CH AP. Y. DE LA TUMEUR
Les remèdes qu'ils lui ordonnèrent ne firent pas le moindre effet sur sa toux ; mais il s’en trouva passablement bien à d’autres égards. Il mangeait avec appétit, et dormait assez tranquillement. Un jour il vint chez moi, se plaignant d’une enflure douloureuse aux deux aines, mais plus d’un côté que de l’autre. A l’examen , je trouvai le cordon spermatique très-grossi. Je lui demandai s’il avait pris des libertés avec les femmes; il me déclara, sur son honneur, qu’il n’avait de sa vie eu commerce avec aucune , dans la crainte de prendre du mal vénérien ; mais qu’il avait eu déjà plusieurs fois la même incommodité, et qu’il l’éprouvait toutes les fois qu’il se trouvait en compagnie avec des femmes qui excitaient fortement ses désirs; que cela devenait quelquefois extrêmement douloureux, ce qui l’obligeait à éviter ces occasions autant qu’il lui était possible. S’étant trouvé dans une pareille situation le jour d auparavant, il avait éprouvé la même douleur; mais elle avait continué plus long-temps qu’à l’ordinaire, et au point qu elle l’avait forcé de recourir à moi : je lui conseillai d’appliquer de l’eau froide aux parties, ce qui le guérit de son incommodité en peu de jours. Tels furent les préliminaires dont j’ai cru devoir rendre compte.
Quelques mois après il se plaignit qu’un de ses testicules était devenu très-dur, sans aucune cause apparente. Je l’interrogeai sur le commerce avec les femmes : il me répéta ce qu’il m’avait dit auparavant à ce sujet ; mais il m’avoua qu’il s était fréquemment masturbé, sans croire que cette pratique put produire
DES TESTICULES
aucun mal. Je prescrivis la ciguë et tous les résolutifs que fournit la matière médicale , tant à l’intérieur qu’à l’extérieur , mais sans aucun effet. Le testicule devint douloureux et grossit de jour en jour. Enfin la tumeur creva , et rendit une petite quantité de matière purulente. A mon retour dans la ville, après une absence de quelques mois, le malade me dit que pendant tout ce temps il s’était fait une petite évacuation, et qu’il sortait chaque jour de l’ulcère plusieurs morceaux comme des fiîamens blancs. A l’examen , je trouvai le testicule réduit au volume d’une petite noisette, et l’ulcère presque entièrement fermé. Au bout de quelques semaines , il fut en effet tout-à-fait cicatrisé. Sa toux avait cependant toujours continué ; mais il ne paraissait pas plus maigre que lorsqu’iLs’était adressé à moi pour la première fois. Tous les trois ou quatre mois, lorsque le picotement de la toux semblait augmenter, et qu’il craignait de cracher du sang, il se faisait saigner de lui-même. Les cordons spermatiques des deux côtés étaient dans l’état naturel.
Au même mois de l’année suivante , l’autre testicule s’affecta précisément comme avait fait le premier. Un chirurgien du premier mérite , qui avait traité ce malade avec moi l’année précédente, fut appelé dans mon absence. Mais quoiqu’on lui eut fait tous les remèdes que j’aurais cm devoir moi-même lui prescrire, je trouvai , à mon arrivée, que la maladie continuait, et avait déjà duré six semaines. A la fin de la septième semaine, le testicule avait crevé, et alors des morceaux, entiers des vaisseaux spermati-