V. SOMMEIL ET VEILLE
Sans cesse excité par tout ce qui l'environne ^ et d'autant plus vivement qu'il n'est point encore habitué à l'action des objets extérieurs qui viennent frapper ses sens , dans un mouvement continuel pour toucher et reconnaître les corps qui ont éveillé sa sensibilité , le nouveau-né fait nécessairement, pendant la veille, une dépense considérable du principe qui anime son existence, et dont le sommeil peut seul réparer les pertes. îl est dès lors bien facile de concevoir qu'il a besoin d'un repos beaucoup plus prolongé que celui de l'adulte ; mais on ne doit cependant pas tomber dans l'abus de ce moyen, qui pourrait amener, chez l'enfant, la mollesse et l'apathie ; il faut même savoir l'éveiller à proposdans la journée, lorsqu'il a bien reposé pendant la nuit. Il est surtout trèsimportant de ne pas l'assujettir, comme on le fait, particulièrement dans les grandes villes, à par-
tager des divertissemens nocturnes ; à passer ses soirées au milieu d'une salle despectacle,oùsa frêle machine trouve dans le mauvais air qu on y respire, et dans les veilles trop prolongées , des causes funestes dVpuisement et de destruction ; sans parler de tous les accidens que peuvent déterminer des impressions trop vives sur les sens, des commotions morales trop énergiques, lorsque le jeune sujet est capable de sentir, etc. J'insiste sur ce point, parce que je vois, surtout dans la capitale , un assez grand nombre de femmes conduire leurs enfans, encore à la mamelle, dans ces lieux si dangereux pour l'homme naissant.
Il faut régulièrement coucher le nouveau-né à huit ou neuf heures du soir au plus tard, et le réveiller à sept ou huit du matin. On doit, vers le milieu du jour, lui permettre un sommeil de deux ou trois heures.
La manière d'endormir Tenfant n'est point encore une chose indifférente à sa santé. Dans un assez grand nombre de familles , on a la mauvaise habitude de lui imprimer, pour l'assoupir, un mouvement monotone, soit dans sa couchette, soit entre les bras d'une nourrice ; c'est ce que l'on appelle bercer. Cette agitation soporifique ne détermine le sommeil qu'en produisant chez le jeune sujet un étourdissement semblable à celui que nous éprouvons après avoir pirouetté quelque temps dans la môme direction ; or, personne