OU MOYEN DE RETROUVER UN ŒUF APRÈS LAVOIR MANGÉ
A, B (fig. 57) est une boîte ovale divisée en deux parties G, D; le couvercle D renferme
Fig. 57.
trois parties E, F, G, représentant la moitié d'un œuf, et qui, comme des gobelets, entrent Tune dans l'autre. Le faiseur de tours peut donc montrer la boîte vide comme à l'endroit C, lorsqu'il enlève ces trois parties dans le couvercle D; mais s'il en laisse quelqu'une sur la boîte, cette boîte semblera contenir un œuf comme au point H; et comme ces parties ont différentes couleurs, l'œuf paraîtra blanc, rouge ou vert, suivant qu'on en laisse sur la boîte une, deux ou trois. De cette manière, si le faiseur de tours tient de la main droite le couvercle D et de la main gauche la boîte contenant, en apparence, un œuf comme à la lettre H, et qu'il porte cet œuf à sa bouche, comme s'il voulait le manger ;
si, en même temps, il escamote cet œuf dans le couvercle D, immédiatement ce couvercle lui restera dans la main avec la boîte vide comme à l'endroit C. 11 semblera alors avoir mangé l'œuf. Il est essentiel qu'il contribue à l'illusion par un mouvement des mâchoires; ce tour consiste surtout à faire retrouver dans la boîte l'œuf mangé en apparence.
Changer un sou en pièce de deux francs.
On fait avec un sou un tour d'adresse très amusant, quand il est bien exécuté. On montre la pièce de cinq centimes dans la main, on ne fait ensuite que fermer et ouvrir la main, et c'est une pièce de deux francs. On n'a besoin que de fermer et ouvrir la main une seconde fois pour la rechanger en cinq centimes ; à la troisième fois, elle n'y est plus ; à la quatrième, elle y est encore. Ces quatre tours doivent se faire en moins d'une demi-minute.
Pour cela, il faut avoir un sou limé et aplati de moitié auquel on soude une pièce de deux francs également limée et aplatie; ces deux pièces jointes ensemble de cette manière n'en font qu'une qui paraît être de cuivre ou d'argent selon le côté qu'on fait voir. On commence par montrer la pièce de cinq centimes sur le bout des doigts (fig. 58).
En fermant la main, on renverse naturellement la pièce sens dessus dessous pour la faire
paraître en pièce de deux francs vers le milieu de la main (fig. 59).
Fig. 58.
Alors, on la fait glisser de nouveau sur le bout des doigts : il est clair qu'on n'aura qu'à fermer
Fig. 59.
et ouvrir une seconde fois la main pour la Lire reparaître en pièce d'un sou.
Pour la faire disparaître, il faut faire semblant de la mettre dans la main gauche en la retenant dans la main droite. Si on ouvre la main gauche un instant après, en priant le spectateur de souffler dessus, la pièce semblera s'être évanouie (fig. 60).
Dans cet instant, on passe la main droite sur la main gauche, comme pour mieux indiquer au spectateur l'endroit où on le prie de souffler une seconde fois. C'est un prétexte pour avoir l'occasion de laisser tomber la pièce dans la main
Fig. 60.
gauche qu'on ferme aussitôt, et quand on ouvre cette main pour la dernière fois, le spectateur est tout surpris d'y retrouver la pièce.
Enlever un verre avec là paume de la main.
Allonger le bras pour trinquer avec les convives, en tenant son verre comme collé sous la paume de la main. Ce tour consiste à pincer,
avec adresse, le bord du verre et le tenir fortement serré entre le pouce et la naissance de l'index (fig. 61).
On peut poser, de temps en temps, le verre sur la table en entonnant une chanson ou contant une histoire, puis le reprendre de la même manière, après avoir montré que l'on n'a dans sa main aucune matière collante.
Tour des couteaux.
Dans sa Magie blanche dévoilée, Decremps raconte ce joli tour de la manière suivante :
Le physicien Hill, pour divertir une société et faire taire d'importuns braillards, s'était mis à chanter lui-même d'une voix aigre et discordante; mais en même temps il allongeait le bras pour exécuter le tour précédent. Un des convives, frappé de cette expérience, cessa de fredonner pour dire qu'elle était fondée sur l'attraction newtonienne, et qu'elle démontrait assez clairement le système du philosophe anglais. « 11 est également clair, dit-if, en par-
lant à Hill, que vous faites l'expérience de Magdebourg, dans laquelle deux hémisphères concaves, réunis pour former une boule dont on a pompé l'air, deviennent inséparables jusqu'à un certain point, par la pression de l'air extérieur, » etc. (1).
D'autres convives, cessant de chanter, continuèrent de crier pour soutenir la même opinion; et dès lors ces mêmes hommes, qui n'avaient pu s'accorder en musique, déraisonnèrent à l'unisson. Cependant une personne de la compagnie fit remarquer que cette prétendue expérience merveilleuse, qu'on voulait expliquer par l'attraction, consistait tout simplement à pincer adroitement le bord du verre et à le tenir bien serré entre le pouce et la naissance de l'index.
Hill ne souscrivit pas d'abord à cette explication ; il dit en riant que cette expérience se faisait par la raideur des nerfs. « La preuve que j'en donne, ajouta-t-il, c'est que, en serrant bien fort mon bras droit avec ma main gauche, je peux tenir un couteau sous ma main droite sans le pincer en aucune manière. » Alors il tint et présenta un couteau comme dans la figure 62. Ensuite, tournant sa main sens dessus dessous, il fit voir à différentes reprises que le couteau n'était soutenu par rien (fig. 63).
Pour expliquer ce fait, on revint alors à l'at-
(1) Otto de Guerike, bourgmestre de Magdebourg, est le premier qui ait fait construire de ces hémisphères, d'où leur est venu le nom qu'ils portent.
traction et à l'expérience de Magdebourg; mais
Fig. G3.
une jeune fille, que Hiil avait regardée jus-
qu'alors comme un enfant sans conséquence, et dont la pénétration ne paraissait point à craindre, se baissa dans l'instant même de l'expérience, et vit que Hill allongeait l'index de la main gauche sur le couteau pour le soutenir, et qu'il le retirait adroitement, dans l'instant où il retour-
Fig. 64.
naît le dedans de la main vers le ciel, pour faire voir qu'auparavant le couteau n'était soutenu par rien (fig.64).
Nota : Pour rendre cette expérience digne d'attention, il faut tourner rapidement le dedans de la main, tantôt vers la terre, tantôt vers le ciel, comme dans les figures 62 et 63 ; mais, crainte de laisser tomber le couteau par terre, ou de le jeter maladroitement au visage de quelqu'un, il faut,
en prenant la première de ces deux positions, le soutenir avec le pouce de la main droite, jusqu'à ce que l'index de la main gauche vienne au secours; de même, quand on passe de la première position à la seconde, il faut, avant d'ôter l'index de la main gauche, mettre un seul instant à sa place le pouce de la main droite.
Toute cette manipulation suppose une petite adresse qui, n'étant point soupçonnée du spectateur, l'empêche de connaître la vérité, tandis que les apparents efforts que l'on fait pour serrer le bras semblent montrer que la raideur des nerfs sert à quelque chose dans cette opération.
Même tour par un autre procédé.
On comprend que ce stratagème fut bientôt dévoilé et, aussitôt, tout le monde avoua, d'un commun accord, que l'attraction et la pression de l'air ne jouaient aucun rôle dans cette expérience. Cependant Hill soutint que son index n'avait aucune part à l'opération; et, pour prouver qu'elle était entièrement fondée sur la raideur des nerfs, il la répéta, en serrant son bras vers le coude, comme dans la figure 65.
On voyait ici que l'index de la main gauche ne servait à autre chose qu'à serrer le bras droit, et que ce doigt était d'ailleurs trop éloigné du couteau pour lui servir de soutien; c'est pourquoi l'indifférence des spectateurs se changea tout à coup en admiration, et la jeune de-
moiselle, qui n'avait pu retenir un signe d'in-
Fig. 66.
crédulité dans le tour précédent, se trouva, dans
ce moment, réduite au silence. Heureusement pour Hill, elle ne savait pas qu'il avait glissé dans sa manche un second couteau pour soutenir le premier (fig. 66).
La danse de l'œuf.
On apporte trois œufs sur le théâtre : on en met deux sur une table, et le troisième dans un chapeau; on prie quelqu'un de prêter une petite canne ou une badine ; on fait voir qu'il n'y a sur cette canne aucune préparation ; on la pose en travers sur le chapeau; dans ce moment, le chapeau tombe par terre, l'œuf tient à la canne comme s'il y était attaché avec de la glu. L'orchestre alors commence à jouer quelques airs de musique, et l'œuf, comme s'il était sensible à l'harmonie, glisse en tournoyant d'un bout à l'autre de la canne, et ne cesse les mouvements que lorsque la musique finit.
Explication. — L'œuf est attaché à un fil par une petite cheville qu'on y fait entrer en long, et qui se trouve appuyée transversalement sur la surface intérieure de la coque. Le trou qu'on a fait pour introduire la cheville, est bouché par un peu de cire blanche.
L'autre bout de fil tient à l'habit de celui qui fait le tour, à l'aide d'une épingle ployée en forme de crochet ; la canne passant par-dessous le fil, tout près de l'œuf, lui sert de point d'appui. Aussitôt que la musique commence, le faiseur de tours pousse la canne de gauche à droite ou
de droite à gauche ; alors il semble, au premier abord, que l'œuf parcourt la canne dans sa longueur; mais il n'en est rien : comme il est constamment attaché à son fil, son centre de gravité reste toujours à la même distance du crochet qui le retient; c'est la canne qui, en glissant, présente successivement ses divers points à la surface de l'œuf.
Nota. — Pour produire l'illusion, en faisant accroire à la compagnie que c'est l'œuf qui se porte lui-même vers ces divers points de la canne, celui qui fait l'expérience tourne un peu sur ses talons ; par ce moyen, l'œuf, en même temps qu'il pirouette, reçoit effectivement un mouvement de translation aux yeux du spectateur, quoiqu'il reste toujours à la même distance du point où il est accroché.
Procédé pour se percer le ventre et le bras avec un couteau sans se faire de mal.
L'opérateur gesticule et s'écrie : « Mon élixir, Messieurs, est si merveilleux que je ne crains pas de me donner des coups de couteau, étant sûr de me guérir avec. » Puis faisant des grimaces et des contorsions comme s'il souffrait horriblement, il finit par montrer son bras percé comme dans la figure 67.
Ce tour facile et simple consiste à adapter au bras un couteau spécial comme celui de la figure 68, dont la lame est séparée en deux parties réunies par un ressort en fer à cheval.
fr.
Quand le bras est placé entre les deux moitiés de la lame, et que le ressort est caché sous la manchette, on dirait que le bras est percé comme dans la figure 67. Si quelqu'un dans la société
Fis. 67.
observait que, pour le percer ainsi, il faut avoir un couteau fait exprès, répondez sans hésiter que vous êtes prêt à l'exécuter avec un autçe.
Empruntez alors le couteau d'un des spectateurs, vous en frappez trois ou quatre fois votre estomac, et le sang jaillit aussitôt sur les assistants et sur les planches. Il va sans dire qu'on a eu la précaution de se couvrir d'un plastron de fer et d'une petite vessie remplie d'une liqueur rouge, le tout caché sous les vêtements.
L'enfant escamoté.
Dans une table, on pratique une trappe ; audessous, une cage élastique et à soufflet, munie à la base et aux quatre angles de ressorts à boudin, se colle contre la surface intérieure de ta table, garnie par-devant d'un tapis à franges longues. On les soulève pour montrer qu'il n'y a rien. Après avoir placé l'enfant sur la table, on le couvre d'une cloche en bois ou en osier. L'enfant disparaît à travers la trappe, pèse sur le plancher du soufflet qui s'affaisse sous le poids et le cache complètement. On enlève la cloche, l'enfant est escamoté ; on la replace sur la table, l'enfant remonte, sort de sa cachette et reparaît aux yeux du public stupéfait.
Le pigeon tué d'un coup d'épée donné à son ombre.
On donne à ce tour le nom de Theophrastus Paracelsus , parce qu'on suppose qu'un individu de ce nom tua son frère en frappant son portrait d'un coup de poignard. Ce tour consiste à attacher au cou du pigeon un ruban double bien tendu et soutenu par deux colonnes, et à décapiter ce volatile, sans l'atteindre, au moment où l'on donne un coup d'épée à des oiseaux peints sur du carton. On cache sous les deux rubans une petite lame d'acier bien tranchante en forme de faucille. Attachée à un cordon de soie passé entre les rubans et dans l'une des colonnes, cette lame
est manœuvrée par un compère. Le cou de l'animal est pris dans un anneau pour qu'il ne puisse ni avancer ni reculer. L'escamoteur, frappant de son épée les oiseaux peints, donne, par un grand coup de pied, Je signal au compère, qui s'empresse de tirer le cordon, et la tête du pigeon est tranchée par la faucille.
Moyen adroit de détacher une paire de ciseaux.
Après avoir suspendu des ciseaux à un ruban, attachez-les comme à la figure 69. Puis, vous les
Fig. 69.
accrochez à un montant de chaise. Saisissant alors le nœud par le milieu, aux points A et B,
faites couler le ruban dans l'anneau C, et, suivant le tracé des lignes ponctuées, vous ramenez le ruban sur la pointe E des ciseaux, et le rabattez ensuite sous les anneaux FF. Ceci fait, tirez le ruban, et les ciseaux se trouvent détachés.
Ressusciter un dindon après lui avoir coupé la tête.
On coupe la tête à un dindon [vivant), on la lui remet en place, et il court comme auparavant; voici par quel moyen :
On présente un dindon sur une table ; et, au moment où l'on cache sa tête sous l'aile, on fait passer par une trappe pratiquée au milieu de la table la tête d'un autre dindon, qu'on dissimule dans le tiroir. La tête qu'on fait voir au public est donc celle du dindon caché, et semble appartenir à celui qui est sur la table. Gomme cette tête s'agite et crie, tout le monde croit qu'il est impossible de trancher la tête sans tuer la bête qu'on a sous les yeux ; et l'on est bien surpris de la voir marcher un instant après, quand la tête du dindon caché est escamotée.
Le sac aux œufs.
Ce tour est un des plus simples et se réduirait à bien peu de chose, sans le babil de l'escamoteur : il consiste à tirer des œufs d'un sac où il n'y a rien. Pour le prouver, l'escamoteur le tourne et retourne plusieurs fois, en montrant le
dehors et le dedans ; puis commençant son boniment :
<( Messieurs, dit-il, rien ri est plus commode, en voyage, qu'un pareil sac. On arrive dans des auberges où il riy a rien à manger. On prie la poule invisible de vous pondre deux ou trois douzaines d' œufs frais, et bientôt on savoure omelettes, œufs à la braise, à la coque , au miroir, des œufs pochés au beurre noir comme les yeux de ma femme. A propos de ma femme, je vous dirai quelle est si méchante et si querelleuse, que j'ai été obligé de lui casser les bras, pour l empêcher d'en venir aux mains. Elle est si prodigue, qu'il faut la faire coucher à la belle étoile, pour l'empêcher de jeter l argent par les fenêtres; si elle continue à être obstinée, je lui couperai l'oreille pour quelle soit moins entière : ah! que j'ai été dupe!
De faire avec la langue, en dépit du bon sens, Un nœud que je ne puis défaire avec les dents.
Mais tandis que je vous conte ceci, la poule a pondu. »
Alors il tire un œuf du sac, et, tournant le dedans en dehors, il fait voir qu'il n'y a plus rien, ensuite il continue de cette manière :
« Connaissez-vous, dans la rue Saint-Denis, ce gros marchand qui a été condamné à l'amende pour avoir mal aune (au >ezj? L'amende qu'il paya n'était pas une amande douce; il m invita l'autre jour à boire une bouteille de vin rouge qui était vert (il vaut mieux avoir du vin vert que de n'en avoir
d'aucune couleur) ! Nous mangeâmes ensemble une paire de poulets, mais ils étaient si maigres, qu'on aurait pu les manger en carême : d'une autre part, la moutarde était impertinente, car elle prit le monde par le nez. Au reste, Messieurs, soyez à vos treize (a votre aise), mais ne restez pas à six (assis), car je vous dis tin conte à dormir debout... Ah! ah ! voilà la poule gui a pondu ! »
Il tire un autre œuf du sac et fait voir qu'il n'y reste plus rien.
Ensuite, il continue sur le même ton jusqu'à ce qu'il ait fait paraître cinq ou six œufs.
Pour exécuter ce tour, il faut un sac double, c'est-à-dire formé de deux sacs cousus ensemble par le bord, afin qu'on puisse le retourner sans montrer les œufs cachés entre les deux pièces de toile ; on les fait paraître à volonté en les faisant sortir par une petite issue pratiquée à dessein. On doit avoir des œufs vides, pour n'être pas exposé à les casser, et afin que leur légèreté rende le sac moins tendu. L'illusion serait la même avec des œufs de carton verni.
Se délier en un instant les pouces, après se les être fait attacher, et métamorphoser un verre de vin en morceaux de papiers, ou en pluie de fleurs.
Faites-vous attacher fortement les pouces avec une jarretière ; et, après qu'on aura recouvert vos mains d'un chapeau, montrez, à l'instant, votre main droite détachée de la gauche, qui reste seule sous le chapeau ; puis vous vous écriez, en
prenant un Verre de vin : « Lorsque f ai les mains bien garrottées, je commence par déboucher une bouteille pour boire à la santé de celui qui m'a lié. »
Après avoir bu un coup, on fixe gravement le plafond, en feignant l'étonnement comme à l'aspect d'un phénomène extraordinaire, et on profite du moment où les spectateurs lèvent les yeux dans la même direction pour jeter en l'air le verre dans lequel on vient de boire ; mais le verre a été escamoté, et c'est une pluie de petits bouts de papier qui retombe sur la table. On replace vivement sous le chapeau les deux mains, qu'on peut montrer, ensuite, aussi bien attachées qu'auparavant; et, s'adressant à la personne qui vous les a garrottées, on lui dit :
« Dénouez vite cette jarretière, car mes pouces sont tellement serrés, que je craindrais qu'un arrêt de circulation du sang ne provoque V enflure, Virritation, la gangrène et peut-être ma mort sûre. » Ces mots de gangrène et de mort détournent l'attention du public et l'empêchent de soupçonner la simplicité du tour, dont voici l'explication :
On se fait lier d'abord avec une jarretière le pouce de la main gauche, mais tout en demandant un double nœud, on prend le bout de la jarretière tourné vers la main droite et on le fait passer entre le pouce et l'index de cette main ; alors on prie la personne d'attacher fortement les deux pouces ensemble avec les deux autres nœuds, et en lui présentant les deux mains ainsi rapprochées, on entrelace quatre doigts de la main
droite dans la partie de la jarretière qui doit lier le second pouce, de telle sorte que les nœuds ont
Fig. 70.
beau être serrés, il est facile de dégager ce pouce en lâchant ce qu'on retenait avec ses doigts, et
Fig. 72.
qu'on dissimulait au public en cachant la main droite dans la gauche (fig. 70-71-72).
Une fois délié, on remet aisément la main
droite dans son premier état. Quant à la métamorphose du verre : on fait, avec le bras droit, deux; mouvements, l'un vers le plancher comme pour prendre son élan, et l'autre vers le plafond comme pour jeter le gobelet. On profite du premier mouvement pour lâcher le gobelet sur une serviette déployée sur ses genoux; et du second pour lancer rapidement vers le plafond des morceaux de cartes qu'on tenait cachés dans les deux petits doigts de la main. Quand on fait le second mouvement, le public est persuadé qu'on a jeté le
verre en l'air ; mais comme les morceaux de papier retombent assez lentement pour être vus distinctement et le verre ayant disparu, on reste stupéfait et l'on croit à une vraie métamorphose. Ce tour est plus gracieux, surtout devant des dames, en remplaçant les débris de cartes par des pétales de fleurs.
Autre procédé pour exécuter ce tour.
On se fait lier les pouces avec deux rubans
tenant ensemble par un petit crochet (fig. 73^ qu'on cache adroitement entre le pouce et le mé tacarpe de la main gauche. Ce crochet est assez court pour qu'en le pressant avec l'index de la main droite on puisse dégager la main gauche sans difficulté, en désunissant les deux rubans.
Couper une jarretière et la rétablir aussitôt.
Voici un tour fort amusant :
1° On ploie la jarretière comme à la figure 74.
Fig. 74.
Fig. 75.
Fig. 76.
Tenez-la de la main droite au point C, de la gauche au point A, et faites remarquer que le point B est celui du milieu, et que, si on la coupe à cet endroit, elle sera partagée en deux parties égales.
2° Au moment de la faire couper, rapprochezla un peu vers vous en l'écartant des ciseaux, sous prétexte de montrer qu'on n'a pas une seconde jarretière pour la substituer à la première quand elle sera coupée.
3° Présentez-la de nouveau, en faisant en avant un mouvement des deux bras, et saisissez ce rao-
ment pour passer Je point B dans la main gauche et l'y retenir entre l'annulaire et le petit doigt, tandis que les autres doigts tiennent toujours la jarretière, dont vous saisissez le point A, et le point D avec le pouce de la main droite et l'index. Après une demi-heure d'exercice, on peut faire ce tour avec assez d'adresse pour que le public croie qu'on lui offre à couper le point du milieu, quoiqu'on ne lui présente qu'un bout, parce que le ruban se trouve alors ployé comme à la figure 75.
On voit que le point B et le point D se sont sub-
stitués l'un à l'autre. On cache ce truc par les deux mains, qui tiennent toujours la jarretière, l'une en C et l'autre en A.
4° Dès que la jarretière est coupée au point D, si vous lâchez ce que vous retenez dans la main droite, les deux parties du ruban seront arrangées comme dans la figure 76; mais si on pose le pouce au point A. comme dans la figure 77. le stratagème n'est pas découvert, et le spectateur s'imagine avoir réellement vu couper la jarretière et en tenir les deux moitiés et les quatre bouts.
TOURS D'ADRESSE. lit
5° Saisissant, de la main droite,, les deux bouts E F de la figure 77, on les entrelace comme dans la figure 78.
6° Achevez de serrer ce nœud, en tirant un bout avec les dents et l'autre avec la main droite, jusqu'à ce que le ruban ait la forme de .la figure 79.
Fig. 78.
La jarretière, vue dans cette dernière forme, fera croire au spectateur que les deux moitiés viennent d'être nouées ensemble, quand il verra, en réalité, tout le ruban dans sa longueur, excepté le petit bout, qui s'y trouve au milieu, attaché par un nœud coulant.
7° Priez un spectateur de tenir le bout H, et, saisissant avec les deux mains le milieu du ruban, ayez l'air de cacher le nœud dans la main droite, tandis que la main gauche le fait glisser vers G.
8° Priez quelqu'un de tenir le, bout G, après avoir dérobé avec la main gauche le nœud, que la société croit toujours caché dans la main droite.
9° Portez le nœud dans votre poche, sous prétexte d'y prendre un mouchoir, de la poudre ou tout autre objet. On peut tout simplement cacher le nœud dans sa main, et se poser le poing sur sa hanche en anse de panier, etc.
10° On avertit le public que le nœud pratiqué au milieu du ruban y sera toujours visible, mais qu'actuellement il est assez serré pour qu'on
Fig. 79. FiS- 80-
puisse se servir de la jarretière comme auparavant.
11° Engagez les spectateurs à redoubler d'attention ; ouvrez la main droite brusquement, et faites voir que vous donnez beaucoup plus que vous n'avez promis, puisque le nœud et la coupure ont tout à fait disparu.
12° Faites mesurer la jarretière, et profitez de ce moment pour vous écarter un peu, et dénouer le petit bout retranché.
13° Mettez en double la jarretière quand on en a pris la mesure, et posez-la dans la main gauche avec le petit bout, également doublé, en les tenant comme dans la figure 80; et monlrez-les comme dans la figure 81.
14° Coupez le petit bout, par le milieu, au point A: la jarretière paraîtra comme dans la figure 77, et chacun croira voir les quatre bouts des deux moitiés de la jarretière.
J5° Faites tenir, comme auparavant, par deux personnes, les deux bouts de la jarretière, et feignez de garder dans la main droite les autres bouts que vous avez montrés, en faisant semblant de donner un coup de ciseaux au milieu; puis
Fig. 81.
vous escamotez ces petits bouts qui font les deux moitiés du premier bout retranché, comme vous avez escamoté le nœud de la figure 79. Avertissez le public que le nœud, cette fois, restera invisible, mais qu'en revanche, le ruban sera raccourci de 8 à 9 centimètres.
16° Ecartez la main droite pour surprendre la société, en lui montrant que non seulement il n'existe aucun nœud, mais que la jarretière n'a rien perdu de sa longueur.
ii4 TOURS D'ESCAMOTAGE.
Afin de maintenir l'attention, ce tour doit être immédiatement suivide plusieurs autres, pour distraire la société. Et avant de commencer, il est utile de L'avertir naïvement que le secret consiste à substituer une jarretière entière à celle qu'on doit couper en deux. La société, cherchant alors à découvrir une substitution qui n'est que feinte, est on ne peut plus étonnée de ne pas la voir, bien qu'elle ait été témoin de ce qui devait la provoquer.
Tour de passe-passe avec des jetons.
Ce tour est, sans contredit, un des plus curieux : il est composé, pour ainsi dire, de six tours différents, qui, exécutés simultanément, doivent faire une grande impression sur les yeux et sur l'esprit du spectateur.
En effet, il est surprenant de voir :
1° Un dé à jouer s'évanouir et disparaître dans un lieu d'où personne n'a pu le soustraire ;
2° Des jetons disparaître d'une main où tout le monde les a vu placer ;
3° Ces mêmes jetons se trouver dans un endroit où on n'avait mis qu'un dé à jouer ;
4° Une main où il semblait n'y avoir rien, se montrer pleine de ces jetons;
5° Les faire disparaître par enchantement d'un cornet où on les avait ostensiblement placés, et auquel personne n'a touché ;
6° Montrer le dé à la place d'où il avait disparu.
TOURS D'ÀDRIiSSE. 115
Pour faire ce tour, il faut d'abord se procurer un dé à jouer et une vingtaine de sous, de jetons, ou simplement de rondelles de fer-blanc de la grosseur d'une pièce d'un franc.
1° On a aussi un petit cornet cylindrique de cuivre, de carton ou de fer-blanc et d'un calibre suffisant pour recevoir les jetons ; il doit être assez flexible et élastique pour que la seule pression de deux doigts empêche les jetons de tomber, quoique l'embouchure du cornet soit tournée vers la terre.
2° Avoir, de plus, une quinzaine de sous ou de jetons avec un gros trou dans le milieu, surmontés d'une véritable pièce non percée, d'un sou ou d'un franc, et soudés les uns sur les autres de façon à simuler une pile de sous ou de pièces d'un franc. On peut également se procurer une pareille pile creuse, avec un cornet cylindrique entouré de fil de fer ou de cuivre et surmonté d'un vrai sou ou d'une pièce d'un franc.
3° On jette une pièce de 5 fr. sur la table; on met le petit dé dans un cornet, et on le jette également sur la table, après avoir secoué un instant; ensuite, on donne le cornet et le dé à un spectateur, en le priant de jeter le dé à son tour pour savoir à qui appartiendra la pièce de 5 fr. Ceci n'est qu'un prétexte pour faire remarquer sans affectation que le cornet est simple et sans apprêt, et qu'il n'y a dedans aucune pièce préparée d'avance pour jouer quelque tour.
4° Après avoir plusieurs fois jeté le dé, on prend
le cornet et l'on prie un spectateur de mettre le dé sur la pièce de 5 fr. (fig. 82).
5° Pendant que le spectateur s'exécute, on place, de la main droite, le cornet sur le bord de la table, et, de la main gauche, on prend la fausse pile qu'on escamote dans le cornet.
6° On pose, un moment, sur la table, la pile creuse dans le cornet, qui seul doit être vu des spectateurs.
7° On soulève le cornet, en le serrant un peu entre les doigts, pour empêcher la pile de tomber, et on place l'un et l'autre sur le dé, comme dans la figure 83.
8° On prend, de la main droite, une quinzaine de jetons qu'on tient d'abord du bout des doigts et qu'ensuite on fait glisser vivement au fond de la même main en la rapprochant de la main gauche, qui se ferme aussitôt. Le bruit que font les jetons par la secousse qu'on leur donne fait d'abord croire au spectateur qu'ils ont changé de
main, et que, par conséquent, ils ne sont plus dans la main droite.
9° On tient à la main droite une baguette, qui sert de contenance, et qu'on appuie sur la main gauche, comme pour commander aux jetons de sortir.
10° On leur ordonne, en effet, de passer dans le cornet et d'y remplacer le dé.
11° Alors, on ouvre la main pour montrer que les jetons sont partis; puis, pour que personne ne se doute qu'ils sont cachés dans la main droite,
Fig. 84
on lève le cornet, sans le serrer, en laissant la fausse pile sur la pièce de 5 fr., comme dans la figure 84.
12° Si on a eu soin de mettre d'avance sur cette pile deux ou trois sous ou francs non soudés, on peut les enlever et les lancer sur la table l'un après l'autre, en disant : « En voilà un pour le marmiton, V autre pour le garçon décurie, celui-ci pour la servante; car, honnêtes gens ou fripons, il faut que tout le monde vive. » Cette opération fait croire que la pile est composée de véritables pièces,
qu'elle n'est point creuse, et qu'il n'y a point de
dé caché dedans.
13° On replace le cornet sur l'écu, pour couvrir la fausse pile, et on commande aux pièces de fuir à travers la table, pour remplacer le dé et le renvoyer à sa place.
14° On passe la main droite, sous la table en agitant les jetons, pour faire croire qu'ils sont
passés.
15° On les jette sur la table, et on prend le cornet en le serrant entre les doigts, pour enlever la pile en même temps. En voyant reparaître le dé, le public s'imagine que les jetons sont partis pour lui faire place.
16° On porte le cornet sur le bord de la table, on fait tomber la pile creuse sur ses genoux, enfin on lance négligemmeut le cornet sur le tapis, pour prouver aux spectateurs qu'il ne contient rien dans son intérieur ; mais il faut bien se garder de lui en faire l'observation.
La marmite merveilleuse.
Adaptez à une marmite un plateau creux d'environ i 2 centimètres, dont vous couvrez une poule vivante; et, muni de tout l'attirail du cuisinier, placez dans le plateau une poule dépecée avec poivre, sel, beurre, de l'eau, etc.; couvrez etapprochez-la du feu. Saisie par la chaleur, la poule prisonnière se démène, renverse le couvercle et saute en dehors de la marmite.
Défaire un nœud double sans y toucher.
Après avoir commencé le nœud représenté dans la figure 85, on serre un peu, en tirant faiblement les deux bouts supérieurs À et B; puis on serre avec force, en tirant vigoureusement le bout B et la partie C ; et comme ce bout B et la partie C appar-
fïg. 85
tiennent à un seul et même coin du mouchoir, ils ne peuvent, par le tiraillement, suivre le chemin tortueux qu'ils avaient pris d'abord, et ils prennent la ligne droite. Cependant la portion D, qui, avec le bout À, forme le second coin du mouchoir, fait autour du premier une espèce de nœud coulant qu'on peut facilement faire glisser au moyen du pouce et de l'index de la main droite, au moment où on l'enveloppe avec le milieu du mouchoir. Pour que la compagnie ne pense point qu'il y ait un nœud coulant, on commence, quand on veut exécuter ce tour, par faire deux ou trois
nœuds bien réels et bien serrés ; on les enveloppe dans le milieu du mouchoir, et on se vante de pouvoir les défaire sans y toucher, en défiant les plus adroits d'en faire autant.
Si quelqu'un accepte le défi, on lui prouve alors son imprudence, en lui faisant voir que, pour défaire ces nœuds, une main ne lui suffit pas; m lis si tout le monde convient de la difficulté ou de l'impossibilité, on apostrophe quelqu'un de la compagnie, en disant : « Vous croyez peut-être, Monsieur, que le nœud ri y est déjà plus? Je vais vous prouver le contraire. »
Alors, on desserre soi-même des nœuds, et la difficulté qu'on a à y parvenir prouve que, dans le premier cas, ce n'était pas un nœud simulé. Lespècede nœud coulant que l'on fait ensuite, en recommençant le tour, ressemblant extérieurement au premier nœud qu'on vient de défaire, est, aux yeux du spectateur, un véritable nœud gordien ; il n'est donc pas étonnant que celui qui le défait en un clin d'œil et d'un coup de pouce, dans l'instant même où il paraît l'envelopper dans le milieu du mouchoir, obtienne les applaudissements de toute une compagnie, quand ensuite il se vante de le faire sans y toucher, et qu'il se contente de faire secouer le mouchoir pour faire disparaître toutes les traces du faux nœud coulant.
Faire sortir des pièces de cinq francs d'une bourse sans en délier les cordons.
Montrer au public une bourse formée de douze
morceaux de drap, cousus de manière qu'on n'y remarque aucune ouverture . Elle est remplie de pièces ; on la passe'sous un chapeau, et un instant après, on montre qu'elle ne contient plus rien, quoique parfaitement fermée.
Pour faire ce tour, on a escamoté la bourse qui contenait l'argent et on l'a remplacée par une semblable, en mettant la main à la poche comme pour y prendre son mouchoir ou tout autre objet. Pour dissiper tout soupçon de supercherie, on marque la bourse qui contient l'argent avec un cachet et de la cire, que l'on fait vérifier pour prouver que c'est la même bourse qui, sans couture, peut se trouver tantôt vide et tantôt pleine. L'escamoteur disparaît un instant derrière la toile, et revient avec une bourse remplie de pièces; on y appose les cachets; il la met sous un chapeau et en ôte, une à une, les pièces qu'il fait sonner bruyamment. Voici tout le mystère de ce tour : cette bourse ne ressemble qu'extérieurement à celle dont on a vérifié les coutures. Une des douze coutures est combinée de manière à pouvoir en écarter les bords sans difficulté. Dès qu'on pince le drap pour l'étendre d'une certaine façon, deux fils différents dont elle est formée cèdent sous l'effort des doigts, et offrent une espèce de petite grille à barreaux parallèles à travers lesquels on peut glisser une pièce de 5 fr. En tirant l'étoffe d'une façon différente, les bords de la couture se rejoignent et les fils disparaissent.
Un anneau introduit dans un pistolet, le faire trouver au bec d'une tourterelle, dans une boîte qu'on a fait visiter et cacheter.
On prie un spectateur de mettre son anneau dans un pistolet, qu'on fait charger par un autre. On montre à la société une cassette vide, qu'on fait fermer par une troisième personne qui la scelle avec un ruban et y pose son cachet. Cette cassette est mise ensuite sur une table en vue de tout le monde. Dès que le coup de pistolet est tiré, on ouvre la cassette, on y voit une tourterelle qui tient à son bec le même anneau qu'on avait introduit dans l'arme.
Explication : — Sous prétexte de montrer à manœuvrer le pistolet, on le prend pour escamoter l'anneau; on le passe à un compère, qui l'adapte immédiatement au cou d'une tourterelle apprivoisée, et qui, en allongeant son bras dans l'intérieur de la table, près d'une cloison pour ouvrir la trappe, introduit l'oiseau dans la cassette, dont le fond s'ouvre par un secret spécial. Le ruban cacheté qui entoure la boîte n'empêche pas son ouverture, qui ne se fait que dans la moitié du fond de la boîte, où l'on s'est bien gardé de faire avec le ruban un second tour qui, croisant le premier, empêcherait l'introduction de l'oiseau.
Nous ne donnons pas ici les moyens de faire la boîte à secret, parce qu'un ouvrier sur bois tant soit peu intelligent peut se charger de cette fabrication. D'ailleurs, ce tour peut s'exécuter d'une
manière différente : on prie une personne de charger un second pistolet, dont on a eu le soin de démonter d'avance toutes les pièces, pour prouver qu'il n'existe dans le canon aucune issue par laquelle on puisse escamoter l'anneau. Néanoins, on ne peut introduire dans ce pistolet 'un bijou présenté par un compère, après en avoir donné un tout semblable à celui qui doit s'adapter au bec de la tourterelle.
Soustraction surprenante.
L'escamoteur applique sur la lame d'un couteau six petits morceaux de papier mouillé, trois d'un côté et trois de l'autre; bientôt on en ôte un, et il n'en reste que quatre ; on en retire un second, il n'en reste que deux; on en retranche un troisième, et les six morceaux ont disparu. Peu après, ils reparaissent, tout à coup, sur la lame, sans qu'on ait pris la peine de les y appliquer de nouveau.
Ce tour consiste à présenter toujours au public le même côté de la lame, en feignant de lui faire voir les deux côtés. Par ce stratagème, il croit voir deux morceaux de papier de chaque côté, lorsqu'il y en a deux dessus et trois dessous. Pour cela, faites voir d'abord le couteau comme au point A (fig. 86), ensuite comme au point B, en tournant la main et en faisant tourner un peu le couteau avec le pouce, pour présenter le même côté de la lame.
Lorsque, par ce moyen, on a ôté successivement les trois morceaux de papier d'un côté de la lame, et qu'on a montré qu'ils se sont évanouis de l'autre côté (en faisant voir toujours le même), il est aisé, puisqu'il en reste réellement trois d'un côté, d'user du même artifice pour faire croire qu'il en existe trois dessus et trois dessous, et
Fig. 86.
pour les enlever ensuite, l'un après l'autre, comme en premier lieu, en montrant, à chaque fois, qu'il y en a deux de moins.
Enfiler des anneaux dans un double ruban, chapelet de ma grand'mère.
ou le
Dans beaucoup d'anneaux fournis par la société, on enfile d'abord deux rubans, et on prie deux spectateurs d'en tenir les bouts. Bientôt, sans
endommager les rubans et sans faire passer les anneaux par les bouts, on les dégage pour les rendre aux personnes qui les ont prêtés.
Ce tour est, depuis longtemps, connu des escamoteurs, sous le nom du chapelet de ma grand? mère, parce qu'ils enfilent de petites boules au lieu d'anneaux. Voici comment il faut s'y prendre :
Mettez d'abord en double un premier ruban, de manière que ses deux extrémités se touchent ; faites-en de même d'un second ; puis attachez les deux rubans ensemble par le milieu, avec un fil de la même couleur.
Tout étant préparé d'avance, faites tenir à une personne les deux bouts du premier ruban, et à une autre ceux du second; chacune d'elles croira tenir les deux bouts des deux rubans ; mais il n'en sera rien : car s'ils tiraient le fil assez fort pour le casser, les deux rubans se sépareraient et les anneaux tomberaient par terre. Pour éviter cet accident, on prie les deux personnes de se rapprocher l'une de l'autre, on demande à chacune un des bouts qu'elles tiennent, on les entrelace comme pour faire un nœud, et on rend à chacune d'elles le bout que l'autre tenait d'abord. Par ce moyen, chacune tient alors les deux extrémités de deux rubans différents; ces anneaux, n'ayant jamais été enfilés dans le double ruban, se dégagent sans difficulté lorsque le fil se rompt, à la grande surprise des spectateurs qui les supposaient bien enfilés dans les rubans.
Couper les bras à quelqu'un ou lui crever les yeux, sans le rendre manchot ni aveugle.
L'exécution de ce tour demande une certaine mise en scène et le concours de deux personnes : par exemple, un pitre et son maître. Pendant que celui-ci est en train de terminer un tour, Paillasse arrive et lui applique trois ou quatre coups de plat de sabre sur les épaules. Le patron, indigné de cet outrage, le poursuit avec un grand couteau de chasse, et menace de lui couper la tète comme à un dindon. Le pitre fuit, mais il est bientôt pris. Les deux champions se prennent au collet, se poussent et se repoussent à forces égales. Un instant, Paillasse semble avoir l'avantage et parvient à entraîner son maître dans la coulisse ; mais celui-ci reprend le dessus et le ramène sur la scène. Paillasse, pour mieux résister, embrasse une colonne. Le maître, ne pouvant lui faire lâcher prise, l'attache avec une corde parles bras et par les jambes. Paillasse l'injurie. Le maître, perdant patience, le frappe de son couteau, lui met les poings à bas et jette ses deux mains à terre.
Pour surcroît de vengeance, il lui crève les yeux en s'écriant :
— Je te conseille maintenant de vendre tes lunettes et de ne plus accepter des lettres de change payables à vue.
— Je peux aussi, reprend Paillasse, me défaire
de mes mitaines et refuser à qui que ce soit de lui prêter main forte; je suis fâché pourtant que vous ayez fait main basse, en tombant sur moi à bras raccourci: c'est vouloir m'empêcher déjouer à la main chaude ; ce qui me console, c'est que personne ne pourra m'accuser d'avoir les doigts crochus.
— Tu te repentiras de m'avoir insulté.
— C'est possible, mais je ne m'en mordrai pas les pouces; au reste, vous m'avez rogné les ongles si près du poignet qu'il m'est impossible de me gratter.
— Je te gratterai moi-même si la main te démange, mais ce ne sera pas pour tes beaux yeux ; tu n'as plus les bras assez longs pour m'attraper.
Enfin le maître s'avance sur le bord du théâtre et dit au public : « Ne croyez pas, Messieurs, que faie voulu rendre manchot un brave garçon qui me fait gagner de r argent à pleines mains; j'ai voulu simplement vous amuser, et je n'ai crevé, en réalité, que deux yeux d'émail sur une tête de bois, et je n'ai coupé que deux bras de carton, ce qui ne me coûte tout au plus que deux mains de papier. »
Paillasse, qui s'est détaché de sa colonne, revient en scène, les yeux couverts d'un emplâtre et les bras raccourcis (ses vrais bras cachés sous son costume avaient été remplacés par deux bras postiches) : « Ne V écoutez pas, s'écrie-t-il à son tour, il voudrait vous faire croire qu'il n'est pas
sorcier; mais, grâce àl' onguent de sonmaître, Paillasse sera bientôt guéri. . . »
Enfiler une bague dans un bâton dont on fait tenir les deux bouts.
Priez un spectateur de vous confier une bague que vous posez au milieu d'un mouchoir, dont vous la recouvrez en la saisissant de la main droite. Faites-la toucher, pour bien prouver qu'elle y est, et dites : « Elle n'est pas placée comme il faut. De cette façon le diamant qui en fait V ornement sera plus en sûreté. » Frappez alors la bague d'un léger coup de baguette en ajoutant : « Surtout ii abîmons pas le chaton. » Introduisez le bout de la baguette sous le mouchoirdontles coins sonttournésvers le sol; en même temps, enfilez vivement la bague dans la baguette, et faites-la glisser dans votre uaain. Relirez la baguette de dessous le mouchoir, et faites couler la main et la bague jusqu'au milieu du bâton, dont vous appuyez le bout sur la table. Faites-en tenir les deux extrémités par un spectateur; et, tout en retenant le bijou dans votre main droite, vous l'entourez avec le mouchoir, et quand il y est bien enfoui, sortez hardiment votre main ; achevez de dérouler le mouchoir, dont vous débarrassez prestement la baguette, dans laquelle la bague se trouvera enfilée, suivant votre promesse.
Retirer une pièce de cinq francs d'un bas lié par le haut, sans y faire aucune ouverture.
Prenez un bas ordinaire, mettez-y ostensiblement une pièce de cinq francs; liez- en fortement l'embouchure.
Faites-le tenir par une personne de la société et attachez le pied du bas avec une corde, un peu au-dessous de l'écu dont cette ligature dessine la forme ronde : on couvre le tout d'un chapeau, et, quelques moments après, on fait voir la pièce dans sa main. Voici l'explication de ce tour : vous mettez d'abord la pièce dans le bas, mais après l'en avoir délogée comme par distraction ou par mégarde, on fait semblant de l'y remettre, mais on l'escamote, et l'on glisse, à la place, une longue aiguille ployée en rond qui donne au bas la forme de la pièce. On profite du moment où le pied est sous le chapeau, pour retirer adroitement l'aiguille à travers les mailles de l'étoffe ; et vous la faites disparaître en faisant tomber, comme par mégarde, la pièce dissimulée entre le pouce et le petit doigt.
Mouchoir marqué, coupé, déchira et raccommodé.
Deuxpersonnes delà société sont priées d'avancer sur le théâtre. On leur met entre les mains un mouchoir qu'elles doivent tenir parles quatre coins. On demande plusieurs autres mouchoirs
que l'on met dans le premier pour en faire un paquet. Quand on en a une douzaine, on prie les deux personnes d'en faire tirer un au hasard par un troisième spectateur, qui est chargé de hien examiner la marque et d'en couper un morceau. On peut en distribuer à tous les spectateurs qui en désirent; la distribution terminée, le mouchoir est entièrement mis en pièces. On en rassemble les lambeaux, sur lesquels on verse des drogues ; on les plie, on les lie fortement avec un cordon, pour les réduire au plus petit volume possible, et on les met sous un verre qu'on a l'air d'échauffer avec ses mains. Peu après, on retire le mouchoir que l'on plie. Toute la société reconnaît la marque et reste surprise en n'y voyant pas la moindre déchirure.
Explication. — On est d'intelligence avec un partenaire, qui, ayant deux mouchoirs parfaitement semblables, en a déjà mis un entre les mains du compère caché derrière la toile, et jette l'autre sur le théâtre peur faire le tour. On affecte de mettre celui-ci sur tous les autres, en faisant le paquet, quoiqu'on fasse semblant de les mêler au hasard; la personne à laquelle on s'adresse pour faire tirer un mouchoir prend naturellement celui qui est dessus, et si on voit qu'elle en prenne un autre, on la prie de les remuer sens dessus dessous, sous prétexte d'embellir l'opération, et après avoir remué soimême, pour remettre par dessus celui qu'on veut faire prendre, en s'adresse à quelqu'un moins
clairvoyant, dont la mine annonce la bonhomie, et qui, en mettantla main dans le paquet de mouchoirs, y prend tout bonnement le premier venu. Quand le mouchoir a été déchiré et bien plié, on le met sous un verre, sur une table, auprès d'une cloison. A l'endroit de la table où il est posé, il se trouve une petite trappe, qui s'ouvre pour le laisser tomber dans un tiroir : le compère, caché derrière la toile, passe son bras dans l'intérieur, pour substituer un second mouchoir au premier; ensuite, il ferme la trappe, qui, cadrant parfaitement avec le trou qu'elle bouche, semble ne faire qu'une seule pièce avec le dessus de la table, et trompe, par ce moyen, les yeux du spectateur le plus incrédule et le plus clairvoyant.
Jeu du cordon et du couteau.
Ayant enfoncé la pointe d'un couteau dans le bâton d'une chaise, on place, par derrière, un cordon qu'on croise par devant sur la lame, et une seconde fois sous cette même lame pour le faire repasser derrière la chaise ; croisez-le encore sur le couteau pour le faire passer de nouveau sous la lame, et croisez-le une troisième fois, pour le prendre derrière le bâton, afin qu'en enlevant le couteau, il ne soit plus tenu par le bâton ni par le couteau. Pour réussir, il faut, à chaque croisement, passer le premier bout du cordon que l'on croise sur le second.
Faire traverser une table par une pièce de cinq francs.
L'escamoteur dépose sur une table une pièce de cinq francs, qu'il couvre d'un mouchoir et qu'il fait passer invisiblement dans un gobelet placé sous la table, au grand étonnement de la société.
Pour faire ce tour, on substitue à la pièce qu'on avait montrée une autre attachée d'avance à un fil, au bout duquel est une épingle ployée en crochet (fig. 87).
Fig. 87.
Ayant accroché l'épingle sous le mouchoir, l'opérateur tient lamain gauche à environ 15 centimètres au-dessus de la table, en pinçant la pièce substituée, dont la forme se dessine au travers du mouchoir, tandis que l'autre main tient, sous la table, la première pièce sur le bord d'un gobelet ou d'un verre (fig. 88).
On laisse successivement tomber la pièce, de la main gauche dans une assiette, qui est sur la table; et dans le gobelet, celle qu'on tient de la
main droite. Les spectateurs, ayant l'oreille frappée par ces deux chutes, s'imaginent naturellement que c'est le même écu qui a traversé l'assiette et la table pour tomber dans le gobelet par un moyen surnaturel. Prenant alors le mouchoir par deux bouts, et le secouant, pour faire voir qu'il n'y a rien dans le mouchoir ni dans
Fig. 88.
l'assiette, on retire le mouchoir délicatement pour ne pas faire sonner une seconde fois la pièce dans l'assiette, et on ne le secoue que d'un seul côté, pour que le spectateur ne s'aperçoive pas que la pièce pend de l'autre, attachée au crochet.
L'omelette cuite dans un chapeau à la flamme d'une bougie.
On casse quatre œufs dans un chapeau que
l'on pose sur la flamme d'une bougie, et, au bout d'un moment, l'on retire une omelette cuite et toute chaude (fig. 89).
Cette omelette a été faite et mise d'avance sur un plat disposé dans le chapeau. L'escamoteur
Fig. 89.
ne casse dans le chapeau que des œufs vides, sauf un seul qui est plein, et dont il laisse tomber le jaune, qui se répand à terre et laisse croire aux spectateurs que les autres étaient de même.
La tête coupée qui parle.
On dresse une grande table dont le dessus est
TOURS D'ADRESSE. iZo
percé d'une ouverture par laquelle un homme assis ou à genoux puisse passer sa tête, que l'on introduit dans un grand plat de terre dont on aura enlevé le fond. Sur les bords du plat et tout autour du cou du patient, on enroule des bandes de drap rouge, pour faire paraître la tête coupée et sanglante; on lui donnera une teinte livide, en faisant brûler sur la table de l'esprit-de-vin mêlé avec du sel marin.
L'appareil doit être établi à quelque distance des spectateurs : ils peuvent interroger la tête, qui est à même de leur répondre.
Les exploits de Rothomago.
Qui de nous ne s'est pas arrêté sur les places et dans les foires, pour admirer, avec la foule des curieux, ce bateleur qui fait monter et descendre à sa volonté, dans un bocal rempli d'eau, un petit bonhomme, nommé Rothomago, immergé dans le liquide?
Nous allons révéler à nos lecteurs en quoi consiste le système.
Dans un bocal rempli d'eau ordinaire, on plonge une petite figure en porcelaine ou en verre, dont les pieds ont un creux dans lequel on verse quelques gouttes de liquide pour l'équilibrer.
L'orifice du bocal étant couvert d'un morceau de parchemin, quand on presse ce couvercle, la
figure descend, pour remonter dès que la pression cesse. L'opérateur la fait donc voyager, à son gré (fig. 90).
On peut se procurer, pour quelques sous, cet appareil connu en physique sous le nom de
ludion.