‹ Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleursChapitre 94 sur 115 · PIERRES PRECIEUSES ARTIFICIELLES, ET POUR LA PEINTURE SUR VERRE · texte numérisé non relu

PIERRES PRECIEUSES ARTIFICIELLES, ET POUR LA PEINTURE SUR VERRE

On désigne en général , sous le nom de couleurs d’émail, des corps qui se combinent, par la fusion, avec les corps qui doivent être colorés.

On emploie ces couleurs pour colorer le verre , la porcelaine , le grès et autres corps semblables, ou pour donner au verre la nuance des pierres précieuses.

Beaucoup de couleurs d’émail se combinent facilement avec le verre et des corps semblables , en les appliquant sur leur surface , et chauffant jusqu’à un certain degié. Pour d autres on facilite cette combinaison en mêlant la couleur avec une matière vitrifiable, fusible à une plus

basse température; cette addition se désigne sous le nom de flux.

Les verres colorés très-fusibles sont désignés sous le nom d émail , et sont employés pour couvrir les métaux , les vases , les cadrans , etc. L’émail qui sert pour couvrir la poterie s’appelle vernis.

Les \crres qui par 1 addition d’oxide métallique ont acquis plus de densité, qui sont plus fusibles et qui sont en général destines à faire des pierres artificielles , portent

le nom de flux blanc vitreux. Les flux blancs brillans portent le nom de straz , du nom de leur inventeur, et souvent aussi celui de flux de Mayence.

La coloration du verre consiste à fondre le verre avec la matière colorante , après que ces substances ont été moulues et bien mélangées»

Les pierres artificielles se font de la même manière , mais comme elles ont ordinairement une plus grande dureté que le verre ordinaire , et qu’elles doivent rétracter plus fortement la lumière , pour se rapprocher des pierres naturelles, on ajoute plus ou moins d’oxide de plomb qui leur donne ces deux propriétés.

L’émail qui doit être appliqué sur d’autres corps ne doit pas couler trop diflicilement , et il fout qu’il ne soit pas trop cassant.

Pour la peinture en émail , on applique les couleurs sur les corps, et on les combine en rendant les couleurs liquides a l’aide de la chaleur.

Quand les corps sont foncés , il faut employer des couleurs opaques; si au contraire ils sont clairs, les couleurs d’émail doivent être transparentes.

Beaucoup de couleurs qui peuvent être employées sur émail ou sur porcelaine ne le sont pas sur verre. Pour l’émail et le verre qui contiennent beaucoup de plomb , on ne peut pas employer certaines couleurs qui sont changées par le plomb. C’est le cas des couleurs rouges de fer, qui sont entièrement détruites par le plomb. La plupart des autres couleurs éprouvent aussi des variations. Les fonds qui contiennent du plomb ont l’avantage de prendre plus facilement les couleurs et de ne pas s’écailler.

Après ces considérations préliminaires , nous donnerons quelques notions historiques, ensuite des indications sur

OBSER VATIONS PRÉLIMINAIRES. 899

la préparation du flux de verre, des pierres artificielles, de 1 émail, et à la fin nous parlerons des couleurs d’émail ainsi que des meilleures proportions de mélange pour les

employer sur verre, émail, porcelaine et pierres artificielles.

1° Notions historiques »

Après la découverte du verre , la manière de le colorer ne pouvait pas rester long-temps ignorée, les sables impurs en donnant de diverses nuances; aussi cet art était déjà connu des anciens.

Dans les momies égyptiennes on trouve des boutons de verre bleu et vert , ainsi que des figures émaillées et des verres colorés. Tibère orna sa maison de campagne, à Capoue , avec des verres colorés. Klaproth a fait des essais sur plusieurs fragmens ; en général , au temps de l’empire romain , l’usage des verres colorés était assez répandu.

Après la chute de l’empire romain , la fabrication fut presque oubliée 1 jusqu’à ce que l’on fît, dans le troisième siècle , des verres colorés pour orner les fenêtres des églises. On formait des tableaux avec des morceaux isolés de verre coloré , que l’on fixa ensemble , d’abord avec du plâtre et du mastic; et plus tard avec du plomb. Les ombres s’obtenaient par des couleurs d’émail noires. Plus tard , on peignit sur verre , et 011 vitrifiait ensuite les couleurs.

Dans le treizième siècle , le verre teint en rouge était très-commun. Dans le quatorzième siècle , on peignait déjà davantage en grand , et dans le seizième siècle , la

(0 EBe ne îe fut jamais complètement, parce qu’on a des ouvrages de verres colorés et d’émail presque de chaque siècle après Jésus- Christ.

4oo DES COULEURS D’ÉMAIL,

peinture sur verre atteignit son plus haut degré, en Allemagne, dans les Pays-Bas et en France. Mais dans le dixseptième elle diminua beaucoup , et fut presque oubliée, parce que le goût des peintures sur verre disparut. Ceux qui s’occupaient de cette branche de la peinture tenaient très-secrets les procédés de leur art ; cependant le résultat principal de ce procédé a toujours été obtenu. En Allemagne , on ne recevait pas maître un verrier qui ne savait pas cuire un tableau sur verre. Aussi ce fut là que cet art refleurit le premier. En 1807, M. Frank, de Nuremberg , livrait des tableaux sur verre bien réussis , de 56 pouces au carré; quelques années plus tard, Dibl parvint au même résultat.

La fabrique royale de porcelaine de Sèvres possède maintenant un atelier de peinture sur verre où l’on a obtenu les résultats les plus remarquables. Une école de peinture sur verre a été établie récemment à Paris par une ordonnance du roi.

La fabrication des pierres précieuses artificielles fut établie dans le quinzième siècle en Italie , par Fauz < Viceconite, et dans le dix-septième, en Allemagne. Jusqu ici cette fabrication a mieux réussi là que partout ailleurs. Straz , à Strasbourg, livra le premier le flux de verre semblable au diamant qui est connu sous son nom. A T urnau , en Bohême, où autrefois on travaillait beaucoup les pierres précieuses naturelles , les frères Fischer introduisirent la fabrication d’une pierre artificielle qui est devenue en usage sous le nom de pierre de Bohême, ou verre de Turnau, et qui obtint la préférence sur le flux de Venise autrefois si recherché.

Venise livrait depuis long-temps des émaux et des

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 4ot

verres colorés d’une beauté remarquable; plus tard, la Bohême , la Saxe et d’autres parties de F Allemagne. Eni core maintenant , l’Angleterre et la France tirent de 1 Venise les émaux les plus fins.

On trouve dans beaucoup d’ouvrages des anciens alchf- 5 mistes des recettes pour la fabrication des verres colorés, i Nous allons indiquer les auteurs principaux:

Nery a donné , dans son Art de la vitrification , publié h ? Venise en i665 , plusieurs prescriptions pour la coloration j du verre.

Kunkel cultiva cette branche de îa chimie avec distincj tion ; il produisait surtout une belle couleur rubis , avec » du pourpre d’or, et plus tard , comme il l’assure , sans cela. Mais il tenait ses procédés secrets , et ils ont été j perdus. Cependant, dans son ouvrage ArT*iitraria experimentalis , ainsi que dans son Laboratorium chimicum , publiés en 1679, à Francfort, on trouve beaucoup de recettes.

Beaucoup d’indications sur les pierres artificielles et les verres , se trouvent renfermées dans l’ouvrage înti— ! tulé ; Kunst-Schazkammer etc. , imprimé à Hambourg , dont la cinquième édition a paru en 1702, ouvrage qui contient beaucoup de résultats qui ont été reproduits récemment comme des découvertes nouvelles. Probablement ils ont été pris en grande partie dans les ouvrages de Nery et de Kunkel.

En 1774? Le Vieil , à Paris , publia un écrit intitulé : Art de peindre sur verre. Avant , en 1 72 1 , il en avait paru un intitulé : V Art de peindre en émail.

Fontanier donna , dans Y Art de faire des cristaux colorés imitant les pierres précieuses , publié A Paris en 1778,

4oa des couleurs d’émail.

plusieurs prescriptions. Douait- Vieland les regarde comme douteuses , parce que les proportions indiquées ne s’accordent pas ni avec les matières impures qui paraissent dans le commerce, ni avec les matières pures.

Clouet publia plusieurs indications sur la composition des émaux ( Annales de chimie , tome xxxiv , page 200 ) ; Reusz, quelques-unes pour colorer les verres; Schreader, à Berlin, a publié des recherches très-intéressantes sur la confection des pierres artificielles (Hermbstaed , Bull ).

M. Brogniard donna , en 1804 quelques observations sur les couleurs d’émail et l’art d’émailîer. On trouve les premières dans les Annales des arts , tom. x, pag. 5i ; les dernières dans les Annales de chimie , tom. ix , pag. 192.

E11 1806, Boullay-Marillac prit un brevet d’invention pour un moyen de rendre invariables un grand nombre de couleurs à l’huile et en émail (Brevets d’invention, tom. vi ). Ce procédé consistait à mêler des phosphates métalliques avec de l’alumine fraîchement précipitée, et à les combiner par la chaleur; pour les couleurs qui ne pouvaient pas éprouver une température élevée saiîs être décomposées, on ajoutait du phosphate de soude comme fondant. Quant aux couleurs qui devaient être plus moelleuses , plus veloutées , plus happant et plus utiles pour la miniature, il employait du phosphate de chaux (os calcinés ), D’après lui, avec toutes les couleurs, on peut non •seulement obtenir des couleurs invariables pour la peinture à l’huile et en émail, mais encore on peut imiter beaucoup mieux les pierres précieuses qu’on ne l’a fait encore, parce que les couleurs supportant une plus grande chaleur, on peut prendre du verre plus dur (1).

(1) U dit : Puisque l’on peut faire du verre transparent aussi dur (pie îe cristal de roche , et que les phosphates métalliques re'sistent à

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 4o3

D’autres recherches sur ies pierres artificielles ont été faites par Doualt-Vieland , qui, en 1819, obtint le prix proposé par la Société d’encouragement pour la fabrication du straz , et celles de 1 Anglais Vynn sur la prépalation des verres colores. La Société d’encouragement de Londres lui accorda une récompense de 20 guinées. Enfin M. Bastenaire, dans son ouvrage sur l’Art de fabrique! la porcelaine, publie a Paris en 1828, a donné la composition de plusieurs couleurs d’émail , et la manière de les appliquer sur la porcelaine.

2° Matières premières pour les flux de verre.

Les matières premières sont de la silice, ou des pierres contenant de la silice , de la potasse ou de la soude. Pour les mélanges destinés aux verres colorés , on ajoute aussi de l’oxide de plomb, et souvent aussi de l’arsenic, du salpêtre, du borax, de foxide de manganèse, qui, à Fexception de l’oxide de plomb et du borax, sont également employés pour purifier le verre ordinaire ,

Silice. On peut prendre du cristal de roche, le quartz , les pierres à feu, ou le sable pur. Il faut surtout que ces matières soient exemptes d’oxides métalliques. Le cristal de roche donne un verre blanc, et même trop blanc pour le stiaz , c est la silice la plus pure que l’on rencontre dans la nature. Les pierres à feu donnent un verre presque aussi pur, quand on éloigne les parties colorées. On les lave avec de l’eau, on les chauffe au rouge , on les éteint dans l’eau , et on les pulvérise dans des mor-

ime 1res- haute température, il n’y a pas de pierres artificielles qu’on ne puisse imiter parfaitement.

4o4 DES COULEURS D’ÉMAIL,

tiers d’argile pure cuite et non vernissés ou dans un moulin. Le sable siliceux et le quartz donnent toujours un verre jaunâtre , parce qu’ils contiennent toujours un peu d’oxide de fer. Pour enlever cet oxide, on pulvérise la matière ; on lessive avec de l’acide muriatique , et on lave ensuite. Pour l’émail blanc, Clouet recommandait le sable qui contient 5 parties de silice et une partie de talc. Suivant lui , le sable qui ne contient point de talc n’est point bon pour l’émail.

Potasse . Pour le flux ordinaire, on prend de la potasse blanche calcinée , ou de la soude pure. Autrefois , on puri fiait la potasse en la mêlant avec le double de son poids de salpêtre, et faisant chauffer au rouge le mélange dans un grand creuset. On lessivait, on évaporait les eaux, et on calcinait. On obtient ainsi une potasse très-blanche , cependant ce procédé est un peu coûteux. Doualt-Vieland prenait pour le straz de la potasse pure , qu il dégageait par l’alcool de tous les sels étrangers.

Oxide de plomb. L’oxide de plomb sert h rendre le verre plus fusible , plus lourd , et pour les pierres précieuses artificielles à augmenter le pouvoir réfringent. On peut employer du minium , de la litharge ou du blanc de plomb , cependant le premier est préférable , parce que le plomb est plus uniformément oxidé. Le blanc de plomb produit dans le verre de petites bulles. Il faut avoir soin que le plomb ne contienne point d’oxide d’étain , parce que la plus petite quantité de ce dernier rendrait le verre laiteux.

Oxide blanc d! arsenic. On l’emploie pour purifier le verre. L’oxigène se combine avec les parties charbonneuses , et le rend incolore; cependant il vaut mieux ne

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 4o5

pas en employer pour les pierres artificielles , parce que les ouvriers employés à la taille peuvent être incommodés par les propriétés vénéneuses de farsenic (1). Si on emploie du quartz à la place de cristal de roche on ajoute un peu d’arsenic pour éviter que le manganèse qui se trouve dans le verre ne colore le llux.

Borax. Le borax est employé pour faciliter la fusion. Clouet recommandait de saturer la soude en excès par l’acide nitrique. Doualt-Yieîand prend au lieu de borax cristallisé de l’acide borique , parce que le borax rouge rend le straz facilement brun. On calcine le borax avant le mélange,* cette opération doit se faire dans un grand creuset , parce qu’il se boursouffle beaucoup.

Salpêtre. Le salpêtre sert comme flux par la potasse qu’il contient , et comme son acide se décompose et produit de f oxigène libre, pour oxiderles matières charbonneuses qui colorent le verre. Si on emploie des oxides métalliques dont les couleurs soient altérées par l’oxigène, il ne faut pas l’ajouter au mélange , mais seulement au flux. 11 a l’avantage de compléter l’oxidation du plomb , quand il ne l’est pas suffisamment. Par la même raison , il rehausse la couleur de quelques oxides métalliques , et change l’oxide d’arsenic volatil en acide arsenic qui ne l’est pas , et se combine avec le verre.

Oxide de manganèse. Cet oxide est rarement ajouté aux flux, mais souvent aux verres ordinaires qui contiennent des parties charbonneuses; il agit alors comme le salpêtre et l’arsenic. L’oxide de manganèse teint le verre en violet et en noir quand il est en grande quantité. Mais s’il est désoxigéné par des matières charbonneuses qui se trouvent

(0 Lancin assure, qu’en travaillant le straz préparé avec l’arsenic, il a toujours été' malade.

4o 6 DES COULEURS D’EMAIL,

dans le verre , alors il ne teint pas le verre et le rend plus blanc. On emploie fréquemment aussi le soufre pour détruire une coloration produite par l’oxide de manganèse. Le salpêtre et tous les corps qui donnent de i’oxigène rendent au manganèse sa faculté colorante. Une addition de manganèse facilite la fusion du verre et le rend lourd.

5° Verre pour les pierres artificielles .

Pour les pierres artificielles , il faut un verre pur, incolore , solide. Pour que le verre se rapproche davantage des pierres naturelles, il doit avoir i° une certaine dureté; 2° une certaine densité; 5° un plus grand pouvoir réfringent. Ces deux dernières propriétés s’obtiennent par une addition d’oxide de plomb. La dureté s’obtient, i° en employant dans le mélange plus de silice et moins de fondans; 2° en exposant le mélange fondu pendant longtemps à un feu violent , où une grande partie des fondons sont volatilisés.

Cependant jusqu’ici, dans beaucoup de cas, on ne fait usage ni de l’un ni de l’autre de ces moyens , en partie parce que les verres difficiles à fondre exigent trop de feu et deviennent plus chers , en partie parce que plusieurs oxides métalliques sont altérés par une trop grande chaleur : quelques-uns même perdent leur oxigène et ne teignent plus le verre. Par différentes additions, surtout par l’acide phosphorique et des phosphates terreux, on peut les rendre constans au feu , et d’après cela produire des pierres précieuses artificielles de la plus grande dureté.

Toutes les matières qui entrent dans la composition des

verres doivent être pulvérisées très-fin et bien mêlées (1) avant d’êlre mises dans le creuset à fondre , parce que cette circonstance accélère la combinaison, et économise du combustible.

Le creuset ne doit être rempli qu’à moitié, à moins que le mélange ne contienne aucune matière qui produise de ' l’écume. Il doit être exactement couvert , afin d’éviter qu’il n’y tombe des charbons. Les creusets de Hesse sont les meilleurs , le verre ne les traverse pas si facilement que ceux de porcelaine. On enduit les parois intérieures avec de la poudre de silex ou de verre moulu (2) , et on chauffe le creuset avant de le charger, afin qu’il ne se fende pas. La fusion peut se faire dans un four à potier, ou dans un four à vent ordinaire (5).

(r) Le mélangé peut se faire par le tamisage. Pour chaque mélange il faut un tamis particulier, parce que celui qui a été une fois employé ne peut plus être nettoyé.

(2) Dans ce cas on les humecte un peu et ou tourne la poudre pour qu’elle s’attache partout on chauffe fortement pour que le Terre fonde et couvre le creuset également.

(3) Schrader de Berlin regarde un fourneau à vent comme préférable à un four à potier, et propose après la fusion de le remplir encore de charbon pour opérer un lent refroidissement - mais comme dans celui-ci on ne peut travailler qu’en petit et que les frais de chauffage sont considérables, il se sert d’un fourneau à soufflet avec lequel on fond 4 à 5 onces de fritte avec 1 à ï pied 1/2 cube de charbon, tandis que dans le four, pour 6 à 9 onces de fritte, il faut 8 à 1 o pieds cubes de charbon- mais cette méthode n’est praticable que pour des travaux suide petites dimensions. L’appareil consiste en un soufflet de 10 pouces de large et 12 de long , avec un levier qui repose sur un échafaudage en bois $ le vent est introduit dans un petit fourneau en maçonnerie qui a 9 pouces en carré intérieurement, et dans lequel le creuset à fondre est placé sur un morceau de brique à 1 pouce j/2 ou 2 pouces de la tuyère. La caisse repose sur un échafaudage de fer à 4 pieds : il s’écoule toujours une demi-heure avant que les charbons soient complètement allumés, et 2 heures 1/2 après la fritte est en fusion

La chaleur doit être modérée au commencement , et ensuite progressivement élevée jusqu’au point convenable. Après on laisse le creuset refroidir dans le four même (1). On verse le mélange liquide sur une plaque de métal ou d’argile (2). La dernière méthode est surtout utile quand le verre doit être pulvérisé ; la première quand le verre doit être employé en masse , parce que le refroidissement lent rend le verre plus dur, et moins sujet à se briser.

Quand le mélange renferme de l’arsenic , et que ce métal doit y rester à l’état d’oxide, on fait dès le com»

mencement un feu très-fort.

Pendant la fusion , on n’agite pas la matière , parce que cela occasionerait des bulles.

De temps en temps on sort des échantillons avec une tige de pipe pour reconnaître l’état du mélange. Le temps nécessaire pour la fonte varie suivant la nature de la matière et le degré du feu , ainsi que suivant la masse sur laquelle on travaille. Ce temps peut varier de 2 à 48 heures. Pour des pierres artificielles , il faut ordinairement 24 heures; pour les verres d’empreinte beaucoup moins.

tranquille. Seulement lorsque la matière ne jette plus de bouillon il faut regarder la fusion comme terminée 5 car si les bulles ne sont pas éloigne'es, la matière seraitimpure et cassante. D’après Yynn, un fourneau à vent ordinaire est préférable, lorsqu’il a 18 à 20 pouces de diamètre intérieur; au milieu se trouve une ouverture pourvue cl’un couvercle pour pouvoir remuer avec une tige d’acier. Sur la grille on met une brique sur laquelle repose le creuset , et on chauffe avec du charbon de bois ou du coke.

(1) On peut enlever le charbon, ou seulement couvrir avec des cendres , dans le dernier cas le refroidissement est plus lent.

(2) Ou sur une pierre humectée avec de l’eau ou dans de l’eau froide. Cette méthode facilite la pulvérisation.

Les flux de verre après la fusion doivent être dégagés des matières étrangères , et quand iis sont destinés à être colorés par des oxides métalliques , ils doivent être moulus et pulvérisés très-fin , et mêlés avec les oxides métalliques également très-divisés. Quand le creuset est refroidi, on le casse , et les parties qui restent adhérentes sont enlevées à la meule, et taillées ensuite suivant l’usage auquel elles sont destinées.

Les mélanges de flux sont indiqués plus bas.

4° Email .

Par émail ou verre d’émail on entend , comme on l’a

déjà dit, du verre plus fusible que le verre ordinaire, et qui sert pour couvrir des métaux peu fusibles.

On exige pour le bon émail i° qu’il soit pur et d’un beau blanc , 20 qu’il soit bien translucide sur les bords , et qu’il forme au rouge cerise une pâte qui puisse facilement s’étendre, en conservant cependant sa surface lisse.

On produit une fusion facile par une addition d’oxide de plomb , l’opacité par l’oxide d’étain. Suivant le degré

de sa fusibilité on distingue l’émail en émail dur et en émail mou ; suivant le degré de transparence, en blanc ou en verre d’émail. Le premier sert principalement pour les cadrans de montre.

L’émail se trouve dans le commerce , ou en plaques de 4 à 5 pouces de large et de quelques lignes d’épaisseur, ou pulvérisé très-fin en petites boules de 2 à 5 pouces de diamètre. On l’emploie pour couvrir le cuivre , i’or ou l’argent (1). Plusieurs métaux sont trop fusibles pour pou-

(1) Au lieu de Foi’ et du cuivre, on emploie ordinairement du cuivre dore ; plus rarement du cuivre jauqe. Sur For Femail se fait mieux et tient mieux que sur le cuivre \ les plaques de cuivre épaisses

4io DES COULEURS D’ÉMAIL,

voir être émaillés, tels sont le plomb, l’étain; d’autres sont trop durs pour pouvoir prendre l’émail , tels sont le platine , etc. Il paraît qu’une faible oxidation de la surface facilite l’adhérence de l’émail. Quelques sortes d’éinail servent aussi pour couvrir la faïence ou le verre.

Les cadrans que l’on veut émailler sont mis d’abord dans de l’eau renfermant de l’acide sulfurique ou de l’acide nitrique, pour enlever l’oxide, essuyés, et enduits avec de l’émail broyé avec de l’eau (1).

On fait d’abord une couche mince , on la presse avec un linge qui attire en même temps une partie de l’eau , et on la rend uniforme avec une spatule d’acier.

La première couche se fait ordinairement avec de l’émail dur, et on met une seconde d’émail vitreux. Il faut avoir soin que la première ne soit pas fondue , et ne se mêle pas avec la seconde.

Quand cet enduit est sec, on met les cadrans sur des anneaux d’argile que l’on place dans un vase que l’on chauffe lentement (2} pour que l’humidité se dégage complètement. A la fin , on chauffe dans une moufle , et on laisse refroidir lentement.

Après ce premier travail , l’émail occupe un espace beaucoup plus petit, et a, aux bords et aux ouvertures, des bourrelets; pour obvier à cet inconvénient , on applique une seconde couche , et pendant que l’émail est en fusion

ne se laissent pas bien emailler, l’or peut être allie avec du cuivre , mais pas avec de l’argent , parce qu’alors il se fait facilement des taches vertes.

(1) Si la pulvérisation de l’émail se fait dans un mortier de fer, il faut enlever les parties de fer cpii se sont détachées, à l’aide d’un aimant. On traite par de l’acide muriatique et de l’acide nitrique, et on lave. Les mortiers de verre ou d’agathe sont préférables.

(2) Un chauffage trop rapide forme des bulles.

on les agite un peu en tournant. A la fin , on polit avec du sable , et on remet au feu. Pour les ouvrages plus grossiers, on n’applique qu’une seule couche; on polit et on remet au four, et à la fin on enlève les inégalités avec une lime et de Peau; pour les ouvrages fins, on applique o et même 4 couches. Si on a employé la lime , on enlève les traits avec du sable , de Peau et un morceau de liège.

Quelques émaux ne viennent pas si bien sur l’argent que sur l’or, parce que le premier altère la couleur. Beaucoup de verres d’émail deviennent noirs sur le cuivre , ou du moins verdâtres sur les bords. Pour obvier à cet inconvénient , il faut d’abord couvrir le cuivre avec un émail blanc transparent , et mettre alors l’émail coloré.

Pour couvrir des ustensiles de cuivre avec de Pémail , il faut d’abord nettoyer la surface du métal, Penduire avec du verre d’émail qu’on a délayé avec de Peau, de manière à lui donner la consistance d’une bouillie. Sécher et chauffer rapidement à une forte chaleur, P un et l’autre sont nécessaires pour que le verre adhère au métal. Pour Pémail , on peut prendre parties égales de plâtre et de spath fusible, fondu et bien broyé, et ajouter 1/12 de borax quand Pémail doit être plus fusible,

Tous les oxides métalliques et toutes les combinaisons qui ont de l’affinité pour la silice ou le silicate de potasse , et qui. se combinent avec cette substance , peuvent servir comme couleur d’émail.

Les corps qui abandonnent facilement Poxigène , ou dont la couleur est facilement altérable , comme par exemple les oxides noirs de fer et les verts de cuivre, ne donnent que des résultats incertains.

4 is DES COULEURS D’ÉMAIL,

Ceux qui sont volatils, tels que l'arsenic et le mercure, ne peuvent pas être employés.

Les oxides métalliques qui se vitrifient facilement peuvent être appliqués seuls ou avec de l’huile sur le verre, la porcelaine, et être incorporés par la chaleur. Mais pour la plupart une addition de flux est nécessaire: dans ce dernier cas le mélange est broyé fin (i). Le dernier n’est pas praticable pour les couleurs tendres, qui souflrent par des fusions réitérées. Les oxides purs se combinent plus facilement avec les huiles, et sont plus commodes pour la peinture que ceux auxquels on a ajouté des corps vitreux , cependant ces derniers ont l’avantage de ne pas changer de teinte par la fusion , ce qui est avantageux pour le peintre.

Une addition de matière qui accélère la fusion est surtout nécessaire aux oxides métalliques qui sont altérés par une trop grande chaleur. On emploie ordinairement du borax, de l’acide borique, du spath fusible, ou du phosphate de soude. Le dernier, avec les phosphates métalliques , a été employé récemment avec succès par M. Bouîlay Marillac; il préparait ainsi des couleurs d’émail et d’application invariables. La soude ou la potasse ne peut pas être employée avec les phosphates métalliques , parce que ces derniers seraient décomposés.

On emploie pour peindre de l’eau pure, de l’huile de térébenthine ou de Fhuile d’aspic. On laisse la térébenthine à l’air pour qu’elle devienne plus épaisse et plus résineuse. Cependant on peut employer de la térébenthine récente en y ajoutant de la résine blanche,

(i) Lorsque Ton précipité l’oxide métallique d’une dissolution saturée avec du silicate dépotasse, on obtient, un mélange d’oxide et de silice combinés ; ce procédé est très-ancien.

DES COULEURS D’ÉMAIL. 4i3

Pour l’emploi des couleurs d’émail , il faut aussi avoir l égard à la composition des corps sur lesquels ils sont apc pîiqués. Le verre qui contient seulement de la silice et de i la potasse et la porcelaine dure prennent presque toutes i les couleurs sans qu’elles soient altérées. Le verre qui contient de l’arsenic détruit plusieurs couleurs, principalement celles de cuivre , du manganèse, Le verre qui contient de l’oxide de plomb change la plupart des couleurs , et décolore l’oxide de fer qui teint le verre ordinaire en beau rouge pourpre. Il en est de même quand les oxides métalliques sont désoxigénés avant d’être en combinaison avec le verre. L’oxide de cuivre, qui par lui-même donne une belle couleur verte au verre , le teint dans ces cas en rouge trouble foncé.

Mélange des flux blancs *

Douaît-Vieland donne 4 prescriptions pour le straz, qu’il indique par les n° 1 à 4*

a . Cristal de roche, 358 (7 onces 24 grains) ; minium 5s5 (loonces 7 gros 1/2); potasse pure 179 1/2 (3 onces 5 gros 1/2 3o grammes) ; borax 25 (5 gros 1/2 24 g ram.),* arsenic 1(12 grains).

b. Sable 5oo (6 onces 2 gros) ; blanc de plomb de CIL chy 562 1/2 (11 onces 5 gros 1/2 18 grains); potasse io5 (2 onces 1 gros 1/2); borax 00 (5 gros); arsenic i (1 2 grains).

c. Cristal de roche, 288(6 onces); minium 442 ll% (9 onces 2 gros); potasse 162 (5 onces 3 gros); borax 18 (5 gros) , arsenic, 1/2 (6 grains).

d. Même que le n° 6 , seulement on retranche Farsenic.

Vynn donne 8 flux de verre pour la préparation des verres colorés.

e. Quartz 2; flint-glass 6; minium 8; borax calciné 11/2.

/. Flint-glass 10; salpêtre 1 ; arsenic blanc 1.

g. Flint-glass 3; minium 1.

h. Flint-glass 8 ; minium 9 1/2 ; borax non calciné 5 1/2.

i. Flint-glass 6; flux f , 4; minium 8.

k. Quartz 1 i/4; flux /, 10; minium, 4*

L Flux h 6,* colcothar 1.

m. Quartz 2 ; borax non calciné 4?‘ minium 6.

Lançon prescrit pour le straz la composition suivante :

n. Sable blanc 76 ; litharge 100; tartre blanc ou potasse 10.

Rlaproth a observé que les suivans étaient avantageux,

0. Silice 9; carbonate de potasse 3; borax calciné 3; sous-carbonate de plomb 2; salpêtre 1/2.

p. Fi ux de Mayence (pierre de Straz) ; poudre de cristal déroché 1 ; potasse de tartre 1; fondus ensemble et arrosés avec de l’eau tiède qui dissout le mélange ; on ajoute alors aussi long-temps de l’acide nitrique qu’il se produit une effervescence ; on lave le précipité avec de l’eau, on laisse sécher, et on le fond avec i partie 1/2 de blanc de plomb pur. La masse ainsi obtenue est broyée avec de l’eau distillée, fondue, versée dans de l’eau froide, et on la traite comme les premiers flux. Après bien des lavages, on la fond avec 1 1/2 de salpêtre, et on obtient un verre blanc semblable au diamant.

Fontanier donne 4 recettes pour les flux de verre destinés aux pierres artificielles. Chaque flux est fondu 3 fois, et chaque fois dans un nouveau creuset, et après chaque

DES COULEURS D’ÉMAIL. 4l5

! fonte , pour séparer le plomb réduit, on jette la matière dans de 1 eau.

q. Silice en poudre t 1/2; blanc de plomb pur 2 1/2; salpêtre 1/2; borax 1/2; oxide d’arsenic 1/4.

. r- PoudrR de silex U hlanc de plomb 2 1/2; potasse détartré 1/2; borax calciné 1/4.

/• Poi,dre de Cl’ista! ^ roche 1/2; minium 2; salpêtre 1/2; potasse de tartre 1/2.

Poudre de cristal de roche 1 ; borax calciné 5 ; potasse de tartre 15 et à la fin fondu avec encore autant de minium,

lu ^rista^ de roche 2; sous-carbonate de soude sec 1; un peu de borax, salpêtre et minium; on obtient un flux mou, qui n’étincelle pas sous le choc de l’acier. (Scrader.)

v' ^nst£d de roche 24; soude 12; borax 9; salpêtre 6 ; minium 1 à 3 ; flux dur. (Schrader.)

w\ Gnslai de roclle 36; soude 12; borax calciné 9; salpêtre 6; minium 1 ou plus. Flux dur. (Schrader.)

Poüdre de verre 48; cristal de roche 1 S; borax calciné 12; minium 18; salpêtre 4; arsenic 1 ; flux dur donnant des étincelles. (Schrader.)

y. Sable 100; potasse pure 5o à 55; borax calciné 10;

arsenic 1. (Darcet , d’après l’analyse du plus beau cristal du commerce.)

Les mélanges suivans se laissent bien colorer. Le sable doit eire dégagé du fer par l’acide muriatique.

«a. Sable 10; minium 20; potasse calcinée 2 à 2 1/2; salpêtre 2 à 2 1/2. La densité de ce verre est de 5,9 à 4,0.

b b. Sable îoj minium 3o; potasse calcinée 1/2 à \ ; borax calciné 20 à 5o; la densité est 3,3 à 4,0

ec. Sable 10; minium 25; potasse 1 1/2 à 2; bol-ax calciné 1 1/2 à 3; la densité est 4,0 à 4,5.

4l6 des couleurs d'émail.

dd. Straz allemand. Silice 3i , 1 ; oxide de plomb 49»^® ’ potasse 1 5,5; perte 4,58 (d’après l’analyse).

Sable 12; potasse purifiée 7; salpêtre 1; bo-

rax 1/2.

ffi Le même mélange , avec i/4 d’arsenic, donne un verre un peu plus doux.

Flux pour les verres qui sont altérés par le plomb. g z. Silice 3; craie 1; borax calciné 3 (pour pourpre

bleu , etc. (Glouet.)

h h. Verre blanc 3; borax calciné i; salpêtre i/4î oxide d’antimoine préparé avec l’acide nitrique pur 1 • (Émail blanc pour pourpre et bleu).

Blanchir le verre. On peut donner une couleur plus ou moins blanche au verre transparent en le rendant opaque.

Par le dépoli . Un des moyens les plus simple est le dépoli , parce qu’alors les rayons de lumière sont dispersés

par les faces irrégulières de la surface.

Dévitrification. Un autre moyen consiste à faire cristalliser le verre. On produit cet effet en faisant chauffer au rouge-blanc du verre entouré de cendres, de sable ou d argile blanche , et laissant refroidir lentement. Il devient opaque , laiteux, sa cassure est cornée, il devient plus dur, étincelle avec l’acier, coupe d’autres verres , n’est pas entamé parla lime, et ne casse pas quand on le chauffe et qu on le laisse refroidir. On appelle ce changement dévitrification, et celui qui est ainsi préparé, verre de porcelaine ou porcelaine de Réaumur. Ce procédé réussit principalement sur les verres qui contiennent des terres, et en général sur

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