CRAYONS A DESSINER
Histoire . D’après Pline , les anciens se servaient du • plomb métallique pour écrire. Dans le quinzième siècle, quand Fart avait atteint en Italie le plus haut degré , on. employait , d’après Fiorillo , des crayons coulés , formés de 2 parties de plomb et d’une partie d’étain, et on effaçait les traits avec de la mie de pain. C’est de là que vient le nom de crayon de plomb que portent maintenant les crayons de graphite , quoiqu’ils ne contiennent pas la moindre quantité de plomb.
Les crayons de graphite sont mentionnés dans un écrit du seizième siècle.
Il paraît qu’à cette époque le graphite d’Angleterre , ainsi que celui de Leizesberg , près Hafnerszell , étaient connus. Dans le commencement on employa le graphite naturel par morceaux; plus tard , le graphite terreux fut aussi utilisé en le mêlant avec des matières qui lui donnaient du corps. Les fabriques de ces crayons artificiels paraissent avoir été faites d’abord à Nuremberg, qui en fournissait à toute l’Allemagne et à une grande partie de l’Europe. L’Angleterre en livra aussi plus tard , faits avec du graphite aggloméré artificiellement.
Comté, à Paris, et Hardtmuth, à Vienne, ont employé presqu’en même temps l’argile pour former des crayons avec le graphite en poudre, et offrirent au commerce des crayons qui surpassaient ceux que l’on avait fabriqués jusqu’alors. Hardtmuth obtint , plus tard , pour çet objet , une patente en Autriche.
Par crayons à dessiner on entend, dans un sens plus
étendu, tous les crayons de couleurs avec lesquels on peut écrire ou dessiner sur le papier, le parchemin , qu’ils soient métalliques ou de matières, végétales ou animales charbonnées , montés en bois ou nus.
On emploie beaucoup maintenant les crayons de graphite que l’on fait avec du graphite naturel dense, ou avec des mélanges artificiels dans lesquels le graphite en poudre forme l’élément principal. Les crayons rouges naturels ou artificiels , et les crayons de craie noirs sont moins usités ; les crayons de craie blanche, les crayons colorés , les crayons métalliques , le sont moins encore.
Nous allons examiner les principaux.
i° Crayons de graphite pur .
On assortit le graphite d’après la dureté et la couleur, en destinant le plus dur pour les crayons h dessins linéaires; on coupe les morceaux avec une scie fme de ressort de montre; on obtient des plaques de différentes dimensions.
On les débite ensuite en prismes quadrangulaires allongés.
Les sciures et les petits fragmens sont recueillis , et sont employés pour les crayons composés , qui ont atteint récemment un haut degré de perfection, principalement dans les fabriques anglaises et françaises.
A l’usage , on reconnaît facilement les crayons anglais , à ce que les pointes les plus fuies s’usent lentement , en laissant cependant des traits prononcés. C’est cette propriété qui les fait rechercher.
Les crayons de graphite pur, chauffés, ne dégagent ni vapeurs ni fumée, au chalumeau ils brident lentement.
mais entièrement. La pointe chauffée au rouge , et re froiclie , prend une couleur plus claire de gris d’acier, et laisse sur le papier des traits aussi forts qu’ayant le chauffage.
2° Crayons de poudre de graphite et de soufre .
On emploie le graphite écailleux, pulvérisé, tamisé, décanté et desséché.
On mêle 3 à 4 parties de cette poudre avec 1 à 1 1/2 de fleur de soufre; on fond le mélange dans un creuset de fer, enduit de suif, en remuant. On verse la masse liquide dans des formes de fer échauffées , en plaques de 1 à 6 pouces d’épaisseur; on couvre avec une plaque de fer la matière coulée , et on comprime la masse encore molle à l’aide d’une presse.
Quand la matière est refroidie , on l’enlève du moule, et on débite la masse au moyen de la scie.
Cette méthode n’est presque plus employée que pour les crayons communs des charpentiers. A l’usage , ces crayons sont cassans, grenus, et ne peuvent pas former une pointe aiguë. Ils laissent des traits inégaux, sont durs, et raient le corps sur lequel ils laissent des traces colorées.
 la flamme d’une chandelle, ils se fondent, brûlent avec une flamme bleuâtre , et répandent une odeur sulfureuse.
3° Crayons de graphite et de colophane.
On mélange 2 parties de graphite pulvérisé avec 3 parties de colophane , on ajoute un peu de craie quand la couleur du mélange est trop foncée; on fond à une chaleur douce jusqu’à ce que la matière se laisse tirer en fils.
Quand elle est suffisamment refroidie, on îa roule en forme de cylindres sur une table, et on les introduit dans des roseaux; la matière peut aussi être mise en plaques et coupée.
Quelques fabricans ajoutent aussi un peu de graisse, et prennent alors ,5 à 5 1/2 livres de graphite, 2 livres colophane , 2 onces de cire , 1 once de suif.
Ou : 5o graphite, 02 résine claire, 1 cire jaune, 1/2 suif.
Ou : 52 graphite, 1/2 suif, 02 résine, 1 1/2 cire jaune , 1/2 suif.
Ces crayons ne sont point taillés à l’usage , on les ramollit à la flamme d’une chandelle , et on les presse pour former la pointe. Ces crayons sont un peu meilleurs que ceux qui sont formés avec le soufre , mais on n’en fabrique presque plus.
4° Craijons de graphite et de gomme-laque .
L’anglais Favley a donné récemment la prescription suivante. On prend du graphite pulvérisé , et on le fond avec la gomme-laque; on pulvérise le mélange, et on fond de nouveau pour rendre îa masse aussi homogène que possible. Alors on débite la masse à la scie , et on colle les prismes dans du bois de cèdre. Les crayons sont durs , solides.
5° Poussière ae graphite et antimoine .
On mêle de la poussière de graphite et du sulfure d’antimoine, et on procède comme au n° 2.
Les crayons ainsi obtenus surpassent ceux que l’on obtient par les n°* 2 , 5 et A. Ils ne sont pas aussi cassans;
le grain est plus fin plus serré et plus brillant, mais ils cèdent à ceux indiqués sous les numéros 1 et 7.
Au chalumeau on les distingue facilement de toutes les autres sortes. Il se dégage des vapeurs épaisses d’un blanc bleuâtre, et la pointe, à une température plusélevée, forme une petite houppe composée de petits globules fondus. Après le refroidissement, la surface qui a été chauffée est couverte , jusqu’à quelques iig nés de la partie chauffée au rouge, d’une efflorescence d'un blanc jaunâtre; la pointe chauffée est d’un grain plus gros que le restant du crayon, et se trouve très-friable.
6° Graphite en poudre et gomme ou colle .
On mélange de la poudre de graphite avec une épaisse dissolution de gomme, de colle de poisson, de colle dans de l’eau ou l’eau-de-vie; on presse le mélange, on le laisse sécher, et on le coupe. Les fabricans tiennent les proportions secrètes. Cependant la meilleure peut être facilement trouvée par des essais. Ceux qui sont faits avec de la gomme se fondent dans de l’eau; trop de gomme les rend durs , lorsqu’ils n’en contiennent pas assez ifs sont trop friables. Quelques fabricans ajoutent un peu de savon ; les crayons sont alors plus moelleux.
70 Crayons de graphite et d' alumine.
L’alumine a la propriété de se durcir par la chaleur; cette propriété a été mise en usage par Hartmuth à Vienne, et Comté à Paris , pour former les crayons à dessiner.
L’alumine doit être, autant que possible, exempte de chaux, de silice et d’oxide de fer, et dégagée parla décantation de toutes les parties grossières. Le graphite doit être
38o PRÉPARATION
également raffiné par le tamisage, le broyage et la décantation, Comté le chauffe a vapt l’usage jusqu’au rouge blanc; il devient plus brillant, plus doux.
Mélange . L’argile est mêlée par un broyage continu avec le graphite , et le mélange est conservé sous des cloches de verre jusqu’à ce que Ton mette en forme. Smitz recommande de mêler l’argile et îe graphite à l’état de pâte après la décantation , et de laisser dessécher le mélange jusqu’à l’état pâteux. A Hafnerszell on les laisse sécher avantet on les remet en bouillie avec de l’eau , en les faisant passer 8 à 9 fois par un moulin de grès , et alors on fait dessécher dans des terrines jusqu’à consistance d’une pâte épaisse.
Proportion de mélange. Les proportions varient. D’après Comté, on peut prendre 5 parties d’argile sur 2 de graphite , ou aussi parties égales. Plus on prend d’argile, et plus les crayons deviennent durs; si on prend beaucoup de graphite, ils ressemblent aux crayons de plomb ordinaires; si on en prend moins ils sont aussi moins hrilians, ce qui est un avantage. Par une plus forte chauffe on peut les rendre plus durs.
D’après Schmitz on fait beaucoup de mélanges différons ; pour les plus noirs la proportion n’excède pas 25 parties de graphite contre 20 d’argile, pour les plus durs 12 de graphite et 20 d’argile.
Pétrissage. Pour éloigner de la pâte les bulles d’air et rendre la matière homogène , on bat la pâte avec des masses avant de la mettre en forme , 011 la coupe avec des fds de laiton, on roule les morceaux en forme de cylindres, ensuite on les remet en boules , et on continue jusqu’à ce que, coupant la masse par des fils de laiton, on n’apercoive plus d’air, et que la coupe soit lisse et dense.
DES CRAYONS. 38r
Moulage . On pourrait faire chauffer les masses obtenues et les scier ensuite; mais comme i! y aurait beaucoup de déchet il vaut mieux former îa pâte en petits parallélipipèdes allongés et les cuire ensuite.
Comté fait faire des rainures dans une planche de buis; elles doivent avoir de plus grandes dimensions que celles des crayons cuits, à cause du retrait. (On pourrait aussi faire des formes en alliage d’antimoine et de bismuth. ) On lait bouillir la forme, dans du suif ou de l’huile, pour que îa pâle n’y adhère pas. On comprime la matière dans les rainures, et on laisse sécher dans les formes : la dessiccation a d abord lieu dans les bouts : ils laissent un espace vide. Peu à peu îa dessiccation gagne le centre, et tout le crayon s® détaché. On porte alors les formes dans une étuve ou les crayons secnent complètement. Après on enlève les crayons. Ils sont pour la plupart entiers et toujours droits.
Dans la fabrique de Hafnerszeli , on emploie, d’après Schmitz, une presse ordinaire , et on moule les crayons comme le vermicelle. Les prismes sont courbés ; on les coupe de la longueur convenable , et on les redresse en les mettant dans des rainures pratiquées dans une planche où ils sont complètement séchés.
Cuite. Comté cuisait les crayons en les plaçant perpendiculairement dans un creuset, les couvrant d’une couche de poussière de charbon , de cendre ou de sable lin, couvrant ie creuset, îutant le couvercle, et chauffant jusqu à la chaleur rouge , enlevant le creuset et laissant refroidir.
ii Hamerzel! on les met dans un creuset avec du charnon , et 1 on fait rougir faiblement. Il faut que chauffage
et te refroidissement se fassent lentement et avec précaution.
Améliorât ion. Si on veut faire des plans ou des lignes très-fines, il est avantageux avant l’usage de les plonger dans de la cire ou du suif bouillant, pour que les crayons acquièrent de la souplesse, s’usent moins et conservent longtemps leurs pointes : pour le dessin de la figure et du paysage, il est plus avantageux de ne pas les plonger dan» la cire, les traits sont plus noirs et plus nets.
Propriété . Les crayons de graphite formes avec de l’alumine se rapprochent le plus des crayons de graphite pur, quoiqu’ils ne donnent pas des traits aussi purs et aussi vifs. Au chalumeau ils rougissent plus facilement que toutes les autres sortes. Ils ne dégagent ni odeur ni fumée. Après la combustion du graphite ils ne présentent plus qu’une masse d’argile grise ou jaunâtre qui ne laisse
plus de trace sur le papier.
Cette préparation est simple, mais elle exige beaucoup de soins. Tout dépend de la finesse et de l’égalité de l'argile et du graphite; un trop prompt séchage courbe les crayons; un trop prompt refroidissement les rend durs et
cassans. . t .
Comme l’argile n’a pas une composition uniforme, le
retrait n’est pas toujours égal , et on ne peut jamais compter avec assurance obtenir des crayons d’égale dureté. Humblot Comté a cherché un moyen de rendre plus durs ou plus mous les crayons déjà formés, et a décrit cette ■ méthode dans le brevet de perfectionnement qu il prit en 1 807 . Il consiste à plonger les crayons dans des dissolutions plus ou moins fortes de sel ; ces dissolutions les rendent plus durs et plus serrés. !i prend principalement Ses sulfates, et principalement ceux qui ne sont pas fusibles > quelquefois même une dissolution de sucre. ^ .
L’emploi de l’alumine pour lier la poudre de grapaite
n’a point été découvert par Comté ni par Hartmnth , quoiqu’ils l’aient employée les premiers ; c’est ce qui résulte de la citation suivante extraite de Schazkœmmer ( Hambourg 1702 ), page G56. Il y est dit que « pour obtenir des crayons de charbons d’une dureté égale à la craie, 1! faut mêler de l’argile de pipe en pâte avec du charbon broyé , y ajouter un peu de gomme , former les crayons, et laisser sécher lentement. »
8° Crayons rouges .
On peut obtenir les crayons ronges de la même manière que les crayons de graphite, en prenant de la sanguine à la place de graphite.
Si Ton emploie le procédé n°6, on peut prendre les proportions suivantes ( on évapore la pâte de sanguine décantée jusqu à ce qu’elle ait la consistance du Leurre, on ajoute quelquefois un peu de savon) :
Pierre rouge Se, gomme arabique i ; les crayons sont très-mous.
Pierre rouge 02 , gomme 1 1/6; crayons doux pour le dessin.
Pierre rouge Sa , gomme i i/3 ; ou encore mieux i 1/1 8; crayons tendres solides.
Pierre rouge 02, gomme 1 1/2; crayons solides.
Pierre rouge 02, gomme 1 2/0; crayons-très solides pour des dessins délicats.
Pierre rouge 32 , gomme 3 5/6; crayons durs; avec plus de gomme ils deviennent trop durs.
a mere rouge 52 , gomme 1 2/9; savon blanc sec 1 23.
^ ^es crayons sont puis bruns que les précédons, solides, s apointent facilement; mais ils ont l’inconvénient de
tous les crayons qui contiennent du savon, de donner des traits luisans quand on appuie fortement.
Pierre rouge 5e , colle de poisson seclie 2 ; crayons
brillans d’un bon usage.
(j° Crayons noirs et craie noire .
On obtient des crayons noirs avec du graphite auquel on ajoute du noir de fumée, et, suivant le procédé n 7, dans la cuite , il faut éviter soigneusement l’accès de
l’air.
Humblot Comté forme des crayons noirs pas avec un mélange de i/5 de noir de fumée et 2/0 d’argile ; il met en forme, et les polit, lorsqu ils sont secs, sui une taille garnie d’un drap de laine, et les fait cuire : les parties résineuses du noir de fumée forment probablement ici cette espèce de vernis qui les recouvre.
io° Crayons colorés .
On peut produire des crayons de differentes couleurs par le procédé n° 7 , et les monter en bois comme les crayons de graphite. La terre d'ombre et 1 argile donnent des crayons bruns; le vermillon et 1 argile des crayons rouges : le carmin et la laque carminée des crayons rouges; l’ocre r 0 u ge-b r u n des cramons jaune et bruns; l’indigo et le bleu de Prusse des crayons bleus; toutes les couleurs métalliques avec l’argile, leurs couleurs propres. Il faut prendre de l’argile tout-à-fait blanche.
il0 Crayons de charbon à dessin.
On se procure un charbon d’un grain très-fin; on le scie delà grandeur et de la forme que l’on veut donner aux crayons. On le met dans un vase de terre rempli de
cire fondue , et on les laisse 1/2 heure sur un feu doux. Après ce temps on les retire et on les laisse refroidir , ils sont bons à être employés.
Si on veut donner une plus grande dureté aux crayons, il faut ajouter de la résine à la cire; si au contraire les crayons doivent être très -noirs , on ajoute à la cire un peu de beurre ou de suif. Les traits faits avec ces crayons sur le papier ne s’enlèvent pas comme ceux faits avec le I charbon pur ou la craie noire ordinaire.
<ue procédé a été indiqué par Pye , qui a obtenu pour cet objet une médaille de la société d’encouragement de î Londres; mais 1 5 ans avant, en Allemagne, et 25 ans avant, j en France, on employait l’immersion dans des mélanges de I graisse pour améliorer les crayons.
12° Charbon de saule .
Les bois les meilleurs sont ceux de tilleul , de fusain ) (dont le charbon est encore plus dur que celui de til- ! leu 1 ) , de noisetier , les pieds de vigne , le saule , le meiî- I leur ensuite est celui d’aulne. On les coupe en mor- ) ceaux delà grosseur d’une plume, et on les carbonise 3 en yases clos.
On peut procéder de cette manière.
On lie les bâtons ensemble , on les environne d’un peu i d’argile, 011 laisse sécher; on fait une seconde enveloppe I plus mince que l’on fait encore sécher; on lute les fentes qui auraient pu se former, et on fait chauffer cette masse dans un feu de charbon. Après le refroidissement , on casse l’argile.
Ou bien, on met les morceaux de bois flans un creuset plein de sable , on lute le couvercle , etc.
Tom. II. >5
PRÉPARATION i 5° Crayons métalliques .
i° On fait fondre i.o parties de plomb, on ajoute 1/2 partie d’antimoine, un peu de graisse et G parties de bismuth ; on remue le mélange et on coule 1 alliage dans des formes de fer. A la fin on forme les pointes h la lime. Ces crayons sont bons pour dessiner sur parchemin , et sont préférable aux crayons d’argent.
2° (D’après Comté). On fait fondre du plomb, on y ajoute de l’antimoine, et quand la fusion est complète, on ajoute un peu de mercure. On obtient un aîhage qui n’est pas dur et qui peut être facilement coupé en crayons. Ils sont très-bons pour les plans parce qu’ils conservent long-temps leur pointe.
1 /}° Rendre plus foncés ou plus clairs les crayons rouges et
les crayons de graphite.
On les trempe dans de la graisse ou de l’huile; mais comme il est difficile que cette matière se répartisse uniformément dans toute la masse des crayons , on fait un mélange de 1 partie d’huile avec 5 parties d’huile de térébenthine; on chauffe les crayons , on les enduit de ce mélange, et on les met dans un lieu chaud où l’essence se vaporise ; ils deviennent ainsi plus foncés.
On peut rendre les bons crayons rouges plus durs et plus clairs en les faisant chauffer. Mais ceux qui sont de mauvaise qualité ne supportent pas cette opération.
1 5° Montage des crayons en bois.
Les crayons de graphite, de sanguine ou de craie , sont quelquefois mis dans le commerce nus , et ceux de métal sont toujours livrés à la consommation dans cet
état. Les premiers sont quelquefois recouverts d’un vernis pour qu’ils ne déteignent pas.
La plupart des crayons de graphite et de sanguine sont cependant montés dans du bois; on se sert pour cela dubois blanc tendre ( du charme commun, de l’érable, du tilleul, du cormier, etc.), que l’on laisse blanc ou que l’on teint en rouge; pour les crayons fins on emploie le bois de cèdre , qui est très propre pour cet usage , parce qu’il se laisse facilement couper, et que son odeur est agréable. Mais le cèdre que l’on emploie ne provient pas du Liban, parce que ce dernier est trop rare; il vient de Virginie ( Guniperus virginiana ) ; et en partie du cedrela odorata , qui sert ordinairement à faire les caisses à sucre : ce dernier est le plus inférieur.
Le bois est scié en planches minces, ensuite on y fait des rainures avec un rabot, et on coupe; on place les crayons carrés dans les rainures qui ont été d’abord encollées , on rabote les faces qui ne sont pas encore couvertes y et on colle les morceaux qui doivent former les crayons. On les fait sécher en presse.
Ces crayons sont alors carrés. On les coupe net à leurs extrémités, ensuite on les met à 8, et ensuite à 16 pans. On les polit, on les timbre, et on les met en paquets.
Dans la fabrique de Hafnerzell , on employait deux machines mues par l’eau pour scier les planches et faire les rainures. Elles sont disposées comme les moulins à scier ordinaires ; on scie en même temps les planches et on fait les rainures. La machine à scier coupe ordinairement en 5 o minutes 2 planches de bois de cèdre , dont chacune a la longueur et la largeur nécessaires pour fournir 2 douzaines de crayons.
Cette machine- peut aiors scier dans une heure 16 douzaines de crayons ;
Dans i jour de 1 1 heures, 176 douzaines, dans une année de 5 00 jours de travail 02,800 douzaines.
La machine à raboter raie, au moyen de 26 fers, dans l’espace de 9 minutes, 2 de ces petites planches, et chacune renferme 2 douzaines de crayons. Il faut une minute pour les rechanger; elle peut alors rayer dans îo minutes, 4 douzaines de crayons;
Dans î heure, 24;
Dans 1 jour de 1 1 heures , 264 ,
Dans 1 année de 3oo jours, 79,200.
} 6° Différentes observations .
En Allemagne , les plus anciennes fabriques de crayons de graphite sont à Nuremberg, qui en fournissait à toutes les parties du monde jusqu’à ce que les droits d'introduction eussent ralenti l’exportation. L’Angleterre en tirait autrefois beaucoup de sortes inférieures, tandis qu’elle en exportait des sortes fines en grande quantité. La France lirait autrefois beaucoup de crayons de Nuremberg. Le débit principal est maintenant en Allemagne, en Italie, en Espagne et Amérique. Il y a quelques années on y comptait 20 fabriques , dont 8 hors de la ville , et 2 à Fuirth. Les fabriques qui se sont montées dans d’autres villes de l’Allemagne n’existent plus, à l’exception de celles de Postdam et de Vienne (depuis 1795). Les dernières ont pris un grand accroissement dans ces derniers temps; en Bohême il en fut monté une à Goldkron. A Hafnerzell , il en existe une depuis 1816, qui travaille d après le procédé n° 7. Elle a été transportée, en 1821 , à Regensburg. En Hongrie on fait des crayons de graphite,
DES COULEURS DE SUC. 38g
a Raab Presburg et Gats , mais seulement des sortes inféri eu res.
11 y a quelques années, Comtéa monté à Paris une fabrique qui travaille d’après le procédé n» 7 ; elle livre aussi de bons crayons noirs à dessiner.
-Cn Angleterre , les fabriques les' plus distinguées sont celles de Brookmann, Langdon, Philips, Mitddleton, etc.