I08 LES FILS OU LAMES QUI ONT SERVI, ETC
durée dépend en partie de l'énergie avec laquelle l'action chimique a eu lieu, c'est-à-dire de la force de la pile.
On l'observe encore avec un seul couple vollaïque, quand le multiplicateur est très-sensible. On prend, à cet effet, deux capsules remplies d'une solution, de sel marin, et dans chacune desquelles plonge une lame de platine en communication avec l'un des bouts du fil du multiplicateur ; puis l'on met dans chaque capsule Tune des extrémités d'un couple cuivre et zinc; on a alors un courant qui va du zinc au cuivre en suivant le fil. Si l'on enlève le couple et que l'on établisse la communication entre les deux liquides avec une mèche de coton, on a un courant dirigé en sens inverse. Un fil de platine, qui plonge dans une solution soumise à l'action d'une pile et dans le sens du courant, acquiert sur-le-champ la polarité électrique.
I^s propriétés que nous venons de reconnaître dans les fils de métal qui ont servi à opérer des décompositions n'appartiennent seulement qu'aux parties qui ont été immergées ; car si l'on coupe ces parties et que l'on prenne toutes les précautions possibles pour que celles qui sont au-dessus soient dépourvues des corpuscules étrangers qui adhèrent ordinairement aux surfaces des corps, il n'y aura plus de courant secondaire, quand on plongera dans la dissolution la partie non immergée des fris.
L'intensité du courant secondaire varie en raison du temps pendant lequel les deux fils restent soumis à Faction de la pile, et de la nature des conducteurs qui complètent le circuit. M. Delarive, qui a fait quelques expériences à ce sujet , a obtenu les résultats suivants :
Temps pendant lequel les fils
ont fait partie du circuit vol- Déviation.
taïque.
I — minute. 60®.
GHAI»ITRB II. ' 109
Ces résultats nous montrent simplement que la faculté qu'acquièrent les lames de platine croît avec le temps pendant lequel elles font partie du circuit voltaîque.
407. L'explication de tous ces phénomènes est facile; prenonsdeuxlames.de platine, dont l^s surfaces soient parfaitement nettes, de telle sorte qu'en les plongeant dans une solution saline neutre , et les mettant en rapport avec un multiplicateur, il n'y ait pas de courant; retirons les lames et mettons-les en contact: l'une, avec la même solution , renfermant un millième de son poids d'acide nitrique, l'autre, avec la même solution, contenant un millième de son poids de potasse caustique; puis replongeons-les de nouveau dans la solution neutre, on aura alors un courant qui ira de la seconde à la première, en suivant le liquide, comme s'il y avait réaction de l'acide sur l'alcali. Cet effet est encpre sensible en diminuant encore les quantités d'acide et d'alcali dans la solution saline. Or, quand deux lames de platine font partie d'un circuit voltaîque, dans lequel se trouve une solution saline, qu'arrive-t-il ? La surface de la lame positive se recouvre de parties acides et celle de la lame négative de parties alcalines; les deux lames se trouvent donc dans le même état que celles avec lesquelles nous avons expérimenté précédemment; et comme l'effet électrique est Te même, nous devons en conclure que la cause est semblable. Ainsi il est inutile d'avoir recours à de nouvelles propriétés du principe électrique pour expliquer des phénomènes très-simples en eux-mêmes.
Des conducteurs tout métalliques traversés par des coura^uts les plus énergiques possibles ne donnent jamais lieu à des courants secondaires, lorsqu'on rompt le circuit pour y introduire un liquide. L'effet n'a donc lieu qu'autant que le circuit renferme un conducteur imparfait capable d'être décomposé. Cette circonstance prouve que l'action chimique joue le principal rôle dans la production du courant secondaire. Nous reviendrons plus loin àur ce phénomène, que nous avons voulu d'abord faire connaître , pour que l'observateur puisse se mettre
I lO LES f ILS OU LA.MIB BB Wtf. QUI OUTT SERVI, ETC.
eik gardé contre ses effets, qui luttent sans cesse coiltre les courants électro-cjûmiques.
4o8. Le pi'incipe que nous venons de faife connaître nous met à même d'expliquer le mode de formation de piles particulières, découvertes par Ritter, auxquelles on a donné le nom de piles secondaires. Pour former une de ces piles, on prend des disques de cuivre et de caiton humide, que l'on superpose les uns au-dessus des autres; un disque de cuivre, un disque de carton humide, un disque de cuivre , etc. Cette colonne est incapable par elle-même de se charger, si les surfaces des lames de cuivre sont parfaitement homogènes; mais si l'on met en communication pendant quelques instants ses deux extrémités avec les deux pôles d'une pile, elle prend une charge qu'elle conserve pendant assez de temps et qui est telle qu'il y a inversion dans les pôles , c'est-à-dire que le pôle positif de l'une correspond au pôle négatif de l'autre. Avec la pile secondaire on reproduit, quoiqu'à un moindre degré , tous les effets physiologiques et -chimiques de la pile voltaïque.
Ritter, en variant la marche et l'ordre des disques, a reconnu, i** que l'arrangement dans lequel se trouve le moins d'alternatives, est celui qui est le plus favorable à la circulation du fluide électrique ; si l'on construit^ par exemple, une pile avec 64 disques de cuivre et 64 disques de carton mouillés, disposés de manière que les derniers réunis en masse se trouvent entre 3 2 disques de cuivre , la colonne conduit très-bien l'électricité voltaïque, mais ne prend pas de charge sensible; a** que le pouvoir conducteur diminue successivement, si l'on intercale un disque, deux disques de cuivre, etc., entre les disques de carton , et que l'on arrive ainsi à un système dans lequel la conductibilité est à peine sensible ; 3® qu'avec un très-petit nombre d'alternatives, pour la même charge primitive, le courant passe facilement, mais les effets chimiques et physiologiques sont nuls ; 4^ qu'il est nécessaire de multiplier suffisamment les alternatives pout produire ces effets, dont l'inteùsité
CttAi^ITRfe ri. llî
augmente jusqu'à une certaine limite d'alternatives ; passé ce terme, la charge électrique se soutient, mais les phénomènes chimiques et physiologiques s'afTaiblissent ; les premiers d'abord.
Dans la pile de Volta, la quantité d'électricité libre croît avec le nombre des couples et balance la résistance des alternatives; tandis que dans Tautre, cette résistance est employée tout entière à modifier l'écoulement d'une même quantité d'électricité.
Voilà les faits : voyons l'explication.
Les disques de cuivre de la colonne de Ritter soumise à l'action d'une pile voltaïque, se trouvent dans le même cas, par rapport aux disques de carton mouillé, que le fil de platine qui est plongé dans une solution saline électrisée, par rapport à cette solution ; dès lors les deux faces de chaque disque de cuivre doivent acquérir une polarité électrique contraire, par suite du transport des élémentsacideetalcalin surchacune d'elles, lesqnelséléments transforment le disque en un véritable couple voltaïque; et comme tous les disques de cuivre se trouvent dans le même cas , il s'ensuit que la pile secondaire est une véritable pile voltaïque dont les deux éléments, au lieu d'être métalliques, sont, Tun acide, l'autre alcalin. Cette pile, conformément au principe que nous avons indiqué, doit avoir ses pôles dans un sens différent de celle qui a servi à la charger.
§ II. Sur le pouvoir des métaux et d* autres corps solides pour opérer la combinaison des substances gazeuses,
409. Les conducteurs métalliques qui ont servi à des décompositions électro-chimiques ne jouissent pas seulement des propriétés électriques que nous venons de décrire, ils possèdent encore^la faculté d'opérer la combinaison des substances gazeuses ; mais pour développer convenablement tous les phénomènes qui en dépendent, ûous devons remonter à la découverte de Dobereiner.
lia pouv. DES Mér. et d'autres corps solid., £t£.
Cet habile physicien a observé le premier que le pla* tine en éponge détermine , à la température ordinaire , la combinaison de l'hydrogène avec Toxigène, et que le développement de chaleur qui en résulte sufBt pour rendre le métal incandescent. Pouf obtenir cet effet, on présente Téponge à quelques lignes de distance de Fouverlure par laquelle sort un courant d'hydrogène, là où l'hydrogène est intimement mêlé avec l'air. MM. Dulong et Thénard , qui ont étudié toutes les circonstances de ce phénomène avec le plus grand soin , ont observé les faits suivants : i^ si l'on plonge un morceau d'épongé de platine dans un mélange d'oxigène et d'hydrogène, dans les proportions voulues pour former de l'eau, il y a détonation; si les proportions du mélange s'éloignept beaucoup de celles de l'eau, la combinaison s'effectue lentement; a" l'éponge fortement calcinée perd la propriété de devenir incandescente, mais conserve celle d'opérer lentement la combinaison des deux gaz; 3® lorsque le platine est réduit en feuilles aussi minces que le comporte la malléabilité du métal, l'action a lieu et avec d'autant plus de force que la lame est plus mince; une feuille de platine très-mince, enroulée sur un cylindre de verre, ne produit aucun effet, tandis que la même feuille détermine la détonation, quand elle est chiffonné^ comme une bourre de fusil ; 4^ la poussière et les feuilles inactives agissent lentement, quand on porte leur température à a ou 3oo degrés; 5° d'autres métaux jouissent de la même propriété que le platine, en particulier ceux qui se trou-vent combinés avec lui; l'or et l'argent en feuilles minces n'agissent qu'à des températures élevées, mais inférieures à celles du mercure; l'argent moins énergiquenxent que l'or; 6® sous l'influence de l'éponge de platine, l'oxyde de carbone etl'oxigène se combinent, le ffaz nitreux est décomposé par l'hydrogène à la température ordinaire; le gaz oléfiant, quand il est mêlé d'une quantité convenable d'oxigène, se transforme complètement en eau et en acide carbonique à une température de plus de 3oo degrés ; 7^ les métaux ne sont pas les seuls corps