CHAPITRE m. 5l5l
oées aujourd'hui, que l'on a les moyens directs de s'assurer $i un phénomène de mouvement dépend immédia*^ tement ou non de rélectricité. Le physiologiste et le physicien doivent dope se réunir pour discuter ensemble toutes les questions de cette nature qui concernent les phénomènes de la vie. Guidés par cette manière de voir, nous avons étudié, M. Dutrochet et moi , le mouvement de la lymphe dans le chara , afin de savoir si l'on devait lui attribuer ou non une origine électrique.
La chaleur et l'électricité dérivant du même principe, suivant toutes les apparences, et manifestant souvent leur action en même temps, nous devons rappeler d'abord en peu de mots le genre d'influence que la chaleur exerce sur les phénomènes du chara , afin de présenter dans le même cadre les faits généraux relatifs au mode d'action de ces deux principes.
Suivant les observations de l'un de nous , la circulation du chara est très-lente à zéro, et s'accélère à mesure que la températiire monte , et devient très - rapide à j 8 ou 19° c. ; elle diminue ensuite, et à 017° elle est extrêmement ralentie. Sous cette même influence, sa vitesse augmept 'peu à peu, et, deux heures après, elle possède une grande rapidité.
Si l'on continue à élever la température d'abord jus- . qu'à 34^ ensuite jusqu'à 4o°j on observe des effets semblables, c'est-à-dire, que la plante, après avoir éprouvé une diminution dans la vitesse de sa circulation, reprend peu à peu cette vitesse. Ce n'est qu'à 4^° que le mouvement rotatoire s'arrête pour ne plus reparaître.
Toutes les fois que la plante éprouve un changement brusque de température, de a5° environ, le mouvement rotatoire s'arrête complètement, et reprend quelque temps après.
En général, l'abaissement de température diminue la vitesse de la circulation, tandis que l'élévation de température, quand elle ne dépasse pas certaines limites, l'augmente; au delà il y a ralentissement dans la vitesse.
Le frpid tçnd bien à ralentir la circulation ; mais k
à 52 INFL. DE L'iLEC. SUR LA GIRGUL. DU GHARA.
réaction vitale lui donne une nouvelle vitesse , pas aussi grande, à la vérité, que celle qu'elle acquiert sous Tinfluence de la réaction sous l'élévation de température.
Nous allons montrer actuellement que l'électricité produit des effets qui ont de l'analogie avec les précédents, mais qui en diffèrent cependant sous certains rapports. Les expériences ont été faites avec un microscope d'un grossissement moyen. La tige du chara, dépouillée de son écorce, a été mise sur un verre légèrement concave, avec une petite quantité d'eau, et ses deux extrémités ont été recouvertes de feuilles très-minces de platine, afin de mieux établir la communication avec deux fils de platine en relation avec les deux pôles d'une pile.
Si le mouvement de la lymphe, qui est dirigé dans le sens des stries des globules verts, est dû à l'électricité, on doit pouvoir l'accélérer ou le ralentir en soumettant la plante à l'action d'un courant dirigé dans le sens de ses séries. Pour nous en assurer, nous avons placé une tige de chara dans une hélice dont les circonvolutions, toujours parallèles à ses stries ou séries de globules verts, se trouvaient dans un plan horizontal; puis nous avons fait passer dans cette hélice la décharge de piles fortement chargées, composées depuis lo jusqu'à 3o éléments, sans apercevoir ni augmentation ni ralentissement dans la vitesse des globules du chara. L'hélice a encore été placée de manière que ces circonvolutions, toujours parallèlesaux stries, se trouvaient dans un plan qui lui était perpendiculaire. Le courant électrique, quelle que fût sa direction, n a exercé aucune influence sur le mouvement rotatoire. Li direction des circonvolutions a été changée de nouveau, et l'on a eu constamment des résultats négatifs. Il paraîtrait donc que le mouvement des globules n'est pas dû à l'électricité; on doit, suivant les apparences, l'attribuera une force particulière, dont la nature nous est tout à fait inconnue.
L'action des courants par influence ne nous ayant rien appris , il ne restait plus qu'à transmettre le cou-
int électrique à travers la tige même du cliara. Or, lanii l'électricité traverse les corps, elle y produit des ;tions chimiques ou des effets physiques qui sont accom- Ignés d'effets calorifiques. Nous n'avons eu égard , dans os expérîeuces, qu'aux effets physiques.
" Expérience. Une tige dt: chara ayant été placée îec un peu d'eau ordinaire sur une lame de verre cone , on a fait passer dans celte tige , tantôt de haut eu , et lautût de bas en haut, le courant provenant d'un •rtain nombre de couples d'une pile chargée depuis deux lurs , avec de l'eau cenfennaut j^ de son poids de sel larin. On a employé successivement un, deux, trois uples; au troisième couple, le mouvement de rotation 'A été arrêté instantanément. Le courant électrique ayant él:é interrompu pendant quelques minutes, le mouyeinent rolatoîre a repris sa vitesse primitive. L'expérience Ifiyant été recommencée, il a fallu employer cinq couples pour arrêter le mouvement.
2* Expérience. On a fait passer le courant de manière que le polc fût mis en communication avec le haut de la tige. Le mouvement rotatoire a été arrêté en employant jdeux couples; après quelques instants d'interruption, il s'a pas tardé à recommeucer; il a fallu alors six couples pour l'arrêter,
3* Expérience. On a opéré avec «ne autre tige dans Iquelle le mouvement des globules était très-actif : on pu augmenter alors la force de la pile depuis un, deux , tois, jusqu'à vingt couples, sans apercevoir de diminulon dans la vitesse. En passant de vingt à trente coules, le mouvement s'est arrêté subitement.
4' E.tpériencc. On a l'ecommancé les mêmes séries 'obsei'va lions avec une pile chargée seulement avec de eau de Seine, afin d'avoir im courant faible qui ne t pas capable de réagir chimiquement d'une manière usible sur les parties conslituantrs de !a plante, I^e pte négatif correspondait au haut de la tige; il a fallu niployer neuf couples pour arrêter le mouvement Dtatoire. La direction du courant ayant été changée,
a54 INFL. DE l'ÉLEC. SUR LA. CIRCUL. DU CHARA.
le mouvement rolatoire a été arrêté avec cinq couples. Au lieu d'interrompre le circuit comme dans les ex-,
()ériences précédentes, on a continué à laisser cheminer e courant dans le chara. Le mouvement a recommencé au bout d'une minute avec une vitesse successivement croissante. Cinq minutes s'étant écoulées, on a 'ajouté trois couples les uns après les autres; au troisième couple, le mouvement rotatoire a été interrompu , mais il a recommencé au bout d'une minute; cinq minutes après, on a augmenté successivement de cinq couples le circuit , et au cinquième, le mouvement a été arrêté net, puis il a recommencé au bout d'une minute. Cinq minutes après, on a pu ajouter quatorze couples au courant sans suspendre le mouvement immédiatement; mais il s*est arrêté au bout d'une minute, et n'a repris qu'après un intervalle de plusieurs heures, quand il n'a plus été sous l'influence du courant; on est donc parvenu à faire passer le courant d'une pile de trente couples dans la tige du chara , en augmentant successivement son intensité. 5* Expérience, En soumettant à l'expérience un chara très-actif, le pôle positif étant en rapport avec la base de la plante, le mouvement a été arrêté à quinze ''couples et a repris au bout d'une minute d'influence; quatre minutes après , on a ajouté successivement un , deux, trois , jusqu'à quarante couples, et le mouvement a été arrêté au quarantième; il a repris au bout de cinq minutes. On a augmenté ensuite le nombre des couples jusqu'à cinquante-cinq, et le mouvement s'est arrêté quelques minutes après, et il a repris au bout de deux minutes.
6* Expérience. On a employé une pile qui n'avait pas servi depuis longtemps, et dont la surface des couples n'était pas par conséquent décapée ; on l'a chargée avec de l'eau de Seine, afin que la réaction de ce liquide sur le zinc fût très-faible. Voici les résultats que l'on a obtenus avec un chara dont le mouvement de la lymphe était rapide : on a fait passer successivement dans la 'tige la décharge de un, deux, trois, jusqu'à soixante couples;