CARMIN
Histoire. La préparation du carmin a été découverte par hasard par un moine franciscain (1) , à Pise. Il formait l’extrait de cochenille avec du sel de tartre pour 1 employer comme médicament, et obtint en ajoutant un acide
(O D’après Nemnîch, le carmmfut découvert par un apothicaire de couvent qui versa une dissolution de cochenille dans un acné, dans cet état elle ne put pas ctre employée a l’usage met ecina a quel elle était destinée , et fut mise de côté 5 après quelque e™Ps trouva un beau précipité qu’il fit voir à un peintre apres séché; il fut sollicité à en préparer de nouveau.
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un beau précipité rouge. En i656 Humberg en fit connaître la préparation (i).
Le carmin est la matière colorante de la cochenille préparée en précipitant une décoction de cochenille. Sa composition diffère suivant le mode de préparation. Le carmin ordinaire est préparé avec de l’alun , et consiste en matière colorante ( carminé ) , un peu de matière animale , alumine , et un acide.
L’alumine a principalement pour objet d’augmenter le poids , de diviser la couleur . et de lui donner par cela un peu plus d’éclat. Mais quand le précipité contient beaucoup d’alumine (2) il est moins fin, sa teinte est moins foncée , et doit alors être regardée comme une laque de carmin.
Préparation. On a beaucoup de procédés difïerens pour la préparation du carmin.
Il est important de précipiter la matière colorante sans altération et avec un grand éclat; il faut pour cela un œil exercé pour ne pas manquer l’instant où la couleur est la plus vive.
Il est aussi important de donner du corps et du poids à la couleur , autant qu’on peut le faire sans nuire 5 sa beauté.
On a observé que la matière colorante pure ne se laisse pas facilement précipiter; mais celle qui est combinée avec des matières animales est précipitée d’autant
(1) J1 prescrivait de faire bouillir 5 dragmes de cochenille, 1(2 dr. de kermès et 18 grains d’aune avec autant d’alun et 5 livres d’eau de rivière , de filtrer, et de laisser précipiter.
(2) C’est, par exemple, ce qui a lieu quand on précipite la décoction alu née par la potasse.
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plus facilement qu’il y a plus de matière animale dans la décoction.
Il suit de là qu’il faut faciliter la dissolution des matières animales dans la décoction , quand on veut obtenir beaucoup de précipité; et , d’après ce que nous avons dit tome I , l’addition de la potasse est utile pour cet objet.
Mais comme la matière animale nuit en même temps à la beauté de la couleur, il faut chercher à empêcher la dissolution d’une trop grande quantité de cette dernière, ou à la séparer ensuite , quand on veut obtenir peu et de très-pur carmin. On peut obtenir le premier effet en faisant la décoction à une faible chaleur, et on peut précipiter la matière animale par un corps contenant du tannin, tel que l’écorce d’aune, le sumac, etc. 11 faut cependant ne pas aller trop loin , parce que quand la dissolution ne contient pas d’acide et de matière animale elle ne donne point de précipité (i).
Gomme les acides forfs font tourner la couleur plus ou moins au jaune , il faut employer du tartre quand on veut obtenir du carmin moins cramoisi , tombant plus dans l’écarlate ou dans le jaune, et je pense qu’il serait mieux de produire la nuance jaune par des matières colorantes jaunes.
Les règles suivantes sont importantes.
i° On prend de l’eau distillée, ou de l’eau de pluie, ou de l’eau pure de rivière , mais point d’eau de puits , parce que les matières salines que contiennent ces dernières sont nuisibles à la beauté de la couleur.
(ij D’après l’observation de MM. Pelletier et Caventou, la liqueur dont on a déjà précipité du carmin redonne du carmin quand on y ajoute un peu d’acide fort ; ainsi une addition d’acide occasione la précipitation des dernières parties des matières animales;
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2° Il faut observer à l'égard des ustensiles la plus grande propreté (1).
3° On se sert, pour faire bouillir, de vases de porcelaine, de verre, ou de vases de cuivre bien étamés.
4° Pour filtrer on ne se sert pas de draps qui ont été lavés avec du savon, parce qu’ils en retiennent toujours un peu; on recommande des tamis de toile de lin ou de soie.
5° On prend pour le plus beau carmin la meilleure cochenille , que l’on moût dans un moulin semblable aux moulins à café , ou bien on la pulvérise et on la broie. Il faut aussi employer de l’alun pur et surtout exempt de fer.
Voici maintenant les différentes manières de préparer le carmin.
i° Précipitation avec alun sans aucune addition ( vieux procédé allemand). On fait bouillir de l’eau , on y jette la cochenille pulvérisée , on remue bien , et on fait bouilîr le mélange 6 minutes (2) ; on ajoute en remuant un peu d’alun pulvérisé, on laisse encore bouillir 3 minutes; on enlève le vase du feu , on filtre (3) , et on laisse la liqueur 3 jours dans des vases de porcelaine; pendant ce temps il se précipite une matière rouge que l’on sépare et que l’on fait sécher à l’ombre; c’est le carmin (4).
mais quand toute la matière animale est précipitée , la décoction ne donne plus de carmin quand meme elle contiendrait encore beaucoup de matière colorante. Mais on peut en séparer de la laque carminée en saturant l’acide par de la potasse , et ajoutant de l’alumine fraîchement précipitée. Un excès d’alun rend la couleur violette.
(1) Quelques-uns recommandaient, pour remuer, des baguettes de noisetier, d’autres de baleine.
(2) On ne doit pas faire bouillir trop long -temps, parce qu’une trop longue ébullition rend la ccchenilie brunâtre.
(3) Quelquefois on se contente de décanter.
(4) Quand cela est nécessaire on peut le nettoyer par des lavages.
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La liqueur après 5 jours dépose encore une sorte plus inférieure de carmin ; mais on peut aussi séparer la matière colorante par le sel d’étain, ou l’utiliser pour faire de la laque carminée , pour laquelle on emploie aussi la cochenille dont on a déjà fait un extrait.
Les proportions sont, d’après les indications ordinaires, 67,6 d’eau de rivière, 16 parties de cochenille, et une partie d’alun; on obtient 1 1/2 à 2 parties de carmin.
D’après un autre , 1 2 parties de cochenille , 1 d’alun , et la quantité nécessaire d’eau.
2° Avec tartre. On fait bouillir de 1 eau , on y ajoute la cochenille ; après quelque temps un peu de crème de tartre; après 8 minutes d'ébullition on ajoute un peu d’alun, on laisse bouillir encore 1 ou 2 minutes, on sort du feu , on verse dans des vases de verre , on filtre , et on laisse reposer tranquillement jusqu’à ce que le carmin se dépose; alors on décante et on fait sécher à l’ombre.
Les proportions sont :
6 mesures d’eau , 8 onces de cochenille , 1 once de
crème de tartre , et 5 gros d’alun.
Ou 8 livres d’eau, 8 onces de cochenille, 1/2 once de crème de tartre, 5/4 d’once d’alun. On obtient 1 once de carmin.
5° En facilitant la dissolution des matières animales par la potasse et addition de gélatine et d alumine. Description du procédé d’Alxon (1). On fait bouillir 2 seaux 1/2 d’eau de rivière , on y verse peu après 1 livre de cochenille , on
(1) Langlois, à Paris, adonne un procédé pour faire du carmin fin cpii ressemble à celui-là. Les proportions sont 4 seaux deau, 10 dragmes de soude, 5 œufs entiers, 1 livre 1/ 3 de cochenille, ï5 onces d’alun de Rome.
remue; on ajoute une dissolution filtrée de 6 dragmes de soude dans 1 livre d’eau , et on laisse le mélange jeter encore 6 bouillons (1) ; on enlève la chaudière du feu, et on laisse refroidir en inclinant. On ajoute 6 dragmes d’alun pulvérisé, on remue avec un pinceau pour accélérer la dissolution du sel , et on laisse le tout reposer a5 minutes (2). La liqueur qui a une belle couleur rougeécarlate est décantée avec soin dans un autre vase, et on met dans ce dernier 2 blancs d’œuf (5) qui ont été bien battus avec une demi-livre d’eau , et on remue avec un pinceau. La chaudière est remise sur le feu , l’alumine se coagule et toute la matière colorante se précipite ; on enlève la chaudière du feu , on laisse reposer 25 à 5o minutes pour que le carmin se dépose (4). La liqueur surnageante est soutirée. Le dépôt est mis sur des toiles tendues dans des châssis pour le faire égoutter. On verse la liqueur sur le filtre jusqu’à ce qu’elle passe complètement décolorée. Quand le carmin a la consistance d’un fromage à la crème , on 1 enleve du filtre avec une cuillère d’argent ou d ivoire , et on le fait sécher sur des assiettes couvertes de papier pour éviter la poussière. Une livre de cochenille donne 1 once 1/2 de carmin.
4° Avec gélatine (5). On fait bouillir de la cochenille pul-
(1) D’après Langlois 1/2 heure.
(2) Langlois ne remue qu’une fois, et abandonne la liqueur jusqu’à ce que sa couleur violet fonce' passe à l’écarlate ( i5 minutes ).
(3) Langlois de'laie les œufs avec leurs coquilles dans 2 livres d’eau chaude,, et filtre à travers un tamis.
(4) Langlois filtre de suite la liqueur et utilise la liqueur rouge, qui passe pour des couleurs de laques j le carmin est se'che' et ensuite broyé.
(5) M. Robiquet, qui indique ce procédé dans le Dictionnaire technologique , vol. 4, dit qu’il l’a souvent vu pratiquer.
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vériséc avec de la potasse et de l’eau (1) dans une chaudière de cuivre; on modère l’ébullition par de l’eau froide, après une ébullition de quelques minutes , on enlève la chaudière du feu , et on la pose penchée sur une table de manière à pouvoir soutirer facilement ; on y délaie de l’alun pulvérisé. Ce dernier rend aussitôt la couleur plus brillante ; on laisse le tout reposer pendant 1 5 minutes ; pendant ce temps la cochenille se dépose et la matière colorante reste en dissolution avec un peu d’alun. On verse cette dernière dans une autre chaudière que l’on reporte sur le feu , et on y délaie de la colle de poisson dissoute dans beaucoup d’eau (2). Aussitôt que la liqueur bout , le carmin monte à la surface , et forme une écume. On enlève aussitôt la chaudière du feu , on agite bien et on laisse reposer; après i5 à 20 minutes le carmin est déposé; on tire la liqueur claire (qui peut être utilisée pour la laque ) ; on fait égoutter sur une toile de lin serrée, et on fait sécher.
bi le travail réussit bien , le carmin sec se laisse facilement écraser entre les doigts , et d’autant plus que la potasse que l’on a employée contenait plus d’acide carbonique.
Les proportions pour le carmin ordinaire sont 56 parties 1/2 de cochenille, 1 partie de sous -carbonate de potasse, 2 parties 1/2 d’alun, et 1 partie de colle de poisson.
(1) Sur 1 livre de cochenille on prend 5 seaux d’eau.
(2) On la prépare ainsi: on la coupe en petits morceaux, on la laisse tremper pendant la nuit , on la broie et on la dissout dans Peau chaude.
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5 0 Avec des corps contenant du tannin (1). On fait bouillir 1280 parties d’eau de rivière ou d’eau de pluie, on y jette 2 parties de grains de chouan, on fait jeter 5 bouillons , on filtre , on remet la liqueur dans la chaudière nettoyée , on ajoute de la cochendle , et on fait encore jeter 5 bouillons; on ajoute 72 parties d’écorce d’autour (2), et après 1 bouillon on ajoute 1 partie dalun; on sort le vase du feu , on filtre , on laisse reposer 7 à 8 jours le précipité, et on fait sécher.
A une basse température le carmin ne se précipite pas , la liqueur devient gélatineuse et se gâte.
Le résidu de la fdtration peut être bouilli de nouveau, il donne alors un carmin de qualité inférieure. Quelques fabricans ajoutent, outre les grains de chouan et l’écorce d’autour, du roucou; suivant quelques indications les deux premiers agissent seulement en donnant à la couleur un reflet jaune.
6° Par le sel d’oseille . ( Procédé de M. Genette d’Amsterdam). On fait bouillir 6 seaux d’eau de rivière , on y jette 2 livres de la plus fine cochenille en poudre , on fait bouillir ie tout 2 heures, et on ajoute alors 3 onces de salpêtre raffiné, et après quelques minutes 4 onces de sel d’oseille. Après 10 minutes on enlève la chaudière du feu, et on la fait reposer pendant 4 heures; on soutire avec un siphon la liqueur, que l’on distribue dans des
(1) Procédé indique' dans Y Encyclopédie française.
(2) L’écorce d’autour est légère , spongieuse, un peu plus claire et plus épaisse que l’écorce de cannelle , sans odeur et sans goût ; elle contient un peu de tannin. Les grains de chouan sont jaune-vert. L’une et l’autre de ces matières viennent du Levant, de plantes encore
inconnues.
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vases plats. On abandonne les vases pendant 3 semaines. Après il s’est formé sur la surface une moisissure assez épaisse , on l’enlève avec un morceau de baleine à l’extrémité de laquelle on a fixé des morceaux d’éponge fine, ou bien on le courbe pour enlever d’une seule fois la pellicule. Si la peau se déchirait et qu’il en restât des fragmens , on les enlèverait avec le plus grand soin. On décante l’eau au moyen d’un siphon. On peut faire descendre l’extrémité du siphon au fond du vase, parce que la couche de carmin est très-dure; s’il restait encore de l’eau , on l’enlèverait avec une pipette. Le carmin est séché à l’ombre; il a un éclat extraordinaire.
3° Par le sel d'étain. (Carmin de la Chine.) On fait bouillir de la cochenille dans de l’eau de rivière , et on y ajoute de Y alun de Rome , on enlève après 7 minutes de bouillon (1) et on la met de côté pour l’usage; avec le temps elle devient plus vive.
Après avoir échauffé cette liqueur, on y verse goutte à goutte de la dissolution d’étain; le carmin se précipite aussitôt.
Les proportions sont 1 seau d eau , 20 onces de cochenille , 60 grains d’alun , et dissolution d’étain ( 1 livre d’eau de part , 1 once de sel marin et 4 onces d’étain).
On a aussi recommandé d employer en meme temps de l’alun et du sel d’étain, et de précipiter par de la soude ou de la potasse. Pour cela on fait bouillir la cochenille avec de l’eau, 011 ajoute alors la dissolution d etain et d’alun , et aussi long-temps de la potasse ou de la soude qu’il se forme un précipité.
(1) On peut aussi la passer à travers du drap fin ; car 1 objet pi in cipal est de séparer la cochenille.
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Les proportions peuvent être 255 parties d’eau , 16 parties de cochenille, 1 partie d’alun, i 1/2 de dissolution d’étain.
Pour le carmin inférieur, on peut broyer de la cochenille (1 partie) avec dissolution d’étain ? 4 a h parties, dans un mortier de verre ; ajouter de l’eau distillée (6 parties), filtrer, et verser goutte à goutte de i ammoniaque jusqu’à ce que la couleur rouge fonce ait passé au rouge carmin ( si on en prend trop, la couleur devient cramoisi ), alors on laisse déposer le carmin.
Avivage du carmin . On peut aviver le carmin ordinaire et en obtenir un carmin très - beau mais très-cher , en le faisant dissoudre dans de l’ammoniaque liquide. On laisse pour cela , à la chaleur du soleil , de l’ammoniaque sur du carmin jusqu’à ce que ce dernier soit décoloré et que l’ammoniaque soit d’un joli rouge. On soutire la liqueur, et on précipite par l’acide acétique et l’alcool (ce dernier accélère la précipitation), on lave avec de l’alcool et on fait sécher. Le carmin dissous dans l’ammoniaque est depuis long-temps employé par les peintres sous le nom de carmin liquide.
Sortes . Il parait beaucoup de sortes de carmin dans le commerce. Les sortes inférieures contiennent beaucoup d’alumine et de vermillon; l’alumine rend la couleur plus mate et plus pâle , le vermillon lui donne un autre ton. On peut s’assurer par l’ammoniaque des proportions de ces deux substances étrangères , parce qu’il ne dissout que le carmin pur. D’après de Keesz , le carmin d’Autriche est plus beau que celui de Paris, mais plus cher.
Usages. Le carmin est la plus belle couleur rouge de peinture que nous possédions. Il est principalement employé pour la peinture en miniature ainsi que pour les
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aquarelles, pour peindre les fleurs artificielles, etc., parce qu’il est plus transparent que les autres couleurs. Trèsfréquemment on le dissout dans l’ammoniaque , et on laisse la dissolution à l’air jusqu’à ce qu’elle soit sans odeur, c’est-à-dire que l’ammoniaque en excès soit volatilisée.