‹ Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleursChapitre 28 sur 115 · TERRE ROUGE · texte numérisé non relu

TERRE ROUGE

Rouge de Nuremberg, ocre rouge.

Terre ocrcuse colorée en rouge par l’oxide de fer, que l’on obtient aussi artificiellement par la calcination de quelques terres jaunes : on la rencontre dans différons pays.

La terre rouge de Nuremberg appartient à cette classe. ,

Elle est recueillie à Pezenstein , petite ville entre Nuremberg et Baireuth ; elle se trouve à un grand nombre de toises de profondeur mêlée avec une terre jaune; on la moule en blocs carrés et on la fait cuire : on l’emploie fréquemment pour peindre les âtres des foyers. Le quintal coûte 5/4 de florin.

* Bouge-brun. Il ressemble plus ou moins au rouge de Nuremberg; mais il est ordinairement plus foncé. On l’obtient dans plusieurs endroits en calcinant de l’ocre jaune.

La terre connue en Angleterre sous le nom de brun d’Espagne , était d’abord apportée de ce pays , elle s’extrait maintenant de Mendiphiles près de Bristol et dans le Yorkshire : c’est une ocre semblable au précèdent. On la pulvérise crue, et on l’emploie pour marquer les moutons , et comme couleur d’application à 1 eau ou à l’huile. Pulvérisée et mise en pâte et en pains elle est connue sous le nom de tiver 9partiver.

Rouge de plomb.

Histoire. Le minium était connu des Grecs et des Romains. Vitruve et Pline l’ont mentionné, le dernier dit qu’il a été découvert par hasard lorsque le port de Piræus fut incendié; le blanc de plomb qui s y trouvait en tonneaux fut brûlé. Nicias fut le premier qui s’en servit en peinture. Dans un autre endroit il observe que 1 on faisait du faux orpiment avec du plomb que l’on brûlait dans un four. Après la chute de l’empire romain , il paraît qu’on le fabriqua d’abord à Venise , et ensuite en Angleterre.. L’Angleterre et la Hollande livrèrent pendant long-temps, et presque exclusivement, le minium; ce dei-

nier pays le tirait d’Angleterre , et il paraît qu’il y était raffiné. Plus tard il se forma une fabrique à Rollhofen près Nuremberg, qui fut suivie de plusieurs autres en Allemagne. La France ne posséda cette industrie que dans des temps plus rapprochés (1).

Propriétés, Le minium est un deutoxide de plomb, formé, sur 100 parties, de 89, 66 de plomb et 10, 34 d’oxigène. Il paraît sous la forme d’une poudre grenue d un rouge écarlate , qui devient brune à la lumière ; par la chaleur elle devient d’abord d’un plus beau rouge, ensuite violette et enfin jaune : elle est alors réduite à l’état de litharge (protoxide de plomb ).

Préparation. Le minium s’obtient par une calcination prolongée du plomb ou de la litharge. En grand , on tient le plomb fondu jusqu’à ce qu’il soit complètement oxidé. Le produit de la calcination est arrosé avec de l’eau et moulu; on sépare par le lavage le métal non oxidé, et l’oxide ainsi obtenu est chauffé dans un four jusqu’à ce qu’il ait acquis une couleur rouge. Alors on tamise , on décante , et on passe de nouveau plusieurs fois au moulin. Nous allons parler avec détail , i° Des matières premières,

20 De la fonte et de la calcination du plomb ,

3° De l’humectage , moulage et lavage des cendres de plomb,

4° De la calcination de l’oxide jaune,

5° Du produit du plomb en minium,

6° Des falsifications du minium ,

(1) On trouve des renseignemens sur la fabrication du minium, dans le Traité deRose sur les brûleries du minium, Nuremberg, 1779. Dans Ferber, essai d’une description du Derbyshire , Mitau, 1776. Dans les Mémoires de l’académie de Paris.

70 Des usages du minium,

8° De l’état des fabriques de minium dans les différent pays,

90 Des ustensiles nécessaires à la préparation du minium.

i° Des Madères premières .

Plomb . La pureté du plomb est une condition importante pour la beauté du minium. Le plomb anglais en barres , à cause de sa pureté , est principalement bon.

Mine de plomb . D’après d’anciens écrits il paraît que la mine de plomb fournit un plus beau minium que le plomb métallique; mais il n’en est pas ainsi. On obtient un minium bleu-noir.

Les cendres de plomb et la litharge peuvent également 1 être employées pour préparer le minium. A Newcastle , en Angleterre , on commence par faire de la litharge , et par une plus longue calcination on la transforme en minium.

Blanc de plomb. Cette matière, lorsqu’elle est pure, donne par la calcination un oxide jaune qui se transforme ensuite en minium. Le blanc de plomb est d’abord soumis en poudre fine à l’action d’une chaleur douce, et ensuite à line température voisine de la fusion.

Déchets . Résidu de la décantation de la première calcination du plomb. O11 les repasse au calcinage aussitôt qu’011 en a recueilli une quantité suffisante, souvent on les pulvérise un peu.

Combustibles. A Rollhofen on emploie du bois d aune (1), en Angleterre de la houille. On préfère les houilles grasses qui donnent une flamme plus longue, aus-

(1) Le bois de chêne n’est pas aussi bon, parce qu’il pe'tille et jette

silôt que le combustible ne donne plus de flamme on

l’enlève et on le remplace par d’autre.

2° Calcination du plomb.

Le plomb est fondu dans une chaudière de fonte ou sur la sole d’un fourneau disposé pour cet objet , ensuite on remue constamment avec des ringards jusqu’à ce que la calcination soit complète; alors le métal est transformé en une matière grise que l’on désigne sous le nom de cendres de plomb et qui est composée d’oxide de plomb et de plomb métallique.

La cendre de plomb reste encore quelque temps dans le four, en l’agitant continuellement afin de faciliter l’oxidation des parties métalliques ; pour éviter qu’elle ne s’agglomère on diminue un peu le feu.

A Rollhofen , on met dans le four une masse de plomb de 180 livres, et on chauffe avec du gros bois. Après 8 heures le plomb est calciné. O11 laisse encore la cendre de plomb 1 6 heures dans le four.

En Angleterre on calcine à la fois, d’après Ferber, une tonne de plomb (2,240 livres), et 6 à 7 heures suffisent; (d’après Jars ) i5 quintaux dans 4^5 heures. D’après ce dernier la cendre reste encore 24 heures dans le four, et on chauffe au fondage et au calcinage de manière à obtenir le rouge-cerise foncé.

A Derby, d’après Jars , on prend chaque fois 10 masses de plomb de i5o livres; g de ces masses sont du plomb pur, et la dixième est formée des résidus. On regarde le mélange de ce dernier comme nécessaire pour préparer

des fragmens de bois ou de charbon dans le fourneau , qui réduisent à l’ëtat métallique les fragmens d’oxide qu’ils touchent 5 on choisit des bois secs.

un beau minium. On ne met pas ces i5 quintaux à îa fois , parce que ceia gênerait le travail.

Olivier calcinait 6 à 1200 livres de plomb dans une chaudière de fer, en remuant continuellement; dans l’espace de 12 à 18 heures il obtenait une matière grise en poudre fine.

M. Ghaptal observe que dans quelques fabriques qu’il a visitées, la calcination avait lieu sans que la chaudière eût été chauffée au rouge , et que dans ce cas îa cendre prenait une couleur d’un jaune verdâtre. D’après d’autres auteurs la chaleur doit être de O900 Fahrenheit,

Il serait peut-être nécessaire d’introduire dans le fourneau un courant d’air neuf par des ouvertures latérales.

On prétend qu’on accélère la calcination en ajoutant au plomb fondu un peu de cendres de plomb , ou à défaut un peu de blanc de plomb; on atteint aussi ce but par l’addition de 1/10 d’étain, mais la couleur du minium est affaiblie.

3° Humectage , moulage et lavage des cendres de plomb.

On étale les cendres sur un sol pavé ou dans des auges, et on arrose avec de l’eau jusqu’à ce qu’elles soient refroidies , ou qu’elles n’en absorbent plus ; alors 011 les passe mouillées au moulin. On sépare les matières non oxidées par le lavage (1) , et on sèche à la fin (2). La matière est

(1) La décantation peut se faire par des cuves dont les eaux passent successivement des unes dans les autres. En Angleterre, l’ouvrier, avec la pâte qui sort du moulin , remplit à moitié un bassin de cuivre , qu’il agite dans une cuve pleine d’eau , de manière que les parties les plus fines soient enlevées par l’eau et que les parties les plus grossières restent dans la cuvette.

(2) Le séchage se fait sur une plaque de tôle enchâssée dans des briques, et chauffée par dessous.

Tom. II.

alors jaune d’or. Elle est quelquefois livrée dans le commerce sous le nom de jaune de plomb ou de massicot.

Dans quelques fabriques on ne passe pas au moulin, on se contente de décanter; le passage au moulin est cependant toujours utile. Quelques fabricans passent la matière au moulin après la décantation.

Les moulins et les ustensiles que l’on emploie , ainsi que la chaux moulue , ont une teinte grisâtre et non pas jaune, comme on pourrait le croire. On mouille le jaune de plomb dans le moulin. Un homme peut moudre 4 à 5oo livres dans i heure.

Calcination du plomb jaune.

i° A Piollhofen.

La litharge de plomb finement moulue est mise dans des retortes longues (1) placées horizontalement dans un fourneau, de manière que la flamme puisse facilement les entourer; on les remplit au quart; elles contiennent alors à peu près 02 livres de jaune de plomb. L’ouverture des pots reste ouverte , on y met seulement une tuile pour éviter la déperdition de la chaleur. On chauffe avec du gros bois qui a la longueur du four , et on a soin que la flamme touche les pots. Â une chaleur trop forte il ne se manifeste aucun phénomène; une chaleur trop faible a l’inconvénient de faire perdre du temps et du combustible.

Toutes les 1/2 heures, ou toutes les fois que l’on alimente le foyer, on agite la matière avec une spatule, en grattant autour des parois , parce que sans cela elle s’y

(1) Voyez plus loin leur description, ainsi que celle du four.

attacherait. Dans les jours longs on chauffe 2 jours et une nuit, dans les jours courts 2 jours et 2 nuits, en tout 48 heures. La chaleur finit par devenir assez grande pour que la partie inférieure des pots soit d’un rouge clair.

Vers la fin on observe par des essais répétés si la matière a une belle couleur, et on l’enlève alors avec des cuillers de fer, parce que par un plus long chauffage elle s’altérerait. Après le refroidissement on passe le minium au tamis (1) , on le lave par décantation, et souvent on le passe au moulin.

20 En Angleterre .

On met le jaune de plomb dans le même fourneau qui sert à calciner ;le plomb; on le dispose en un tas aplati , et on le sillonne. On le fait rougir 5G à 48 heures (2) , pendant lesquelles on remue seulement autant qu’il est nécessaire pour que la matière ne s’agglomère pas. L’air a dans le four un libre accès , mais à la fin on ferme pen dant quelque temps.

5e D'après Olivier.

Olivier met la cendre de plomb (il ne dit pas s’il la décante ou s’il la tamise ) dans des vases de terre ( 7 à 8 pouces ) , ou sur le sol d’un fourneau à réverbère , et chauffe de manière à obtenir un faible rouge. De temps en temps on diminue et on relève le feu; après 56 heures on enlève le minium.

A ce travail il est nécessaire , pour obtenir un beau minium, de fermer avec de l’argile toutes les issues à l’air.

(1) Celui qui est en morceaux ou en pellicule est mis aux dechets. (:>) Jars dit que dans une fabrique en Angleterre l’on chauffait 36 à 4° ■> et dans une autre 48.

IOO

Le minium ainsi obtenu est d’une couleur rouge de capucin. On pulvérise dans un moulin semblable à celui des potiers; après on le repasse dans le four , et on chauffe jusqu’à ce que les voûtes soient rouge de cerise; on calfeutre comme précédemment , et on laisse refroidir pendant 56 heures. Le minium est alors d’une très -belle /

couleur. On le met dans des tonneaux, et on le décante (1); on le sèche, on le met dans des boîtes de tôle de 2 à 3 pouces de diamètre , qui , après avoir été bien fermées par leurs couvercles, sont placées dans un fourneau à réverbère , où elles sont rougies.

Observations.

Une grande division et une agitation fréquente du plomb jaune facilitent beaucoup la formation du minium; ainsi il est utile de le pulvériser très -fin. Dans quelques fabriques on calcine deux fois, la première jusqu’au rouge cerise; l’oxide reste alors 24 heures dans le four fermé.

On prétend que la chaleur la plus convenable est 4oo à 4ôo° Fahrenheit; quand le feu est trop fort le minium revient au jaune, et repasse à l’état de litharge. D’après Hahnemann , on fait la chaux de plomb à 25o ou 240° Réaumur. Le minium à la température de fusion

(1) La décantation se fait dans un baquet de 4 pieds de haut et de meme largeur, à côte duquel se trouve un tonneau d’une capacité' double, qui a, 3 pieds au-dessus du fond, un robinet de cuivre que l’on peut ouvrir et fermer à volonté : ce tonneau estmis dans la terre. On met dans le baquet rempli d’eau 4oo livres de minium, comme il sort du moulin; on remue fortement,; on laisse couler l’eau rouge dans la grande tonne, où elle reste une demi-heure; alors on ouvre le robinet pour que l’eau claire s’écoule, le minium fin se trouve au fond du grand tonneau.

MINIUM. IOi

de l’étain. Avant on croyait qu’il fallait que la flamme touchât 1 oxide , mais cela n’est pas nécessaire.

On reconnaît que la chaux de plomb est suffisamment oxidée quand elle a en sortant du four une couleur rouge d ocre foncé, et prend en refroidissant une belle couleur rouge.

Dans d’autres fabriques on brûle dans des poêlons de fer qui ont i pied de long, 7 pouces de largeur et 1 pouce de hauteur, et qui reposent sur des barres de fer; les poêlpns sont placés 4 a 4, en losange, dans le four à rêver- Isère; sur 4 on en pose 5, et sur les 5 2 , et on finit le tas par 1 seul. Alors on ferme toutes les ouvertures pour que l’air n’y pénètre pas , et on entretient le feu jusqu’au lendemain.

On prétend que plus la fumée est épaisse dans le four, et plus le minium est lourd et de bonne qualité.

Gomme il se volatilise beaucoup de plomb qui retombe en poudre fine sur les toits et sur les plantes du voisinage, Olivier a disposé l’appareil de manière que les fumées passent dans des canaux dont le fond est couvert d’eau , où elles déposent le plomb. Dans les fourneaux allemands, et probablement dans tous ceux qui sont bien construits , il se volatil! se peu d’oxide de plomb , on aperçoit des fleurs d’un jaune-pâle seulement aux bords des ouvertures de tirage.

5° Produit en minium .

D’après la composition chimique, 1 00 parties de plomb devraient gagner u 1/9 en se transformant en minium; mais comme il y a toujours des déchets , que la calcination des grandes masses est rarement entièrement complète , que le plomb n’est pas entièrement pur, l’augmen-

Tnf> COULEURS ROUGES,

tation de poids est seulement de 10 pour 100. Si cependant (comme cela est probable) il se combinait un peu d eau au moulage et à la décantation, le rendement serait plus considérable. De Justi estime l’augmentation à 1/10, et quelquefois à i/5; Valmont de Bomar et M. Chaptal 1 estiment à i5 pour 100 ; Vallérius de 10 à eo ; Viégleb a so pour 100; Schrœderà îopour 100; Rollhofen, seulement à 4 pour îoo , mais probablement les déchets n etaient pas portés en compte.

6° Falsifications.

Il faut que le bon minium ait une couleur rouge élevée jusqu au rouge-écarlate, et soit égal en finesse aux poudres à cheveux; on y mêle de la craie rouge , de la tuile pulvérisée, de l’ocre rouge, du rouge-brun, etc. On reconnaît ces mélanges en chauffant le minium avec un peu de charbon et de graisse; le minium se réduit à l’état métallique , et les substances étrangères restent.

7° Améliorations.

Comme le minium contient ordinairement de la litharge et de l’oxide de cuivre , Kastner a recommandé de séparer ces substances étrangères par du vinaigre étendu. La liqueur pourrait être utilisée pour la fabrication de 1 acétate de plomb. D’après Stolze , la couleur n est pas améliorée par ce traitement , parce que l’acide acétique étendu n’agit que très-faiblement , et que 1 acide fort, produisant de l’oxide de plomb puce , donnerait une couleur brunâtre au minium.

8° Usages.

Le minium est employé pour la fabrication du lliutglass , pour rendre siccatifs les huiles et les vernis , pour

MINIUM. ïo3

les couvertures de faïence , pour les cires à cacheter , pour colorer les cires molles , pour falsifier le vermillon , rarement comme couleur à l’eau et à l’huile; a cause de sa propriété venéneuse il n est pas employé pour teindre les pains à cacheter et pour peindre les joujous d’enfans. Pour les couleurs on obtient les parties les plus fines par décantation , attendu que par un long broyage il devient pâle,

Etal de la fabrication du minium .

Allemagne . La première fabrique fut établie à Rollhofen près de Nuremberg; du moins il n’est question que de celle-là dans les anciens écrits. Elle fut montée en 17..., et produisait un minium qui était préféré à celui d’Angleterre. Marx rapporte que dans l’État Ptomain il y avait seulement deux fabriques de minium. Dans la lettre d’adresse de Nuremberg, 1820, il y a 8 fabriques, une à Piollhofen , une à Kaeferthal près Manheim , une à Gotha, et plusieurs en Carinthie. D’après Schreyer, dans Vaaren cabinet (Prague, 1799) on mentionne une fabrique à Joachimsthal , en Bohême, qui livre annuellement 3oo quintaux à i4 ou i5 florins. Celle-là a probablement cessé, ainsi qu’une autre à Tschoppa , en Saxe. En 1800, Hambourg tirait par Hall de l’Angleterre 81 tonneaux de minium. Le tonneau est de 8 à 900 livres.

La Hollande tire beaucoup de minium de l’Angleterre. Autrefois on faisait beaucoup de jaune de plomb à Amsterdam; en 1809 011 n en fabriquait plus (Nemnich).

L’Angleterre livre au commerce la plus grande partie du minium qui se consomme. Les fabriques sont établies dans le Derbyshire ; elles sont favorisées par le bas prix

ïo4 COULEURS ROUGES.

du combustible et la pureté du plomb. Elles travaillent

très en grand.

France . Peu avant 1798, Olivier établit à Bercy une fabrique de minium; mais comme les voisins se plaignirent de ce que les vapeurs étaient nuisibles à la santé des bestiaux , il fut obligé de cesser. Plus tard il continua cette fabrication à Paris , où il faisait passer les fumées dans des canaux contenant de Peau où les vapeurs de plomb se condensaient. M. Chaptal , dans son ouvrage sur l’industrie française, mentionne des fabriques de minium à Clichy, Tours et Baccara; Nemnich celles de Tours et Saarguemine.

L’Italie tire beaucoup de minium de l’Autriche et de P Angleterre.

Russie. Il existe une fabrique de minium à Rostav, dans le gouvernement de Bereslaw, établie en 1760; elle donne annuellement environ 800 pouds ( 4o mille livres de Russie).

A Philadelphie il y a une fabrique de minium et de blanc de plomb; cependant en 1810 il était encore introduit annuellement 1 1 5o tonnes de blanc de plomb et de minium.

10e Ustensiles pour la préparation du minium.

Fourneaux à fondre et à calciner le plomb. Le fourneau de fusion est qn fourneau à réverbère ordinaire , dans lequel Pair a un accès suffisant sur le métal fondu.

Les figures 5 et 4 représentent le fourneau à fondre employé à Piollhofen, d’après Roses.

Fig. 3. Vue extérieure du fourneau , construit en briques.

Fig. 4* Meme fourneau , dont la voüite et le mur de devant du foyer sont enlevés.

io5

a. ouverture du foyer.

b f b. ouvertures du fourneau; toutes les trois sont sans portes, afin que l’air puisse facilement pénétrer.

c . c. ouvertures de tirage par lesquelles on peut régler la marche du feu.

d. réservoir muré dans lequel on jette les déchets.

e. plate-forme en briques qui se trouve en avant des ouvertures pour recevoir les matières que 1 on sort du four.

/. ( Fig. 4. ) mur de refend qui sépare en partie le foyer de feu des foyers de plomb , pour qu il ne tombe point de

cendres ni de charbon sur le plomb.

( Fig. 4. ) mur de derrière qui ferme les 3 foyers; la

voûte du toit y est tracée.

Hauteur, 4 pieds 9 pouces; largeur, 8 pieds 9 pouces; longueur, 7 pieds 6 pouces 1/2; mur de derrière, 1 pied 4 pouces d’épaisseur; mur de devant, 5 pouces; murs de

côté, 10 pouces.

a. 1 pied 3 pouces de largeur , et i pied 3 pouces de haut.

b. 1 pied 2 pouces de large, 6 pouces 1/2 de haut; la maçonnerie est aussi large , mais 1 entourage de tôle di

minue l’espace d’environ 1 pouce,

e. 4 pouces de long, 3 pouces 1/2 de large; ils sont

éloignés du fond de 1 pied 4 pouces , et des murs de cote de 1 pied 10 pouces.

/. 3 pouces de haut , 6 pouces d’épaisseur.

Ce fourneau a seulement un foyer plat et horizontal divisé en 3 parties par des murs de refend (1). Celle du

D’après Jars, le foyer des fours anglais est horizontal ; celui de Roilhofen est incline en dedans, pour que le métal qui est agite pa.

io6 COULEURS ROUGES,

milieu constitue le foyer à bois; dans ceux de côté se trouve le plomb sous lequel passe la flamme et la fumée. Ce fourneau , ainsi que les fourneaux anglais , n’a point de cendriers; les ouvertures des foyers à plomb sont garnies en fer.

En Angleterre le foyer est disposé des deux côtés du foyer à plomb.

Fourneaux à minium. En Angleterre on calcine la cendre de plomb dans les mêmes fourneaux qui ont servi à la former. A Roliliofen on a un fourneau particulier. Dans une fabrique il y a 3 de ces derniers fourneaux pour le massicot : on en a réellement 6, parce que les fours à minium sont doubles. Tous les fours sont placés sous un grand hangar.

5 uoe vue extérieure du four; la fig. 6 la même vue en enlevant le toit.

a. base du fourneau; b . une plate-forme plus étroite; c • toit; d , d. ouvertures des foyers garnis déportés; e9 e9 e. trous par lesquels dépassent les pots; /, f. ouvertures de tirage; g. mur de derrière; h. (fig. 6) mur de refend qui divise tout le fourneau en 2 parties , et entre lequel reposent les fonds des pots; i, i , i. pots dans lesquels la litharge se transforme en minium : ils sont garnis en fer.

Hauteur, 4 pieds 3 pouces; largeur dans le bas, 5 pieds; dans le haut, 3 pieds 7 pouces; longueur, 5 pieds.

d. 1 pied de large, 5 pouces 1/2 de long.

f. 3 pouces de large, 5 pouces 1/2 de long.

h. 9 pouces d’épaisseur.

Distance de chaque pot , 6 pouces.

des machines hydrauliques ne puisse pas s’echa pper. On s’oppose aussi au coulage en mettant dey an L les portes des briques ou des dechets.

Hauteur des pots, ï pied 7 pouces; diamètre au ventre, io pouces, au fond 8 pouces, à l’embouchure 5 pouces; épaisseur, i/4 de pouce.

Fours anglais . Les Anglais, comme nous l’avons déjà dit, font la calcination du plomb et celle de la litharge dans un four à réverbère ordinaire, dans lequel sont établis plusieurs foyers sans grilles et sans cendriers.

La Jig. 7 est la vue extérieure, la Jig. 8 le plan d après Jars, la Jig. 9 l’intérieur d’après Ferber.

a» ouverture du foyer à plomb , et dans la Jig» 8 le foyer à plomb même; dans le haut est un anneau auquel on suspend le ringard à remuer.

b9 b. ouvertures des foyers, c, c. voûte avancée pour le chemin d.

e, voûte sous le fourneau.

Fig. 9. a . foyer du plomb; b , b. foyers; n. voûte; o, o. ouvertures par lesquelles la flamme pénètre dans le

foyer du plomb.

La profondeur du four est de 8 à 9 pieds , l’ouverture du foyer est de 18 pouces de large et de 1 5 pouces de

hauteur.

Hahnemann a décrit un autre appareil , qui est dispose comme celui de la Jig. 4 , mais il est fermé supérieurement par une plaque de fonte sur laquelle se calcine la litharge; pendant qu’on calcine on fait la cendre de plomb. Si on veut mesurer la force de la chaleur dans le fourneau , on peut adapter une tige de cuivre longue de 8 pieds 1/2 du Rhin, dont une des extrémités, sort du fourneau, et vient toucher une aiguille mobile autour de son ccntic , dont l’autre extrémité , beaucoup plus longue , paicoui t un cadran divisé; l’extrémité de la tige de cuivre, qui

fo8 COULEURS ROUGES,

s’allonge ou se raccourcit suivant que la température augmente ou diminue, fait mouvoir l’aiguille.

La fig. 10 indique la disposition de ce fourneau.

a. foyer du plomb ; h , b. foyer du combustible; tous les trois sont indiqués ouverts , mais comme il est d’usage ils sont maçonnés , et pourvus d’ouvertures de 8 pouces de large seulement. Ils sont séparés par des murs de refend sur lesquels passe le feu. Le four a 10 pieds de large et de longueur; on fond à chaque foyer 200 livres de plomb. Le ringard est suspendu à un crochet fixé audessus de l’ouverture du foyer à plomb, c. plaques de fer mises l’une à côté de l’autre qui ferment supérieurement les 3 foyers ; on brûle sur ces plaques 800 liv. de cendres de plomb pour les transformer en minium. Elles reposent sur les murs et sur quatre étais qui s’élèvent des murs de refend des foyers ; l’air peut pénétrer au - dessus des plaques , mais il est bon de les maçonner en partie. A gauche de c est un petit avant -mur ou le pyromètre de cuivre est placé, n, carreau de vitre où se trouve placé le cadran.

Moulin, Le moulin anglais ressemble, d’après Jars, à un moulin de blanc de plomb ; il est mis en mouvement par l’eau. En Allemagne on a des moulins ordinaires; mais dans plusieurs endroits on emploie des tonneaux qui tournent sur leur axe, et dans lesquels des boules de plomb pulvérisent la matière. Par ce moyen on évite toute la poussière , et le tamisage.

Tamisage, Le tamisage se fait pour le mieux dans un blutoir, afin d’éviter la poussière. A Rollhofen les tamis sont dans une caisse , et le mouvement est communiqué par une roue à eau.

CINABRE VERMILLON

CINABRE, VERMILLON

Histoire. Le vermillon était connu des Grecs et des Romains (1); Aristote, Dioscoride et Pline en font mention. Pline l’appelait minium,* le nom de cinabre était alors donné au sang-dragon; cependant on changeait déjà ces deux noms. Le mot cinabre, d’après Pline, vient de I Indé. 000 ans après Jésus-Christ, Caillas employait le cinabre en peinture. On prétend aussi l’avoir découvert à cette époque en Espagne en masses et en poudre, ainsi que près Kolchi , sur un rocher inaccessible d’où il fallait le faire tomber avec des frondes ; mais cela est faux. Le meilleur se trouvait au-delà d Rphèse , dans les champs Cilbianis , sous la forme d’un sable rouge-d’écarlate, que l’on broyait et décantait ensuite. Pline (XXIII, 1 3y chap. 4o ) rapporte que l’on trouve le cinabre en Caramanie et en Ethiopie; mais Rome le tirait seulement d’Espagne.

La préparation du cinabre par la voie humide fut don née pour la première fois par G. Schuîze, dans Pannée 1687 ; plus tard J.-F. Homann fit des essais ( 1722 ) : ensuite Nietzky (2), Baumé, Goettling (1780 et 1787), Kirchhoff, TromsdorfF, et particulièrement Ch. F. Bu-

i cholzse sont occupés de cette préparation.

Etat naturel. Le cinabre se trouve tout formé dans la mature; parmi tous les minerais de mercure c’est celui

I (1 j Dans les jours de fête on colorait le visage des statues de Jupiter avec du vermillon. Les guerriers triomphans se teignaient le corps avec cette substance.

(2) Dissertation sur le cinabre. Hall, 1771.

1 1 o COULEURS ROUGES,

qui est le plus répandu (1). Ordinairement il se trouve dans des montagnes stratifiées , plus rarement dans des montagnes de récente formation : le plus souvent il est d’un rouge vif en masses compactes ou cristallisées. Les deux espèces sont ordinairement employées pour en extraire le mercure , parce qu’il n'est pas aussi beau que celui qu’on obtient artificiellement.

Composition. Le cinabre artificiel contient 86,5 2 mercure, et i5,68 de soufre (2); celui qui est naturel contient, d’après Kervan, 80 de mercure et 20 de soufre. Plusieurs chimistes ont avancé que dans le cinabre le mercure est différemment oxidé , et que c’est cette diffé~ rence qui constitue celle des couleurs.

Propriétés. Le cinabre artificiel sublimé est en masses aiguillées d’un rouge de cochenille , et pulvérisé il est d’une couleur d’écarlate vif. Il est sans goût et sans odeur, et il n’est pas altéré par les dissolutions alcalines et l’acide muriatique: par la chaleur il devient rouge- carmin , et plus tard noir. A une plus grande chaleur il brûle avec une couleur bleue. Dans des vases clos il se sublime sans s’altérer; sur un fer rouge il se volatilise et se brûle en partie en produisant une odeur sulfureuse ; par cela on le distingue du sulfure rouge d’arsenic , qui dans les mêmes circonstances répand une odeur d’ail. L’acide nitrique décompose le cinabre en dissolvant le mercure et

(1) On le trouve principalement à Idria, à Krain en Carinthie , en h Bohême, en Saxe ( près Schneiberg), à Gladenhach dans le Darm- f| staedt , à Nassau , à Salsbourg , en Transylvanie, en Hongrie , en Es- 1 pagne, en Chine , au Japon , etc.

(2) Un excès de soufre est nuisible; alors il faudrait l’enlever par if; des alcalis caustiques; avec trop peu de soufre il se forme seulement « une combinaison brune.

CINABRE VERMILLON. m

acidifiant une partie du soufre. L’acide suifurique n’agit que faiblement. La chaux, le fer, l’antimoine et l’étain le décomposent par la chaleur , en se combinant avec le soufre. Exposé à la lumière il devient ( d’après Paysse ) d’abord rouge de tuile, et ensuite brunâtre.

Préparation. La préparation du cinabre naturel consiste à le pulvériser , et à séparer les matières étrangères par le lavage et la décantation. La préparation du cinabre artificiel consiste à combiner le mercure et le soufre dans des proportions déterminées, et à sublimer ensuite.

La combinaison peut avoir lieu par la voie sèche et la voie humide.

Par la voie sèche . On l’obtient par cette méthode en faisant fondre i partie de soufre , et y délayant peu à peu G parties de mercure, jusqu’à ce que la combinaison soit formée. Il se dégage beaucoup de chaleur pendant la combinaison. On obtient une matière noirâtre, qui devient d’un beau rouge par la sublimation. La couleur rouge-noire de la matière avant la sublimation provient de ce qu’elle contient du soufre très -divisé, mais non complètement combiné.

V oie humide. On obtient le cinabre par cette méthode de plusieurs manières : i° en délayant du mercure avec une dissolution d’hydro-sulfate d’ammoniaque ou de potasse chauffée ; le mercure s’empare d’une partie du soufre de ces derniers, et devient rouge avec le temps; 2° en ajoutant à une dissolution d’un sel de mercure , de l’acide hydro-sulfurique ou un hydro-sulfate, il se précipite une poudre noire qui , par la chaleur ou la sublir mation, se transforme en cinabre.

i° Soufre et mercure.

Procédé de Brand, à Amsterdam (1).

Dans une chaudière de fer poli on met i5o livres de soufre , on allume le feu, et quand le soufre est fondu on ajoute peu à peu , et en remuant constamment avec une tige de fer, 1080 livres de mercure, en entretenant un feu doux.

Quand la combinaison est faite on verse la matière noire sur des plaques de fer placées en terre dans un endroit découvert.

Après le refroidissement on casse la matière en petits morceaux, on la broie, et on la met dans de petits flacons d’argile (ils peuvent contenir 2.4 onces d’eau) , dans lesquels elle reste jusqu’à ce qu’on la mette dans les vases à sublimer.

Pendant ce temps on chauffe doucement les vases à sublimer qui sont dans le fourneau (2) , jusqu’à ce que le fond soit rouge, et on y vide d’abord 1 flacon, et plus tard 2 , jusqu’à 5; on ne peut pas fixer le nombre , parce qu’il dépend de plusieurs circonstances. La matière s’enflamme quand on la projette dans les pots, et il n’est pas i rare de voir la flamme s’élever de 4 à 5 pieds au-dessus J des pots. Quand elle a diminué un peu (3) on couvre * l’embouchure des pots avec une plaque de fer de 1 pied I

carré et de 1 pouce à 1 pouce 1/2 d’épaisseur, et qui ferme 3

(ï) D’après le pharmacien Ruikert , Annales chimiques de !£ Crell , 1789 , ier vol. avec d’autres observations.

(2) On allume déjà le feu le soir avec de la tourbe.

(3) Paysse observe que la flamme est dans le commencement d'un ; 0 blanc éblouissant et a 4 pieds de haut, ensuite elle passe au jaune eV >3 au bleu , plus tard elle montre des nuances vertes, violettes, et à la |f

CINABRE VERMILLON

bien (1) , et on passe au remplissage des deuxième et troisième pots. De cette manière toute la masse est mise dans les pots dans l’espace de s4 heures; on compte 36o livres de mercure et 5o livres de soufre par pot. On continue ensuite le feu au degré convenable, et on le laisse éteindre quand tout est sublimé. 56 heures sont nécessaires * mais ordinairement on emploie 2 jours et 2 nuits.

On reconnaît le degré du feu à l’élévation de la flamme en enlevant le couvercle. Quand il est trop grand la flamme dépasse le vase de quelques pieds , et quand il est trop faible on l’aperçoit peu ou pas du tout au-dessus de l’embouchure; quand il est suffisant, la flamme s’élève seulement de 5 à 4 pouces au-dessus du bord du vase (2).

Dans les dernières 36 heures on remue la masse fortement toutes les 1/2 heures ou tous les 1/4 d heure avec une tige de fer (3).

Toutes les 4 ou 5 heures, suivant que le travail va vite ou lentement , on verse des flacons de matière noire pul-

f]n des nuances vertes; vers la fin on la moderfe, et on ferme le pot quand elle n’a plus qu’un pouce et qu’elle est bleu de ciel ou bleu

d’indigo.

(1) Eerber dit que l’on essaie si le couvercle ferme bien, en présentant autour du couvercle un ducat placé dans une lente au bout du bâton : il devient blanc si la fermeture n’est pas complète. Ruikert ne rapporte point cette observation.

(2) Il paraît que le chauffage des pots avant leur remplissage, et la mise de la matière par portion , contribuent beaucoup à produire une belle couleur.

(5) Les ouvriers exécutent cette opération si hardiment , que les étrangers craignent qu’ils n’enfoncent les vases ( d auties obseï /ent que l’on remue toutes les 4 OL1 5 heures, et que Ion remplit alois. Probablement cela se fait dans le commencement ).

Tom II.

n4 COULEURS ROUGES.

vérisée, jusqu’à ce que tout soit sublimé. Par suite les pains

se trouvent formés de différentes couches (1).

Le cinabre se dépose contre le cercle de la plaque de fer qui est compris entre les bords du vase, parce que c’est la partie du vase la plus froide ; quand l’ouvrier juge que la couche a une suffisante épaisseur, il enlève la plaque avec précaution , fait retomber dans l’ouverture du pot le cinabre qui peut se trouver autour avec un marteau pointu , et recouvre le pot par une nouvelle plaque de fer froide sur laquelle le cinabre se dépose de nouveau , ce qui est accéléré par le froid (2).

Quand tout est refroidi on enlève les pots , on les casse, et on recueille le cinabre qui y reste encore. Les gâteaux de cinabre qui se sont attachés pendant le travail aux plaques de fonte sont détachés, cassés, et livrés au commerce dans cet état , ou après avoir été pulvérisés.

Chaque pot donne 4oo livres (5) , tous les trois donnent alors 1,200 livres.

La pulvérisation se fait entre des pierres à moudre ; on humecte le cinabre (avec de l’eau de pluie ),* plus il est fin, et plus la couleur est claire et brillante. On distingue celui qui a été moulu 1, 2, 3, 4 fois .

Quelques fabricans assortissent les vermillons par la décantation.

(1) Ordinairement , en Hollande, on remplit 3 fois; on reconnaît cela aux pains , parce que chaque couche est se'pare'e des autres par une petite pellicule grise.

(2) Pour cette raison, le travail va mieux l’hiver que l’e'te', et par la même raison le cinabre ne se de'pose pas sur les plaques, qui deviennent trop vite chaudes. La première sublimation dure toujours plus long-temps que la seconde, parce que les premières aiguilles ne s’attachent pas si facilement.

(3) D’après d’autres 100 seulement, et d’après d’autres g5.

CINABRE VERMILLON

Produit. D’après Payssé (i) , un mélange de mercure et de soufre qui pèse 4°° livres donne 36q à 3 73 livres de cinabre.

Proportion des mélanges. Si 011 considère la composition du cinabre , 1 partie de soufre devrait suffire à 6 ou 6 1/2 de mercure; mais comme pendant la sublimation il se bride un peu de soufre, 011 devrait plutôt prendre un peu plus de soufre. Ferber donne comme la proportion en usage en Hollande 5 parties de soufre sur 17 parties de mercure (2) ; mais il observe qu avec plus de mercure on obtiendrait du cinabre plus brillant. D après les proportions données par les ouvriers de Brand , à Ruickert , sur 1 partie de soufre on met un peu plus de 7 parties de mercure : proportion qui s’accorde davantage avec la composition du cinabre, mais qui exige d éviter toute peite de soufre. Dollfusz a déclaré aussi que 1 partie de soufre sur 7 de mercure était la meilleure proportion. Dénia chy indique 1 livre de soufre sur 8 parties de mercure , et observe que le cinabre était d’autant plus beau qu’on prenait moins de soufre. Baumet indique i partie de soufre

sur 3 de mercure.

2° Soufre y mercure y avec addition de plomb \f).

On broie 1 partie de soufre avec 2 parties de mercure ÿ jusqu’à ce que le mercure ait entièrement disparu, et qu’on n’aperçoive plus de petites bulles de mercure. La

[\\ Annales de chimie , tome 5« , page ig5.

(2) 11 tenait ce renseignement d’un fabricant, qui lui disait que sur chaque pot de sublime on prenait 5o livres de soufre, et iyO

m ercure .

(3) D’après les indications de Ritter, ce serait le seul procède avec lequel on obtient du vermillon en Hollande.

masse est alors de l’éthiops de mercure. On ajoute ensuite à chaque quintal 5 livres de plomb en grenaille ou de minium (1) ; la couleur noire s affaiblit , et le plomb entre en combinaison avec le mercure.

Alors on chauffe les pots à sublimer, et quand ils sont chauds, on y porte 200 livres de la matière noire , également chauffée, par chaque pot (2), et on commence la sublimation.

Quand elle est terminée on laisse éteindre le feu , on laisse refroidir les pots pendant 18 heures, on les casse, et on porte le cinabre dans les moulins.

Deuxième préparation par la voie humide (5).

i° Procédé de Bucholz.

On chauffe dans un vase, presque jusqu’à bouillir, 4 parties de mercure , 1 partie de soufre pulvérisé et 0 parties de potasse dissoute dans 6 parties d’eau, et on entretient la chaleur 5 à 4 heures en agitant continuellement. Il se forme un sulfure de mercure.

On met alors la matière dans un lieu à une température modérée (4) , et on agite de temps en temps. Après 12 ou 24 heures la couleur du mélange passe du noir au brun, ensuite au rouge-brun, et enfin au plus beau

11) On prétend que l’addition du plomb rend le cinabre plus beau en s’emparant d’une partie du soufre.

(2) On a 3 pots dans lesquels on travaille 1200 livres, en remplissant 2 fois chaque pot avec 200 livres. Quelques-uns mettent des charges doubles, alors le travail dure 2 jours et une nuit.

(ûj Ce procède n a pas encore été exécuté en grand.

(4) Une forte chaleur d’étuve est suffisante, un chauffage à la fin du travail détruit la couleur du cinabre.

CINABRE VERMILLON

rouge cinabre. Quand cette couleur a paru on ajoute de I eau jusqu à ce qu’il commence à se former un précipité

noir (1); on cesse aussitôt, et on sépare le cinabre de la liqueur par la filtration.

Le cinabre est ensuite arrosé avec une dissolution de potasse dans go parties d’eau; on agite fortement, on laisse reposer, on décante (2), on lave avec de l’eau, on fait sécher, et on chauffe à la fin 5 ou 6 minutes , mais au- dessous de la température de sa sublimation.

2° Procédé de Kirchof.

Ooo grains de mercure sont broyés avec 68 grains de fleur de soufre jusqu’à formation d’élhiops, dans lequel Oii ne puisse plus découvrir de l>ulle de mercure avec le microscope. Pour rendre possible une aussi complète

combinaison on ajoute quelques gouttes de dissolution de potasse (5).

Le résultat est mêlé avec autant de potasse caustique dissoute dans leau; on chauffe (4), on renouvelle l’eau a mesure qu elle s évaporé, de manière que l’éthiops soit toujours recouvert d’un pouce d’eau, et on continue le broyage pendant 2 heures (5). Après ce temps la matière

V1 ) La liqueur contient du sulfure cie potasse combine avec du sulfure de mercure, et ce dernier se précipité quand elle est trop étendue.

(2) Lelte lessive ne peut être employée de nouveau.

K°) ^ dépend d’un parlait mélangé. Le comte Muschin Puschain prenait 1 livre de mercure, 35 gros de fleur de soufre, et 10 onces d alcali caustique j il obtenait également nn joli cinabre.

(4) t-*a chaleur du bain de sable est suffisante ; il faut au commencement une température voisine de l’ébullition, surtout quand il y a beaucoup de liquide. Il faut que le vase soit plongé dans le sable jusqu’au bord.

(5) Il faut constamment remuer, parce que sans cela il se formerait des grumeaux.

ïl8 COULEURS ROUGES,

commence à prendre une couleur brune, ce qui a lieu ordinairement quand une grande partie du liquide a ete évaporée. A partir de cette époque le passage du brun au rouge se fait très- rapidement; alors on n’ajoute plus d’eau, mais le broyage n’est point interrompu. Quand a matière a la consistance d’une gelée (.) , la couleur rouge devient alors toujours plus claire avec une mcroyab e vitesse » et c’est l’époque d’où dépend la réussite du travail. Quand la chaleur n’est pas assez long-temps continuée , la couleur ne parvient pas à son plus grand éclat ; quand on continue seulement deux secondes de trop , la couleur rouge brillant passe comme un éclair au brun

sale (2).

M. P. observe qu’il est mieux de ne pas laisser lormer entièrement le cinabre dans le bain de sable , mais quand la couleur rouge est en partie développée , d’enlever le vase et de le laisser 4 ou 5 jours à une chaleur semblable à celle d’un poêle d’appartement qui a été chauffé 2 ou 5 heures; alors il faut ajouter quelques gouttes d’eau , et remuer de temps en temps. Par cette humectation et l’agitation on évite le passage de la couleur rouge en jaune. A la fin on laisse le cinabre entièrement sécher à la chaleur du poêle, et on le lave avec de l’eau. 11 devient par cela entièrement noir; cependant ce précipité se sépare facilement par la décantation.

(1) Lecomte M. P. observe qu’une certaine consistance accéléré la production d’une bonne couleur.

(2) Le comte M. P. observe que l’on peut reproduire la couleur rouge par quelques jours de digestion dans la potasse caustique. Il est très-difficile d’atteindre le point le plus convenable , parce que la matière est enveloppée de foie de soufre. Souvent , après le lavage et le séchage , il existe encore du foie de soufre qui altère la couleur.

CINABRE VERMILLON. 119

Si 011 chauffe rapidement et peu de temps le cinabre après le séchage , sa couleur devient beaucoup plus belle et plus vive. Il faut cependant que la chaleur ne soit pas suffisante pour qu’il se forme une pellicule grise ou une sublimation.

Le pharmacien Funke observe que le cinabre obtenu par le bouillage des dissolutions alcalines avec le sulfure de mercure , d’après le procédé de Kirchof, se détruit par une ébullition continue , et se transforme en un corps brun; mais on peut produire la couleur par une digestion dans l’hydro-sulfure d’ammoniaque.

Juch prétend avoir observé que l’absence de la lumière favorise la couleur rouge par la voie humide; Bucholz ne put pas observer ce fait.

4° Avivage du, cinabre et préparation du cinabre de la

Chine.

Plus haut nous avons déjà parlé de la manière d’agir de la chaleur sur le cinabre préparé par la voie humide.

On peut aviver le cinabre qui se trouve dans le commerce en Farrosant avec de l’eau et le laissant quelque temps en contact avec ce liquide , ou en Fhumectant avec de l’acide nitrique fumant, et lavant bien ensuite.

On prétend aussi qu’en Hollande on emploie l’urine pour aviver la couleur , et l’alcool d’après d’autres indications.

Payssé a arrosé 100 grains de vermillon fin de Hollande avec de l’eau, et l’a laissé à l’ombre en remuant souvent; après 7 jours sa nuance était changée , et après 25 il avait obtenu le plus haut degré d’éclat , et était égal au vermillon de la Chine. Il fut alors séché à l’ombre.

4° Différentes sortes.

Le vermillon se distingue, suivant le nombre de lois qu’il a été passé au moulin, en ordinaire, moyen, fin et superfin , en 24 numéros. Le cinabre se distingue en naturel et artificiel, le premier est en grains et le dernier en pains. Le vermillon de la Chine est le meilleur , mais on l’imite à Idria et ailleurs. Le vermillon hollandais est encore préféré à celui d’Autriche.

Celui d’Idria est en sacs de peau de 2 5 livres.

5° Falsifications.

Le vermillon est quelquefois mêlé avec du minium , de la brique pilée , de l’ocre , de l’arsenic rouge , de l’arsenic blanc , du sang-dragon , etc.

On reconnaît facilement la présence de l’oxide de plomb en traitant le mélange par l’acide acétique qui le dissout, évaporant la liqueur à siccité et chauffant le résidu avec de la potasse jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de vapeur; le plomb reste dans le creuset. On reconnaît la brique et les oxides de fer en sublimant le mélange ; ces matières restent comme résidu. On peut aussi reconnaître la présence du fer en traitant par l’acide muriatique qui dissout ce métal; la liqueur devient noire par les dissolutions de noix de galle. On reconnaît le sangdragon par la chaleur, il se développe une odeur d’urine. En Hollande on met quelquefois le vermillon du pays dans des sacs de vermillon de la Chine.

6° Usages.

Le cinabre est fréquemment employé dans la peinture

CINABRE VERMILLON

â l’huile , à l’eau, pour la cire à cacheter, les vernis, etc. ; plus rarement en médecine. Pour la cire k cacheter on estime celui de Hollande plus que celui de la Chine , parce que ce dernier donne une couleur trop foncée. Pour le rendre rouge-orange on y ajoute quelquefois du minium.

70 État de la fabrication dans quelques pays .

Allemagne. En différens lieux et a différentes époque» on a fabriqué du cinabre en petite quantité. Kœstlin donnait à Beckmann des renseignemens sur une fabrique établie près deVienne, qui pouvait sublimer 8 quintaux en 12 heures, et moudre 8 a 12 quintaux par 24 heures. Les vases sublimatoires étaient en fer; on n’y faisait point d’abord d’éthiops , le soufre et le mercure étaient mis en même temps dans les vases. La ville d’Idna livre maintenant la majeure partie du cinabre, en partie naturel et en partie artificiel. En 1820 il y avait une fabrique impériale de cinabre à Annaberg sur l’Ens. De 1809 à 181 1 la fabrication en Autriche s’élevait à 41 ,o44 livres. Maintenant elle doit être plus considérable.

L’Espagne livre au commerce du très-beau cinabre naturel; il vient des mines de Murcie et des environs d Ah-

cantlie.

Hollande . Ferber trouva en Hollande 4 fabriques de cinabre; celle de Brandi était la plus grande, elle est devant la porte d’Utrecht et fait annuellement , avec 4 ouvriers, et 5 fourneaux, 48,000 livres de cinabre, et en outre du sublimé corrosif, du précipité rouge, etc. Le propriétaire et les ouvriers étaient Allemands. Le maîtreouvrier avait 12 florins par semaine, le second ouvrier 10, les 2 derniers 6 à 7 . Ils se relevaient toutes les 1 2 heures.

i22 COULEURS ROUGES.

En Hollande le cinabre est mis dans des sacs de cuir , et dans des petits tonneaux de chêne doublés en cuir.

La France tire encore la plupart du cinabre ou du vermillon qu’elle consomme , de la Hollande.

La Russie tire le vermillon de l’Allemagne , en i 8o4 il en fut importé 3,335 punds.

La Chine et le Japon livrent de très -beau vermillon. A Amsterdam il en vient en grains ou en poudre dans des paquets et dans du papier de soie.

8° Ustensiles.

Chaudière pour fondre le soufre avec le l 2rnercure. Celles de la fabrique de Brandt ont i pied de profondeur et 2 1/2 de large.

Spatules. Elles sont en fer.

Plaques de fer pour recouvrir les vases à sublimer. Elles sont polies , et doivent s’appliquer parfaitement sur les pots.

Pots à sublimer. En Hollande on les fait d’argile et de sable pur (1), très-minces,* ils ont 5 pieds de haut, d’une forme elliptique (2) (d’après d’autres indications ils ont 4 pieds hollandais de hauteur.) L’embouchure a 7 pouces 1/2 de diamètre , le ventre vers le haut , dans sa plus grande largeur, 5 pieds 1/2. Le bord est courbé en dehors et a dans le haut de 2 pouces d’épaisseur, mais vers le bas l’épaisseur est encore plus grande ( Payssé dit que ce sont des creusets habillés avec des bonnets de fer)'; le bord hori-

(1) L’argile et le sable ne font point effervescence avec les acides. D’apres d’autres indications c’est une espèce de terre à foulon, dont 2 parties sont mêlées avec 3 préalablement calcinées.

(2) Ou sur des anneaux suspendus à !\ chaînes de fer suspendues aux 4 coins du fourneau.

CINABRE VERMILLON. ia3

zontai est lisse , afin qu’ils soient exactement fermés par les plaques de fer; les pots sont vernissés en dedans à la méthode ordinaire avec de la litharge. On les recouvre d’abord avec de la terre de pipe dans laquelle on met de la laine courte de mouton , on les parsème alors avec de la limaille de fer, et quand cette première couverte est sèche on en met une seconde dans laquelle on a pétri de la laine. Aussitôt qu’ils sont secs on les met dans le

four.

Ils reposent sur 5 barres de fer combinées , dont les extrémités posent sur les bords du fourneau (1). Ils sont placés dans un large anneau de fer, plongés à moitié dans le fourneau. L’anneau sert de base à une couverture épaisse d’argile ( avec laine et limaille de fer ) avec laquelle on environne la partie des pots qui se trouve hors du fourneau. Le bord supérieur de cette couverture forme la cavité dans laquelle le cinabre qui pénètre à travers le couvercle se dépose.

Le fourneau est disposé de manière qu’il y ait un espace libre de quelques pouces autour du pot et que la flamme baigne les 2/0 de la hauteui.

La fig. 1 1 représente les vases à sublimer d’apres Ferber; a , fourneau sur lequel reposent les extrémités des 3 barres de fer recourbées bb, qui sont réunies à la partie inférieure , et qui embrassent les pots et les enveloppes.

c , anneau de fer qui porte l’entourage épais du col des pots à sublimer.

d, plaque de fer qui ferme exactement l’ouverture des pots.

(1) Ou seulement jusqu’à j/3 ; on remplit avec de 1 aigile les fissur autour des pots , afin d’éviter une perte de chaleur.

ROUGE DE CHROME

Le rouge de chrome est une matière d’un rouge de tuile ou de cinabre, qui ne se trouve que depuis peu dans le commerce. Dans l’état pur il est formé de chromate de protoxide de mercure , et contient 83 protoxide de mercure, 17 acide chromique. A la chaleur il se décompose; le mercure se volatilise, et il reste pour résidu de l’oxide de chrome vert.

Pour le préparer on dissout des cristaux de nitrate de protoxide de mercure dans de l’eau chaude un peu acidifiée par l’acide nitrique, et on verse dans la dissolution, en remuant continuellement, une disolution de chromate de potasse à 6 ou 8°. Il ne faut pas ajouter autant du dernier qu’il en faudrait pour précipiter tout le mercure, parce qu’alors le chromate de mercure entraînerait avec lui un peu de chromate de potasse, ce qui nuirait à la beauté de la couleur, et à celle du vert de chrome qu’on en préparerait. En s’arrêtant au point convenable, il faut que la liqueur surnageante soit entièrement claire; dans le cas contraire , elle contient du chromate de mercure et a une couleur améthiste. Cela arrive principalement quand la dissolution de mercure est trop acide et contient du deutoxide de mercure, parce qu’il se forme du chromate de deutoxide qui est très-soluble (1).

Le précipité est lavé et séché.

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