CHAPITRE II. l
5 VI. Examen de plusieurs questions relatives
aux coups de tonnerre,
1617. On a agité depuis longtemps cette question : Tonne-t-il aussi souvent aujoui-d'hui que jadis? La srolu* tien de cette question est très-impoi^ante pour la physique du globe, puisqu'elle se rattache à la climatologie de chaque contrée. Malheureusement les philosophes anciens, tels que Pline, Sénèque , etc. , qui ont écrit sur les phénomènes naturels, ne nous ont rien dit touchant lé. nombre de jours, terme moyen, qu'il tonnait par an à Rome, à Naples, etc. M. Arago, pour suppléer à ces données, qui sont indispensables, a eu l'idée de rechercher dans le recensement des coups foudroyants cités par les historiens, un aperçu qui pût aider à porter un ju« gement sur ce point.
Hérodote dit (i) : «Xercès, serrant de près l'Ida, situé à sa gauche , atteignit le territoire de Troie. La Ei*eniière nuit qu'il campa au pied de cette montagne, î tonnerre et les éclairs assaillirent son armée et lui tuèrent beaucoup de monde. »
M. Arago a trouvé, d'un autre côté, d'après divers renseignements , qu'il ne tonne pas plus aujourd'hui dans l'Asie Mineure que dans les climats d'Europe.
Pausanias rapporte qu'une arméeiacédémonienne, qui campait sous les murs d'Argos, perdit beaucoup de soldais par la foudre.
M. Arago a encore acquis la preuve que, de nos jours,
Us orages sont peu fréquents et peu violents dans l'At-
liqueet le Péloponèse. Il semblerait résulter, selon lui, des
assertions de Pausanias et d'Hérodote, qu'il y a eu depuis
* les temps anciens, en Grèce, une diminution notable sous
le rapport des orages. Ne pourrait-il pas se faire aussi
que les tonnerres foudroyants qui firent tant de mal à
fO Polvmni. liv. vu.
1 54 ex AM. DE PLUS. QUBST. B¥L. AUX COUPS DE TONNERRE.
rarmée lacédémonieDDe, coïncidassent avec un épouvantable tremblement de terre dont parle Pline? Je ferai remarquer, à cet égard, que deux citations ne suffisent pas pour établir une loi; aussi M. Arago se borne-tnl à les présenter comme de simples renseignements.
D'autres citations, puisées dans Virgile, Ovide ^ Phh perce, etc., tendent à montrer (tout en faisant )a part de l'exagération , que se permet souvent la poésie ) que depuis les temps anciens les orages paraissent avoir-diminué d'intensité.
D'un autre coté, nous avons vu, plus haut, qu'il ne tonne jamais dans un pays du bas Pérou , tandis que les régions auxquelles il appartient sont celles où il tonne le plus. On doit inférer naturellement de là, qu'il existe des circonstances locales qui influent puissamment sur la fréquence des orages.
Je ferai remarquer cependant que l'absence des orages dans le bas Pérou étant accompagnée de l'absence de nuages, il faut d'autres citations pour montrer l'inQuence des circonstances locales. En voici d'autres qui précisent les Ëiits:
1618. On trouve les observations suivantes dans ua ouvrage de M. Graham-Hutcbison, publié à Glascow, en i835, et qui a pour titre: On Meteorology;marsh^evers^ and e^ens System of equality :
A la Jamaïque , depuis les premiers jours de novembre jusqu'au milieu d'avril, les sommets des montagnes du Port-Royal commencent à se couvrir de nuages, entre onze heures et midi. A une heure, ces nuages ont acquis leur maximum de densité; la pluie s'en échappe par torrents; les éclairs les sillonnent dans tous les sens, et le tonnerre, qui les accompagne, se fait entendre jus-» qu'à Kingston. Vers une heure et demie, le ciel est re« devenu serein.
En supposant l'observation exacte, il y ftura cent.çip* quante jours de tonnerre à Kingston , taqdis que dans les îles voisines et les points du continent qui se trouvent dans la même posi tion climatologique, le nombre n'ira pasà cinquante. On devra en conclure alors que les mOQtftgQ^
GHy^PlTRE .11. 1&5
de Port-Ri^al exercent une influence &ur le» productions àct orages.
Dans les régions équinoxiales nous trouvons d'autrea exemples analogues. Au dire des habitants, dans la vallée de Chillo^ près de Quito, il tonne beaucou{x plus que dans les contrées environnantes.
Si nous passons maintenant aux régions tempérées , on verra, en jetant les yeux sur les tableaux précédents, qu'en Europe, le nombre moyen annuel de jours où il tonne, varie assez lentement avec la latitude, de sorte qu'on devrait trouver peu de différence à Paris et aux environs d'Orléans; mais il n'en est pas ainsi. En effet,
A Paris, il tonne, terme moyen, quatorze fois par an, tandis qu'à Denainvillers, entre Pithivîers et Orléans, le nombre moyen des jours de tonnerre est de vingt et un.
IjSl cause de cette différence, quelle qu'elle soit, ne peut être attribuée, comme le remarque M. Arago, à la forme du terrain, car il est difficile de ci ter un pays moins accidenté que celui qui se trouve entre Paris et Orléans, Boit-on chercher cette cause dans la Loire, dans la forêt d'Orléans , ou dans la Sologne ? c'est ce qu'il est impossible de dire maintenant. Il faudrait, pour savoir à quoi s'en tenir à cet égard, faire un grand nombre d'observations dans cette direction.
Mais, en attendant, voyons jusqu'à quel point .la nature du terrain peut contribuer , à rendre les orages accompagnés de tonnerre plus ou moins fréquents. On trouve dans des observations adressées, en i8o3, par M. Lewis Weston Dillwyn à M. Luke Howard, les citations suivantes:
Est de Devonshire; beaucoup d'orages (peu de mines métalliques).
Devonshire; un peu moins (plus de mines).
Cornouailles; moins encore (pays démines)..
Erwirons de Swansea; orages très-rares (grande abondance de mines de fer),
Sud de Deifon; orages assez fréquents (point de mines).