‹ Traité complet sur la maladie scrophuleuseChapitre 81 sur 236 · PREMIÈRE PARTIE. I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. I

quentes sont des irritations physiques ou chimiques portées directement sur le point où se développe consécutivement la maladie ; tels que les coups , les chutes sur la colonne vertébrale ; les plaies de cette partie avec ou sans corps étrangers * les flexions du tronc long-temps continuées, comme on l'observe dans certaines professions ; la station trop long-temps prolongée, les marches pénibles, la danse, la course, le saut; les extensions forcées du tronc dans Faction de soulever un fardeau, ou dans les différens tours que font habituellement les bateleurs ; en un mot, tout ce qui peut déchirer, contondre ou distendre assez fortement les tissus blancs d'une ou plusieurs articulations vertébrales. On a regardé comme des causes très-puissantes du vertébralitis, la masturbation et l'abus du coït.

Symptômes. — Toutes les régions de la colonne vertébrale ne sont pas également exposées à l'inflammation scrophuleuse : i**. on l'observe trèsrarement dans la région cervicale, et l'on en trouve à peine quelques exemples clans les auteurs. M. Murât, chirurgien en chef à Bicêtre, en possède cependant deux observations ; j'en ai recueilli une semblable à la Salpêtrière, et deux autres à la consultation gratuite de l'Hôtel-Dieu , sous M, Dupuytren. 2°. Elle est plus fréquente dans les régions dorsale et lombaire. 3°. Enfin on la rencontre le plus ordinairement sur la ligne de

î8o TRAITÉ SUR LES SCROPHULES.

démarcation qui sépare ces deux régions; sans doute parce que cetle partie, étant le siège principal des mouvemens les plus étendus et des efforts les plus considérables qui se passent dans la colonne rachidienne , se trouve par-là même exposée à des pressions plus grandes, kdes extensions plus fréquentes et plus forcées.

Le vertébraliîis oiTre des symptômes généraux et communs, quelleque soit la région affectée ; il en présente ensuite de particuliers à chacune d'elles. Nous examinerons d'abord les premiers, en suivant les périodes indiquées dans les généralités.

Symptômes généraux. •— Première période. — Roideur de la colonne vertébrale, difficulté de la redresser lorsqu'elle a été maintenue long-temps dans l'incurvation ; douleurs d'abord obtuses et bientôt plus aiguës , surtout pendant la station prolongée, elles différens mouvemens durachis.

L'inflammation peut commencer d'abord par les os et s'étendre ensuite aux parties molles, ou bien débuter par ces dernières et n'affecter que consécutivement le tissu osseux ; enfin elle peut envahir en même temps les tissus blancs d'une ou plusieurs articulations. Dans tous ces cas, les symptômes sont à peu près les mêmes.

Deuxième période. — Douleurs plus vives ; tuméfaction qui se développe insensiblement dans le point affecté, avec empâtement et une sorte de rénitence élastique dans le voisinage, ce qui

PREMIl'iRE PAUTIE. l8r

pourrait en imposer cPabord pour une véritable fluctuation. Saillie légère d'une ou plusieurs apophyses épineuses; gonflement des vertèbres malades, quelquefois assez considérable pour doubler leur volume; impossibilité de garder longtemps, sans douleur, la position verticale, ou d'exercer quelque mouvement un peu étendu dans l'articulation enflammée.

Troisième période. — Augmentation de la saillie ' épineuse ; ramollissement et dégénération des os, des ligamens, etc. ; douleurs plus fortes, surtout dans les mouvemens de la partie malade, qui souvent alors sont absolument impossibles; courbure de la colonne vertébrale, quelquefois à angle droit; surviennent alors des symptômes produits parla compression qu'éprouve la moelle épinière, et differens suivant la région affectée.

Quatrième période . — Le corps d'une ou plusieurs vertèbres étant détruit par la carie, les apophyses épineuses éprouvent un mouvement de bascule, d'où résulte en arrière unegibbosité tressaillante. Quelquefois cependant , l'ulcération se borne aux apophyses épineuses ou articulaires, et dans ce cas la déformation de la colonne rachi^ dienne est à peine sensible ; circonstance qu'il est bien important d'apprécier. Quel que soit le siège de la carie, la suppuration s'établit de jour en jour, la tumeur augmente de volume, offre d'à- ^ bord de l'empâtement , ensuite une véritable

iSa TRAITÉ SUR LES SCROPHULES*

fluctuation. La collection purulente peut alors se former, i"*. sur le lieu même de la maladie ; 2°. au-dessous de ce dernier ; 3**. dans un lieu plus ou moins éloigné, ce qui constitue les dépôts nommés abcès par congestion ^ et dont le siège varie , comme nous le verrons, suivant la région vertébrale affectée ; 4^. enfin , le pus s'épanche quelquefois dans le rachis, et produit la compression de la moelle épinière , compression dont les effets sont différens suivant le point où elle s'effectue.

Symptômes particuliers . — i ^^ . Région cen^icale . Dans celte région la flexion s'opère ordinairement en arrière, avec saillie plus ou moins considérable du col en avant ; ce dernier se raccourcit , et la tête semble s'enfoncer entre les épaules. La suppuration se manifeste quelquefois sur les parties latérales ou postérieure du col ; un abcès s'y forme , la peau s'amincit et s'ulcère • mais le plus souvent cette collection purulente s'établit antérieurement, fait saillie dans la cavité du pharynx, en détruit les parois dans plusieurs points qui deviennent fistuleux, et fournissent un pus abondant, séreux , verdâtre, fétide, rendu par l'expuition, affectant péniblement le goût et l'odorat du malade. La compression de la moelle épinière , soit par la tuméfaction et. le déplacement d u corps des vertèbres , soit par l'épanchement du pus dans le canal rachidien , produit

Page 1