CHAPITRE III
Faire sortir une muscade du bout de la baguette.
1° La balle doit être cachée dans la main droite, entre le doigt annulaire et celui du railieu (fig. 32).
Fig. 32.
Fig. 33.
2° On ne montre aux spectateurs que le dehors de la main, en tenant négligemment une ba guette, comme dans la figure 33.
6i TOURS D'ESCAMOTAGE.
3° Avec l'index et le pouce de la main droite, on serre l'index de la main gauche (fig. 34).
Fig. 34.
4° Un instant après, l'index de la gauche frappe sur la table, tandis que la main droite s'élève en l'air de 32 à 40 centimètres; ce double mouvement fait croire aux spectateurs qu'on vient de faire un effort pour tirer quelque chose du doigt.
5° On profite de l'instant où la main gauche est élevée en l'air pour tirer la muscade de la position où elle est, et pour la présenter aux spectateurs dans la position de la figure 35.
6° En présentant ainsi la muscade, rabaissez la main en la portant précisément au point où elle était auparavant, afin que les yeux du spectateur puissent voir l'expérience sans cesser d'être fixés vers le même point.
N. B. — L'escamoteur ne doit pas manquer
d'étourdir un peu les oreilles des spectateurs par son verbiage; il peut dire par exemple : « Vous allez voir, Messieurs et Dames, des merveilles aussi
Fig. 35.
étonnaïites que celle de V Angleterre qui 'peut mettre des centaines de vaisseaux de ligne dans la Manche ; ou que celle de la Belgique qui tient des milliers d'hommes dans son... Gand; que celle, enfin, de V empire Turc : quand on y jette un seau dans la mer Noire, c* est pour y puiser de Peau claire. » etc.
Faire évanouir une muscade.
1° Prenez la balle sur la table et montrez-la aux spectateurs en la tenant comme dans la fig. 35.
2° Faites semblant de la mettre dans la main gauche, comme dans la figure 36.
3° Au lieu de la placer dans la main gauche.
faites-la rouler subtilement, pour la placer, avec
le pouce, entre l'annulaire et le doigt dumilieu de
la main droite, comme dans les fig. 26, 27 et 32.
4° Fermez la main gauche comme si la muscade
Fig. 3G.
y était, et, pour la cacher sans gène dans la main droite, prenez la baguette (fig. 37).
Fiz. %\
5° Frappez sur la gauche avec la baguette, en disant : J 'ordonne à la muscade d'aller dans le -pays où les chiens portent des béquilles, et de passer par l'Angleterre : c'est un beau pays que l'Angle-
terre, je riy ai jamais été, mais je sais qiCon s y amuse beaucoup, parce que les Anglais sont gais comme des catafalques. Si, dans ce moment, vous ouvrez la main gauche, il semblera que la muscade est partie pour obéir à vos ordres.
Faire trouver une muscade sous un gobelet sous lequel il n'y avait rien auparavant.
1° Prenez une muscade, que vous cacherez dans la main droite, comme dans la figure 32, en tenant la main comme daus la figure 33.
2° Priez le spectateur d'observer qu'il n'y a rien sous un gobelet, en l'élevant à 6 ou 8 centimètres au dessus de la table, et en le tenant comme dans la figure 38.
Fig. as.
3° Dans cet instant, poussez sous le gobelet les deux petits doigts; par ce mouvement, vous donnerez une impulsion subite à la balle, qui tombera sur la table; mais vous la couvrirez aussitôt, sans
que personne s'en aperçoive, en remettant le gobelet à sa place.
Après ce préparatif, si on fait usage du second principe pour faire évanouir une muscade, en lui ordonnant de passer sous le gobelet, le spectateur sera frappé d'une double surprise : car, d'une part, il ne verra rien dans la main gaucbe, où il aura vu poser une petite balle, et, d'une autre part, il trouvera la petite balle sous un gobelet où il n'y avait rien un instant auparavant.
Faire croire qu'il n'y a aucune muscade sous un gobelet, quoiqu'il y en ait plusieurs.
Quelquefois on se sert du troisième principe pour faire trouver une ou plusieurs muscades, non immédiatement sur la table, mais entre deux gobelets qui sont posés l'un dans l'autre ; alors on peut, par une opération qui suppose beaucoup d'adresse, faire croire que les muscades n'y sont plus, quoiqu'elles y s uent. Pour cela, il faut: 1° que les muscades soient placées sur le fond .2 supérieur du premier gobelet et .2 que celui-ci soit couvert du se- ..î cond et du troisième, comme
Fig. 39. dans la fiSure 39'
2° Posez, à part, sur la table,
le troisième gobelet qui est dessus; prenez les
deux autres entre les mains, en les laissant, pour
un instant, l'un dans l'autre; ensuite, faites
glisser rapidement le second sur le troisième.
en inclinant un peu le premier; par ce moyen les trois muscades passent du premier au troisième, et sont couvertes par le second.
3° Posez, à part, sur la table, le premier gobelet, et faites repasser adroitement les trois muscades sur le premier, en les couvrant toujours du second; cette opération répétée subtilement cinq ou six fois de suite fait croire aux spectateurs que les muscades se sont évanouies, et l'on peut les surprendre de nouveau en leur faisant voir qu'elles y sont encore ; c'est là ce qu'on appelle, en termes de l'art, courir la poste, parce que le cliquetis des gobelets frappe alors l'oreille en suivant une mesure à trois temps, comme un cheval qui court au grand galop.
Faire passer deux gobelets l'un dans l'autre.
1° Prenez deux gobelets, le premier dans la main droite et le second dans la main gauche (fig. ^0).
2° Jetez avec force le premier dans le second (fig. 41).
3° Laissez tomber le second sur la table et retenez le premier entre les doigts (fig. 42).
Par ce moyen, il semblera que le second gobelet reste toujours entre les doigts de la main gauche, et que, par conséquent, le premier doit avoir passé à travers celui-là; cependant, pour empêcher de parler ceux qui savent le contraire, on les amuse par des mots, en disant : Messieurs, quand vous voudrez faire ce tour, n'oubliez pas de
retenir un gobelet et de laisser tomber l'autre par
Fig. 40.
Fig. 42.
terre, et surtout exercez-vous pendant quinze jours avec des verres de cristal.
Faire disparaître, sans les toucher, des balles qui étaient sous un gobelet.
1° Ayez un morceau de bois qui ait la figure d'un cône tronqué et auquel vous adapterez plusieurs aiguilles à coudre, comme dans la figure 43.
2° Que ce morceau de bois soit adapté intérieurement au fond d'un gobelet, de manière que la pointe des aiguilles touche presque la table quand le gobelet est dans sa position ordinaire.
3° Dans l'instant où vous devez lever quelque gobelet pour faire voir des muscades, renversez-le en le jetant sur vos genoux, comme par mégarde.
4° Au lieu de reporter sur la table le gobelet qui vient de tomber, placez-y celui qui contient les aiguilles.
5° Couvrez les muscades avec ce gobelet, en frappant avec un peu de force ; il est clair que les aiguilles entreront dans les muscades, qui sont de petites boules de liège noircies à la flamme d'une chandelle, et que, quand vous lèverez perpendiculairement le gobelet, elles ne paraîtront plus sur la table.
Faire trouver une grosse balle sous un gobelet.
1° On prend de la main droite une grosse balle
qu'on tient avec le pouce, comme dans la figure 44.
2° Pour que la balle ne soit pas aperçue du spec-
taleur, on tient la main négligemment appuyée sur le bord de la table (fig. 45).
3° On lève le gobelet, de la main gauche, en priant le spectateur d'observer qu'il n'y a rien dessous, et Ton prend subitement le même gobelet de la main droite, en y insérant la grosse balle; le spectateur ne doit pas la voir entrer, à cause de la rapidité du mouvement, et parce que ses
Fig. 44.
Fig. 45.
yeux se portent naturellement sur la table, pour observer qu'il n'y avait rien sous le gobelet.
4° On tient un instant le gobelet en l'air avec la main droite, en soutenant, avec le petit doigt, la grosse balle qui est dedans.
5° On pose le gobelet sur la table, en priant le spectateur de se souvenir qu'il n'y a rien dessous.
Quand on a mis, par ce moyen, une grosse balle sous un gobelet, à l'insu du spectateur, il
est bien facile de le surprendre en lui montrant cette balle qui semble être arrivée par une vertu magique.
Faire croire qu'il n'y a rien sous les gobelets, quoiqu'il y ait, sous chacun d'eux, une grosse balle.
L'art consiste à lever les gobelets successivement, en soutenant la balle avec le petit doigt; mais le meilleur moyen de produire cet effet est d'avoir des balles remplies de crin, afin qu'elles soient un peu élastiques, et de les faire précisément assez grosses pour qu'étant un peu serrées dans la partie supérieure du gobelet, elles s'y soutiennent d'elles-mêmes par cette pression.
Alors on peut prier le spectateur de voir qu'il n'y a rien sous le gobelet, en le levant perpendiculairement de la main gauche, sans mettre le petit doigt par dessous ; mais, en le posant sur la table, il faut frapper un peu fort, afin que la balle, se détachant par cette secousse, tombe sur la table, et qu'elle puisse surprendre les spectateurs par sa présence quand on relèvera le gobelet.
Métamorphose des grosses balles en éponges, perruques et bonnets de nuit.
Rien de plus facile que de faire trouver ces divers objets sous un gobelet : on les tient bien serrés dans la main droite, et on les met sous le gobelet comme de grosses balles, dans l'instant même où on prie le spectateur de remarquer de
grosses balles qui viennent d'arriver; il est si occupé de la merveille qu'on lui présente dans ce moment, qu'il ne fait point attention qu'on lui en prépare de nouvelles.
Après ce préparatif, on prend une grosse balle qu'on porte sous la table, en lui ordonnant de passer dans un gobelet et de se métamorphoser; on la laisse sur ses genoux, et le spectateur ne le soupçonne seulement pas, tant il est surpris de voir sous le gobelet les nouveaux objets qu'il n'a pas vu entrer.