YI. INTELLIGENCE ET PASSIONS DE L^AME
1**. Passions. — Les sujets affectés de la constitution strumeuse sont naturellement portés à la tristesse et à la mélancolie ; il faut nécessairement les soustraire à cette apathie morale, si puissante pour entretenir et même produire la maladie scrophuleuse. Le meilleur moyen consiste à ne présenleràleur imagination que des idées riantes, variées , et embellies par l'espérance d'une solide guérison;à les occuper, sans fatigue, au dessin, à la musique, etc., avec l'attention d'éviter les abus de ce dernier agrément, qui pourrait alors devenir funeste, en exagérant la sensibilité: en un mot, il faut ménager les distractions de manière à remplir tous les instans de la journée par une activité continuelle, sans laisser aucune place aux réflexions pénibles et à l'ennui. De quel prix ne seront pas surtout les sages conseils de la religion , dans ces m.omens difficiles où l'on doit entretenir la gaîté du cœur , la constance et la fermeté de i'àme au milieu des causes mulli-
DEUXIÈME PATITIE. 877
pîiées qui tendent sans cesse à produire la tristesse et le découragement !
Quelques auteurs ont conseillé d'irriter le caractère du malade par des contrariétés, afin de solliciter en lui des mouvemens d'impatience et même de colère. En ne consultant que TefFet immédiat de ces passions violentes , on pourrait s'en laisser imposer en faveur d'un pareil moyen ; mais si l'on considère la peine intérieure que doit naturellement éprouver nn être malheureux , qui, déjà désespéré par la maladie dont il est affecté, ne trouve encore dans tout ce qui l'environne que des obstacles et des oppositions, on abandonnera bientôt cette pratique dangereuse , et capable de produire sur le moral, et même sur le physique, les plus funestes conséquences.
2°. Facultés intellectuelles. — - On ne doit jamais fatiguer les scropliuleux par des travaux soutenus; il faut renoncer, du moins pour nn temps, à toutes les études sérieuses et pénibles ; on permettra seulement quelques lectures amusantes , plutôt encore dans l'intention de distraire que d'instruire; car il est important d'être bien convaincu que les travaux de l'esprit sont essentiellement contraires à l'exerciee régulier de la digestion et de la nutrition , et qu'il n'est rien de plus opposé au développement du ph^^sique , que le nerfectionnem.ent dei'intellisence.
Tel est l'ensemble des moyens que nous ofîre
SyS TRAITÉ SUR LES SCROPHULES.
l'hygiène; tous les individus ne sont pas dans la possibilité d'en faire un aussi bon usage; mais il sera facile, d'après ces principes fondamentaux, de varier les applications suivant l'âge, le sexe , la profession , la fortune et l'habitation du malade.
J'ai donné quelques développemens au traitement hygiénique , beaucoup trop négligé par les malades, et même par un assez grand nombre de médecins, parce qu'il est de la plus haute importance que les uns et les autres soient entièrement persuadés que ce traitement est le principal , j'ose même dire le seul fondement sur lequel repose l'espérance de pouvoir détruire la constitution strumeuse.
Il est dès lors facile de concevoir que la guérison radicale des écrouelles est absolument impossible, dans les cités populeuses, pour la classe indigente qui cependant offre le plus fréquemment cette fâcheuse maladie. Mais le gouvernement paternel, sous lequel nous vivons, pourrait trouver un moyen assuré d'arracher ces malheureuses victimes aux souffrances continuelles, et à la mort prématurée qui deviennent constamment leur partage ; il suffirait , en effet , d'établir à quelques lieues des gmndess villes, un ou plusieurs hôpitaux exclusivement consacrés au traitement des scrophuleux. Ces hôpitaux devraient être spacieux, situés dans uiio bonne exposition, et