CHAPITRE II. aSg
Ce physicien a étudié avec soin les causes intérieures «t extérieures qui influent sur la décharge de la torpille. Parmi les causes extérieures, on distingue ^ outré l'excitation mécanique^ la chaleur. Dans de l'eau à i8^ R., la torpille ne vit ordinairement que cinq à six heures , en conservant toute sa puissance électrique; en abaissant la température 9 cette puissance cesse aussitôt. En échauffant l'eau , les décharges recommencent'; mais si l'on porte la température à + 3o R. , comme nous l'avons observé aussi nous-même^ l'animal, après quelques décharges, éprouve de fortes contractions, et meurt dans un état tétanique.
i652, M. Matteucci, ayant analysé l'air renfermé dans l'eau de la mer, a déterminé les changements qui en résultent par la respiration de la torpille. Suivant les observations qu'il a faites à cet égard ^ quand la torpille est tourmentée, elle respire plus que celle qui ne l'est pas; et ce qu'il y a de singulier, si le fait est exact , c'est que la première, dans les mêmes circonstances, produit moins d'acide carbonique que l'autre. Il paraîtrait, en général, que l'intensité de la force électrique est proportionnelle à la force de la circulation et de la respiration.
i653. L'action des poisons les plus énergiques produit les effets suivants : riiydro-chlorate de strychnine introduit dans la bouche et l'estomac d'une torpille détermine presque immédiatement de fortes contractions dans la colonne vertébrale, lesquelles sont accompagnées de décharges énergiques , puis de décharges moindres , et l'animal expire dans desconvulsions violentes. L'hydrochlo'rate de morphine produit de très-fortes décharges, huit ou dix minutes après son introduction dans l'animal, qui en donne quelquefois, en dix minutes, plus de soixante.
Le courant d'un appareil électrique composé d'une trentaine de couples, dirigé de la bouche aux branchies et à la peau de l'intérieur de l'organe, détermine de fortes décharges. L'électricité n'agit probablement dans cette circoastance que comme un excitant énergique.
2l4o NOUV. REGHEK. SUR LES PUEjy. DE LA. TORPILLE.
M. Matteucci ayant coupé la moitié de l'organe, soit horizontalement, soit verticalement, et ayant placé entre les parties séparées une lame de verre, la décharge eut encore lieu; il en fut encore de même quand Torgane ne tenait plus à l'animal que par un filet nerveux ; les effets ne cessèrent que lorsque la substance même de l'organe fut coagulée par l'action des acides ou de l'eau houillante.
Nous ferons remarquer, à cet égard^ que plusieurs physiciens, et particulièrement Galvani, ont fait des expériences analogues. Us ont trouvé, par exemple, que, si l'on coupe les quatre nerfs de l'un des organes, ta décharge cesse aussitôt dans cet organe , tandis qu'elle se manifeste dans l'autre ; et que si l'on se borne à couper deux ou trois nerfs, la commotion est limitée aux poiîits correspondants aux nerfs restés intacts. Us ont conclu enfin de leurs observations , que le cerveau et les troncs nerveux exercent une influence déterminante sur la faculté électrique de la torpille. M. Matteucci eSt parvenu aux mêmes conséquences; mais, comme on va le voir, il a précisé mieux qu'on ne l'avait fait avant lui l'étendue de cette influence.
Si l'on lie les nerfs, on produit les mêmes effets qu'en les coupant. Quand les nerfs ont été coupés, si l'on tire avec une pince un des troncs nerveux qui se ramifient dans l'organe , on obtient encore quelques décharges.
Le cerveau étant mis à découvert, si l'on en irrite certaines parties avec un corps quelconque, la décharge se manifeste aussitôt. Les prenviers lobes (les cérébraux) peuvent être irrités, coupés et même détruits sans que la décharge disparaisse : il en est de même du troisiième lobe; quant au quatrième, on ne peut le toucher sans avoir de fortes décharges; en le détruisant, quand bien même on laisse subsister les autres, la puissance électrique de l'animal est anéantie. Cette observation doit intéresser vivement les physiologistes en raison de sa singularité.
Quand l'animal est dans un état de torpeur tel qu'il
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ne donne plus de décharges en employant les excitants ordinaires^ si l'on découvre le cerveau, et que Ton touche le lobe électrique , les décharges apparaissent avec force, allant indifféremment du dos au ventre et du ventre au dos; tandis qu'il ne se produit aucun effet en irritant les autres parties du cerveau. En employant 1 électricité comme excitant^ on obtient un résultat analogue.
M. Matteucci ayant séparé entièrement d'une grosse torpille l'un des organes électriques sans détacher la peau, l'une des lames du galvanomètre fut insérée dans l'organe, près du bord extérieur, et l'autre lame fut mise en communication avec l'un des quatre nerfs : l'aiguille aimantée fut déviée de 4^ dans le sens ordinaire de la décharge de la torpille. En liant les nerfs , il n'y eut plus de déviation. Ce résultat est encore digne de l'attention des physiologistes.
IjCS observations précédentes tendent à prouver i° que l'électricité qui produit la décharge, émane du dernier lobe du cerveau , et est transmise par les nerfs à l'organe; a^ que la décharge, cessant sous l'influence du courant électrique lorsque les nerfs sont liés, a besoin, pour être transmise, de trouver dans le nerf une disposition moléculaire particulière; conséquence à laquelle conduisent également les phénomènes physiologiques de la grenouille, comme je l'ai indiqué à plusieurs reprises dans cet ouvrage.
D'un autre côté, M. Flourens avait déjà prouvé, par des expériences directes, publiées en iSaS, que le quatrième lobe du cerveau est, dans les poissons ordinaires, l'organe encéphalique spécial de la respiration : un côté de ce lobe étant retranché , le mouvement de l'opercule de ce côté est sur-le-champ aboli; le mouvement de l'opercule du côté opposé subsiste. Le lobe ^tant enlevé en entier, le jeu des deux opercules est aussitôt éteint. M. Flourens a prouvé , en outre , que l'action du quatrième, lobe (du lobe placé derrière le cervelet) sur les opercules subsiste encore complètement après l'ablation