PRÉPARATION DE LA LESSIVE DE SANG
Ie Avec des matières animales non charbonnées.
Les matières animales aussi sèches que possible sont broyées avec de la potasse pulvérisée (un mélange intime est essentiel) (i ) ; alors le mélange est mis dans les creusets à calciner et chauffé.
Quelques fabricans chauffent d’abord lentement, et renforcent le feu quand la matière ne brûle plus. D’autres recommandent de chauffer le creuset et de projeter ensuite le mélange, parce que la décomposition se fait plus
(i) Quelques fabricans fondent la potasse et ajoutent le charbon peu à peu , d’autres prennent de la lessive de potasse et épaississent le mélangé sur le feu.
complètement , et qu il ne se dégage pas une odeur si désagréable.
Dans le commencement il se développe une odeur très* désagréable et une forte fumée, plus tard le mélange brûle avec une flamme d’un blanc rougeâtre (i). On entietient la chaleur jusqu a ce que le mélange soit en fusion tranquille (2) , en remuant de temps en temps. Aussitôt que par 1 agitation if ne se forme plus de petite flamme tremblante, on verse la masse liquide (5) dans un vase plein d eau froide (4), et on accélère la dissolution par l’agitation (5). On laisse reposer ensuite , on soutire, on filtre, le résidu est lavé plusieurs fois, jusqu’à ce qu’il ne contienne plus de parties solubles (6). Quand la dissolution
(1) Aussitôt que la flamme est éteinte on peut fermer le creuset , et 1 ouvrir seulement de temps en temps pour remuer. La fermeture du creuset est utile, parce que le contact de Pair détruit une partie de l’âcide prussique.
(2) Il ne faut chauffer ni trop long -temps ni trop fortement, parce qu alors une partie de l’azote se dégage, ce qui empêche la formation de Facide prussique. Plus on rougit fortement, plus aussi il entre de fer en combinaison , le phosphate de fer que contient le charbon étant alors seulement décomposé : par une trop faible chaleur il ne se forme que du prussiate de potasse qui se décompose facilement par la chaleur • mais on pourrait obvier à cet inconvénient en trempant le charbon dans un peu de dissolution de fer (acétate ou sulfate ). On reconnaît que l’acide prussique se décompose par la chaleur, à une faible fumée.
(3) Au refroidissement, à Pair la matière éprouvait une altération. Une partie de Facide est aussi décomposé lorsque la matière est mise incandescente, ou seulement chaude, en contact avec l’eau; âin -i il serait plus avantageurde la laisser refroidir dans des vases clos.
(4) U se développe de l’acide carbonique et de l’ammoniaque,
(0) Quelques fabricans font bouillir avec de l’eau pour obtenir une dissolution plus saturée. Mais une partie des sels se décompose.
(6) Comme les secondes eanx sont trop faibles , on les emploie aux lessivages suivans au lieu d’eau pure.
al6 COULEURS BLEUES,
est trop aqueuse , on îa concentre par Tévaporation. Mais il faut ajouter un peu de sulfate de fer quand la liqueur contient beaucoup de prussiate de potasse , pour le changer en prussiate de fer et de potasse. Le prussiate de potasse se décompose facilement par l’ébullition , et il n’en est pas ainsi du prussiate de potasse et de fer. Haenle ne regarde pas comme avantageux d’ajouter du fer dans le mélange avant la calcination , parce que le charbon en contient suffisamment, et qu’un excès décomposerait l’acide prussique. La liqueur obtenue est alors la lessive de sang. Elle est d’une couleur jaune claire (1) , d’un goût alcalin, et d’une odeur d’amende amère: elle contient, outre le prussiate de potasse (2) , du carbonate , du phosphate , du sulfate, de l’hydrosulfate , du muriate , et du prussiate de potasse , un peu de prussiate de fer et de potasse et un peu de phosphate de chaux. Par l’évaporation elle se prend en une masse où l’on aperçoit quelques cristaux de sels : l’alcool en extrait du prussiate de potasse.
La quantité de potasse que l’on emploie varie suivant que le précipité doit renfermer plus ou moins d’alumine. Pour le bleu de Prusse inférieur on en prend davantage.
Pour le sang desséché on prend parties égales de potasse (Haenle sur 3 parties de sang en prend seulement 1 de potasse). Sur les sabots , les cornes , le cuir, i/5 à 1/2 de potasse. Haenle recommandait , d’après la proportion de charbon, sur 10 parties de charbon de sang séché, i partie, et sur 8 parties de charbon de cornes , 1 partie. Ces
(1) Plus sa couleur est verdâtre, plus elle renferme de sulfure.
(2) La potasse n’est jamais entièrement sature'e par l’acide prussique, parce que la potasse est carbonate'e : peut-être une addition de chaux serait utile.
BLEU DE PLUSSE. ai7
proportions sont cependant trop faibles , parce que par la calcination des. beaucoup de potasse est rendue inactive.
Dans quelques fabriques on mêle le sang sec , les sabots , les ongles , par parties égales , et on fond le mélange avec 3o pour 100 de potasse de Dantzick.
M. Robiquet a décrit dans le Dictionnaire technologique le procédé suivant, qu’il a vu exécuter. On dissout une partie de potasse dans très-peu d’eau bouillante , on humecte 10 parties de sang sec moulu, dans lequel on a mêle if 100 de limaille de fer pulvérisée, et on chauffe le mélangé. Après 5 à 6 heures la vapeur ne brûle plus; on chauffe alors plus fortement, jusqu’à ce que la matière devienne fluide , pour 100 livres de sang 2 heures sont necessaires , et on porte alors le mélange par cuillers dans une chaudière contenant 20 parties d’eau froide. On chauffe jusqu à 1 ébullition , et on filtre plus tard la dissolution. Le résidu est lessivé de nouveau. On laisse la dissolution dans des vases ouverts, pour que l’acide hydrosulfurique se décompose. On reconnaît que cette décomposition est complète quand la liqueur ne précipite plus l’acétate de plomb en noir,
20 Avec charbon animal .
Si on commence par charbonner les matières animales avant de les chauffer avec la potasse, on a beaucoup moins de travail, on évite l’odeur désagréable, et 011 peut recueillir l’ammoniaque et l’huile volatile.
Le charbon animal est pulvérisé et bien mêlé avec la potasse également pulvérisée ou dissoute ; le mélange est alors mis dans un creuset que l’on couvre aussitôt
que le mélange commence à rougir (parce que l’inflnence de l’air est nuisible). Le feu est d’abord doux, et ensuite poussé jusqu’à la chaleur rouge. Tous les quarts d’heure on remue, et on referme aussi vite que possible. Aussitôt que le mélange est rouge, et que l’on ouvre, il se forme une grande flamme ; il faut alors que le feu soit entretenu au même degré : la flamme devient peu à peu plus faible ; enfin on observe, dans la masse par l’agitation, une quantité de petites flammèches et des jets d étincelles. Si la flamme s’éteint ou ne reparaît pas par l’agitation , le travail est terminé. On porte la matière alors , aussi vite que possible, dans une chaudière renfermant la quantité d’eau seulement necessaire pour 1 éteindre (i). On évite les éclaboussures par une plaque de tôle percée d’une ouverture d’un pied de large.
La première fonte exige à peu près 12 heures; la seconde et les suivantes seulement 7 à 8, parce que le creuset est déjà chaud.
100 livres d’ongles donnent, d’après Haenle, 12 livres 1/2 de charbon animal, par conséquent 1/8;
100 livres de sang bien sec , 10 livres.
D’après Haenle , la meilleure proportion est partie égale de charbon animal et de potasse. Proust donne les mêmes proportions. Ittner recommandait 2 parties de charbon de sang sur 1 partie de potasse. Plusieurs fabricans emploient 1 partie 1/2 de charbon sur 1 partie de potasse. D’autres prescrivent sur 1 partie de charbon 2 ou 5 de potasse ; mais pour le plus fin bleu de Paris , seule-
(1) Il serait important d’examiner si l’immersion du charbonj[dans de l’acide nitrique très-liquéfié , et l’exposition à l’air n’augmenterait pas là quantité de prussiate de potasse.
BLEU DE PRUSSE. aig
ment un peu plus de 1 1/4. Le but d’une plus grande addition de potasse est qu il en reste plus de libre , afin de pouvoir décomposer plus d’alun.
3° Préparation du bleu de Prusse .
On verse dans un vase d une grande capacité de la lessive de sang chaude, et une dissolution bouillante de sulfate de 1er et d alun; quand la dissolution de sang renferme un grand excès d alcali libre , on ajoute de l’acide sulfurique en remuant fortement (1). Il se fait une vive effervescence; il se dégage de 1 acide carbonique et de l’hydrogène sulfuré (2) , et il se forme un précipité vert grisâtre. On laisse le tout plus ou moins de temps, en remuant souvent; à la fin on soutire la liqueur et on étend la matière sur des toiles pour faire egoutter. Elle devient bleue à la surface. Le précipité confient du prussiate de protoxide de fer, de l’hydro-sulfate de 1er et de l’alumine. Le premier doit être oxide pour passer à l’état de bleu de Prusse; le second, par l'oxigénation, se transforme en sulfate soluble qui s’enlève par des lavages.
L oxigénation se fait par une agitation continue (3 heures ) pendant laquelle on a soin de multiplier les surfaces; en lavant souvent avec de 1 eau froide aérée (3) ; ou en ar-
C1) Dans quelques fabriques on procède inversement - on verse la lessive de sang dans la dissolution de fer et d’alun jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipite.
(2) Pour se soustraire a l’influence de ce gaz dèîètère , plusieurs fabxicans de Paris conduisent les gaz qui se dégagent de la cuve dans un foyer ou 1 hydrogéné sulfuré se brûle. La fîg. 12 représente une coupe de l’appareil.
(3) Il faut que le lavage se répète 4 à 8 fois dans l’espace de 2 à 6 jours. Plus les lavages sont multipliés, plus le bleu devient beau et léger. Souvent il faut tq à 1 5 lavages.
posant avec de l’acide nitrique étendu , ou de l’acide sulfurique étendu qui dissout le fer en excès. On remue, et on laisse l’acide 8 à 12 heures sur le dépôt (1).
Lorsque le précipité est devenu bleu, on le met dans des caisses plates , où on le lave plusieurs fois pour enlever le sulfate de potasse qui se trouve dans les eaux (2).
Après le lavage , le précipité est mis dans des caisses , dans lesquelles plusieurs fabricans les lavent encore quelquefois. On le fait égoutter sur des filtres de toile , alors on le presse dans des caisses où il est coupé en cubes , qui sont séchés à l’ombre à l’air libre , ou dans des étuves à une température qui ne doit pas excéder 2 5°; on le retourne souvent, parce que s’il séchait trop vite les cubes se fendraient.
Fréquemment on le mêle avant avec de la fécule de grain. On n’emploie point celle de pomme de terre , parce que le grain en est trop gros.
Un inconvénient que présente ce mode de fabrication consiste en ce que la lessive de sang contient ordinairement de la potasse en excès qui est employée pour précipiter l’alumine de l’alun, mais qui précipite en même temps de l’oxide de fer jaune , qui rend le bleu de Prusse verdâtre , et qui doit être enlevé plus tard par l’acide muriatique. Pour éviter cet inconvénient on a recommandé le procédé suivant :
i° On sature la potasse en excès dans la lessive de sang
(1) Ii est évident qu’il faut d’autant plus d’acide que le depot contient plus d’oxide. L’acide est employé' froid • si on l’employait chaud une partie de l’alumine serait aussi dissoute.
(2) On pourrait recueillir ce sel par l’e'vaporation des eaux , mais les frais dépasseraient la valeur du sel. Peut-être on pourraitles employer dans les raffineries de salpêtre pour décomposer le nitrate de chaux.
BLEU DE PRUSSE. aat
avee un acide. Mais alors il ne faut pas saturer la totalité de l’excès, et même cette opération est de quelque préjudice dans la fabrication du bleu de Prusse ordinaire , parce qu on n obtient alors que du bleu de Prusse pur.
2° On verse dans la lessive de sang une dissolution d alun jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité blanc; alors on verse seulement la dissolution du sulfate de fer.
Ce moyen a été indiqué par J.-C. Hoffmann. L’alun sature la potasse libre , et l’alumine se précipite. La lessive de sang est alors formée de prussiate et de sulfate de potasse , et en versant l’alun il ne se précipite point d’oxide de fer.
Si le bleu de Prusse est verdâtre la lessive de sang était trop alcaline et il s’est précipité beaucoup d’oxide de fer comme nous Pavons déjà dit : il faut alors l’enlever par le traitement avec les acides.
Si le bleu de Prusse est très-pâle , il lui manque de l’oxigène , mais il devient promptement bleu par le contact de Pair.
Si le bleu de Prusse est bleu sale ou bleu grisâtre , on ajoute un peu d’acide muriatique , et on le lave ensuite. Si le précipité est brun ou brun-noir, il y avait trop de sulfate de potasse dans l’alcali qui a été empîo yé dans la calcination; par le lavage continu avec de Peau aérée on peut transformer Phydro-sulfure de fer en sulfate soluble et Péloigner : alors la matière devient bleue. Yébre recommandait dans ce cas de faire bouillir la lessive de sang avec du fer pour précipiter Phydro-sulfate , mais ce moyen est pénible. Haenle recommandait comme le meilleur moyen le bouiîlagependant quelques minutes avec de Paîun, et le lavage ensuite avec de Peau froide. L’acide de l’alun dé-
a,* COULEURS BLEUES,
compose î’hydro-sulfate en dissolvant le fer; le soufre seul reste alors seulement dans le bleu de Prusse; mais comme il ne lui donne qu’une nuance verdâtre très-faible , cet inconvénient n’est pas d’une grande importance.
Haenle obtenait quelquefois un précipité noir, lorsqu’il devait être vert. Gomme la lessive de sang était bonne et ne développait pas d’hydrogène sulfuré, il attribuait ce phénomène au sulfate de fer qui n’était pas assez oxigéné; il évitait cet inconvénient en faisant calciner le sulfate de fer jusqu’à ce qu’il prît une couleur gris jaunâtre , ajoutait alors la dissolution d’alun avec celle d’acide sulfurique, et de suite la lessive de sang. Il obtenait ainsi immédiatement un beau bleu de Prusse.
4° Préparation du bleu de Prusse pur .
Nous avons déjà observé qu’on obtient du bleu de Prusse pur en n’employant point d’alun; mais comme alors une partie de l’alcali en excès dans la lessive précipite de l’oxide de fer et salit la couleur, il faut traiter le précipité par de l’acide sulfurique ou muriatique étendu pour en extraire Poxide de fer, ou (ce qui est plus avantageux) en saturant l’alcali en excès dans la lessive de sang par un acide ou par l’alun. Si on sature par l’acide, on en verse jusqu’à ce que la liqueur (i) ne brunisse plus le papier de curcuma , ou qu’il ne se fasse plus d’effervescence.
Il faut surtout , pour la fabrication du bleu pur, employer de la potasse exempte de matières étrangère et du sulfate de fer exempt de cuivre.
(i) On peut prendre de l’acide sulfurique , de l'acide muriatique et de l’acide nitrique. Mais d’après Haenle , l’acide sulfurique n’est pas si bon que les autres acides , parce qu’il est en partie décompose p et le bleu est sali avec le soufre. Avec l’acide nitrique il obtenait le plus beau produit.
On peut le préparer avec du bleu de Prusse ordinaire en dissolvant 1 alumine par l’acide sulfurique ou Pacide muriatique. Pour cela le bleu de Prusse est mis en poudre fine arrose avec de l’acide étendu ; on accélère la dissolution par la chaleur, et on lave. On peut aussi traiter le bleu de Prusse par la potasse caustique jusqu’à ce que çettç dernière soit saturée , filtrer la liqueur, et précipiter par une dissolution de sulfate ou de murjate de fer, et ajouter de 1 acide nitrique étendu jusqu’à ce que la matière ait la couleur la plus foncée.
5° Proportions des mélanges et déboursés .
Pour les proportions de mélange , il faut que le fabricant s en rapporte à ses propres expériences , parce que la composition de la lessive de sang est très-variable , suivant la nature du bleu qu ou veut obtenir. Nous avons cependant déjà rapporté quelques données sur les proportions de potasse pour la calcination.
Quant à la proportion de sulfate de fer et d’alun , on prend la quantité convenable pour précipiter complètement la lessive de sang : si on prend trop de sulfate de fer il se forme à la surface de la liqueur précipitée une pellicule jaune d’oxide de fer; alors on ajoute goutte à goutte
assez d acide sulfurique pour faire disparaître la couleur jaune.
Quant à l’alun , sa quantité dépend uniquement de la qualité de bleu de Prusse que l’on veut obtenir.
Pour le bleu de Prusse pur on ne prend point d’alun; pour le bleu de Prusse fin , i partie d’alun , sur 7 à 8 de sulfate de fer; pour le fin , i partie d’alun sur 5 à 4 de sulfate de fer , pour le bleu ordinaire; 1 d’alun , sur 2 à 5 de suliwte de fer , et pour les qualités inférieures ? parties
a24 COULEURS BLEUES,
égales de ces deux sels; et enfin, pour les dernières qualités , 2 à 3 d’alun sur une de sulfate de fer.
Haenle prenait, sur 5o livres de potasse calcinée , contenant 45 livres de potasse pure, 4° livres d’alun , 10 livres de sulfate de fer calciné rouge-jaune, et une livre d’acide sulfurique qu’il ajoutait à la dissolution de sulfate de fer et d’alun.
M. Robiquet indique pour chaque partie de potasse employée à la calcination du sang sec, 3 parties d’alun et une partie de sulfate de fer oxidé (obtenu en faisant bouillir une dissolution de sulfate de fer avec de l’acide nitrique). O11 prépare la dissolution de sulfate de fer et d’alun immédiatement avant l’usage. Alors on obtient immédiatement un joli bleu. Sur une livre de potasse employée on obtient environ 10 onces de bleu de Prusse.
Règles à suivre .
5o livres de potasse 55 de charbon animal
calcinés.
4o livres d’alun
10 livres de sulfate de fer calciné
dissous.
Ou ajoute 1 livre d’acide sulfurique , on obtient 20 livres de bleu de Prusse.
8 parties de sang sec j , . ,
8 parties de potasse j calcmés'
3 parties de sulfate de fer.
4 parties d’alun.
3 à 4 d’acide muriatique.
BLEU DE PRUSSE. a
Proportions dans des fabriques hollandaises (d’ après
Nemnick.)
28 parties d’ongles ou de sabots, j
potasse { ^nitre'6 j calcinés,
16 parties d’alun.
5 sulfate de fer.
Acide sulfurique pour dissoudre l’oxide de fer.
Haenle obtenait de
de
00 livres d’huile animale.
5o livres de potasse.
07 livres d’alun.
1 2 hy. 1/2 de sulfate de fer.
2 2 livres de bleu de Prusse fin.
5o livres de charbon de corne.
5o livres de potasse.
4o livres d’alun.
12 liv. \f 2 sulfate de fer.
18 1. de bleu de Prusse.
Compte de dépenses .
Haenle remarque qu’une fabrique de bleu de Prusse ne peut eti e en activité avec avantage que du mois de mai au mois de septembre , parce que plus tard le séchage devrait se faire par une chaleur artificielle, ce qui serait coûteux. Par la même raison, il est avantageux de combiner avec une fabrique de bleu de Prusse une fabrique de sel ammoniac , que l’on peut faire aller en hiver.
Il donne le compte suivant pour les frais et le produit.
Coût des ustensiles.
Dans la supposition de l’existence des deux fabriques
dont nous venons de parler, les frais de bâtisse , y compris Tom. IL
aa6 COULEURS BLEUES.
les chambres à sécher, s’élèveraient à. . .
Moufles en fonte. 8 quintaux à 1 1 fl.
1 grille de fer de 75 1. à 1 0 fl. le quia.
2 coulisses en fer .
î grande cuiller en fer battu .
1 ringard . . .
1 chaudière de fer de 180 1. à 6 kr. .
Pose de la moufle .
Au fondeur . . . .
4 grandes cuves en fer coulé, à i4 fl*
6 tonneaux en chêne .
12 châssis à filtre. . .
6 châssis à sécher, à 4 A . »
1 presse. . . ...••••••••
2 baquets, à 2 fl. . ........
4 baquets à anses , à 20 kr .
2 baquets à main en chêne
Coutil pour les filtres; 18 aunes. . . . 240 pièces de claies d’osier nattées ,
ou des planches à 4 hr . •
Maçonnerie de la moufle et de la chaudière , y compris les briques.. . . .
800 florins.
7 Sokreuzer.
no5 20
Compte et frais de fabrication .
Si on fait par semaine 6 fontes , et que l’on emploie les autres jours pour la confection du bleu, il faut pour chaque fonte :
5o livres de potasse calcinée , à 28 fl. le quintal, ............ i4
5o livres de charbon , à 8 fl. ... . 4 4o livres d’alun , à 20 fl. le quintal» . 8
10 livres de vitriol sec, à i5 fl. le q. , ôo 1 livre acide sulfurique . j4
2 cordes à 5 fl. 1/2. ...... . y
Salaire des ouvriers , par semaine . . 4.
Pour les travaux accessoires. .... 5
lin travail de 20 semaines sans interruption. . . . 5 608
Les intérêts à 5 p. 0/0 pour 6 mois. . qo 12 Intérêts du capital de la bâtisse 1100
florins 20 kreuzer. . . . . 27 28
Moins value des appareils et frais non prévus. . 20
n^45~5ôr
Produit.
Une fonte produit de 16 à 18 livres de bleu de Prusse fin. Si dans 20 semaines on fait 120 fontes , en comptant seulement 16 livres, en tout
1920 à 2 fl. 24 kr. . . 4608
Le déboursé est de . 5^45 5o
Gain. ............... “"862 10.
Compte du travail avec de la potasse huile.
5o livres de potasse brute , à 24 fl. le quintal. ............. 22
45 livres de charbon , à 8 fl . 3 4^
32 livres d'alun, à 20 h . 6 24
9 liv. de sulfate de fer sec , à g kr . » 121
î livre d'acide sulfurique, ..... i4
6 fontes montent à . . 342 24
2 cordes de bois de sapin . » 2
Journées. . . 7
Pour 20 semaines. . . 5i2S
Intérêt pour 6 mois. ........ 78 12
Intérêt du capital de bâtiment. ... 27 38
Déchet en tonneaux . . * . 20
Somme totale ..... 3203 5o.
Une fonte donne 14 livres de bleu de Prusse fin, par conséquent 120 fontes, 1680 livres , à 2 fl. 24 kr, . 4°5e
Les déboursés sont de. ....... §253 5o
Bénéfice. ............. 778 10,
Ces comptes peuvent suffire pour donner un aperçu des bénéfices de cette fabrication.
Usage et falsification ,
Le bleu de Prusse est employé comme couleur d'application sur le papier et pour la peinture à l’huile. Il ne peut pas être employé avec la chaux parce que cette matière détruit sa couleur. Voyez , pour son emploi en teinture , le Ier vol.
Le bleu de Prusse pur doit se dissoudre dans une lessive alcaline 7 et ne donner pour résidu que de l’oxide de
BLEU DE PRUSSE. „g
fer. Celui qui se trouve dans ie commerce contient toujours de l’alumine et plus ou moins d’amidon. On reconnaît la présence de ce dernier, à la décoction glutineuse qu il donne avec de 1 eau , et parce qu’il épaissit en peu
de temps. Celui qui est impur se délite facilement par l’eau,
Etat de la fabrication dans quelques pays .
Sur le continent, l’Allemagne est 1e pays qui produit le plus de bleu de Prusse. L’Allemagne en exporte en France , dans le nord , en Italie , etc. Les fabriques sont dans les environs de Nurimberg (très-distinguées), de Memminger, de Gotha , et principalement à Vienne et dans les environs où elles furent montées peu avant 1780; leurs produits sont consommés en Autriche, en Italie et dans plusieurs parties de 1 Allemagne, L’exportation du bleu de Prusse et du rouge de Prusse , de 1709 à 1811 était annuellement de 54,202 livres , et a probablement augmenté depuis.
En France, on consomme beaucoup de bleu de Prusse en pâte, parce que la matière se divise mieux et donne des couleurs plus égales. Les fabricans de papiers peints en emploient beaucoup. D’après M. Rohiquet, tous les fabricans parviennent facilement h faire le bleu en pâte , mais il n en est pas ainsi du bien sec, parce que la plupart de celui que l’on fabrique en France devient verdâtre par le séchage, et a cet egard le cède à celui de l’Allemagne, En général on fait les sortes fines beaucoup mieux dans ce dernier pays.
La Hollande a egalement quelques fabriques , mais elle en tire beaucoup de l’Allemagne.
L’Angleterre fait des envois en Amérique,
Ustensiles.
Los ustensiles nécessaires à la fabrication du bleu de Prusse sont simples et en grande partie en fer. Ceux de cuivre ne peuvent pas être employés, parce que le cuivre forme avec l’acide prussique une combinaison brune.
Creusets à fondre , moufle et chaudières en fer , pour la fusion du charbon et de la potasse; ils doivent avoir une partie un peu évasée pour faciliter la sortie de la matière.
D’après Ilaenle , la moufle a des parois de 5/4 de pouce d’épaisseur, et a la forme d’un œuf; 5 pieds 1/2 de longueur; son plus grand diamètre est de 2 pieds 1/2 ; elle est pourvue par derrière d’un appendice d'un pied de long. Le col a 9 pouces de long, derrière 10, devant 1 1 pouces; elle est supportée par deux bras scellés dans le mur pour qu’elle ne puisse pas se déranger. On la remplit à moitié; elle offre l’avantage de durer trois fois plus qu’une autre , parce que quand elle est brûlée par le bas on la retourne, et on peut mastiquer les crevasses, La moufle est éloignée de 1 5 pouces de la grille. Le four est chauffé par derrière pour que l’on puisse plus facilement travailler dans la moufle.
Pour sortir le mélange on emploie des cuillers de 6 pouces de large avec un manche de fer de 5 pieds de long et un manche de bois de même longueur. On emploie pour remuer des spatules en fer de 5 pouces de largeur sur 2 pouces d’épaisseur garnies de manches en bois.
Cuves , châssis à filtrer , châssis à sécher , presse. Ges appareils ne présentent rien de particulier.
Si on prépare la lessive de sang en calcinant avec la potasse des matières animales non charbonnées , il faut un arrangement particulier pour éviter i’odeur désagréa-
BLEU DE PRUSSE, â3t
ble , et pour recueillir l’ammoniaque et l’huile. On a pour cet objet recommandé la disposition suivante.
Le creuset à fondre est placé dans un fourneau à vent, de manière à ce qu’il puisse être bien enveloppé par la chaleur. On place au-dessus un creuset percé par le fond, et par lequel passent les vapeurs, ou on le couvre avec un couvercle bombé en tôle garni d’un tuyau qui conduit les fumées dans une cheminée très-élevée. Le couvercle a une petite porte pour pouvoir remuer la matière. Quand les vapeurs sont assez chaudes on peut les faire passer dans le foyer par un tuyau de fonte ou de tôle qui est maçonné dans le four , dont la partie inférieure a une ouverture que Ton peut fermer, et dont la partie supérieure communique avec un réfrigérant qui condense les vapeurs. Après que les vapeurs ont passé dans l’eau elles sont conduites dans le foyer.
Ce procédé a un double avantage : 3° il n’y a point ou peu de mauvaise odeur; 2° le gaz dépose dans l’eau du carbonate d’ammoniaque.
Four dans lequel les vapeurs sont bridées . Haenle a indiqué un appareil ainsi disposé. En 1820, Philippe Loudon à Londres prit une patente pour un appareil décrit plus bas. Haenle fixe sur la chaudière un couvercle qui recueille les vapeurs , et les dirige dans un tuyau de fer qui s’élève perpendiculairement , descend , et qui se termine au foyer. La suie et la vapeur d’eau se dégagent dans la cheminée, se condensent, retombent dans le vase; le restant bride dans le feu. Loudon mure la chaudière comme h. l’ordinaire dans le four, mais la couvre de manière que les vapeurs puissent être conduites par un canal dans le foyer. Le foyer de cendres est garni d’une porte ,
â3s COULEURS BLEUES.
pour que la communication avec l’air extérieur puisse être
interceptée.
La fig. i5. représente la perspective du fourneau. AA chaudière; B mur au-dessus de la chaudière; CG portes de la chaudière; D porte du foyer; E porte du cendrier; F cendrier; G G G canal par lequel les vapeurs passent de la partie supérieure de la chaudière dans le cendrier; H couvercle pour fermer supérieurement la chaudière.
Dispositions pour éviter la mauvaise odeur dans la précipitation du bleu de Prusse. Dans cette opération , îl se dégage de l’hydrogène sulfuré provenant du sulfure qui résulte lui-même delà décomposition du sulfate de potasse qui se trouvait dans la potasse. Ce gaz ayant non-seulement une odeur très-désagréable , mais encore étant trèsnuisible à la santé des ouvriers , on a cherché à soustraire les ouvriers à son influence. M. Darceta imaginé pour cela une disposition très-simple fig. 12. qu’il aexécutée dans la fabrique des frères Jacquemart à Paris. La cuve est fermée par un couvercle bombé de cuivre mince qui s’ajuste exactement sur les bords de la cuve , et on en îute les bords. Ce couvercle a 5 ouvertures , i’une reçoit un entonnoir, dont l’extrémité plonge jusqu’à une petite distance du fond; la seconde reçoit un tuyau destiné à conduire les gaz qui se dégagent dans un foyer en activité; enfin la troisième , placée au sommet du couvercle , reçoit le râble à remuer, et alin qu’il ne se dégage point de gaz entre les bords de l’orifice et la surface du râble, les bords sont réunis à la surface du râble par une peau fixée , et sur le râble , et sur les bords renversés de l’ouverture , de manière à permettre le mouvement du râble. Au bas de îa cuve est un robinet pour écouler la liqueur, et recon-
naître quand on a versé une suffisante quantité de sulfate de fer.
Note sur la fabrication du bleu de Prusse , par M. Gautier.
(■ Journal de Pharmacie .)
# ^yant distillé de la fibrine dégagée de son alcali, l’auteur n a point obtenu de cyanogène; mais la fibrine chauffée a^sec de la potasse a donné naissance à du prussiate de potasse, d’où il résulte bien évidemment que la présence de l’alcali était nécessaire à la production du cyanogène; mais comme en même temps il se formait de l’ammoniaque en assez grande quantité, il fallait , pour obtenir le plus de cyanogène possible, s’opposer à la formation de cette ammoniaque ; l’auteur employa pour y parvenir du nitrate de potasse. Le sel chauffé avec la matière animale, cède î’oxigène de son acide à l’hydrogène de la matière animale , dont l’azote peut encore réagir sur le charbon , et donner lieu à une nouvelle production de cyanogène. De cette manière , l’auteur obtint une quantité considérable de bleu de Prusse, quand on ajoutait du sulfate de fer, ou si l’on veut de l’oxide de fer. Les proportions auxquelles il s’est arrêté sont les suivantes : sang supposé sec, 5 parties; nitrate de potasse , i partie; batlitures de fer pulvérisées, — du sang.
D après Boullai -Mariüac, on peut rendre la couleur du bleu de Prusse invariable par une longue ébullition avec l’acide muriatique. L’acide dissout l’oxide de fer qui n est pas combine , dont la teinte finit par rendre verdâtre la couleur du bleu de Prusse. L’alumine peut être remplacée par le phosphate d’étain et le phosphate d’alumine ; 1 un et l’autre augmentent l’éclat de la couleur.
Dans l’Inde, mil et aneihria ; en arabe, nil et nir .
Histoire. Dans les temps les plus anciens , on faisait déjà usage des plantes contenant de l’indigo pour teindre en bleu ; cependant l’indigo n’a été extrait de ces plantes que beaucoup plus tard. Les Grecs et les Ptomains connaissaient le pastel, et le mettaient dans le commerce, après une légère fermentation , comme cela se pratique encore à présent. Les Indiens employaient et emploient encore aujourd’hui la plante d’indigo fraîche pour teindre , et ils paraissent avoir connu l’indigo préparé avant Père chrétienne. Les Romains le tiraient déjà de l’Inde , mais ils l’employaient seulement comme couleur de peinture , parce qu’ils ne savaient pas le dissoudre (i). Apres la chute de l’empire romain , il paraît n’avoir etc connu que dans quelques parties de l’Italie , où il était emploie pour teindre. Il venait alors principalement à Venise par l’Égypte et la Syrie; il se répandait ensuite dans les villes d’Allemagne qui avaient le plus de relation avec Venise. Son usage devint plus général lorsque 1 on se fut ouvert un nouveau chemin des Indes par ie cap de Bcnne-Esperance; alors il fut importé en quantité considérable par les Hollandais , ce qui fut cause que plusieurs auteurs écrivirent que ce furent les Hollandais qui le firent connaître en Europe. L’époque de son usage général est le milieu du dix-septième siècle (2).
(x'j Pline le désigné sous le nom indicum , et les propriétés qu il décrit s’accordent avec celles de noire indigo.
(2) D’après Bechmann, les Hollandais importaient déjà l’indigo en Europe vers le milieu du seizième siècle. En 1 63 1 ils importèrent de Batavia sur 5 navires 333,545 livres d’indigo, qui, d’après le prix de l’époque , valait plus de 5 tonneaux d’or.
L usage de I indigo éprouva dans le commencement beaucoup de difficulté pour s’établir en Allemagne , principalement de la part des teinturiers en noir, qui voyaient avec jalousie se former de nouveaux étabîissemens qui donnaient de plus beaux produits. Son usage fut défendu par la diète de l’Empire, et par plusieurs gouverneurs; mais cette proscription ne fut pas de durée. II en fut de même en France , où Henri IV défendit son usage sous des peines sévères; et même sous Colbert l’usage de l’indigo ne fut permis que sous la condition d’employer avec, cent fois autant de pastel , parce qu’on regardait la couleur de l’indigo comme passagère. Ce ne fut qu’en iy5y, d’après les essais de Dufay , que son usage devint libre et général» Jusqu'ici on a vainement essayé, en Europe , d’obtenir de 1 indigo avec le pastel. Les premiers essais furent faits en Thuringe. Ils n’eurent aucun succès, et il en fut de même de ceux faits à Vienne en 1787 et en 1800, et en 1800 à Kottvitz et Borne près Breslaw.
Pendant le système continental on fit beaucoup d’essais en Italie, en Allemagne et en France, pour extraire l’indigo du pastel, mais sans succès soutenu. Napoléon, en 181 1 (1), avait promis une récompense de 5oo,ooo fr. En Amérique , où il croît beaucoup de plantes donnant de l’indigo , la préparation de l’indigo y était connue de plusieurs peuples du continent et des îles , avant la découverte de ce pays par les Européens (M. de Humboît.)
Dans les Indes orientales on a commencé nouvellement à donner plus d’extension à la culture de l’iodsero
et depuis la production a diminué dans les Indes occiden-
(0 En ïêSo son usage tut défendu en Saxe- en 16G6 à Gotha, sous peine d une amende arbitraire. A Nuremberg les teinturiers juraient tous les ans de ne teindre en bleu qu’avec le pastel.
236 COULEURS BLÊUËS.
taies , parce que la plante y est soumise à plusieurs influences préjudiciables. Les ouvriers y sont plus chers, et les gaz qui se dégagent donnent facilement des maladies épidémiques aux nègres.
Les produits de l’indigo , sa composition et les plantes qui le fournissent ont été indiquées dans le premier volume. Nous n’avons ici à parler que de la fabrication avec les deux espèces de plantes qui sont employées , l’indigo et le pastel; h parler des différentes sortes, des falsifications , et de l’état de la fabrication dans les différens pays.
L’indigo , dans la plante indigo et dans le pastel , est désoxigéné , incolore , et combiné avec une matière colorante jaune, et différentes matières étrangères. Dans cet état, il est soluble dans l’eau, et la préparation consiste
i° À faire une décoction d’indigo incolore en extrayant le suc delà plante avec de Feau chaude, ou en le laissant fermenter avec de Feau froide. Le premier procédé est plus simple, le second est plus avantageux quand les feuilles renferment de Findigo insoluble , parce que cet indigo se désoxide parla fermentation et devient soluble; alors elles sont bleues ou violettes.
2° A faire oxider l’indigo contenu dans la dissolution; il passe successivement au vert , au rouge de cuivre et au bleu. On cherche à éloigner en même temps la matière colorante jaune, ainsi que les autres matières étrangères. L’oxidation se produit par le contact de l’air que l’on favorise par l’agitation et le battement de la liqueur. On favorise la séparation de la matière jaune par une addition d’eau de chaux (i). L’échauffement de la liqueur favorise
(i) L’eau de chaux sature également Pac-ide carbonique qui se
INDIGO. a37
î oxidation et la séparation de î indigo j et à une grande chaleur par le simple contact de l’air , même sans battage , on peut complètement séparer l’indigo.
1° Préparation de la plante .
i° Procédés employés aux Indes orientales. Aussitôt que 1 indigo est en fleur , et a déjà quelques fruits , et que les feuilles, en les broyant, produisent un suc, on le coupe avant le lever du soleil, et par un temps sec, parce que la pluie sépare des petites parties de couleur bleue, et que les rayons du soleil sont également nuisibles. Chaque coupe est emportée immédiatement et séchée à l’ombre dans un lieu aéré (i).
La plante étant sèche , on la bat pour détacher les feuilles. On les sépare ensuite des tiges par le vannage. On réduit les feuilles en poudre par un cylindre, et on conserve cette poudre dans des vases bien clos pour que l’humidité ne puisse pas y pénétrer. Plus la poudre est fine, meilleur est l’indigo.
trouve dans la liqueur obtenue par la fermentation, et qui proba» biement rend difficile la combinaison de l’indigo incolore avec l’oxigène; le battage favorise egalement sa dissipation. D’après Roxburgh, au commencement il y a absorption d’air, plus tard dégagement, mais sans vapeurs ammoniacales. L’alun et le sel d’e'tain donnent un précipite' pins abondant que l’eau de chaux , mais précipitent aussi beaucoup de matières étrangères.
(i) Legoux de Flex observe que dans presque toute l’Inde on préfère les feuilles seches aux feuilles fraîches , parce que l’opération réussit pms facilement - d’après d’autres on obtient aussi plus d’indigo. Le docteur Heyne dit qu’avec les feuilles fraîches , il faut 90 à 9.4 heures pour préparer l’indigo, et qu’avec les feuilles sèches 5 heures suffisent. Sloane rapporte que dans quelques parties des Indes orientales on laisse les feuilles s’échauffer en tas. Sur la côte de Coromandel on laisse secher les feuilles et on les met dans des tonneaux fermés par des nattes pendant 90 à 3o jours. Alors seulement on les fait fermenter avec l’eau.
Si on veut préparer de l’indigo , on jette cette poudre dans un vase (1) , on y met une quantité d’eau suffisante pour quelle occupe deux fois plus de volume que la poudre. Après 1/2 heure on ajoute deux fois moins d eau de chaux; chaque demi-heure 011 remue pendant 8 à 10 minutes; après 5 à 6 heures, on filtre ou on soutire la liqueur , le résidu est agité avec autant d’eau iraîche que la première fois. On remue sans ajouter d’eau de chaux, on filtre la liqueur , et le traitement est encore répété une fois ; alors on rejette le résidu comme inutde (2). Pendant ce traitement il se développe une fermentation qui doit être activée par la chaleur. (Alors le travail est entrepris parmi temps chaud et au soleil.) Les liqueurs obtenues sont d’un vert foncé, d’une odeur forte, et couvertes d une écume violette, d’où se dégagent des bulles d’air (3). Ces liqueurs sont réunies dans une grande cuve en briques, ayant plus de largeur que de profondeur , mais plus profondes que les premières , où elles sont frappées continuellement et remuées. O11 continue cette opération jusqu’à ce que l’indigo se sépare (4)* O11 laisse reposer, on décante, on pé-
(1) En grand ce sont des réservoirs en terre cuite non vernissée.
(2} Ces résidus sont employés comme engrais des champs d indigo, pour lesquels, d’après les Indiens, le fumier de mouton et l’urine sont les meilleurs engrais (en Amérique on emploie principalement la cendre). L’anil agra (le plus riche) est extrait 4 fois; dans quelques parties des Indes orientales on ne fait cependant qu’un extrait. On reconnaît que l’indigo est extrait quand les feuilles sont jaune pâle.
(3) Les Indiens reconnaissent le degré de la fermentation en jetant une coquille d’œuf dans la liqueur. Il faut qu’elle tombe au fond et revienne à la surface. Quand la fermentation a etc trop forte il se dissout beaucoup de matières étrangères, si elle a été trop faible il s’en est dissout trop peu , dans le premier cas la liqueur est brunâtre et donne peu d’indigo; il est d’un gris d’ardoise et s’altère facilement.
(4) Pour reconnaître le point convenable on en verse un peu dans une petite tasse. Il faut que l’indigo se dépose rapidement.
trit le fond quand il est un peu égoutté , on le laisse au soleil (1) , et on le lait seclier sur un lit de sable ou de cendre de 4 à 5 pouces d'épaisseur.
Un séchage trop rapide brise 1 indigo en petits fragniens ; un sechage trop lent le fait moisir, et donne de la poussière, et meme le fait devenir noir.
Si ie battage n est pas fort , il ne se forme que peu d'inciigo , il est en gros grains d'une moins belle couleur, et qui tombe dans le verdâtre; si le battage est trop fort, il se combine des matières étrangères avec Findigo qui altèrent sa beauté, et lui donnent du penchant à se gâter.
Pour tout le travail il faut une grande chaleur; de sorte que dans les climats tempérés il faudrait avoir recours à • une chaleur artificielle pour obtenir un bel indigo. Dans 1 Inde on a recours depuis peu à Feau chaude pour accélérer la fermentation ; à une température chaude, et quand
ta cuve a déjà servi, la fermentation se fait plus rapidement.
D après d autres descriptions , dans plusieurs parties des Indes on prend seulement de Feau pure dans le commencement (pas d eau de chaux) ; alors, vers la fin, quand 1 indigo a commencé à se précipiter , on accélère la précipitation en ajoutant de Feau de chaux. Cela se fait aussi dans les Indes occidentales , cependant Bancroff pense que 1 indigo le plus fin ( guatimala) est séparé seulement par le battage sans eau de chaux, parce qu'il est extrêmement léger et ne fait point effervescence avec les acides , que par un long battage il s’est plus complètement combiné avec 1 oxigène , et que c’est à cette circonstance qu’est due sa couleur (noir-violette ou cuivrée, )
U) ^ apres d autres 2 à 3 jours à l’ombre, et seulement alors au
soleil.
34o couleurs bleues.
Dans quelques parties des Indes orientales on chauffe les feuilles avec aussi peu d’eau que possible h iôo° à i8o° Fahrenheit jusqu’à ce que l’eau devienne d’un vert foncé , et on bat la teinture obtenue jusqu’à ce que l’indigo grenue. Gela se fait principalement dans le nord de la côte de Coromandel et dans plusieurs endroits aux environs de Garnale. Pioxburgh fit connaître le premier cette particularité , et , d’après son avis , elle fut introduite dans d’autres parties des Indes. On prétend qu’à Java on échaudé complètement les feuilles.
Ce procédé a l’avantage suivant : i° les parties qui fournissent la couleur sont plus complètement extraites; 2° il se développe moins du gaz nuisible qui , dans la fabrication ordinaire, importune beaucoup les ouvriers; 5° le battage n’a pas besoin d’être aussi long-temps continué , parce que la chaleur favorise l’absorption de l’oxigène ; 4° le travail est plus rapidement terminé (on peut faire 2 à 5 fois par jour). L’indigo obtenu sèche plus vite, ne dégage pas de mauvaise odeur, n’a pas l’aspect grumeleux de celui qui est obtenu par les procédés ordinaires , mais ressemble à l’indigo guatimala,
2° Procédé suivi dans tes Indes occidentales .
Les trois cuves dans lesquelles on prépare l’indigo sont la cuve de trempage et de fermentation, la cuve à battre, et la cuve de dépôt. Elles sont placées Tune à côté de l’autre , de manière que le liquide de la première qui est la plus grande passe dans la seconde qui est plus petite. Le plus souvent elles sont construites en briques et bien mastiquées. Lebattage se fait au moyen d’un cylindre auquel sont fixées des ailes ou des augets. Ces cylindres sont mis en mou-
INDIGO ,4l
vement par des nègres , des chevaux ou des roues hydrau- Kques.
On commence par remplir ie trempoir d’eau jusqu’aux 2/3 de sa hauteur (1); on met autant de boites de plante d indigo qu’i! en faut (2) pour que l’eau surnage de quelques pouces en les comprimant un peu. I! s’ensuit bientôt une vive fermentation avec dégagement de bulles d’air (3), que 1 on laisse continuer sans l’interrompre jusqu’à ce que la liqueur devenue verdâtre paraisse à la surface rouge de cuivre , que l’on sente une faible odeur acide (4) , et qu’on
observe que les parties qui forment la couleur sont disposées à se séparer (5).
O11 passe alors la liqueur dans la cuve à battre où elle est jetée jusqu’à ce qu’il se forme des flocons bleus. Dans la plupart des fabriques , on ajoute de l’eau de chaux avant le battage , pour saturer l’acide qui s’est
iL On prend de 1 eau pure de rivière j Peau de pluie n’est pas si bonne. L’eau bourbeuse gâte l’indigo 5 l’eau pourrie occasione une fermentation nuisible. A Guzurate ( Indes orientales), on prend de l’eau salée 5 mais on prétend que cela est nuisible parce qu’il reste du sel dans l’indigo , ce qui le rend très-hygrométrique.
(2) Dans les Indes occidentales on emploie toute la plante , dans la plus grande partie des Indes orientales seulement les feuilles, parce que les tiges n’ont que peu ou point de matière colorante.
(3) Les gaz qui se dégagent sont formés d’acide carbonique et de gaz hydrogène ; à cette époque on aperçoit aussi un affaissement de la masse.
(4) Le suc des plantes fraîches ne contient point d’acide.
(5) C’est ce qui arrive ordinairement après 9 heures , après 6 quand ia tempéiature est tres-chaude , et apres 20 heures seulement à une température froide. On essaie de préférence la liqueur qui s’écoule par le robinet du bas, parce que la liqueur inférieure fermente plus facilement que celle du haut.
Tour. II.
formé. Cependant cela n’est pas nécessaire , parce qu un plus long battage produit le même effet.
Quand les flocons de couleur commencent à se précipiter, on cesse le battage , on abandonne la liqueur pendant deux heures , après lesquelles on la fait passer dans la cuve à dépôt; plus tard, quand tout l’indigo s’est déposé et qu’on a enlevé le liquide surnageant, on met l’indigo dans des sacs pour le foire égoutter. A la fin on le met dans des caisses où il est séché à l’ombre (1). Peu avant la dessication complète , on pétrit la pâte et on la moule en petites masses carrées.
Mais si on veut avoir de l’indigo plus pur, on le lave avant le séchage une ou plusieurs fois : l’eau entraîne beaucoup de matières jaunes.
L’indigo complètement séché à i’air ne se conserverait pas emballé dans des tonneaux, parce qu’il retient toujours de l'humidité. Pour éloigner l’humidité on le laisse suer (2^ ; pour cela on le inet dans des tonneaux que 1 on couvre avec des feuilles d’arbres ou avec des toiles , et on le laisse dans un lieu modérément chaud. Déjà apres quelques jours il développe une odeur agréable. Plus tard 1 indigo se couvre de points blancs , ou d’une efflorescence de moisissure , après ce temps on le sort tics tonneaux , on essuie les morceaux , et on le laisse sécher complètement à l’air. Il est alors d’un joli bleu velouté. Il devient seulement couleur de cuivre quand il est séché davantage.
Produit .
Le produit de la plante d’indigo est très-variable suivant le
(1) Souvent au séchage les insectes y déposent des œufs qui produisent des vers qui mangent l’indigo.
(2) Il faut seulement faire suer l’indigo sec, parce que celui qui est encore très-humide se gâterait.
climat, îa végétation, elle mode de préparation; aussi on n’a point de données exactes sur ce produit. Bancroff rapporte que la plante étant à une maturité suffisante , donnait 5o fois plus d’indigo que le pastel. Il cite cependant une expérience du colonel Ryt, qui avec 10/, livres de feuilles et de tiges de la plante d’indigo de Guatimala obtint seulement 6 onces ~ de bel indigo. Gomme le meilleur pastel donne 20 onces d’indigo par quintal, il résulte qu'il en fut obtenu très-peu de la plante d’indigo; mais il faudrait, en admettant la proportion citée plus haut, que 100 livres de feuilles d’indigo donnassent 19 livres d’indigo, ce qui est exagéré et qui contredit toutes les autres indications d’après lesquelles 100 livres de plante donnent seulement 1 livre d’indigo.
j Préparation de l’indigo de pastel .
i° Par fermentation. On ramasse les feuilles à une température sèche et quand elles commencent à jaunir; on les laisse sécher à l’air, ou on les met encore fraîches dans la cuve à fermenter ( 1 ).
On entasse les feuilles au fond de la cuve à fermenter avec des planches ou des pierres; on y verse de beau de manière qu’il y en ait quelques pouces au-dessus des feuilles.
Il faut que l’eau soit à 1 2 ou 1 5° Réaumur. Pendant la fermentation il se développe beaucoup de bulles d’air, la liqueur devient jaunâtre, et plus tard vert-jaune. Aussitôt qu’il se montre à la surface des couleurs irisées et que la liqueur devient d’un vert plus foncé (2), on la fait passer dans
(0 Quelques fabricans les lavent avant, mais cette opération n’est, point ne'cessaire et paraît même préjudiciable.
(2) A une température chaude la fermentation atteint ce terme en
la cuve debattage, attendu que, par une plus longue fermentation, la matière colorante se décomposerait; on y ajoute de l’eau de chaux jusqu’à ce que la couleur devienne toutà-fait vert foncé (1) , et on bat jusqu’à ce qu il se forme une couleur bleue (i/4 d’heure à 1/2 heure) ; on laisse reposer, et on soutire la liqueur (2). On lave le précipité, on le met sur des fdtres , on le sèche à une température de 20 à 3o°, on le presse un peu avant le séchage et on le
moule.
Ce procédé est le meilleur de tous ceux qui ont été proposés. Il serait cependant peut-être encore plus avantageux de suivre le procédé des Indes.
On a aussi recommandé, pour éviter le battage, de laisser former le précipité vert , de soutirer la liqueur et de l’arroser ensuite avec de l’acide muriatique ou de l’acide sulfurique , opération par laquelle il devient aussitôt bleu. L’acide dissout aussi en même temps la chaux qui se trouve mêlée à l’indigo. A la fin on lave plusieurs fois.
Les feuilles pendant le trempage passent du vert-bleu au vert élevé ; mais à une grande chaleur elles passent au vert-gris sale. Quand la fermentation est très-prolongée les feuilles deviennent d’un jaune verdâtre pâle.
Du reste, la séparation de l’indigo par la fermentation est principalement utile pour les feuilles trop mûres dans lesquelles l’indigo est déjà oxidé.
12 heureâ 5 mais à une température froide, seulement après plusieurs jours.
(1) Il faut à peu près un volume d’eau de chaux égal à i/3 de celui de la liqueur.
(2) On reconnaît que la liqueur ne contient plus d’indigo quand, par une addition d’eau de chaux, il ne se précipite plus de flocons
bleus verdâtres.
Extraction avec ï eau chaude (1).
i° Avec les feuilles sèches . On remplit une cuve aux. 2/5 avec des feuilles de pastel sèches (2) , et on les arrose aveG de l’eau de rivière à 10 ou .12° Réaumur, de manière que l’eau surnage de 2 à 5 pouces. Après 8 à 12 heures l’eau a extrait toutes les matières qui peuvent donner de la couleur (3) ; alors on passe la liqueur dans la cuve à battre (4) qui renfermait de l’eau de chaux; quand la hauteur du li-
(1) Ce procédé' est du docteur Joli. Baptiste Heinrich , à Plan près Eger, qui, en 1812, obtint de l’empereur d’Autriche une récompense de 00,000 florins (argent papier), avec la condition de faire une plantation de pastel, une fabrique d’indigo, et de faire connaître ses procédés. Kulenkamp de Brême, 5o ans avant (en 1^55) avait indiqué un procédé semblable, et avait obtenu un prix de la société scientifique de Goettingen. 11 mettait les feuilles fraîches écrasées dans de Peau chauffée presque jusqu’au bouillon, mais surtout non bouillante; faisait passer après quelque temps la liqueur vertviolet, dans une cuve qui contenait î/3 de son volume d’eau de chaux, remuait bien la liqueur, qui devenait verdâtre et se couvrait d’une e'cume bleue; il laissait alors déposer la matière colorante , décantait les eaux surnageantes, lavait le résida et faisait sécher. Le procédé de Kulenkamp se distingue de celui de Henrich, principalement parce que le premier employait des feuilles fraîches, et le second les feuilles sèches. Le travail avec les feuilles sèches a l’avantage que l’on peut fabriquer en tous temps, et les habitans des campagnes n’ont autre chose à faire qu’à sécher les feuilles pour les livrer dans cet état au' fabricant.
(2) D’après Trommsdorff, quand les feuilles sont trop fortement séchées elles ne donnent point d’indigo par ce procédé , et Peau de chaux ne sépare point d’indigo de la décoction chaude , mais seulement de la décoction à froid.
(3) On reconnaît que la liqueur est chargée de matière colorante lorsqu’on y ajoutant de l’eau de chaux il se forme un précipité bleu verdâtre. Quand le précipité est bleu d’ardoise, la liqueur doit rester encore quelques heures sur les feuilles.
(4) Les feuilles sont îavccs avec de l’eau qu’on ajoute à la première liqueur.
quidc a atteint le tuyau à vider, on l'ouvre et on laisse passer la liqueur devenue verte dans une autre cuve, de laquelle elle est élevée par une pompe , et reversée dans le bassin afin de l’aérer. On continue ainsi à peu près pendant i heure (1).
Pendant ce travail il se précipite de l’indigo en flocons (2) , et la liqueur devient vert-bleuâtre. On la laisse alors en repos 6 à 8 heures pour que les flocons se dépo» sent, et on soutire la liqueur claire (5) ; on y verse de 1 eau pure , on agite le dépôt pour le bien laver , on le laisse reposer , et on répète cette opération jusqu’à ce que l’eau cesse de se colorer.
L’indigo contient encore de la chaux et des matières colorantes jaunes. Pour les séparer , on l’arrose avec du vinaigre ou de l’acide muriatique, et on lave de nouveau , jusqu’à ce que les eaux ne soient plus acides ; alors on met l’indigo à égoutter sur des toiles, et après 10 à 12 jours on met sécher à l’ombre dans un lieu aéré.
Avec des feuilles fraîches .
On arrose 20 livres de feuilles fraîches lavées et placées dans une cuve, avec 3o à 35 mesures d’eau bouillante; on remue, et après 2 ou 3 heures on fait passer la liqueur dans un autre vase garni de 3 robinets à différentes hau-
r 1 ) S’il se formait trop d’écume bleue, elle empêcherait le travail; on ajoute alors quelques gouttes d’huile, l’écume disparaît de suite. Cette addition se fait aussi pour le même but dans les Indes occidentales.
(2) Si ce dépôt n’est pas suffisant dans la première heure on ajoute de l’eau de chaux , et l’on continue à pomper.
(3) La liqueur surnageante ne doit donner avec l’eau de chaux qu’un précipité jaune. Si le précipité était verdâtre elle contiendrait encore un peu d’indigo, et on n’aurait pas ajouté assez d’eau de chaux.
leurs, et qui contient 10 à 12 mesures d’eau de chaux , et 011 remue bien. La liqueur, qui était vert-olive, donne une écume bleue, et devient vert-gazon. On continue l’agitation pendant 1 heure , on laisse ensuite reposer pendant 18 à 20 heures; on tire l’eau sale surnageante et on lave. La pâte est traitée par l’acide sulfurique (1) étendu , on lave de nouveau , et on fait sécher.
M. Chaptal conseille de décanter la liqueur après 5 à 6 heures, mais de la verser sur les feuilles quand l’eau est trop claire , et qu’elle n’a pas au moins la couleur d’un vin blanc fortement fermenté; alors on laisse de nouveau les feuilles avec de l’eau tiède que l’on enlève après 1/2 heure pour la mêler avec l’autre liqueur; les feuilles sont enfin fortement lessivées avec de l’eau froide.
Différentes observations.
Gehlen et Knogler , teinturiers à Ingolstadt , ont fait plusieurs essais intéressans sur la préparation de l’indigo de pastel , nous allons les rapporter.
Le temps nécessaire pour extraire toute la matière colorante , dépend de la température de l’eau, de celle des feuilles et de celle de l’air, ainsi que de la constitution des feuilles. Celles qui ont poussé sur un terrain sec et dans des années sèches , exigent plus de temps (2), surtout quand l’eau est seulement échauffée à 4°° Réaumur. Quand l’eau
(1) 10 mesures d’eau ei 3 à 3 onces 1/2 d’acide sulfurique. L’acide muriatique serait préférable.
(2) Si on extrait l’indigo par fermentation , il n’est pas bon de faire fermenter à la fois dans la même cuve des feuilles fraîches et des feuilles sèches, des feuilles vieilles et des feuilles nouvelles , parce que les unes ont déjà fermenté quand les autres ne sont pas encore extraites.
esta une température de 55 à 70°Réaumur, les meilleures
feuilles exigent de 1 5 à 25 minutes.
Les températures de 55 , 4° 45° sont les plus con¬
venables. Il faut de 2 à 4 heures pour faire l’extrait de 55 à yo° i l’on obtient un indigo aussi beau , en plus petite quantité, et plus foncé. Quand les extraits sont faits à une température inférieure , l’indigo ne se dépose pas aussi facilement après l’addition de l’eau de chaux, parce que la liqueur n’est plus assez chaude.
L’agitation des feuilles trempées n’est pas avantageuse , alors la liqueur prend une teinte d’un brun plus foncé.
A la place d’eau de chaux , on peut employer de la potasse, mais cet alcali n’agit pas aussi bien que le premier et est plus cher.
Il faut ajouter de suite l’eau de chaux, car si on abandonnait quelque temps la liqueur, une partie de l’eau de chaux se décomposerait. Il faut l’ajouter en une fois, son volume doit être de i/4à i/o au plus de celui de l’extrait (à une température élevée, i /5 ou î /6 suffisent) , et on peut en ajouter jusqu’à ce que la liqueur devienne vert foncé et qu’il ne se forme plus de précipité. Si la liqueur contient encore de l’indigo on le reconnaît en ajoutant de nouveau un peu d’eau de chaux, et lavant avec de l’eau le précipité jaune ou vert qui se forme ; si elle contient de l’indigo, il reste un précipité bleu. Sans eau de chaux , et par le seul battage, on n’obtient pas de bel indigo.
En France on a trouvé qu’il n’était pas avantageux d’employer de trop grandes cuves , parce qu’alors le suc des feuilles n’était pas bien extrait et que la masse s’échauffait trop facilement. Ronques, dans des cuves qui contenaient 4oo kilogr. de feuilles , n obtenait pas un indigo aussi bon que dans celles qui en contenaient seulement 200. Il faut
aussi ne pas trop presser les feuilles, parce que l’eau ne les pénètre pas bien.
A une température élevée , l’indigo se sépare aussi bien par le battage que par l’eau de chaux, et il est toujours d’une couleur plus foncée. A une température très-basse , il est presque impossible de le séparer de la liqueur ; à une très - haute température il se sépare quelquefois de lui-même.
Giobert , qui dans le commencement recommandait de faire l’extrait par l’eau bouillante , prétendait plus tard avoir trouver qu’il était plus avantageux d’ajouter un peu de potasse. On obtient alors une teinture vert d’émeraude que lson laisse en repos pendant une demi-heure pour que les impuretés se déposent,* alors on soutire, et on bat jusqu’à ce que sa couleur soit passée au brun-jaune» O11 laisse ensuite reposer pendant 24 heures , 011 lave le résidu 3 fois avec de l’eau pure, et on le laisse 3 jours dans un vase avant de le mettre à égoutter sur des toiles. Si la liqueur contient encore de l’indigo on peut le reconnaître en ajoutant de l’eau de chaux ou de la potasse; dans ce cas elle devient verte , et dans le cas contraire elle reste brune. Si la liqueur contient trop de potasse, l’indigo ne se sépare pas.
Dans la fabrique d’indigo de Kottvitz , on a observé qu’après la précipitation de l’indigo, il se dégage une odeur urineuse. L’indigo est redissous et disparaît. Il s’est alors formé de l’ammoniac qui a dissous la couleur; en ajoutant de l’acide muriatique il se combine avec l’ammoniaque et précipite l’indigo.
Souvent l’indigo entre en putréfaction , alors il dégage une odeur désagréable , et il se couvre d’une pellicule. A Kottvitz on a évité cet inconvénient en mêlant an dépôt un peu d’acide muriatique et portant alors la matière dans
les filtres. Par ce moyen on peut le conserver plusieurs semaines dans un endroit frais sans qu’il se développe de moisissure.
On dit que les feuilles de pastel qui ont servi pour la préparation de l’indigo en développent de nouveau par la fermentation, et peuvent être vendues et employées comme le pastel ordinaire. Les gâteaux de pastel provenant de la fabrication de l’indigo sont vendus , d’après M. Chaptai , un tiers de moins que le pastel ordinaire.
Note sur V extraction de la couleur du pastel , par J. Marina ( Hunstund Geiverber Blatt. N° 4 7* 1826.)
O11 place les feuilles dans un tonneau avec de l’eau , puis on charge la masse avec des poids. On la laisse en repos 16 à 18 heures , c’est-à-dire jusqu’à ce que la macération soit complète, ce que l’on reconnaît quand l’eau a acquis une teinte d’un jaune vert. Alors on retire les feuilles; on laisse en repos pendant quelques minutes pour que les matières terreuses puissent se précipiter , on filtre à travers un tamis de fil de fer ou de soie , puis on agite fortement la solution pendant 1/4 d’heure avec un mouvoir en bois, et l’on y verse l’eau de chaux. À cette époque, on continue encore le mouvage pendant quelques minutes, puis on laisse en repos pendant plusieurs heures. Après ce repos , un dépôt de fécule d’un beau bleu s’est formé au fond du vase; il suffit de fdtrer et de laisser sécher en trochites sur une table en bois , et aux rayons du soleil , pour l’amener à l’état sec et vendable.
Produit.
La quantité d’indigo que l’on obtient du pastel varie suivant la température de l’année, l’âge de la plante, le
procédé que l’on a employé , et suivant que l’on a séparé l’indigo plus ou moins pur.
Dans les étés chauds et secs on obtient plus d’indigo et d’une plus belle couleur que dans les étés froids et humides ; il en est de même dans les pays chauds. Les plantes qui ont acquis une maturité suffisante donnent plus que celles qui sont trop jeunes ou trop avancées.
En général on peut admettre que 100 livres de feuilles de pastel fraîches dans des étés froids, donnent 6 à 8 onces, et dans les étés très-chauds près de 20 onces.
Si on admet 8 onces, l’arpent de Magdebourg de 180 perches carrées produirait 80 livres d’indigo , parce que cet espace en 5 coupes produit 06,000 livres ou 627 quintaux de feuilles fraîches , ou 5o quintaux de pastel de teinturier sec. Il reste 27 voitures de feuilles fermentées (à 12 quintaux) qui équivaut pour engrais au fumier de vache.
Kulenkamp obtenait de 100 livres de pastel de Thuringue 6 à huit onces d’un indigo qui le cédait peu à celui de Saint-Domingue.
Gehlen de Ingolstadt obtenait dans un été froid et humide (1812), 6 onces sur 100 livres de feuille, qui se comportaient en teinture relativement au meilleur des Indes comme 4 * 7*
Dans le rapport du comte Sussy à Napoléon, on admettait 8 onces d’indigo pur , aussi beau que celui du Bengale, pour 100 livres de feuilles fraîches (1).
M. de Puymaurin obtenait de 100 livres de feuilles , presque 10 onces d’indigo , ce qui ferait 47 livres par arpent, et en comptant la livre seulement à 6 francs, l’arpent
(1) L’arpent de Paris, d’après les expériences faites, produit dans les années moyennes \5o quintaux de feuilles de pastel , ce qui donne
rapporterait une somme de 282 francs; et de plus les feuilles après l’opération pourraient être employées pour la nourriture des animaux , ou pour faire des gâteaux de
Dans le département de la Garonne , M. Gaillard obtenait par arpent 200 quintaux de feuilles, poids de marc, qui, à 16 onces d’indigo par quintal pouvait produire 100 livres d’indigo. M. Chaptal admet dans sa Chimie agricole qu’un arpent produit i5o quintaux de feuilles. Si on compte seulement 6 onces d’indigo pur par quintal , l’arpent produirait 28 livres , qui , à 9 francs auraient une valeur de 2 52 francs. Les frais de la semence , de culture , de la récolte et de la préparation s’élèveraient à 157 fr. 11 resterait alors un gain de 1 15 , et cela même au prix actuel, (En 1824 le plus mauvais indigo étranger de Manille et de Coromandel , coûtait 8 à 1 2 francs , le meilleur, 20 francs.)
D’après Tromsdorff, en Thuringe le maximum de produit d’un quintal de feuilles fraîches est de 20 onces, mais alors il faut que l’été ait été chaud et que la température
3y kil. 1 /a d’indigo par arpent, qui au plus bas prix du commerce i5 fr. produisent par arpent 562 fr. 5o c. de cette somme il faut
déduire :
i° Pour le fermage. 5o fr.