; couleur clés feuilles , vert; couleurs désoxidées ou négatives des fleurs , bleu verdâtre , bleu , bleu violet , violet , rouge violet , rouge.
Les extrêmes des deux séries présentent la nuance rouge, ce qui explique la fréquence de cette couleur dans le règne végétal, et la facilite qu ont les jardiniers pour produire les variétés rouges. La couleur verte, primitive, fondamentale, passe tantôt, sous l’influence d’un excès d’oxigène, à la nuance jaune, et tantôt, par défaut d’oxigène, à la nuance bleue. Les fleurs a couleurs oxidees sont proportionnellement plus nombreuses dans le Nord , et les Heurs désoxidees se rencontrent plus fréquemment dans les pays méridionaux.
Les couleurs jaune et bleue peuvent se développer sur une même fleur, mais c est toujours avec un certain ordre , et les deux nuances restent toujours bien tranchées , comme dans le Convolvulus tricolor. Quand elles se rencontrent
OBSERVATIONS PRELIMINAIRES. i53
sur différentes espèces du même genre, ces couleurs sont tellement constantes , qu’elles peuvent servir de caractères distinctifs, comme dans les genres Iris, Aconit um , L up inus , Linnum , Enliana , Scabiosa.
Les couleurs végétales , soumises à l’influence des rayons solaires, deviennent ordinairement plus pâles. Si l’on étend sur du papier des teintures de différentes fleurs et des feuilles vertes, et qu’on les expose ainsi à la lumière, on voit que celle-ci agit en sens inverse des réactifs chimiques , c’est-àdire que les papiers verts pâlissent les premiers , puis les papiers des autres couleurs; les plus sensibles aux réactifs pâlissent les derniers. — Les différentes couleurs des feuilles et des racines se comportent comme les couleurs analogues des fleurs.
Nature de la matière colorante des plantes.
Relativement à leurs propriétés chimiques , les matières colorantes peuvent se diviser en résineuses et extractives. Les premières sont solubles dans l’alcool , et les autres dans l’eau. Cependant cette distinction n’est pas très-bien caractérisée. Les matières colorantes résineuses se fixent plus facilement sur laine et soie que sur lin et coton , et ne résistent pas autant à la lumière que les extractives.
Les matières colorantes végétales n’ayant encore été obtenues isolément qu’en très-petit nombre, il est impossible dans l’état actuel d’en faire une classification bien méthodique.
Les matières colorantes vertes sont les plus répandues dans le règne végétal ; cependant il y a peu de plantes qui teignent en vert , parce que cette couleur verte tient en partie à la vie des plantes, qu’elle est très-altérée, lorsqu’elle est isolée, par l’action de la lumière , de l’air , des alcalis et des acides;
qu’elle est trop peu soluble dans l’eau , et a trop peu d’affinité pour les étoffes. Les recherches faites jusqu’ici ont peu appris sur la nature de la matière colorante verte des plantes. On a cependant trouvé dans toutes les parties vertes des plantes un corps peu soluble dans l’eau , et très-soluble dans l’alcool et les alcalis , qui devient jaune par les alcalis , mais qui redevient vert par l’ébullition dans l’eau, il a été désigné sous le nom de matière résineuse verte; ce corps ne peut pas être considéré comme la matière colorante unique des plantes, son existence ne contredit pas l’opinion que la couleur verte des plantes provient d’une matière colorante jaune combinée avec un corps incolore , mais qui devient bleu par l’absorption de l’oxigène.
La plupart des feuilles de plantes bouillies dans l’eau donnent une décoction jaune : cette matière colorante jaune se fixe sur les étoffes.
Les décoctions de quelques plantes , par exemple , d’ortie, de mille - feuille, d’haricof, de café, se teignent en vert par l’exposition à l’air en absorbant l’oxigène , comme je l’ai observé il y a quelques années; cependant, avec les mordans ordinaires on n’obtient pas sur les étoffes une teinte verte , mais seulement une nuance jaune.
Dans le cas où, par les alcalis , des couleurs bleues deviennent vertes , il paraît que l’alcali produit une matière colorante jaune, qui avec le bleu forme du vert. C’est ce qui arrive avec la matière colorante de la mauve, ries violettes, le fruit de jusquiame, celle des feuilles de plusieurs espèces de choux.
La matière colorante jaune est très-répandue dans les plantes; on la trouve dans les feuilles vertes , dans la plupart des tiges, des écorces , des bois , et dans quelques racines. Ces matières sont facilement solubles dans l’eau, et principalement dans les eaux alcalines; par les alcalis elles de-
viennent plus foncées, plus claires par les acides, et par les acides forts elles sont entièrement détruites. Par l’absorption de l’oxigène ( exposition à l’air ) , elles deviennent brunes; c’est pourquoi les matières colorantes jaunes extraites des plantes fraîches sont plus vives que celles qui proviennent des plantes sèches, et que celles de ces dernières qui sont vieilles ont une teinte un peu brunâtre. Dans quelques cas les matières colorantes jaunes prennent une teinte plus vive en perdant de l’oxigène. Dans quelques circonstances les acides leur donnent une teinte rouge.
Les matières colorantes rouges se tonnent quelquefois par l’oxigénation d’un corps incolore (iaioes, la racine d’alcana, le tournesol, et plusieurs lichens), ou de matières colorantes jaunes (par exemple, la matière colorante de la racine de garance, le caille-lait jaune, la langue de bœuf, le muguet des bois); quelquefois par 1 action des acides sur les matières "colorantes bleues (bois bleu, le suc de plusieurs fruits et fleurs , le tournesol ) ; plus rarement par l’action des alcalis sur les matières colorantes jaunes ( les mûres , le curcuma, les immortelles ). Les matières colorantes routes se trouvent rarement dans les feuilles , mais
seulement dans les racines , les fleurs et les fruits.
Les acides en général avivent les couleurs rouges; mais ils les changent quelquefois en totalité ou en partie en jaune. Les alcalis les rendent bleues, violettes , jaunes, et plus rarement vertes.
Les matières colorantes bleues se forment dans la plu-
part des plantes par la combinaison d’une substance particulière incolore (base de l’indigo) avec loxigène, mais dans plusieurs par la combinaison d une matière colorante rouge avec un alcali. Aussi la teinte des fruits rouges diminue à mesure que la quantité d acide qu ils contiennent disparaît , et ils passent au bleu ( prunelle , prune , ai-
s 56 OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES,
relie noire, etc. ). Les matières colorantes bleues se trouvent principalement dans les feuilles, les fleurs et les fruits; plus rarement dans le bois et l’écorce, et très -rarement dans les racines.
Les matières colorantes noires se trouvent rarement dans les plantes. Lorsqu’elles s’y rencontrent , ce sont ou des matières charbonnées , ou des sucs laiteux et résineux, qui sont devenus noirs par l’absorption de l’oxigène.
Les matières colorantes brunes proviennent de l’altération des matières colorantes jaunes, comme je l’ai déjà fait remarquer, et par une désoxigénation elles peuvent repasser au jaune. On les rencontre principalement dans les écorces , et dans les enveloppes de quelques fruits. Les autres matières colorantes sont toutes des mélanges des précédentes.
Observations sur la quantité de matières colorantes contenues
dans les plantes.
Les résultats que nous allons énoncer sont applicables aux parties isolées des plantes.
i° Les plantes qui ont végété sur un terrain sec et pierreux renferment plus de matières colorantes ( leur écorce plus de tannin, etc. ) que celles qui ont crû sur un terrain humide et gras.
2° Celles qui ont crû dans une saison chaude et sèche , contiennent plus de couleur que quand l’année a été froide et humide.
5° Les matières colorantes qui ont été formées lentement sont plus solides que celles qui se sont développées rapidement : celle des troncs est plus solide en général que celle des feuilles, et celle des feuilles plus que celle des fleurs.
4° Les feuilles renferment la plus grande quantité de matières colorantes à l’époque de la floraison.
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES, i57
5° Les tiges renferment aussi le maximum de matière colorante peu après la floraison.
6° Dans les troncs , les matières colorantes ne se développent souvent qu’à un âge avancé (par exemple, les Lois Lieu et rouge , Faune).
7° Les fleurs contiennent le maximum de matière colorante pendant un temps qui précède et suit de peu l’épanouissement de la fleur. Dans quelques-unes elle se développe seulement quand la fleur se fane.
8° Les écorces d’arLres contiennent le plus de tannin quand ils sont en sève (au printemps); moins en hiver; également peu dans des printemps froids : dans ce dernier cas il faut attendre l’été pour les écorcer.
L’écorce d’un chêne, qui dans l’hiver contient 5o parties de tannin, en contient 108 dans le printemps, par conséquent 2 2/3 de plus.
90 Les matières colorantes des surfaces extérieures et le tannin de l’écorce sont changées et altérées par Faction de Fair. L’écorce extérieure contient moins de tannin que la couche qui est au-dessous, et cette dernière moins que les couches intérieures.
io° L’écorce des jeunes arbres contient plus de tannin et de matières colorantes que le Lois des jeunes arbres ; celle des branches plus que celle du tronc; l’écorce unie , plus que Fécorce rude.
Il est alors avantageux d’enlever aux chênes les branches minces, puisque celles-ci repoussent tous les ans; l’arbre peut alors être utilisé plus long-temps. Les forêts de chênes qui sont utilisées pour extraire le tan sont coupées ordinairement tous les 4o ans.
ii° La plupart des plantes donnent plus de matière colorante soluble quand elles sont sèches que quand elles sont fraîches; parce que pendant le séchage il s’en déve-
i58 OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.
loppe de nouvelles, et parce que les matières colorantes qui existaient dans l’état frais étaient renfermées dans des cellules d’où elles sont plus facilement extraites quand la plante est sèche.
12° Un grand nombre de végétaux, principalement ceux qui contiennent des matières colorantes jaunes , ne teignent
ni aussi vif ni aussi facilement quand ils sont secs , parce que pendant le séchage la matière colorante a été altérée.
1 5° Dans certaines plantes, les matières colorantes se développent ou s’améliorent par la fermentation.
ACACIA. Acacia commun, épineux. (Robinia, Pseudoacacia ) : Amérique , Europe.
Les fleurs teignent en jaune. Il faut les enlever avant qu’elles soient épanouies ; on les fait sécher à une douce chaleur , on verse de l’eau dessus aussitôt qu’elles ont atteint une couleur jaune; on fait bouillir, et on avive la couleur avec un peu d’alun et de craie ( sur une livre de fleur ? 2 onces d’alun et î once de craie ) ; on teint ainsi la soie , la laine, le papier, en jaune solide. On prétend que le bois vieux renferme autant de matière colorante jaune que le quercitron, il mériterait alors d’être employé.
Les nouvelles pousses teignent la laine alunée en rouge de chair; avec du sulfate de fer, brun-noir; avec la potasse , brun. Dambournay a essayé inutilement d’obtenir de l’indigo avec les feuilles.
La gousse de l’acacia est employée pour la préparation des cuirs au Caire.
ACAJOU. ( Swietenia MaJiogani ) : Indes occidentales; et ( Swietenia febrifuga ) : Indes orientales.
Les écorces des deux espèces sont employées comme celle du kina.
ACAJOU. ï59
L’écorce de la première espèce renferme une matière colorante d’un brun rougeâtre , semblable â celle du rhizophora-mangle : elle renferme i/5 moins de matière colorante. (BancrofT).
ACAJOU. ( Semecarpus Anacarclium ) : Inde.
La coquille de la noix d’acajou ( noix à marquer ) contient un suc caustique , blanc de lait , qui à l’air devient d’un noir brunâtre. D’après Bancroff, il n est soluble ni dans l’alcool ni dans les alcalis caustiques , mais dans leurs mélanges. On emploie ce jus dans l’Inde pour marquer le linge : on le mélange avec un peu de chaux, parce que sans cela il agirait trop fortement sur les fibres; il pénètre entièrement les tissus, et prend â l’air, par le temps , une teinte plus foncée. Conservé long-temps , il devient épais comme du goudron. D’après BancrofT, l’acide sulfureux et les sels d’étain ne l’altèrent pas; l’acide nitrique lui donne une couleur orange.
ACAJOU A POMMES. ( Anacarclium occidentale ) : sud Amérique , et Indes orientales.
Le suc peut être employé pour teindre en noir les étoffes de laine et de soie. (Linnée ).
ACHE, vulg. Céleri sauvage. Persil des marais. (Apium graveolens ) : nord Europe et Amérique. Europe, cultivé comme légume.
Sa semence donne une couleur jaune foncée trouble , qui devient plus claire par les acides , plus foncée par les alcalis, et noir- brun par le sel de fer.
ÀCHIMILLE COMMUNE. Pied de lion. ( Alchemilla. valgaris ) : Europe.
Cette plante renferme du tannin; elle est employée en Livonie pour teindre en jaune.
aconit a fleur BLEUE. ( A con il um nap ellus) :
l6o ACTÉE A ÉPI.
Sud Allemagne ; ( Aconitum neomontanus ) : Sud , Ailemagne.
Les fleurs des deux espèces donnent un vert de vessie foncé. Sieffert n’en a pas obtenu une couleur solide.
ACTÉE A ÉPI. Herbe de Saint-Christophe ou Christophorienne. ( Aclœa spicata ) : Europe , dans les bois , dans les jardins , où elle porte quelquefois des fruits blancs, mais communément des fruits noirs.
Les fruits sont vénéneux , et donnent avec l’alun une couleur noire. Krocker les appelle une encre venimeuse.
Les fruits non mûrs teignent avec tartre et sel d’étain, en rouge aussi beau que la cochenille. La couleur est solide* Le j us devient vert par les alcalis.
ADONIS. Adonis du printemps. ( Adonis vernalis ) : croît en Europe sur les collines boisées.
Cette plante contient des matières astringentes , et renferme une matière colorante jaune.
AGARIC. ( Agaricus femetariixs) : sur les couches de fumier.
Cet agaric se transforme en une matière noire qui peut servir d’encre de Chine.
Agaricus off. : sur de -vieux arbres de mélèse.
Il donne une teinture noire avec les sels de fer; on l’emploie pour teindre la soie. Il est aussi employé au blanchissage des toiles peintes.
Boletus hirsutus : sur des pommiers et des poiriers.
Ce champignon pulvérisé donne une décoction jaune ( i partie colore suffisamment 100 parties d eau ) , dans laquelle la soie , le coton et le lin , se teignent en beau jaune. La couleur sursoie devient jaune d’or par un bain de savon ^ Lasteyrie ). La matière colorante peut être employée comme couleur à l’huile et à l’eau.
AGRIPAUME-CORDIALE. l6l
AGRIPAUME - CORDI ALE. ( Leonurus Cardiaca ) : Europe.
Les tiges et les feuilles donnent une teinture d’un brun jaunâtre, qui teint en olive foncé vif. (Dembourney)
AGROSTIS DES CHAMPS. (Jgrostis spica vend) : sur les champs comme mauvaise herbe ; fleurit en juin et juillet.
Les fleurs teignent en vert jaunâtre comme les panicules du roseau commun.
ÀIGREMOINE. ( Agrimo7iia Eupatoria) : Europe, dans les bois.
Les feuilles et les tiges , ainsi que les fleurs non épanouies , donnent une teinture jaune foncé qui teint en jaune d’or solide la laine traitée avec le bismuth. ( Dembourney ).
AIRELLE - M 1 R l ILLE. ( Vaccmium myrtillas ) : Europe , dans les bois et les bruyères. ( Vaccinium vilis idea ) : Europe. ( Vaccinium uliginosum ) : Nord, Europe; lieux marécageux.
Les fruits bleu-noir de la première espèce contiennent une matière colorante d’un bleu-violet analogue à celle des framboises, des mûres sauvages , et d’autres fruits ; le jus passe au rouge par les acides , les alcalis le rendent plus bleu ; quand ils sont caustiques ou que leur action est prolongée , la couleur passe au vert ou au brun ; la barite et la dissolution d’argent ne le précipitent point. L’acétate de plomb y forme un précipité bleu de lavande ; le sulfate de fer, des flocons violets.
Dans le seizième siècle , et avant , ces fruits étaient employés pour la teinture. En Allemagne, on alunait. Les paysans russes et les Finlandois emploient encore ce fruit pour teindre la laine en violet; le lin prend seulement une teinte sale. Rosenthal obtenait avec 1/16 de vinaigre i/3q alun et 1/64 de limaille de cuivre, un joli bleu sur le lin; sans limaille Tqm. I. 1 j
,6* AIIŒLLE-MYRT1LLE.
de cuivre , bleu clair; avec un peu de galle , une teinte plus foncée ; sur laine , vert-bleu. Guilich conseille de teindre le coton et la laine à froid, ou à une température peu élevée, en ajoutant de la potasse et du vert-de-gris , et de sécher à Tombre : sans cela la couleur passerait au violet. J’ai obtenu avec la décoction des fruits , sur laine et soie alunée , bleu- violet; sur lin, joli bleu. Des bains alcalins rendent la couleur sur lin parfaitement bleue ; la laine conserve toujours une nuance violette. Les acides rendent rouges les étoffes teintes ; les liqueurs alcalines, par un contact de plusieurs jours , donnent une nuance d’un joli brun ; cette dernière couleur paraissait solide. A la lumière solaire la teinte bleue disparaît d’abord sur le lin ; plus tard sur la laine , sur laquelle la nuance rouge disparaît la première ; le sulfate de cuivre et la galle donnent un bleu foncé. Quoique ces fruits ne puissent pas remplacer l’indigo , on les emploie avec avantage pour les fonds des teintures bleues ou noires, en place de bois bleu.
Ces fruits sont fréquemment employés pour les encres de couleur (1) (avec alun et vert-de-gris, ou avec alun et vinaigre ) , et pour teindre les vins. Du nord de l’Allemagne on expédie une grande quantité de ces fruits à Bordeaux. Qn enlève la matière colorante par décoction avec du tartre ( on conserve la décoction dans des flacons , et on y ajoute un peu d’alcool). Le papier teint en bleu avec ces fruits est un réactif beaucoup plus sensible que celui qui est teint avec le tournesol ( Fogler ). Les acides le rendent rouge ; les alcalis, vert; cependant la couleur disparaît avec le temps, et les points humectés deviennent complètement blancs.
Les feuilles de la première espèce donnent une décoction
( i ) On obtient des encres rouge de pourpre en faisant bouillir les fruits avec iy3a d’alun , 1/64 d’oxide de cuivre.
AIRELLE-MYRTILLE. i63
d’un jaune faible, avec laquëlle la laine aîunée prend un beau jaune-citron. La matière colorante est plus facile h extraire ? mais moins riche que celle de la seconde espèce. Ces feuilles sont aussi moins propres au tannage.
Les fruits du vaccinium vitis idea ( myrtille rouge ) contiennent très-peu de matière colorante , elle teint le papier rouge-rose. Les alcalis la rendent bleue, elle estalorsprobablement de même nature que celle de la myrtille commune , les acides la ramènent au rouge.
Les feuilles peuvent être employées avec avantage pour la teinture en jaune. Elles prennent en se desséchant une couleur rouge foncée , et plus tard une nuance bleue-noire. L’eau pure par la chaleur en extrait peu de matières colorantes, les eaux alcalines beaucoup plus.
La décoction aqueuse est d’un jaune brunâtre , elle devient plus jaune par les alcalis (1); par les acides, plus claire.
Le sulfate de fer y produit un précipité abondant d’un noir verdâtre.
La décoction faite avec de la potasse devient à l’air plus foncée , et à la fin entièrement rouge-jaune. Il paraît que ce phénomène, que l’on a remarqué dans les décoctions de plusieurs autres plantes, provient de l’absorption de l’oxigène. La matière colorante ainsi altérée ne se fixe plus solidement sur les étoffes. La laine alunée y prend seulement un faible jaune-brun.
La laine alunée prend dans les décoctions alcalines un jaune clair; et par un plus long bouillage , un jaune foncé vif; dans la décoction préparée avec de l’eau et de l’alun , la nuance est beaucoup plus belle. La couleur résiste suffisamment aux acides étendus, aux lessives et à la lumière. La
(1) Il paraît que les alcalis développent la couleur jaune , car une décoction incolore devient jaune parles alcalis.