SUPERSTITIONS RELATIVES AU TRAITEMENT DES SCROPHULES
l^A plupart des pratiques accréditées par la superstition dans le traitement des scropliules, ne sont pas il est vrai dangereuses par ellesmêmes, mais elles peuvent le devenir sous bien des rapports que le lecteur saisira facilement. En supposant même qu'elles n'eussent que le seul inconvénient de faire perdre un temps précieux en permettant à la maladie de s'établir plus profondément dans tout V organisme , ne serait-ce pas un motif suffisant pour les proscrire avec sévérité?
1"^. Plusieurs médecins ont consulté le cours de la lune pour la guérison des scropliules ; 2°. d'autres ont conseillé de porter au col, en forme
d'amulette, un lézard vert, la peau d'un serpent, des racines d'aigremoine , de verveine , etc. ; 3"*. de boire dans un crâne humain ; 4°. d'appliquer la main d'un cadavre sur les tumeurs écrouelleuses ; Bartliolin accorde beaucoup d'efficacité à ce dernier usage , et prétend que l'engorgement se termine par une résolution d'autant plus rapide que la putréfaction du cadavre est pi us active- 5°. Celse lui-même n'a pas craint d'avancer que l'on pouvait se préserver des scropliules en avalant une couleuvre ; 6*^. Fragosus rapporte que les Maures, les Arabes, et consécutivement les Espagnols euxmêmes, regardaient la cautérisation des cartilages auriculaires j comme un puissant moyen contre la maladie strumeuse. Ne serait-il pas au moins inconvenant, dans un siècle aussi éclairé que le nôtre, de s'attacher sérieusement à la réfutation de semblables puérilités?
2°. Pendant le règne brillant du magnétisme animal y on a beaucoup vanté son efficacité dans le traitement des écrouelles. Mais aujourd'hui que le flambeau du vrai savoir, en dissipant les ténèbres de l'ignorance , a laissé voir le charlatanisme dans toute sa honte et sa nullité, il n'est plus nécessaire de prouver aux hommes sensés le ridicule et l'absurdité d'un pareil moyen.
3°. Quelques auteurs, entre lesquels je dois spécialement citer Hippocrate et Warthon , ont conseillé le mariage pour la guérison des scro-
DEUXrèiME PARTIE, 321
phules. Ego impero pirgines his morbis {strumis ) affectas y quàm citissimè cum viris conjungi, ( Hypp. de Virg, affect. ) Warthon s'exprime ainsi sur le même sujet : Juvenes celibes strumosi fiunt y postea vero matrimonio spontè eurantur. Il donne ensuite une explication plaisante sur la manière dont le mariage guérit les ëcrouelles. Strumosi matrimonio curantur quia succus alhum^ini ovi sim^ilis ad testiculos çergit. Si ce moyen peut avoir des influences aussi salutaires sur les scrophuleux, c'est bien évidemment par l'expansion et l'éveil que produit dans toute l'économie le bonheur de partager ses affections avec un être sensible, et digne de cet heureux échange de tendresse et d'amour; mais il me semble bien plus conforme à la prudence, de ne songer au mariage qu'après une guérison parfaite , afin de n'avoir pas un jour à se reprocher un égoïsme impardonnable, et tous les maux de sa postérité.
4^. DifFérens pèlerinages ont été recommandés, et sont, même encore aujourd'hui, en usage pour la cure des écrouelles. Ainsi, i*". en Belgique, on fait àe^pojages à Saint^Marcou^ pour la guérison des ulcères scrophuleux ; à Sainte- Adèle pour celle des ophtalmies strumeuses. 2°. En Provence , il existe une chapelle dédiée à saint Lambert , au milieu de laquelle jailHt une source d'eau très-froide: chaque année, le
322 TS.AITÉ SUR LES SCROPHULES.
jour même où l'on célèbre la fête du saint , des enfans scrophuleux apportés de difFérens pays , en nombre ordinairement très-considérable , sont plongés dans cette piscine renom niée. Il importe à la gloire de notre religion, en même temps si sainte et si éclairée, que le faux zèle ou la superstition n'y puissent introduire aucun abus ; et que les chrétiens soient bien convaincus qu'il n'est pas nécessaire d'abandonner sa maison, d'entrependre des voyages de long cours pour obtenir l'intercession des saints; les prier avec ferveur et confiance , faire de bonnes œuvres en leur nom, voilà le plus sûr moyen de se les rendre propices. Il importe également an saint des malades qu'on ne les soumette point à des moyens dangereux, tels que les bains froids dont nous venons de parler, qui toujours alors sont essentiellement contre-indiqués , et le plus souvent funestes aux sujets écronelleux.
5°. On a conseillé comme une pratique infaillible, pour guérir l'affection strumeuse, de faire toucher le malade, pendant sept jours consécutifs, par le septième enfant mâle d'une même femme. Mais heureusement nous n'avons plus aucune confiance dans la force des nombres , et dans l'efficacité de pareilles inepties.
6^*. Enfin, l'on a pensé long-temps en France que les rois avaient le pouvoir de guérir les scrophuleux par le simple contact ; cette croyance sub-