CHAPITRE VIII
DESCnlPTlOX ou PnOCÉDÉ ÉLECTRO-CHIMIQUE POUR APPLI- QUER LA DORURB SUR L'ARGENT ET LE LAITON.
M. Delarive vient d'enricliir les arts d'un procédé électro-chimique, pour dorer sur argent et sur laiton, dont il a donné la descriplion dans la Bibliotlièque universelle de Genève (i). Je suis heureux que cet article ait paru assez à temps pour en donuer uu précis dans cet ouvrage,
On sait que pour appliquer la dorure sur métaux, on prend ordinairement pour iatermcdiaire le mercure. Quelquefois on applique l'or eu poudre ou en feuille très-mince, par des procédés mécaniques. On se sert aussi de solutions étliérées d'or, quand il s'agit de dorer le fer ou l'acier.
Depuis quelques années on emploie en Angleterre et
en Allemague, et même en France, un autre procédé,
^doul lu description se trouve dans le rapport annuel de
. Berzélius pour iSSg, et que je donne in extenso.
On a connnencé à employer en Angleterre une disso-
Plution d'oxide d'or dans la potasse pour la dorure, au
Flieu du procédé par l'amalgame de mercure. On est par-
l^enu ainsi à dorer aussi bien, à moins de frais et sans
|]es inconvénioiits de l'amalgame du mercure pour la
(i) Tome XXV, page 407.
3l6 DKSCRIP. DU PROC. ÉLECTRO-CHIM. POUR APPL.,ETC.
santé des oiivrîei*s, La bonté du procédé a été constatée par Schubert (i), dans llnstitut industriel de Berlin. On dissout Tor dans Teau régale f on évapore la dissolution au bain-inane, jusqu'à la vaporisation de Tacide superflu. On dissout le chlorure d'or dans cent trente fois son poids d'eau, et l'on y ajoute une Quantité de bi-fearbôriSté dfe jyôTaSsV ^è^'tfe à sVpt fols; ^epoiSti^ Sa' chlorure d'or, Laî*geût, të cuivré, fê' fàTton et fé fer sont dorés dans un bain bouillant de cette dissolution. On est oblige d'employer avec l'argent le contact d'un fil de fer poli pour le rendre électro-négatif, et faire précipiter l'or à l'état métallique. Le fer qu'on veut dorer doit être recouvert d'abord d'une légère couche de cuivre 9 au moyen de son immersion dans un mçlange de stilMè dé cuivre, avec tin' peu â& ^elAVriri. Éaob-,. rai^ est assez épaisse pour qUé la' coulèùif' ne sôtï jàs aWrée pèfr uïi Aiëlangé de sél matîti, de' riîïfe et d'îHifir, qU*on ènlpldié pôtif la pôlissure, quôîqU*elle"'din4iiitfé répftiisèuf de la pêtticufe d'or. Lorsque fà di^s&lirtioà d'or est trop épuisée pour opérer une bonne dditiWg /'otf mêlé là' lîqùeui' aVèc de ralcoblqtiï prédipîté'cwtfpf^mêhV Vàr à l'état métaffiqué par rébullit'iori. Ccr ttïëtal, aprëy sonf lavage, est employé à' former de iiàHveàvt utf dilbt-ute* d-ôr. On* parvient au même Bût; erfsàWtfàtît' l'afféafi avec dé ïàiMe niti^iqUe, et efri précipllanl cèKè dissolution par du sulfate de fer.
'Dans <*e pr'océdé, quand oh veut dorer raff^eét*, piHe rend* négatif éti lé touchant aVec un fil de fer. Ml Déla- ^^re a employé également , pbù[(^ dorer sur afrgerit èi s\lt* laitbtt, faction d'utf Coùprè voltâïque , mais' eh sùiVa^Moié autrtihéth6aéq*tiè|e vlais décrire: il fflacè Tàbj^étà dôinâ*, ai'gent ôû'hitbn , dàhs'irhe rfissohïtiQn d'ôi- ti^i^thnSité; rertterrtiéë d^ris' uh cyiihdrer dé baudruche ou' âé Vàsîëexempt dife trou. Cécyfîndre ou sâc est intrO(dâit d^tîs'ûâ bôcâ!^ âë vérré rempli d'eatf a'cîd'ùlée jiaf^ q^uèTq'ûéà^^àbt-
(i) Jourual fiir PraktiscLe Cheniie, v5ff*liVff.-S^.
CH/IPITBE VIII. 327
téis'd'acîclc sulfuri(Jue où nitrique, dans laquelle plonge une la'me de zîric, qui a la forme d'un cylindre creux entourant la vessie cylindrique. Ce cylindre est mis eh comfûùuicàtîon^ au moyen d'un fil métallique, avec l'objet à àbrè'r, qtii devieht le pôle négatif de l'élément voltaïque.: Géf objet né doit être mis en contact avec la dissolution' d'or, qu'autant que lé contact est établi et que le zinc' plonge jlrëSlàWèment dans l'eau acidulée. Ijcciôurànt qui se développe par suite de l'action exercée sur le iînc paiî^ réàua'crdufée, suffit pour décomposer la dissolution d*of :' Fôfse pôi:fesurle métal , qui plonge dans cette dissolutîdiélVtàn'dîs q\ie le zinc se dissout, sans qu'il y ait mélangé dès deux solutions, du moins pendant uïi certain tétâps.
Ce procédé a été mis avantageusement en usage pour dôrifr I^afgént et le laiton. Jusqu'ici il ne s'appliqiié pas àb fer;' cependant M. Delarive pense que l'on pourra*ît dbrér ce métal en appliquant préalablement siir là sitttéLcè uii' dépôt d'une coucîie d'argent ou de cuivre, eh fé plôin'geant dans une solution de l'un de ces liié-
tàrux;
VoUt iféiisslr,' il est essentiel dé faire connaître différèhts' detaîTs d'exécution qui sont indispensables. Les prëmTeK' olbjets qui ont été dorés étaient des fils de laîtôif" é( Jà'fgent. M. Delarive craignait de ne pas réussir a*ù'SsT Rfeâ sùi^ des objets de formes irrégulières, doht lei* suVIacéS* présenteraient des points situés à des distancés dîfféfetftes dé l'élément électro-positif. Dans Ce cas, il pdùVdîWe (kite que le courant électrique préférât te tra-' jet lé jflos court, et portât l'or particulièrement siir les points' li^s plus rapprochés du' zitic, et que la* dorure lié^^ fût àîà^r qufé partielle. Il n'en fut pas ainéî, coi^m'é on' pïfùt fè concevoir, cfuaiid on se rappelle qiié le coffï-àrit efèétrîque passe d'autant plus facilement d'un liquidée dans lïn nflétàl, ou d'un métal dans ifn liquide, que lé miétàl eist jilus susceptible d'être attaqué chimiquement par le liquide. Dans le cas actuel, l'argent où lé laiton àW plbhgt dSri? Fa' dissolûtîorf dtat élàtït plus àttï^aWe
3a8 DKSCRIP. DU PHOC. ÉLECTBO-CHIM. POUR APPI..,ETC.
par 1r liquide que l'or liii-iiiême, il en resuite que tant I que la partie imiiKTgée m; sera pas entièrement dorée, >■ le courant ira chercher les points où ic métal à dorer est encore à nu, pour lis traverser et y déposer l'or en les pénétrant, quelle que soit la lougueue du trajet qu'il aura à parcourir dans le liquide. L'expérience a cob- 6rmé pleinement ces vues théoriques.
Pour établir la communication entre l'objet à dorfr,
3ui se trouve dans la ilissolulion d'or, et le zinc plongé ans l'eau acidulée, M. Delarîve se sert d'uu fil fin d'argent ott de platine, qui communique d'une part, par K riulermédiairc d'un gros fil de cuivre, avec le morceau l'de zinc, et qui est attaché par sou autre extrémité à ua I point de l'objet à dorer. Il est indispensahle que le point f «'attache soit changé de temps en temps, car s'il restait I toujours le même, il ne se dorerait pas. L'eau dans laquelle plonge le zinc doit être très-peu acidulée; il suffit de cinq ou six gouttes d'acide dans un verre d'eau de grandeur ordinaire. Plus le courant est faible, mieux l'opération réussit. Pour dorer l'argent, il vaut niieui employer l'acide sulfurique que l'acide nitrique, parce I qu'il ne noircit pas le métal, lorsqu'il passe à travers le \ diaphragme, au bout d'un certain temps. Pour le cuivre '' ou le laiton, il est préférable de se servir d'acide nîtril que, parce qu'en passant dans la dissolution d'or, il dé- F cape la surface à dorer, et que sa réaction sur Je ziuc I donne au courant une plus grande intensité. Il est intl* F tile de donner à ce dernier métal une grande surface; [' on peut , en le tenant suspendu au moyen d'un support, I l'enfoncer plus ou moins, et s'arrêter quand on voit que ' le courant est assez fort. On juge de la forée du courant par la quantité de gaz qui se dégage sur l'objet à dorcf. L'opération marche bien quand il s'en dégage le moins possible. Plus le dégagement est fort, moins les arflei vives et les parties anguleuses se dorent bien ; quand cela arrive, il faut dorer de nouveau, en employant des courants excessivement faibles.
M. Delartve conseille d'employer le zinc distillé, de
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préférence au zinc du commerce, pour plusieurs raisons: i" à surface égale il donne un plus foi-t courant; a° il n'est pas attaqué par l'acide lorscjuc le ciicuit vollaïcjue est ouvert; 3" quand il passe de l'or dans le liquide où il plonge, on peut le retirer plus facilement. Il faut polir ou décaper la surface à doi'cr. Dans le premier cas , la dorure s'applique plus facilement : il suffit de la fiolter
Iavec un linge fin ou delà peau, pour lui donner tout l'cclat qu'elle peut prendre. Dans le second cas, l'opération est plus longue: la dorure est terne, il faut le brunissoir pour lui donner de l'éclat.
Voici la marche des opérations, telle que l'a indiquée .M.Delarive:« J'attache l'objet à dorer au Bl métallique, d'argent ou deplatine, fixé au zinc;je trempe cet objet un instant dans de l'eau acidulée, pour enlever de sa sui'face, qui est brunie ou simplement adoucie, toute substance étrangère, toute poussière qui peut y être adhérente. Si l'objet est d'argent, c'est dans de l'eau acidulée avec l'acide sulfurique que je le plonge; s'il test de laiton, c'est dans de l'eau acidulée avec l'acide .nitrique. Après ce bain, je plonge l'objet en totalité, ou parliellemênt, s'il est trop grand, dans la dissolution d'or, je l'y laisse une ou deux minutes, puis je le trempe de nouveau dans l'eau acidulée, et je l'essuie avec un linge fin, en le frottant un peu fortement; je recommence encore une fois la même série d'opérations: bain dans l'eau acidulée, immersion dans la dissolution d'or, second hain dans l'eau acidulée, puis friction avec le linge. Il suffît de répéter deux, ou trois fois cette même série d'opérations loisque la surface à dorer a été bien polie et brunie; il faut la répéter jusqu'à cinq ou six fois
(quand cette surface a été simplement décapée, sans avoir été polie. Si l'objet à dorer est trop considérable pour être plongé tout entier dans la dissolution d'or, •u lieu de plonger constamment la même portion, il vaut mieux alterner entre les deux parties: plonger d'abord l'une, puis l'autre, revenir à la première, ensuite à la ■- seconde, ainsi de suite. De cette manière les dorures des
53o DESCRIP. DU PR'OC. ÉLECTRO-èHIBf . POUR APPL., ETC.
' deux portions se fondent heaucôiip mieux l'une avec l'autre, et on n'aperçoit point leurs points de jonction! «La couleur de la dorure me paraît tenir à plusieurs circonstances : d'abord au titre de l'or dissous; elle est d'autant plus rou^e que cet or renferme plus dé cuivre;' elle est aussi, avec de l'or parfaitement pur, plus rouge; sur lé laiton que sur l'argent; elle me paraît au^si être plus foncée quand la surface à dorer a été simplement décapée et non polie par le brunissoir avant l'opéraVion,^ (îe qui tiefAt , je peiîse, à ce que lés* molécules d*or se déposant sur une surface légèrement rabofeùsë , et non pas parfaitement unie , elles sont trti peu inclinées les uifés réiati ve/h'eht aui^ autres, et don'Aènt naisskSiicé à'un jèiï de huimîëre s'eifiblablé à celai qui a' lieu dans Tintérieur d'u'ii vase doré, c'est-à-dire, à uneréfles^iôiï dé la' lumière des* Aïoîécùléà d'ôr, les' unes âiix autres. Lé tîTrê^ dé l'argent influe aussF sur là couleur de la dorure. Enfin,' il m'a paru qî^e, dans les mêmes circîoristances , pIuS la dissolution d'or est étendue, moins le dorage est foncé. On peuï donc combiner toutes ces cîrCoristaricés dé mahi&re à obtenir, pour la dorù're, la liuàncé ^ii*où' pWfère. L'argent blanchi au feu avant rdpératîoti préndf une plus belle dorure que celui qui a été siniple'mênt
«Enfin, je dirai que j'ai constamment employé ûiie dissolution' d'ôV* aussi neutre qiie possible, étendue a(vé(f déTeaù dislïflée, dé façon qu'il ny eût que ciriq[ millig." d*ôr dans un cent, cubé de là dissolution. Avec cette' dîsàbfutïon , j Vi f^émârqué qtie lés' ^premiers dôragèsf éfàiént bea'ucoùp plus promptemént effectués, et én'géné-* ràl plùà brillants. Quand là dissolution a déjà b'eau'cbup servi, il vaïit mieux là concentrer que dé PépVnsër jusqu'au' bout,* d'autant plus qu'elle nnit par fenfermér pàîi'sàbif nient d'or qui se précipite à l'état mëtalfi- ({impjit Vétfél prbTongé de l'action de là vesisie ou de W' bifÙOTÙéhé , qui' agit à la' façon des* substances àtiîirfàïéàV ]'à^ pu ddfér dfx èdÏÏIé^s à éafé JàrgenV àVefc ïô&.ceiîf.
ctas; dèf^«5^sirluBoii, qin féftfeVinfe ^Fcôfisgifffff»
866 iriîHîg. (Toi^j la dissolution é(à\i Tôîn cfêfre epùrsfè après celte 6përat?oh, rfïrisî Qu'on pôiivaît en Juger par sa coupleur èùcoté ydiSixSii'éy ei pat aé for èri pouare qui se pi*ëèicfilâïl. Mdis ërL' sitbphïeinl c(\\è U dorure cle ce? di* èûîffe« èûf pfî^ iôui m rfe' Fà âtMuitoû, deïa au" raît fait 80 millig. d'or par cuiller, et, en portant le prix de Tor fin à 4 francs par gramme, prix le plus élevé, ce serait 3^ centimes par cuiller : il faudrait ajouter à ce compte, pour qu'il fût exact, les frais de préparation de la dissolution , qui ne me paraissent pas devoir dépasser 3o à 4o centimes. Du reste, je ne présente pas ce compte avec une parfaite certitude; les praticiens seuls pourront évaluer exactement les frais du procédé que j'indique, quand ils en auront fait usage quelque temps. Ils dépendent aussi de l'épaisseur de la couche, ainsi que cela est facile à comprendre. Les dix cuillers dont j'ai parlé n'avaient qu'une couche trèsmince, et étaient d'une nuance jaune vert, qu'on appelle communément couleur de l'or anglais. Le dorage du laiton m'a paru encore moins coûteux que celui de l'argent; il s'effectue beaucoup plus promptement, et il n'est pas nécessaire d'avoir une couche d'or aussi épaisse pour avoir la couleur convenable.
<c II faut aussi ne pas négliger de recueillir l'or qui reste adhérent au linge avec lequel on essuie, chaque fois qu'on a retiré de la dissolution les objets que l'on dore , ainài que celui qui recouvre les surfaces des vessies ou des baudruches; quand elles ont servi pendant quelque temps aux opérations du dorage, il faut mieux avoir soin de renouveler assez souvent ces baudruches ou ces vessies, et on peut facilement retirer l'or de celles qui ont servi, en les faisant incinérer avec les linges dont on ne fait plus usage. »
Telles sont les instructions que M. Delarive a données pour dorer sur cuivre et argent, à l'aide des forces électriques. L'expérience nous apprendra si ce procédé est plus avantageux que celui qui est maintenant en
33a DESORIP. DU PAOC. iLECTRO-CHIM. POUR APPL. y ETC.
usage en Angleterre et en Allemagne; mais quelle que soit la destinée de ce procédé, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il présente de grands avantages, et que son célèbre auteur, qui possède de profondes connaissances en électro-chimie , Ta porté de suite à sa perfection.