ARMOISE
les sauces des poissons; ils renferment un suc jaune avec lequel on peut teindre.
Les branches et les feuilles teignent gris , et brun avec les sels de fer.
ARMOISE, Herbe de Saint-Jean. ( Artemisia judaïca. ) Armoise de Judée. Orient : la semence est connue sous le nom de graine d’absinthe de mer , de Zedoaire.
{Artemisia absinthium.) Europe , dans les lieux secs , etc. {Artemisia vulg. ) Europe, au bord des chemins.
La racine de la première espèce est employée comme celle de curcuma; la tige de la seconde teint sans mordant la laine jaune-paille ; avec sel marin , jaune brunâtre; avec aiun, jaune-saturé; avec sel de fer, vert-olive. (Pœrner). La décoction est d un brun-jaune, et devient, d’après mes essais, plus foncée par les alcalis, plus claire par les acides, et change peu par les sels de fer.
La dernière teint en jaune-paille avec l’alun; avec sel de fer, brun : mais elle a comme les autres espèces trop peu de matières colorantes pour être employée avec avantage.
ÀRNIQUE DORONIG. Plantin de montagne. {Arnica montana. ) Europe , dans les prés.
La plante et les fleurs donnent une décoction jaune , qui devient plus foncée par les alcalis , et plus claire par les acides , noirâtre par les sels de fer ; elle donne aux étoffes alunées une couleur jaune claire.
ARROCHE. {Atriplex hortensis.) Tartarie, cultivée en Europe comme légume.
foute la plante teint la laine traitée par le bismuth en vert-olive. (Dembourney ).
ARTICHAUTS. (Cynaras colymus.) Artichauts communs. Sud de l’Europe.
Les feuilles teignent la laine passée à un mordant de bismuth en jaune d’or. (Dembourney.)
I?4 asglepiade.
ÀSGLÉPIÀDE. (Asclepias vincetoxicum.) Europe, bois sablonneux.
( Asclepias syriaca . ) Syrie.
( Asclepias lincloria . ) Sumatra et Bengale.
( A s clepias tingens. ) Pegu.
La plante des deux premières espèces donne une teinture brune, qui devient jaune d’or par les alcalis caustiques; elle teint la laine non alunée en pâle couleur d’olive, la soie en jaune faible.
Les feuilles vert foncé de Y asclepias tinctoria donnent , d’après Roxbourg, un bel indigo. La dernière espèce est employée par les Birmans pour préparer une couleur verte. Bancroff regarde comme probable que l’indigo vert ou le vert Barasat est préparé par les feuilles de Y asclepias tinctoria. Du reste , cet indigo est formé d’indigo ordinaire combiné avec une matière colorante jaune , que l’on peut enlever par un bouillage prolongé dans l’eau.
ASTÈRE. (Aster amelius.) Europe, sur des collines.
(Aster chineuses . ) Chine , Europe , dans les jardins.
Les feuilles des deux espèces teignent jaune et brunâtre par un plus long bouillage. ( Dembourney ).
AUBE-ÉPINE. ( Me s p Uns oxycantha , Cratœgus oxycantha. ) Europe, dans les haies.
L’écorce donne une décoction rougeâtre, faiblement amère et très-astringente; avec alun elle teint en jaune, avec sulfate de fer en gris , et plus fortement que l’écorce du prunellier. Cependant la couleur n’est pas aussi solide à la lumière. (SiefFert).
AUNNÉE. (Inula Helenium. ) Milieu de l’Europe.
( Inula Dysenterica . ) Europe , dans les fossés humides.
La racine de l’aunnée helenium , qui est connue comme médicament, séchée, pulvérisée, et traitée par l’urine, donne une couleur bleue , particulièrement avec la potasse
AUNE. l?S
et le suc de 1 airelle; d après d’autres observations, une couleur rouge.
L inula dysentenca donne une décoction d’un brun-noir, et teint avec l’alun en jaune de paille.
AUNE. (Betula alnus, Alnus glutinosa. ) Europe, dans les lieux humides ; on en connaît deux espèces, celle à écorce blanche,et celle à écorce noire. La dernière paraît contenir plus de matière colorante noire.
L’écorce de l’aune est employée depuis long-temps pour produire les noirs , les gris et les autres couleurs foncées ( i ) . Au Kamtschatka on 1 emploie pour teindre en jaune orangé, pour tanner et pour teindre les peaux en rouge. ( Steller ). En Allemagne pour teindre en rouge. Autrefois on 1 employait principalement pour préparer la cuve au noir avec 1 acetate de fer (2), avec lequel elle forme du gallate de fer : c’est le meilleur moyen pour obtenir le noir avec le campêche et la garance. Pœrner la recommandait, pour fixer d’autres couleurs.
L écorce d aune employée seule teint en brun , mais pas si beau que le brou de noix.
Avec alun elle teint la laine et le coton en jaune ou orange; avec dissolution détain, jaune brillant; avec sels de fer , noir; depuis long-temps elle était employée pour la cuve noire pour lin et coton. (Bancroff. )
La décoction d’aune donne avec le sulfate de fer un précipité bleu d’acier , avec le chlore un précipité couleur de chair, et devient d’un rouge jaune au pôle négatif de la pile voltaïque. ( Grotthusz. )
(1) On recueille au printemps celle des troncs et des branches , on les fait sécher et pulvériser.
(2) On la composait avec des fruits d’aune , du sulfate de fer, de la limaille de fer, du son, du sumac, et plusieurs autres matières pour la plupart inutiles.
L’écorce contient beaucoup d’acide galiique et peu de tannin ; le dernier est, dans quelques cas, très-préjudiciable à la beauté de certaines couleurs, et peut être précipité avec de la gélatine ( Kurrer ). Employée pour le tannage, elle rend le cuir brun de châtaigne , très- gonflé et dur après le séchage , ce qui provient de la grande quantité d acide gai—
lique quelle renferme.
Les fleurs contiennent une grande quantité de poussière jaune , et teignent , d’après mes essais , la laine alunée , le lin et le coton, en beau jaune. La décoction devient
plus foncée par les alcalis et plus claire par les acides , par le sel d’étain jaune pâle , plus tard beau jaune-citron.
Les fruits et les enveloppes de la graine peuvent être employés comme l’écorce; ils donnent une belle encre bleue.
Le bois de l’aune noir donne, d’après mes essais, une décoction d’un rouge-jaune , qui ne se fixe pas sur la laine sans mordant, et teint en beau jaune la laine alunée. La couleur donne cependant un peu dans le brunâtre , elle est trèssolide. Le bouillon dans un bain alcalin rend l’étoffe d’un jaune brunâtre vif; l’eau acidée avec de 1 acide sulfurique ne la change point. Le sulfate de fer rend la teinture noirâtre ; preuve qu’elle contient seulement un peu de tannin
ou d’acide galiique.
En traitant le bois par de l’eau alcaline , on obtient une décoction jaune foncé, qui teint la laine alunée en jaune
foncé.
En ajoutant à cette décoction une dissolution de colle de poisson, elle teint la laine un peu plus clair, mais pas plus brillant.
Il faut remarquer que la matière colorante paraît se former principalement par le contact de 1 air , puisque les parties intérieures du bois sont blanches. En général il se
AZEDARAC BIPINNÉ. 1?7
forme dans le bois dans différentes circonstances , par la fermentation des matières colorantes , jaunes , rouges , brunes et vertes. Ce serait un important service à rendre à la teinture que la découverte d’un moyen de produire à volonté ces différentes couleurs , par la fermentation ou par d’autres moyens.
AZEDARAC BIPINNÉ. Lilas des Indes. ( Me lia azedarach . ) Syrie.
Les feuilles teignent en noir avec le sulfate de fer; avec alun et sel d’étain en jaune rougeâtre.
BABLAH. (Fruits du mimosa arabica . ) En 182b, des négocians français ont introduit dans le commerce les fruits d’un mimosa de l’Inde , qu’ils ont annoncé sous le nom de hablah , ou tannin oriental , et ils ont attribué à ce fruit des propriétés tellement supérieures à celles que possède la noix de galle , qu’ils ne proposaient rien moins que de la bannir de nos ateliers pour y substituer le babîah. Cette matière fut essayée par plusieurs teinturiers; quelques-uns la préconisèrent , et un plus grand nombre n’en put tirer aucun avantage. Sur ces entrefaites , M. Roard entreprit des expériences dont il communiqua les résultats à la Société d’encouragement, et qui ont été publiées dans le bulletin de février 1826. Les conséquences auxquelles M. Roard a été conduit sont :
i° XJu’ii parait constant que le bablah est la gousse du mimosa arabica.
20 Que la gousse du bablah de l’Inde , employée en teinture pour faire du noir , et dans la même proportion que la noi* de galle en sorte du commerce , ne donne pas même nne couleur noire , mais un carmélite foncé.
5° Que la gousse seule, privée de la graine , fournit bien
une couleur noire; mais que cette couleur, comparée à Tom. I. 12
!78 BABLAH.
celle que donne la noix de galle , en employant des poids égaux de ces deux matières , a toujours un coup d’œil grisâtre avec un reflet jaune, et qu’elle coûterait beaucoup plus cher que celle obtenue par les moyens en usage dans nos ateliers , le bablah étant coté le même prix que la galle en sorte.
4° Que la graine renfermée dans la gousse du bablah , et qui est le tiers de cette même gousse entière , employée aussi comparativement â la noix de galle , ne produit dans la teinture en noir qu’une couleur de suie foncée.
5° Que la couleur noire produite par la gousse du bablah ne résiste pas mieux à l’action d’une dissolution bouillante de savon , que celle obtenue par la noix de galle; et enfin que , traitée par les alcalis faibles à la même température , elle ne se soutient pas aussi bien que les noirs faits avec cette dernière substance.
Ces observations ont été déduites d’expériences faites chacune avec 100 grammes de laine blanche , 2 litres d eau , et 20 grammes d’un des produits destinés à 1 engallage : chaque mélange a été maintenu en ébullition pendant 2 heures , et passé ensuite en teinture avec des doses égales d’ingrédiens. Ainsi on a fait 4 expériences comparatives principales ; la première , avec la galle pulvérisée ; la seconde , avec la gousse de bablah ; la troisième , avec la gousse garnie de ses graines ; et la quatrième , avec les graines seules.
D’après les observations de M. Piobiquet , il paraît que le bablah contient peu de tannin et peu d’acide gallique. Cet habile chimiste remarque d’ailleurs que le bablah , renfermant une matière colorante d’un jaune rougeâtre clair, fournit un pied avantageux aux teintures rouges; tandis que la galle , qui communique aux tissus une teinte d’un
BABLAH. I79
jaune fauve sale , ne peut que nuire à Fécial de ces mêmes couleurs.
M. Chevreul , directeur des teintures aux Gobelins , a fait sur le bablah des expériences multipliées , d’où il est résulté que tantôt l’avantage a étéau bablah et tantôt à la galle, suivant la dose respective de ces deux astringens, toute autre circonstance étant d’ailleurs égale. Ces anomalies apparentes proviennent de ce que la matière astringente , employée en excès, réagit sur ses propres combinaisons et appauvrit la teinture produite sur le tissu; d’où il suit que pour obtenir une belle teinture noire , il ne faut employer qu’une juste proportion d’astringent , et que son défiait comme son excès sont également nuisibles. Il est très-probable que c’est à ce fait important, qui a été constaté par M. Chevreul, que sont dues toutes les anomalies observées dans l’emploi du bablah.'
M. Achon, attaché à la manufacture de toiles peintes d’Essonne, dans le Mémoire qu’il a publié sur cette substance , rapporte que « la teinture noire produite sur laine et coton par le bablah , en le substituant a la noix de galle dans les procédés ordinaires , est préférable pour la solidité et la bonté à tous les noirs connus jusqu’à ce jour. J’observerai ici , dit M. Achon , que , pour une parfaite réussite , il faut séparer le fruit de la semence , en ce qu’elle ne peut que nuire à la fabrication d’un noir franc et agréable. Le noir produit avec les gousses entières demande à être relevé par un peu de campêcbe , qui lui donne le reflet bleuâtre qu’on désire. Lorsqu’on voudra remplacer la noix de galle par le bablah , on en doublera la dose s’il n’est pas séparé de semences , et s’il est inondé on en mettra le même poids. »
Les ‘importateurs du bablah, peu satisfaits du rapport de M. Roard , ont adressé un Mémoire à Sa Société d’en-
jSo badanier.
couragement, et ont demandé de nouvelles expériences. M. Robiquet , au nom du Comité des arts chimiques , a fait sur ce mémoire un rapport inséré dans le bulletin du mois de juin 1827. Ce rapport se termine ainsi :
«En résumé, votre Comité des arts chimiques , tout en admettant qu’on a beaucoup exagéré les qualités du bablah , pense néanmoins que ce produit peut rendre des services à l’art de la teinture , et qu’il mérite , sous ce rapport , de fixer l’attention; mais les essais n’ayant point été assez multipliés jusqu’alors pour qu’on puisse être définitivement fixé sur les avantages et les mouvemens de cette substance, votre Comité prie la société d’engager les teinturiers à faire de nouvelles tentatives en s’étayant par les faits connus , et à publier les résultats de leurs observations. Ce moyen , bien plus propre à faire connaître la vérité que les diatribes auxquelles on a eu recours , est le seul qui puisse conduire à une juste appréciation du mérite respectif de la galle et du bablah. La solution de cette question devient d’autant plus importante , que la France possède de cette substance dans ses propres colonies , et que déjà son excellence le ministre de la marine nous en a adressé un échantillon provenant du Sénégal. »
BADANNIER. ( Terminalis catappa. ) Badannier du Malabar.
( Terminalia chebula. ) Indes orientales.
( Terminalia indica. ) Idem.
( Terminalia verni oe. ) Idem.
Les fruits du premier et du second viennent des Indes , sous le nom de mirobolan. Ils teignent avec alun en jaune brunâtre ( mais pas plus clair que l’écorce d’aulne ) ; avec les sels de fer, ils donnent un noir solide.
Le troisième contient dans toutes ses parties un suc laiteux, qui est employé en Chine comme vernis ; il suinte na-
BAGUENAUDIEZ 181
turellement ou des incisions, et s’épaissit à l’air en. une résine noire.
BAGUENAUDÏEIl, faux baguenaudier. ( Coliücct arbo~ rescens . ) Sud Europe, cultivé.
Les feuilles peuvent remplacer le séné , mais n’ont pas autant d’action. Elles teignent en beau jaune la laine alunée.
BALSAMINE. ( Impatiens bahamina . ) Balsamine commune,* ïndostan , Europe. ( Impatiens nolitangere ) : balsamine sauvage , nord Europe , bois humides.
Le jus de la balsamine teint en rouge ; les Japonnais se servent de ce jus pour teindre leurs ongles. Dembourney obtenait du jaune avec les fleurs.
Avec les fleurs jaunes de la balsamine sauvage et avec les feuilles on teint en jaune dans le nord de l’Amérique.
BALSAMIER VÉNÉNEUX , balzamier vénéneux. ( Amyris toxifera . ) Iles de Babama , Caroline.
Le suc qui suinte de l’arbre est vénéneux ; il devient noir à l’air, et peut être employé en teinture.
BARBARÉE, roquette , herbe de Sainte-Barbe , julienne jaune. ( Erysimum barbarea,) Europe, lieux humides.
( Erysimum off. lorteilo , velar» ) Europe.
Les deux espèces teignent en jaune.
BASELLE ROUGE. ( Basella rubra. ) ïndostan, Eu rope , dans les jardins.
Les fruits sont employés au Sénégal pour teindre en rouge, et dans l’Inde pour teindre les indiennes. Us contiennent un suc rouge-pourpre.
BELLADONE. ( Atropa bella, donna. ) Europe, dans les bois montagneux.
Les fruits de cette plante vénéneuse produisent par leur ébullition avec l’alun une couleur de suc bleu loncé , qui
j 82 BENOITE.
donne an bois et au papier une couleur solide; peut-être on pourrait l’employer sur laine et sur coton. En Italie , on l’employait autrefois comme fard , et c’est de là d’où vient son nom. On peut en préparer des couleurs de suc vertes.
Le suc bleu devient rouge-pourpre par la fermentation, et vert par les alcalis caustiques.
BENOITE, RECISE , GALIOTE , HERBE DE SAINT - BENOIT. ( Geuin urbanwm . ) Europe , dans les bois.
( Geum rivale. ) Europe, lieux humides.
Les tiges et les feuilles sont employées pour tanner. Herz obtenait avec les feuilles et les tiges de la première espèce , sur coton , avec sulfate de fer , une nuance grise ; avec acétate de cuivre , un joli brun.
BETTERAVE. ( Beta vulg. ) Europe.
On en connaît plusieurs espèces qui ont des racines jaunes et rouges.
Les racines de la betterave rouge donnent une décoction d’un rouge jaunâtre , les acides la rendent plus rouge; l’eau de chaux , jaune ( la couleur rouge est reproduite par les acides ) ; l’acétate de plomb y produit un précipité rouge. La flanelle chauffée un quart d’heure dans la décoction se teint sans mordant en beau jaune clair. La couleur n’est point altérée par l’eau de savon et par l’acide sulfurique étendu ; en ajoutant de l’alun , après un bouillage de 1/2 heure, la laine acquiert une belle couleur rouge-jaune qui résiste à une faible dissolution de savon , elle devient jaune par une forte eau de savon ou par une dissolution de potasse; l’acide ne reproduit pas la couleur primitive , cependant la teinte repasse un peu au rouge.
D’après cela, cette racine paraît contenir une matière colorante rouge et une matière colorante jaune; la dernière se fixe plus facilement. Peut-être d’autres mordans fixeraient la première d’une manière plus solide.
BIDENT. x83
L’acétate de fer colore légèrement en noir ia décoction, ce qui prouve qu’elle contient un peu de tannin ou d’acide gallique.
La matière colorante de la bettrave rouge se détruit facilement par la lumière.
BIDENT. ( Bidcns triparlita et cernua . ) Europe, lieux humides.
Les tiges et les feuilles des deux espèces donnent une couleur jaune d’or ; on la fixe avec l’alun ; l’extrait alcoolique teint en vert. Les paysans , en Suède , teignent la laine en jaune , en l’alunant et la faisant bouillir avec des plantes de la première espèce.
BOIS BLEU, Campêche. ( Hœmatoxylon , Campechianum .) Sud Amérique, dans des terrains argilleux; et dans la Jamaïque, depuis 1715.
Notions historiques. Les Espagnols connurent le bois de Campêche à la découverte de l’Amérique , ils le désignaient sous le nom de Palo campechio. En Angleterre il devint en usage sous le règne d’Elisabeth,* mais comme il ne donnait pas de couleurs solides, sous la vingt-troisième année de son règne , son emploi fut défendu à peine d’amendes trèsfortes, et il fut ordonné que tout celui qui se trouvait en Angleterre serait bridé; cependant il continua à être employé pour les teintures, sous le nom de bois noir. Après un siècle , dans la quatorzième année du règne de Charles II , on parvint à rendre la couleur plus solide , et son usage fut permis. Dans le commencement les Espagnols seuls exploitaient le bois de Campêche dans la Nouvelle-Espagne, plus tard ils partagèrent ce droit avec les Anglais (1). Maintenant
(ï') Dans la paix de 1^62 ils obtinrent le droit d explorer le bois bleu de toute la presqu’île d’Yucatan. Les Espagnols conservaient la côte du noid où vientlc meilleur bois. Les Anglais s’étendirent ensuite davantage. En ^80 les Espagnols détruisirent leurs établissemens sui'Yucatan et
ï84 BIDENT.
les bois bleus introduits en Europe proviennent de Campêche, de Honduras et de la Jamaïque, et leur usage est devenu très-important.
Propriété. Le noyau de l’arbre est rouge , l’aubier est blanc : on enlève le dernier. Les coupeurs recherchent principalement les vieux arbres à écorces noires, qui contiennent moins d’aubier. Le bois bleu est lourd, plus dense que l’eau , dur, d’un grain fin et serré, presque indestructible; il est jaune ou rouge foncé; quand il est coupé depuis long-temps, il est d’un noir bleuâtre, avec des nuances jaunâtres ou rougeâtres; il a un goût sucré et astringent; son odeur est particulière.
Composition . M. Chevreul a analysé le bois bleu ( Annales de chimie , tome 82 , page 55 ) ; il y a trouvé deux matières colorantes : une d’un jaune-orange, soluble dans l’eau (1), l’alcool et l’éther, crisialiisable en écailles brillantes , âpre , amère , et d’une saveur forte , qu’il a désignée sous le nom d’hématine; et une matière brune, insoluble dans l’eau et l’éther, mais soluble quand elle est mêlée à la première. Le mélange de ces deux matières est brun de châtaigne? il précipite la gélatine, et devient indissoluble lorsqu’il reste quelque temps combiné avec une quantité d’eau insuffisante pour le dissoudre. Bancroff a présumé que la seconde n’était qu’une combinaison de la première avec i’oxigène; du reste, elle se comporte avec les mordans
Honduras 5 dans la seconde paix de Paris et dans la transaction de 1786, ils obtinrent de nouveau le droit d’abattre entre les fleuves de Yaîis , du Bellizo et Hondo.
(i)En 1820 le commerce de Londres a employé' pour la consommation intérieure 4,098 tonneaux, et 4,008 pour l’exportation. A Liverpoo*, en 1820, >,3oo; en 1821, 1,600 3 en T822, 4, 800 3 en 1823, 4;83o on ëtë introduits. D’après des estimations officielles la valeur de l’introduction de cette marchandise, dans toute l’Angleterre et l’Ecosse, ëtait, en jSi 1, de 6g,o5i liv. st. 3 1822, 100,861 üv.st.3 en 1823, 198, o53 liv. sterling.
BiDENT. ,85
comme la première. La décoclion de campêche contient : de la matière colorante , de l’huile volatile , de l’acide acétique, du carbonate , sulfate et muriate de potasse , du sulfate de chaux , de l’alumine , de l’oxide de fer et de l’oxide de manganèse.
Hémaline . Pour obtenir Phématine pure , on fait évaporer à siccité la dissolution aqueuse , et on traite le résidu par de 1 alcool chaud à 56°. On fdtre, on évapore jusqu’à consistance sirupeuse , on ajoute un peu d’eau; en évaporant de nouveau et abandonnant la liqueur à elle-même , une partie de Phématine cristallise. On lave les cristaux avec un peu d’alcool (î).
Action de l'ctir . Le bois bleu exposé à Pair perd bientôt ses propriétés teignantes. Une décoction de bois absorbe Poxigène de Pair et acquiert alors la propriété de précipiter la gélatine, propriété que ne possède pas la décoction fraîche. En évaporant une décoction restée quelque temps à Pair, le résidu n’est presque plus soluble dans Peau, et donne des couleurs très-fugaces. (BancrofF. )
Action cle l eau . La décoction de bois de Campêche faite avec de 1 eau distillée est jaunâtre , d’un goût sucré, presque sans odeur. Si on prend de I eau ordinaire, la décoction est a un rouge de sang foncé, parce que ce dernier renferme du carbonate ou du sulfate de chaux. Avec le temps sa couleur devient toujours plus foncée.
Action de V alcool. L’alcool dissout la matière colorante plus facilement que Peau , ainsi que les matières résineuses et grasses; l’alcool acquiert une couleur jaune.
Action des acides . Les acides rendent d’abord rouge la
(0 ïlîe se dissout dans i,ooo parties d’eau froide en un jaune rougeâtre 5 F eau chaude la dissout en plus grande quantité' • la couleur de
la dissolttion est pourpre, mais par le refroidissement elle redevient jaune.
l86 BIDENT.
couleur du bois bleu, et ensuite jaune. Dans la décoction aqueuse l’acide nitrique produit un faible précipité brunjaune; l’acide sulfurique , un précipité brun-rouge; l’acide muriatique, un précipité rouge clair; l’acide oxalique, un précipité brun de châtaigne; l’acide acétique et l’acide tartrique , un précipité plus foncé* L’hématine pure devient rouge par l’acide borique ; avec excès d’acides végétaux, elle devient en général rougeâtre , après un certains temps.
Action des alcalis. Les alcalis rendent d’abord la couleur du campêche d’un rouge pourpre, et en ensuite violet passant plus ou moins au bleu. Par la potasse , la décoction devient d’abord violette ; avec le temps , brune ; et enfin brunjaune.
Action des terres. La plupart des terres rendent la décoction brun-violet , mais moins foncé que les alcalis. L’eau de chauxforme une combinaison bleue , qui se décompose par un excès de chaux.
Oxides métalliques. Les oxides métalliques se comportent avec la décoction de campêche comme les terres , à 1 exception de l’oxide d’étain , qui agit comme un acide ( il la rend rouge ),
Action des sels terreux et alcalins. Les sels neutres n’ont point d’action sur les matières colorantes du campêche , mais elles sont plus sensibles aux sels acides , ou avec excès de base, que le sirop de violette. Ceux qui renferment des terres alcalines sont décomposés, et leurs bases agissent ensuite isolément ; c’est aussi le cas de 1 alun. Si on met une décoction de bois bleu avec de l’alun et qu’on filtre , e?/e passe incolore ; toute la matière colorante est combinée avec l’alumine en une laque violette. On obtient une laque plus brillante en ajoutant en même temps de 1 acide lar'rique. Le muriatc et le nitrate de barite et le sulfate de chaux rendent la décoction de couleur pourpre; le sel marin,
BIDENT. iQ7
rouge-brun; le sel ammoniaque , brun rougeâtre; le muriate de chaux, pourpre-violet; muriate de magnésie , jaune.
Action des sels métalliques . Le sullate de fer donne avec une décoction de bois bleu un précipité noir bleuâtre ; le sulfate de cuivre la teint en bleu , avec une nuance de pourpre (1); le sulfate de zinc, pourpre, rouge foncé; le nitro-muriate d’or, orange ; le muriate de mercure , orange rouge; le muriate d’antimoine, cramoisi; l’acétate de plomb , bleu clair; Parséniate de potasse, jaune foncé; le sel d’étain y forme un précipité, pourpre ou violet, et décolore complètement la liqueur. Le muriate de protoxide d’étain, un précipité bleu (une partie reste avec excès d’acide dans la liqueur ).
L’hydrogène sulfuré rend, d’après M. Chevreul, la cou*» leur jaune, et ensuite incolore (la matière colorante est alors désoxigénée par l’hydrogène).
Propriétés tinctoriales . Le bois de campêche ne donne pas de couleurs solides; il est principalement employé pour donner des fonds pour les bleus , les noirs , et autres couleurs foncées. Cependant quelques mordans rendent sa matière colorante passablement solide à Pair, mais non pas aux acides ; tels sont le sel d’étain , les sels de fer et la galle; les acides changent toujours la couleur bleue ou noire en rouge ou jaune-rouge. On teint en noir très-fréquemment avec le campêche et les sels de fer.
Teinture sur laine . Les étoffes de laine prennent dans la décoction de bois bleu faite avec de Peau ordinaire , une teinte rouge de pourpre; dans celle avec de Peau acidée, une teinte jaune (2). La première se change à Pair , la se-
(1) En ajoutant une dissolution de sulfate de cuivre à une décoction de campêche , il se forme un précipité bleu, qui par la dessiccation devient semblable à l’indigo.
(2) Avec l’acide sulfurique on obtient une couleur de tabac brillante.
1 88 BiDENT.
coude est solide. Avec l’alun et la crème de tartre on obtient un violet peu solide, mais souvent employé; le sel d’étain donne un violet plus beau et plus solide , comme l’avait déjà observé Bergmann (1 ). Il est plus avantageux d’employer en mémo temps du tartre et du sulfate de cuivre, ou du vert-degris. Le sulfate de cuivre empêche les fibres de devenir dures, effet que produit le sel d’étain employé seul; il rend d’ailleurs la couleur plus solide. Si on emploie le vert-de-gris , on fait bouillir le bois bleu avec i5 à 20 parties d’eau une heure, 011 passe la décoction et on y ajoute 1/20 de vertde-gris amolli dans de l’eau , et on teint la laine pendant une heure. Le sulfate ou l’acétate de cuivre donne un bleu passant un peu au vert, qui n’est ni brillant ni durable. Pœrner recommandait 1/2 sulfate de cuivre pour une partie bois bleu; d’après Bancroff, il en faut moins. Avec une partie de bois bleu , 1/0 de sulfate de cuivre et 1/10 de chaux, Bancroff obtenait un bleu verdâtre plus solide. Avec du sulfate de fer on obtient , en prenant de la crème de tartre en place de chaux , un noir plein et profond. L’addition d’une petite quantité de potasse favorise la production de la couleur noire ; Beau de chaux l’empêche.
Bancroff obtenait sur laine avec différens mordans , les couleurs suivantes. Celles marquées f donnaient des couleurs qui n’étaient pas solides.
Sulfate de chaux. — Orange brillant (solide).
Muriate de chaux. — Orange brunâtre f.
Avec l’acide nitrique, un jaune brillant. Avec l’acide muriatique un jaune brunâtre.
(1) On teint ordinairement en bleu en traitant d’abord la laine par l’alun et le tartre, et passant dans un bain de campêche et de sel d’e'tain. Hermbstaedt recommandait pour le bleu de roi, sur 40 livres de laine, pour le mordant 5 livres sel marin , 1 i ji tartre, i 172 sel d’é tain, i i/3 de mordant de bismuth , i j 72. sulfate de cuivre, ïo onces sullatede lcr; et pour le bain, 10 livres bois bleu et 2 1/2 sumac.
BIDENT.
— Jaune très-fugace.
— Bleu profond *j\
— Bleu foncé *j*.
■ — Bleu foncé (de Meidinger).
— Violet *j\
— Bleu foncé (deM. ).
— Bleu foncé (deM. ).
— Couleur de tabac (asses solide ).
Nitro-muriate de bismuth, - — Violet-bleu ; par un bouillage plus long , noir profond et solide.
Nitrate de manganèse. — Beau violet, qui devient
bleu par un alcali ( de M. ).
Muriate de manganèse. — Bleu d’indigo.
Kurz obtenait , avec le sulfate de mercure , un brun jaunâtre; avec le sublimé corrosif, brun d’olive; avec le proto-muriate de mercure (mercure doux) , brun chocolat ( ces couleurs résistaient passablement à la lumière); avec le muriate de plomb , un bleu foncé; avec du sulfate et du muriate de cuivre , un noir solide à la lumière ; avec sel d’étain , un brun de prune peu solide ; avec acétate d’étain, couleur de souris; avec muriate et sulfate de zinc , un bleu foncé saturé; avec le sulfate de manganèse, un violet; par un bain d’alcali, un joli bleu solide à la lumière; avec du muriate de manganèse contenant un peu de fer , un beau bleu d’indigo.
L’écorce de bouleau , avec le nitrate d’étain , rend la couleur du bois bleu plus solide; on obtient ainsi, sur laine, un beau rouge de sang. (Dembourney. )
Teinture sur soie» La soie prend bien la matière colorante du bois bleu ; on la teint par cette substance, en bleu , violet
ouliate de magnésie.
Nitrate de plomb.
Acétate de plomb.
Muriate de plomb.
Sulfate de zinc.
Muriate de zinc.
Muriate d’antimoine.
igo BIDE NT.
et noir; on aîune d’abord , ou on traite par le sel d’étain, et on emploie pour les couleurs foncées un peu d’écorce d’aulne ou de la galle. Les dissolutions d’étain peu oxidées sont préférables h celles qui le sont beaucoup ; on obtient un bleu très- solide par le mordant de Fabroni, galle et écorce d’aulne. ( Voijez page 56. )
Teinture sur coton et lin . Le lin et le coton , qui n’ont reçu aucun mordant , ne se teignent pas avec le bois bleu ; avec des mordans on obtient les mêmes nuances que sur laine ( 1 ) ; mais les couleurs sont encore moins solides que sur la laine; on les rend plus solides en ajoutant de la noix de galle au bain. Alex. Fogel obtenait en impression sur le coton les couleurs suivantes : avec le nitrate d’alumine, gris clair; avec l’acétate et l’arséniate d’alumine, noir; avec le nitrate d’étain , lilas saturé; avec le nitrate de cuivre , un bleu vif; avec le nitrate de cuivre renfermant du fer, un gris de souris foncé; avec l’acide arsénique , un gris faible; avec le nitrate de bismuth, mordoré ; avec sulfate d’étain , lilas vif; avec acétate d’alumine et nitrate de fer , noir saturé ; avec tartrate d’alumine , des nuances plus saturées qu’avec le muriate d’alumine.
Autrefois on donnait aux draps qui devaient être teints avec l’indigo , un fond bleu avec du bois bleu et du sulfate de cuivre, pour économiser l’indigo. Cependant , comme la couleur que donne le sulfate de cuivre est très- changeante , on préfère plutôt employer du sulfate de fer ou du sulfate de cuivre renfermant du sulfate de fer. Les draps inférieurs seulement sont teints en bleu avec le campêche , et on emploie un mordant de tartre, d’alun et de vitriol de Salzbourg , ou de sulfate d’étain , sel marin , tartre , et sulfate
(i) Cependent avec du vert-de-gris on obtient facilement un faible bleu sale qui disparaît promptement, Avec du sulfate de zinc, Diugter obtenait un gris d’argent.
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de cuivre. On prend i/5 des derniers mordans sur une partie de laine, ou i/5 sur une partie de drap: le foulage change un peu la couleur , mais par un bain d’eau acidifiée par l’acide sulfurique , la couleur revient* Geitner recommandait de traiter 100 livres de drap avec 20 livres d’alun, et de teindre avec 20 livres de bois bleu; d’enlever la moitié du bain , et dans ce qui reste dissoudre 3 5 livres de sulfate de fer pur , remplir la chaudière , et passer le drap pendant une heure. On obtient un bleu foncé avec un reflet rougeâtre , qui supporte le savon , et change peu par le bouillon avec de l’alun, et par le lavage à l’acide sulfurique étendu. Pour obtenir une couleur encore plus solide et sans reflet rougeâtre , on fait bouillir dans une dissolution de prussiate de potasse.
On emploie depuis long-temps en Allemagne le bois bleu pour teindre en noir à la place des corps qui contiennent du tannin : on obtient un beau noir. Guilich recommandait l’acétate de fer à la place du sulfate, parce que la couleur en vieillissant ne devient pas rougeâtre, au contraire sa teinte noire se fonce toujours davantage. Le noir que l’on obtient est très-brillant; il a un léger reflet velouté rougeâtre. Fréquemment on emploie le bois bleu mêlé avec des corps qui contiennent du tannin.
A Vienne, en 1818 , Honig obtint un brevet pour un noir avec le bois bleu , et pour une encre belle et à bon marché fabriquée avec le bois bleu. Ostermeier, à Munich , a fait connaître la préparation d’une encre analogue; il employait 16 parties de bois bleu , 5 parties de sulfate de fer, 5 parties de gomme et 1 de sucre.
Avec le bois jaune et autres corps teignant en jaune , le vert-de-gris et l’alun , on peut obtenir un joli vert , mais peu solide.
Dans les imprimeries d’indiennes on produit des nuances
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vertes, bleues, grises et noires, avec le bois bleu. On emploie comme mordant l’acétate d’alumine, ou un mélange de sel d’étain, de nitrate de bismuth et d’acide tartrique , ou alun, sulfate de cuivre et sel de fer. On obtient un trèsbeau noir d’après Dingler , en prenant 2 livres de forte décoction de bois bleu (provenant d’une livre de bois bleu ), 6 à 8 onces nitrate de fer , 1 once acide sulfurique , 5 à 4 onces huile d’olive, et la quantité nécessaire d’amidon.
D’après Karkutsh, on peut utiliser une dissolution de bois bleu qui a déjà servi en y ajoutant un peu de fiel de bœuf. Pour une décoction dans laquelle on a teint 4 pièces de drap, on emploie un fiel délayé dans l’eau; on peut alors teindre encore une 5e pièce de drap : si on en prend trop , la couleur prend une nuance grise (Hermbstaedt ).
Différentes espèces de bois bleu . On distingue dans le commerce les espèces suivantes de bois bleu : le bois de Campêche , c’est le meilleur : le bois d’Honduras , qui est beaucoup inférieur; le bois delà Jamaïque, qui est le plus mauvais : dans ce dernier la coupe est égale, parce qu’il a été scié. Ces différentes sortes paraissent pelées ou recouvertes de l’aubier. Ce dernier a moins de valeur, parce que les parties extérieures sont inutiles. Fréquemment il est livré moulu au commerce; alors il est souvent mêlé avec d’autres bois. Il prend au moulage, par l’humectation, i5 à 20 pour 100 de poids. S’il est humecté davantage il devient facilement noir, et se gâte.
Pour reconnaître la bonté des différentes espèces de bois bleus , on verse sur des parties égales uniformément divisées des quantités égales d’eau, et on observe après 1/2 heure l’eau la plus colorée.
O11 peut facilement reconnaître les étoffes qui ont été teintes par le bois bleu, parce qu’elles deviennent rouges par les acides.