‹ Traité complet du magnétisme (volume 2)Chapitre 135 sur 145 · SUR LES ORAGES · texte numérisé non relu

SUR LES ORAGES

L'impression de ce volume était terminée quand j'eus connaissance d'une lettre sur les orages en mer, adressée par M. le capitaine Duperrey à M. Arago; cette lettre renfermant des détails intéressants, et qui auraient dû prendre place à la suite du § vi du chap. II, liv. XVII, j'ai prié M. Duperrey de vouloir bien me permettre de l'insérer à la fin du volume. Ayant obtenu son autorisalion, je la donne ici in extenso.

Lettre de M. Duperrey à M. Arago.

I Paris, ai septembre x838.

La lecture de votre intéressante notice sur le /o/inerre (i) a rappelé à mon souvenir divers faits rares dont j'ai eu le bonheur d'être le témoin, et que, pour cette raison, je regrette beaucoup de ne pas avoir réunis à ceux que j'ai déjà eu l'honneur de vous communiquer.

(i) Insérée dans V Annuaire du bureau des longitudes pour

Ail § VI DU CHAP. Il, LIV. XVII. SUR LESOBAGES. 4"!

Vous dites, pag. 233, r]ii(; o'elaiit pas découragé pai' fssertioii de Saussure, vous vous L-les mis à rherchcr ins de vieux recueils méléoro logiques si les petits lagcs isolés ne pioduisent jamais ni éclairs, ni ton- Tiv. Voici, à cette occasion, ce que je trouve inséré is la minute du journal que je tenais à bord de la •veUefC/r-ame, et dont j'ai donné une copie à M. de ^cinet, à l'époque de notre retour en France : 1 Étant dans le détroit d'Ombay, en novembre 1818, us vîmes, un soir, un petit nuage blanc qui lançait la udre de tous lea côlés, 11 montait avec lenleiu- malgré force du vent, et se trouvait à une grande distance ' tous les autres nuages, qui paraissaient comme fixés l'borizon. »

Voici ce que ma inémoiic nie permet d'ajouter à ce I de mots. Le nuage dont il s'agit était d'une forme ïrondie et pouvait occuper eu surface une éteudue égale la surface apparente du soleil. De tous les points de nuage s'échappaient des éclairs en zigzag, et uue tiltitude de détonations successives imitaient parfaiteent le bruit de la mqysqueterie de tout un bataillon iquel on aurait commandé de fiiire feu à volonté. Ce lénomène, que je n'ai vu qu'une seule fois dans ma vie, ! dura pas inoins d'une demi-minute, et le nuage discomplctement avec les dernières détonations, J'iàore le motif qui a pu déterminer M. de Freycinet à ne is mentionner cette observation qu'il a dû trouver dans copie du journal que j'ai déposée entre ses muins. Je dois ajouter ici que, dnns le même détroit, nous s aperçu bon nombre de globes très-lumineux, tru- »'sant l'atmosphère dans toutes les directions; que le ire s'est souvent fait entendic, comme cela, d'ail- Drs, est ordinaire dans l'arcliipel d'Asie, mais qu'aussi avons éprouvé l'effet d'un tourbillon de vent qui, a force et le bruit extraordinaire qu'il faisait, nous ïligea à carguer toutes les voiles. Ce dernier pliénolène fut de peu de durée, et 11 se manifesta par un aups magnifique et aous un ciel extrl^mement pur. VI. i" partie. a6

40A ADBITIOir '

Yoici actnellement un &it qui vient à l'appiai de ce que YOU8 Met annoncé ,^pag. 345, à roocasion de TeSek produit par les détonations de la foudre sur la maidie des clironoroàtires. Je le puise dans la partie hydrogn* phiquedu Voyage de la Coquille, tiag. 19; mais je k hiproduis ici, en lui donnant plus de développemeoti

Ainsi qu'on a pu le voir dans Touvrage cité , les wMr très marines dont nous étions munis avaient été rédéoi à Âmboine, et leur marche diurne avait été fixée k 27 octobre i8a3, de la manière suivante :

N"" 118 de Louis Berthaud «— 5'% 3 N^ 160 id. ~a6,a

N* a6 de Motel -4- 10, i

En partant d'Amboîne pour nous rendre au FM* Jackson , je dirigeai la corvette de manière à prendn connaissance de Timor et des îles Savu. Dans ce pramer trajet, et notamment en vue de Timor , de fréquesti orages ,dans lesquels la foudre éclatait souvent avocns fracas extrême auprès du bâtiment , sont venus nom assaillir. La conséquence de ces orages est qu'à nobt arrivée auprès des îles Savu , dont la différence eo km* gitude avec Amboine avait été exactement déterminéei en 179a, dans le voyage de d'Eutrecasteaux, aucune di nos montres ne s'est trouvée en état d'en 6xer la positioa; leur marche diurne observée à Amboine n'était plus k même. Ces montres qui, jusqu'alors, nous avaient habitués à compter sur la longitude à moins de 5' de degré près, étaient en erreur, aux îles Savu, de 1 5 à Jio\ ^ plus tard , à notre arrivée au Port- Jackson , elles noof ont placés à plus de i^o lieues dans l'intérieur de h Nouvelle-Hollande.

Réglées pendant notre séjour au Port-Jackson , voiâ quelle a été leur nouvelle marche diurne, le 19 janvier 1824:

AU § VI DD CHAP. II, LIV. XVII, SDR LES ORAGES. 4o3

N" Il8

sst-à-dire, qu'elles ont toutes trois accéléré leur tnoument; et comme cette nouvelle marche diurne donne ilvec exactitude ia différence en longitude qui existe entre Savu et le Port-Jackson, nous ne pouvons attribuer le changement survenu dans leur marche observée à Amboine, qu'aux violents orages qui, dans les parages de Timor, ont été si bruyants et si multipliés autour da la coi-vette.

Je n'ai jamais été témoin des effets de la foudre sur les aiguilles des boussoles , mais je n'en conseille pas moins aux navigateurs d'avoir une boussole d'inclinaison, et de la mettre en espérience immédiatement après le choc de la foudre sur le navire. L'on sait qu'en tournant l'instrument jusqu'à ce que l'inclinaison de l'aiguille soit un nùidina, on a dans la pointe qui plonge sous l'horizon ta direction de celui des deux pôles qui est toujours de même dénomination que la latitude magnétique du lieu de l'observateur. Cette observation , à laquelle j'ai souvent eu recours durant te voyage de la Coijuille, est indispensable lorsque le ciel leste longtemps couvert après l'orage, et que l'on se trauve auprès d'une côte ou au milieu des îles d'un archipel.

Je trouve dans les Tableaux des routes de In corvette Li. Coquille, etc., que j'ai publiés en 1829, un exemple de la distance extraordinaire à laquelle on peut apercevoir la lueur des éclairs. Ce fait, que je croyais you3 avoir communiqué, vient naturellement s'ajouter k ceux du même genre dont vous avez si bien expliqué e, pag. 428 et suiv. de votre notice.

Dans la soirée du 6 mars tSaS, étant entre les panllèles de Lima et de Truxillo, et à environ 3o lieues ) l'ouest de la côte , nous vîmes des éclairs très-brillaots dans l'est et le nord-est , au terme de l'horizon. Le Ivent était au sud-sud-est, le temps magnifique et le ciel

4o4 ADDITION

d'une pureté remarquable. Le tonnerre ne se fît point entendre. L'on sait, en effet, depuis longtemps, qu'il ne tonne jamais sur les côtes du bas Pérou , mais Ion sait aussi , d'après don Antonio de Ulloa , qu'il n'en est pas ainsi à 3o lieues dans l'intérieur de cette contrée. 11 est donc permis d'admettre que les éclairs dont nous avons vu la lueur dans notre atmosphère de la Coquille avaient pris naissance au milieu de nuages orageux situés à 60 lieues de distance.

Voici un événement occasionné par le tonnerre, doat je n'ai pas été témoin ,mais dont je puis garantir l'authenticité. La corvette la Coquille , dont je pris le commandement en 1 82 i,n'avaitété employée jusqu'à cetteépoque que comme transport de l'État, et, à ce titre, l'administration n'avait pas jugé à proposde la munir d'une chaîne de paratonnerre. Ce bâtiment était au mouillage dans le golfe de Naples, lorsqu'un jour la foudre tomba à bord sans toucher à ,1a mâture , et pénétra dans la cale , d'où elle ne sortit qu'après s'être fait jour à travers les bordages de la partie submergée de la carène. La voie d'eau était tellement considérable, qu'il en serait résulté la perte du navire, si, au signal de détresse qui fut immédiatement arboré, les embarcations du port de Naples, auxquelles se réunirent tous les bateaux qui étaient occupés à la pêche, n'étaient venues avec célérité la prendre à la remorque et la conduire au rivage où il était grand temps qu'on l'échouât.

Vous avez signalé , pag. 4o3 , deux questions auxquelles je suis plus honoré d'avoir à répondre que satisfait de la réponse que j'ai à vous adresser.

Si j'examine l'ensemble des matériaux que nous possédons sur la matière en question, je suis porté à admettre avec vous que les orages sont moins fréquents en mer que sur terre; qu'en conséquence , il pourrait y avoir à toute distance des îles et des continents, de> lieux, où il ne tonnerait jamais. Mais je vois aussi qu'il existe des anomalies qui viennent modifier toutes mes

AD§VI DU CHAP. n, LIV, XVII, SUR LFS ORACIS. ^O^

révisions, et contre lesquelles j'ai besoin de nie tenir a garde.

Un navigateur, qui part des îles Moluques ou des îles vie la Sonde , où le tonnerre se fait entendre , pour ainsi dire, tous les jours de l'année, doit naturellement se trouver fort à son aise dès qu'il s'éloigne de ces îles issourdissantes; mais un habitant de Lima, qui aurait 1 la fantaisie de nous accompagner jusqu'aux îles de Société, aurait éprouvé une impression toute conraire, car il aurait entendu, pour la première fois de e , éclater la foudre pendant trois iours consécutifs, liors que nous étions à 600 lieues du Pérou, à 600 ieues à l'est de Taïti , et à près de aSo lieues dans le lord-nord-ouest de la petite île de Pâques.

Il résulte de vos nombreuses recherches qu'il ne onne pas dans les régions glaciales de notre hémisphère; ! pense qu'il en est ainsi dans les régions glaciales de 'hémisphère opposé, à moins d'être autorisé par le dicionnaire synonymique de Laveaux à prendre le mot trage dans sa véritable acception , auquel cas le tonlerre aurait été entendu par Cook , le a3 février 1773, liant par 61° 5i' lat.S., et gS" long. E.

a Je fis, dit ce célèbre navigateur, de petites bordées tendant la nuit, qui était extrêmement orageuse. »

L'on sait que plusieurs hommes de l'équipage de 'amiral Anson furent grièvement blessés par la foudre à joid du Centurion, étant au large et dans l'ouest du létroit de Magellan ; néanmoins, je crois pouvoir déluire des voyages de Cook, de EelHngshauseii et de celui 'j l'Uranie. qu'il ne tonne pas sur le parallèle du cap iIorn,au milieu du grand Océan austral, où se trouve e point le plus éloigné de toute terre; ce point est à tiviron 56o lieues de l'île O-Paro, de l'île Antipode, de lie de Pâques et des îles de Pierre I^et d'Alexandre I". "ai la presque certitude qu'il ne tonne que bien rarement sur la route qui conduit en ligne droite du cap de fionne-Espérance aux îles Sainte-Hélène et de l'Ascension. Ici la mer aurait cela de commun avec l'île Sainte-

4o6 ADDITlOlf

Hélène 9 où Toa peut affirmer que la cendre de Napolà>n ne sera jamais troublée par la foudre. Mais il n'en est pas de même de toutes les autres parties de l'océan Atlantique, du grand Océan , et de la mer des lûdes comprise dans les régions tempérées^

Il tonne à a^o lieues dans l'est des côtes du Brésil et de la Patagonie ; il tonne sous la ligne équinoxiale ^ en* tre l'Afrique et l'Amérique* Le point le plus isolé dans l'océan Atlantique boréal est par 25^ nord et ^G^ ouest ( il est à 38o lieues des Antilles, de la Guyane^ des ilel du cap Vert, des Açores et des Bermudes : il y tonn0. La foudre et les éclairs se manifestent également à aûO et a4o lieues au sud du cap de Bonne-ËspéranCe, de Ifl Nouvelle-Hollande, de Ift Nouvelle-Zélande et de l'ill de Pâques^ £t si nous consultons les Toyageâ de la Pérouse, de Dixon, de Mears et de Mt de Freycinet ^ nout retrouvons les mêmes phénomènes ^ non moins brillanti que partout ailleurs, non-seulement à près de a5o lieuel au nord-eftt des iles Mariannes , comme à plus de 3oO lieues au nord des iles Sandwich, mais encore par 4^^ l&tit. nord et iBo"* de longit, précisément dan9 la partie centrale du grand Océan boréal , où l'on se trouve à toute distance du Japon , des iles Aieutiennes et de là côte nord-ouest de l'Amérique septentrionale. Je dis à toute distance, parce qu'il n'existe pas sur le globe, en y comprenant même les régions glaciales, un seul poiiit de la surface de la mer qui soit à plus de 6oo lieues de toute terre ^ et que les lieux dont je viens de parler, sur leà* quels les i\avigateurs semblent s'être donné le mot pour y voir briller la foudre, sont à peu près à cette distance des grandes terres environnantes.

Remarquons, avant de terminer^ que les navigateurs dont les observations noUs sont parvenues, sont d'au* tant moins nombreux, que la plupart nous laissent dans l'incertitude de savoir ce qu'il faut penser des violents orages, des temps orageux dont ils ont si souvent l'occasion de parier, quel que soit le lieu où ils ^ trouvent» La question de savoir ce que les maritis ^*^

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tendent par orage n'est pas facile à résoudre ; voici néanmoins un passage de Dixon qui semble devoir nous éclairer. Ce navigateur, en s'éloignant de Nootka , s'exprime ainsi :

« Le a6 septembre 1786, vers 3 heures du matin, <c nous eûmes un orage très-fort et une grosse pluie; a les coups de tonnerre étaient affreux, les éclairs si ce fréquents et si vifs, que ceux qui étaient sur le pont « en furent aveuglés pour un temps considérable; cha- <c que éclair laissait après lui une odeur de soufre très-*

ce désagréable L'orage s'apaisa

(c vers 6 heures du matin. »

Il est bien évident que si le tonnerre et les éclairs avaient été plus modères , Dixon n'en aurait rien dit , et nous serions encore à savoir ce qu'il entendait par orage.

Mais voici des passages extraits des voyages du capitaine Mears, qui nous laissent dans le doute". Le capitaine Mears , commandant la Félice , se rendant de Sam- Boingan à la côte nord-ouest d'Amérique, éprouva de violents orages.

« Le temps, dit-il, continua d'être orageux jusqu'au «17 avril, que le vent sauta à l'est-sud-est , et souffla a avec plus de violence encore. »

Plus loin il ajoute: (c Le matin du 24» 1^ vent tourna « au sud et à l'est , présage certain d'un temps orageux. « A midi, il souffla si violemment, que nous fûmes obli- <c gés de ferler toutes nos voiles, et jusqu'à 3 heures (c de l'après-midi nous eûmes à souffrir de l'ouragan ce le plus rude que nous puissions nous souvenir d'avoir ce jamais essuyé. Les oiseaux nous avaient abandonnés ce dès le commencement de l'orage. »

De tous les voyages ( et je ne parle ici que des voyages maritimes) , je ne vois réellement que ceux de Dampier, de Cook, de la Pérouse, de Dixon, de Vancouver, de la corvette VUranie ^ et peut-être aussi celui de la Coquille, dans lesquels on ait tenu compte assez régulièrement des apparitions du phénomène qui nous occupe. 3e ne citerai pas ceux qui n'en disent presque rien;

4o8 ADDITION AU§VIDUCHAP. II,LIV.XVII,ETC.

mais je ne puis m'erapêcher de faire ici une remarque imitée de celle que vous avez fait parvenir à son adresse, pag. 4o4 de votre notice : c'est que le capitaine Lulké, commandant la corvette russe le Seniavine , étant venu prendre ses instructions scientifiques à Londres, en 1826, au début de son voyage autour du monde, se trouve être dans le même cas que le météorologiste de la Société royale. Il s'est donné, comme lui , la peine d'exprimer par des signes particuliers tous les mots de la science en question , et malheureusement le sort veut que les mots tonnerre et éclairs soient précisément ceux qu'il a oubliés.

Pour eu finir, je dirai donc qu'il existe en plein Océan des parages où il ne tonne jamais , quelle que soit leur distance de la terre.

Quant à savoir s'il en est des régions tempérées comme de la zone torride, où les orages sont presque toujours d'autant moins fréquents que l'on s'éloigne des terres, je crois que la question est difficile à résoudre, en raison , non-seulement du trop petit nombre de voyageurs que nous pouvons consulter, mais encore du hasard qui ferait que chaque navigateur se serait trouvé , à point nommé, en un point quelconque de la mer, l'un des 20 jours de l'année, terme moyen des jours de tonnerre observés dans les continents.

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