‹ Traité complet sur les symptômes, les effets, la nature et le traitement des maladies syphilitiquesChapitre 43 sur 52 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De l Ischurie et de la Djsurie uré traie*

On appelle ischurie la suppression ou rétention totale des urines (du mot grec /^yp/ct 5 ab retineo et cvpcv urina) , et on donne le nom de dysurie à la suppression incomplète des urines , ou fréquente envie d’uriner avec une difficulté ou douleur plus ou moins grande de passer , ou de lancer l’urine en un jet continu et naturel (du mot grec JW£p/e£5 difficilis et molesta urinœ excreüo ). Quand le siège et la cause de Fane ou de l’autre de ces maladies sont dans l’urètre, on ajoute le mot urètrale ; on dit ainsi Ischuria urethralis , Dysuria urelhralis , pour les distinguer de celles qui ont leur siège dans la vessie , dans les uretères ou dans les reins, et qu’on appelle alors Ischuria vesicalis , ureterica , renalis. En ajoutant le mot syphilitique , on caractérise plus particulièrement celles qui doivent leur origine au virus syphilitique , soit récent , soit ancien.

Nous parlons dans ce chapitre principalement de la rétention partielle ou totale des urines provenant d’un vice dans le canal de l’urètre.

L’une ou l’autre semblent avoir été peu fréquentes ou inconnues aux anciens ( i ). Nous ne trouvons en ef-

(i) Isocratks, dans son Panathenaïcon , dif , yers la fia de ce dis-

CHÀP. X. DE i/lSCH* ET DE LA DYSTJR. 20 ï

fet dans les auteurs, soit grecs, soit latins, que peu ou rien qui concerne les maladies de Furètre, aujourd’hui si fréquentes en Europe et ailleurs. Cependant les Grecs ont connu le cathéter , ou l’instrument que nous appelons une sonde ou algaii , et que Celsus appelle fistula ahenea ou sonde faite de métal , dont on se servait déjà dans son temps pour évacuer l’urine dans les suppressions des urines.

L’ischurie ou la suppression totale ou rétention complète de l’urine est une maladie aiguë , souvent trèsdangereuse et même funeste , et qui exige de prompts secours. La clysurie ou la suppression partielle, au contraire , est généralement une maladie chronique.

Les causes immédiates qui produisent Fune et l’autre de ces maladies de Furètre sont i°. une inflammation violente dans quelque endroit de Furètre, ou

cours : « J’ai entrepris cet ouvrage à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans , et j’en avais déjà composé la moitié, lorsque je fus attaqué d’une maladie que la bienséance me défend de nommer : maladie qui peut enlever en deux ou trois jours les personnes les plus robustes , et à plus forte raison un vieillard d’un âge aussi avancé. J’ai lutté trois ans contre le mal , et j’ai montré chaque jour tant de courage, que ceux qui venaient me voir alors, ou qui ont appris mon état par d’autres, admirent cette patience , etc. Je me suis enfin dé cidé , quoique je fusse bien près de ma centième année, et d’ailleurs tr ès-infîrme , à la finir. » On a beaucoup discuté quelle a été cette maladie, et aucune personne que j’ai connue ne m’en adonné une solution satisfaisante ; mais tout bien réfléchi, je crois que cette maladie d’Isocrate a été une ischurie ou suppression totale ou partielle des urines 5 mais nous ne savons pas «si cette suppression a été causée par un vice du canal de l’urètre , de la prostate ou de la vessie.

ÇHÀP. X. DE l’iSCTITJRIE

élans 3e col de la vessie ; 20. une contraction spasmodique dans les mêmes parties; 3°. une compression du col de la vessie, ou de la cavité de l’urètre, causée par la tuméfaction ou la squirrosité de la prostate, ou de toute autre glande de l’urètre ; 4°- une cicatrice saillante d’une plaie ou d’un ulcère; 5°. ou une excroissance verruqueuse ou fongueuse dans la cavité de l’urètre , connue vulgairement sous le nom de caroncule ou camosité ; 6°. un rétrécissement chronique dans un ou plusieurs endroits du canal de l’urètre J produit par un épaississement des membranes ou du corps spongieux de ce canal.

La dy suri e ainsi que le tenesme proviennent quelquefois d’un ulcère carcinomateux dans la matrice,' ou dans le rectum : le seul moyen d’adoucir alors les souffrances du malade sont les bains chauds ou les bains de vapeur , et des injections fréquentes avec la décoction de la morelle et de l’opium à grandes doses.’

Les deux premières de ces causes proviennent généralement du virus syphilitique , actuellement logé dans l’urètre, et elles sont les suites d’une blennorrhagie syphilitique supprimée , ou des ulcères syphilitiques de l’urètre. Les autres sont le plus communément les tristes, quoique souvent tardifs, effets d’un mauvais traitement des blennorrhagies , par des injections âcres, stimulantes, astringentes, etc.; et c’est probablement en partie à cause de l’abus que font beaucoup de chirurgiens modernes de ces injections, que nous voyons ces mêmes maladies si fréquentes aujourd’hui en Europe.

. ET Î)E LA DYSÜRIE. 2 83'

Comme c’est de la connaissance parfaite de ces causes que dépend entièrement la guérison radicale de ces maladies, nous les considérerons plus en détail.

Toutes les fois que l’écoulement d’une blennorrhagie syphilitique est arrêté par une cause quelconque, le virus semble se porter plus avant dans le canal de l’urètre, et y exciter une irritation ou une inflammation analogue à celle qu’il avait excitée dans son siège primitif à la fosse navicuïaire , etc. S’il se fixe au ver u- m g n tan urn , et qu’il irrite les orifices des canaux excrétoires de la semence , il produit , comme nous Favons observé dans un des chapitres précédens , une tuméfaction des vaisseaux déférens et de l’épididyme , appelée communément tumeur du testicule. S’il se porte encore plus avant dans l’urètre , et se fixe vers son extrémité , il ne produit pas dans ces circonstances la tumeur de l’épididyme ; mais il cause tout d’un coup une irritation, une constriction spasmodique, ou une inflammation violente au col de la vessie , accompagnée très-souvent d’une suppression totale d’urine. Il y a des auteurs qui attribuent tous ces symptômes purement à une affection sympathique des parties postérieures avec les parties antérieures de l’urètre, et nient par conséquent toute transposition du virus d’un endroit de F urètre à l’autre. Je me trouve incapable de décider ce point théorique , il suffit de remarquer que les effets sont les mêmes dans les deux hypothèses.

Dans d’autres cas , l’irritation ou l’inflammation produite par l’âcreté du virus ou par d’autres cir-

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constances est si violente , qu’elle cause , dans quelque endroit de l’urètre que ce soit, un ulcère, ou qu’elle donne lieu à une tumeur dans quelque glande de l’urètre. Cet ulcère ou cette tumeur deviennent à la fin, le premier en se cicatrisant, le second en augmentant peu à peu de volume , la cause d’un rétrécissement ou coarctation dans un ou plusieurs endroits de l’urètre, qui gêne au commencement le passage de l’urine, et finit généralement tôt ou tard par l’intercepter totalement. La cicatrice ou la glande tuméfiée forme une espèce de nœud ou de protubérance dans le passage ; quelquefois aussi les ulcères, en se cicatrisant, peuvent former des excroissances grenues, qui, sous le nom de carnosité ou de caroncules, produisent dans la suite le même effet qu’une cicatrice saillante.

Quand la glande prostate est particulièrement affectée, elle forme une tumeur dure, ou une excroissance fongueuse , qui pousse dans l’urètre ou dans le col de la vessie, et produit ainsi une oblitération , d’abord partielle et par degrés totale, de la cavité du canal. Les dissections anatomiques nous ont appris aussi depuis peu que deux ulcères de l’urètre , situés visà-vis l’un de l’autre, ou même un seul ulcère qui occupe une grande partie du pourtour du canal , forment quelquefois , en se rapprochant et se collant ensemble , des bandes qui traversent le canal de l’urètre ; et , tandis qu’une partie de l’urètre demeure ouverte, et continue de fournir Fécoulenlent purulent dont nous avons parlé dans le chapitre des bîennorrhées, les parties supérieures, greffées pour ainsi dire erf

ET DE LA DYSURIE

semble , diminuent ou bouchent la cavité de l’urètre et empêchent partiellement ainsi le libre passage des urines. Mais la cause la plus fréquente de nos dysuries paraît être aujourd’hui le rétrécissement, lacontraction ou la coarctation chronique du canal de l’urètre, produits par un épaississement et une callosité de ses membranes.

Ces rétrécissent ens ont le plus communément lieu dans un seul endroit de l’urètre , mais quelquefois c’est dans deux et même trois endroits différens à la fois. Ils sont ou simples, ou, comme je viens de le dire, compliqués avec un ulcère ; et dans ce cas il y a toujours en même temps un écoulement mêlé de pus et de matière muqueuse purulent.

Dans la plupart des cas chroniques de cette nature, le malade urine assez librement tant qu’il mène une vie sobre et tranquille , quoiqu’il trouve qu’il est obligé d’uriner plus souvent que dans l’état naturel ; que le jet d’urine est bifurqué ou plus mince, et qu’il lui faut beaucoup plus de temps pour cette opération ; et la maladie dure ainsi pendant des mois, et même quelquefois pendant des années , sans beaucoup d’incommodité. Mais, soit par l’âge, soit que le malade vienne à commettre quelques excès de table, de boire ou manger , ou de qu’il se livre à un exercice un peu violent, à faire de longs voyages et surtout en hiver, quand le vent soufle nord-est, la maladie s’aigrit évidemment ; l’urine ne coule plus que goutte à goutte ou en petits filets interrompus , en faisant éprouver au malade des douleurs inexprimables; ou bien le passage se bouche entièrement , et met ainsi

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la vie éminemment en danger. En pareil cas ^ si le siège de la maladie se trouve dans la courbure de la verge, ou plus bas au veru-montanum , l’urine accumulée derrière l’endroit du rétrécissement y forme souvent une espèce de sac ou poche, et finit, par son âcreté , par y produire un abcès qui finit en fistule du périnée, ou forme des sinus ou des fistules dans le scrotum et dans le rectum. Quelquefois il se forme une suppuration et un abcès dans le périnée, sans que le malade soupçonne cette maladie d’en être la cause.

Dans d’autres cas, burine s’ouvre un passage et s’infiltre dans les corps caverneux de l’urètre et de la verge, ou dans tout le tissu cellulaire de la verge, du scrotum, du bas-ventre et des autres parties voisines, les gonfle, les enflamme , et produit des abcès , la gangrène, ou la mortification. Mais lorsque cette corrosion a lieu plus avant et dans le voisinage de la glande

prostate, l’urine, au lieu de se répandre ainsi , s’ouvre

quelquefois un passage dans le rectum et s’évacue par l’anus où elle s’absorbe dans la masse du sang, et produit une inflammation du cerveau avec délire , et promptement la mort.

Les suites ou effets de ces rétrécissemens de l’urètre sont i°. l’inflammation, l’ulcération et l’abcès des glandes de Cowper ou de la prostate, qui s’étendent dans la membrane cellulaire environnante; 2°. la gangrène de toutes les parties génitales; 3°. un épaississement quelquefois très-considérable des membranes de la vessie. Par les efforts extraordinaires de contraction que la vessie est obligée de faire pour

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vaincre l’obstacle qui s’oppose à l’écoulement libre de l’urine par l’urètre , elle devient, principalement si le mal a duré quelque temps , affectée et altérée dans sa structure ; elle devient plus irritable , ses contractions deviennent douloureuses , et la dissection des cadavres nous montre dans ces cas toute sa substance très-épaissie. — Tous ces effets sont dus à la résistance que cause l’obstruction dans l’urètre , ainsi qu’à l’accumulation et à l’âcreté de l’urine. 4°« La rupture ou la paralysie de la vessie. 5°. Une affection morbifique des uretères et des reins.

L’ulcère dont j’ai parlé est ordinairement derrière le siège du rétrécissement. Mais quelquefois il se trouve renfermé dans la partie rétrécie, et la coarctation , par le progrès de l’ulcération, est détruite peu à peu, et le mal devient ainsi un simple ulcère.

Les rétrécissemens du canal de l’urètre ( Stenosis urethrœ ) proviennent, comme nous avons dit, en général à la suite d une inflammation excitée par le virus syphilitique ou par quelque autre matière âcre et stimulante : cependant ils sont produits quelquefois par d’autres causes, comme la gravelle, la pierre, le gonflement des glandes de l’urètre ; mais ces cas sont bien plus rares. Aussi ne trouve-t-on pas dans les anciens auteurs, et même au temps où Ton a commencé à décrire la gonorrhée , qu’il soit fait mention des obstructions dont nous parlons, comme cause d’ischurie ou de dysurie.

J. Hunier dit, dans son Traité sur les maladies vénériennes, que les obstructions de F urètre ne sont

Cïi AP. X. DE LISCHXJÏUE

jamais les suites d’une blennorrhagie antécédente. Ce qui vraisemblablement a donné lieu à cette assertion, d’ailleurs contredite par les faits et par l’expérience journalière, c’est que i°. ces embarras de l’urètre ne paraissent, pour la plupart, que long-temps après que la blennorrhagie n’existe plus; 2°. leur siège n’est pas le plus ordinairement le même que celui de la blennorrhagie. Je ne prétends point expliquer comment cela arrive ; mais il est de fait que ce n’est que depuis que les blennorrhagies syphilitiques sont devenues si fréquentes, et surtout depuis l’époque de quarante ou cinquante ans, où elles ont été si généralement traitées par le moyen des injections astringentes, que les rétrécissemens de l’urètre sont eux-mêmes devenus si communs en Europe.

Parmi des auteurs modernes, quelques-uns ont avancé que l’abus des plaisirs vénériens, d’autres que l’abus du vin ou des liqueurs spiritueuses produisent quelquefois des tumeurs squirreuses des glandes, ou des rétrécissemens du canal de l’urètre. Je ne nie pas le fait ; mais je doute fort que ces causes seules , sans blennorrhagie ou sans injections, aient jamais occasionné ces maladies. Je ne crois pas non plus que le scorbut ou le vice scrofuleux , ni aucune autre affection constitutionnelle du corps, en produisent jamais.

Au reste, je me bornerai, dans ce chapitre, à traiter des rétrécissemens de l’urètre qui proviennent évidemment à la suite des blennorrhagies répétées ou des injections imprudemment pratiquées. J’observe seu-

ET DE LA DYSURIE

lement ici que de semblables rétrécissemens ont quelquefois lieu dans le rectum, et chez les femmes dans le vagin; mais ce sont des cas plus rares.

L’obstruction de l’urètre provenant des causes mentionnées ci-dessus serait rarement dangereuse , ou ne serait jamais une maladie grave, sans la rétention de l’urine qui en est la suite; car les symptômes les plus effrayans, comme l’irritation, l’inflammation, l’ulcération, la fistule et la gangrène qui se manifestent entre le lieu qu’occupe l’obstruction et le col de la vessie, ainsi que l’affection de cet organe même, sont l’effet de la quantité et de la qualité de l’urine accumulée derrière le rétrécissement.

Le luxe de la table, l’abus du vin, les exercices violens, l’acte vénérien et la suppression de la transpi-

ration aggravent constamment les symptômes de la dysurie , et mettent souvent en danger la vie du malade. Ce danger est proportionné au degré de l’obstruction du passage et à T irritabilité des parties, à l’âge du malade, à la durée de la maladie, et aux effets progressifs qu’elle a faits. Il faut observer qu’une petite obstruction dans l’urètre , chez un homme adonné aux excès de la table, produit souvent une grande irritation.

On a mis depuis peu en question si l’urètre était ou pouvait jamais être affecté de spasmes, parce qu’il est totalement privé de fibres musculaires, et conséquemment de puissance musculaire. Je ne disputerai point ici sur les mots; mais j’observerai seulement que, lorsque je voisdans le même malade l’urine couler tantôt

IQ

9AJ O CH AP. X. DE t’iSCHÜRlE

en liberté , tantôt avec difficulté , ou meme être arrêtée totalement; quand je vois qu’une bougie enfoncée jusqu’au point du rétrécissement passe quelquefois assez bien, que d’autres fois on ne peut la passer qu’après avoir attendu deux ou trois minutes, et que d’autres fois il est absolument impossible de la faire passer; que dans quelques cas le filet d’urine sort facilement, et que dans d’autres l’urine ne sort point du tout, quoique dans le premier on n’ait pas -pu passer de bougie, et que dans le second on ait pu la passer, je suis forcé de penser que tous ces symptômes ne peuvent être dus qu’à une contraction violente, subite, partielle et de peu de durée, quel que soit le nom qu’on lui donne. On n’a d’ailleurs jamais nié qu’il ne puisse exister une contraction spasmodique dans les muscles accélérateurs, ainsi qu’au sphincter du col de la vessie.

Cette maladie est d’autant plus dangereuse, que la cause qui la produit est plus difficile à déterminer et à détruire ; que le siège du mal est plus avant dans l’urètre , et que l’irritabilité de la vessie est plus grande.

Pour former un bon diagnostic de cette maladie et un pronostic certain sur ses suites, il faut d’abord s’informer si le malade n’a pas eu précédemment une ou plusieurs blennorrhagies ; et, dans ce cas, combien de temps elles ont duré, par quelle méthode elles ont été traitées, quel est l’endroit de l’urètre princi palement affecté , et combien de temps s’est écoulé entre ces blennorrhagies et le moment où le rétrécis-

ET DE LA DYSTJRl'E. 29 £

semeiit ou îa difficulté des urines a commencé à se manifester. On doit s’informer ensuite de l’état actuel de la santé du malade, de sa manière de vivre, de son âge, de sa constitution particulière: on doit lui demander s’il n’est point sujet aux porreaux, aux verrues ; quels remèdes il a employés polir la maladie actuelle; s’il peut uriner; quelle forme affecte le jet de l’urine vers la fm de l’émission, savoir s’il est fin ou gros, s’il est simple ou bifurqué.

J’observe encore que le médecin ne doit pas se contenter des réponses du malade; il doit voir et s’assurer, par ses propres yeux, de ce dernier fait : il doit

demander encore si le malade peut retenir long-temps son urine , s’il en rend une grande quantité à la fois, si sa maladie n’est pas accompagnée d’un écoulement muqueux, blanc ou jaunâtre, puriforme ou réellement purulent. Il doit s’assurer lui-même du siège du mal, et 11e passe fier au dire du malade ; car souvent le malade se plaint d’une douleur au bout de la verge , pendant que la cause est bien loin en avant dans le canal de l’urètre ou même dans la vessie.

Lorsqu’on fait usage de la bougie pour découvrir le siège de la maladie, on doit observer attentivement quelles sont les difficultés qui s’opposent à son passage ; si elle est arrêtée dans un ou plusieurs endroits de l’urètre, et surtout quels sont ces endroits; si elle parvient jusque dans la vessie; si elle revient aisément quand on la retire, ou si on ne peut la retirer qu’avec force; si, après l’avoir retirée, sa surface est sèche ou humide, et si l’humidité se montre sur un

^9*2 CIIAP. X. DE l’iSCHURIE

ou plusieurs endroits. Il faut enfin chercher et examiner s’il n’y a pas de symptômes qui indiquent ou font soupçonner qu’outre l’obstruction de l’urètre , le sphincter de la vessie , ou la vessie , ou même les reins, sont affectés; et si les symptômes d’irritation dont le malade souffre sont simplement produits par l’urine , ou s’ils ne sont pas plutôt dus à rendurcissement ou à l’ulcération de la prostate, ou à un épaississement des membranes de la vessie, ou à un autre vice organique de cette partie.

Il arrive quelquefois qu’à la suite d’une blenuor-

rhagie syphilitique de l’urètre mal traitée, des glandes dans la fosse naviculaire, ou à la première courbure de la verge, se gonflent, s’enflamment et suppurent, ou qu’elles s’endurcissent considérablement , et produisent ainsi un obstacle plus ou moins fort à l’émission des urines. Il faut tâcher de résoudre ces tumeurs dès le commencement par des cataplasmes émolüens, ou si elles sont endurcies et indolentes, d’appliquer des résolutifs plus puissans , surtout les frictions avec le sous-muriate de mercure par le moyen de la salive , répétées une ou deux fois par jour.

u y a des cas où l’on ne peut pas sentir les glandes de l’urètre tuméfiées , ou quelque partie de l’urètre endurcie, qu’après avoir appliqué labougie ou la sonde

(i cathéter ) , et alors on obtient par ce moyen une grande

évacuation d’urine pour une fois , de même que quand la maladie dépend des porreaux ou d’une excroissance fongueuse; mais cet avantage n’est que temporaire:

ET DE LÀ DVSURIE. 2f)3

il faut que F usage des bougies, continué longtemps; soit aidé par d’autres moyens nécessaires.

Lorsqu il y a un vice organique dans la vessie , le malade ne peut jamais retenir assez long-temps son urine pour en rendre une grande quantité à la fois. Si l’on emploie dans ce cas la bougie ouïe cathéter, cette quantité sera quelquefois très-petite ; tandis que , si la vessie est encore saine ou n’est que peu affectée , le malade en rendra une plus grande quantité à la fois , pourvu qu’il n’y ait aucun obstacle ou maladie, soit dans les uretères, soit dans les reins.

Il est important d’observer ici que , s’il y a un ulcère dans le canal de l’urètre, au col de là vessie , dans la vessie même , dans les uretères, ou dans les reins, la maladie sera toujours accompagnée dans ces cas d’un écoulement de matière purulente avec les urines. Dans ce cas j si la vessie ou les reins sont affectés , lorsque le malade peut uriner régulièrement, le pus sort, on mêlé avec l’urine, ou seul à la fin de l’émission de l’urine ; tandis que , si l’ulcère est au col de la vessie , ou dans l’urètre , le pus sort avec les premières gouttes d’urine. On peut alors aussi déterminer , et souvent d’une manière certaine , le siège de l’ulcère dans l’urètre , par la douleur que le malade ressent dans un endroit particulier , lorsqu’on y applique la bougie , à laquelle on trouve souvent adhérent un peu de matière, après qu’on l’a retirée.

Mais , soit que l’ulcère derrière le rétrécissement provienne d’une blennorrhagie violente ou mal traitée , soit qu’il provienne de Facreté de l’urine retenue

2g4 Cil AP. X. DE L'ISCHUIUE

entre le lieu de robsiniction et la vessie , cette maladie est toujours très-dangereuse; car si Ton n’y remédie pas à temps, elle se terminera par un abcès ou une fistule au périnée , ou par une infiltration d’urine dans la membrane cellulaire de toutes les parties environnantes , laquelle est suivie de la gangrène et souvent de la mort.

Avant que l’urine s’ouvre un passage à travers le périnée, il paraît ordinairement, derrière l’endroit du rétrécissement , une tumeur quelquefois rouge et dure, qui augmente fréquemment depuis la grosseur d’une noisette jusqu’à celle d’un œuf de poule , et prend toutes les apparences d’un abcès. Il faut prévenir de bonne heure le malade des suites fâcheuses qui résultent de ces tumeurs si on les néglige, et, si on ne peut pas passer la bougie de suite , il ne faut jamais différer long-temps à en faire l’incision.

Lorsqu’un rétrécissement de Furètre , ou des tumeurs dures des glandes paraissent , principalement chez des hommes accoutumés aux excès de la boisson, surtout chez ceux qui sont sujets aux bourgeons, la dy~ surie est accompagnée fréquemment d'un écoulement d’une humeur âcre et ichoreuse , qu'il faut bien distinguer de l’écoulement provenant de la prostate , qui ressemble au blanc d'œuf, et qui a une odeur nauséabonde très - désagréable.

Il n’est pas rare de rencontrer des malades d’ailleurs sains et robustes, et dans lesquels Faction de la vessie est vigoureuse , qui ne veulent pas croire qu’ils ont un mal dans le canal de Furètre , lorsqu'on leur

ET DE LA DYSÜKIE

communique le soupçon (Tune telle maladie, et qu’on propose F application d’une bougie ou d’une sonde pour le vérifier.

Méthode curath c.

Le médecin ou le chirurgien appelé pour un malade attaqué d’une ischurie ou suppression totale d’urine, doit commencer par examiner le pouls. S il se trouve fréquent et dur , il fera une saignée. La quantité de sang qu’il faut tirer dépend de l’état du pouls et de la constitution du malade. Un homme d’un tempérament fort ou d’une constitution pléthorique supportera ]a perte d’une livre de sang, au lieu qu’une saignée moins copieuse de moitfc sera suffisante et produira le même effet sur un tempérament plus délicat et plus grêle. Il faut cependant observer qu’en pareil cas le malade éprouve un meilleur effet d’une saignée copieuse, que de deux ou trois petites saignées successives. AP rès la saignée , ou sans elle lorsqu’on trouve que le système général n est pas affecté, si la vessie est très - distendue , il faut appliquer le cacheter ou une sonde creuse pour évacuer l’urine. L’application de cet instrument est quelquefois très -difficile, et dans quelques cas même impossible. Il est certain que cette impossibilité tient souvent à la cause même de la maladie ; car on rencontre plus de difficultés lorsque le rétrécissement dépend d’une ancienne maladie de l’urètre, que lorsqu’elle provient d’une blennorrhagie supprimée, d’une inflammation ou de quelque irritation récente

20 6 Cil AP. X. DE l'iSCHURIE

dans l’urètre; cependant, dans tous les cas, le succès dépend beaucoup de l’adresse du chirurgien.

Voici la manœuvre qui m’a paru la plus avantageuse pour faciliter l’introduction de la sonde , supposant toujours une connaissance exacte de la structure de l’urètre. La saignée générale ou locale , quand elle est nécessaire , et , selon les circonstances , aussi l’application d’un lavement , doivent toujours précéder. La sonde étant ointe d’huile douce, il faut l’introduire doucement. Aussitôt qu’elle rencontre quelque obstacle, on se gardera bien de la forcer; il faut attendre un peu, et essayer ensuite de la pousser encore doucement en avant, parce que cet obstacle semble quelquefoisme provenir que d’un spasme momentané de l’urètre, excité par l’irritation mécanique de la sonde même , et que, si l’on cesse de pousser, ce spasme s’évanouit souvent en peu de minutes, et la sonde s’introduit alors plus avant avec facilité : au lieu que, si l’on s’obstine à la pousser , le spasme devient plus violent, et rend souvent l’introduction absolument impossible. C’est probablement à cause de ce spasme que nous voyons quelquefois un chirurgien réussir à introduire la sonde, tandis qu’un autre, avec autant de capacité et d’adresse, l’aura déjà vainement essayé. Si l’obstacle est au vcru-montanum , ou plus avant dans l’urètre, on peut trèssouvent le lever, en introduisant le doigt dans l’anus, ou en frottant légèrement le périnée , pour aider au passage de la sonde. J’ai vu des cas où l’introduction du çathéter était impossible, tant que le malade res-

ET LE LA DYSURIE. <2QJ

tait couché dans son lit , au lieu qu’il entrait avec facilité lorsqu’il était assis sur le bord du lit , ayant les jambes pendantes. J’ai observé aussi qu’on introduit par fois très-facilement une sonde plus grosse , après avoir essayé vainement à plusieurs reprises d’en introduire une plus petite , et vice versâ .

Il arrive quelquefois que le cathéter passe dans la vessie , et que l’urine ne vient pas, à moins qu’on ne presse en même temps doucement la partie inférieure du ventre; ce qui provient de ce que la vessie a perdu sa contractilité. Une grande distension cause fréquemment une vraie paralysie de ce viscère. Quelquefois il y a du mucus épais ou du sang coagulé qui bouche l’orifice du cathéter; dans ce cas il faut aider l’évacuation par des injections par le «nihéter.

J’ai été minutieux dans F énumération de toutes ces circonstances , parce que je suis bien persuadé qu’en faisant une attention scrupuleuse à tous ces points, on peut non seulement épargner souvent beaucoup de douleurs au malade, mais, ce qui n’est peutêtre pas moins essentiel, empêcher la vérole de se communiquer à la masse générale; ce qui arrive fort aisément lorsque ,5 par une manoeuvre peu ménagée , l’on a blessé l’urètre. J’ai certainement vu les symptômes syphilitiques les plusévidensse manifester dans le corps, par une pareille cause, dans un cas où le malade n’avait jamais eu d’autre mal qu’une ischurie provenant de la suppression d’uné blennorrhagie.

Lorsque le danger n’est pas si grand , c’est-à-dire, lorsque la vessie n’est pas très-distendue , et que par

2q8 CH AP. X. DE l’iSCHURIE

conséquent l’évacuation immédiate de ‘l’urine n’est pas si pressante, ou qu’un phimosis considérable empêche de trouver l’orifice de l’urètre , ou enfin que quelqu’autre cause rend l’introduction de la sonde impossible, il faut avoir recours à d’autres moyens de procurer la sortie des urines. Voici ceux que j’ai trouvés être les plus efficaces en pareil cas.

i°. Il faut administrer un lavement ordinaire, afin d’évacuer les matières fécales , et de prévenir par ce moyen le stimulus continuel que leur accumulation est propre à exciter. 2°. Il faut mettre le malade dans un bain chaud où il restera une heure ou au moins une demi-heure ; et on fait répéter ce bain quatre ou cinq heures après. Lorsqu’on n’a pas la facilité de donner un bain chaud, il faut faire asseoir le malade, pendant une heure ou une demi-heure , sur une chaise percée pour recevoir 4a vapeur de l’eau chaude mêlée avec du vinaigre. J’ai trouvé ce moyen , dans beaucoup de cas., aussi utile que le bain chaud. 3°. Après qu’on a employé l'un ou l’autre de ces moyens, ou avant, on donne au malade un autre petit lavement composé d’égale quantité d’eau d’orge et

d’huile de lin avec cinquante ou soixante gouttes de •

laudanum liquide, et on le fait réitérer suivant le besoin. 4°. De frotter le périnée avec de l'huile douce. On doit éviter avec soin toute espèce de médicamens diurétiques ou d’alimens capables de pousser par les urines; et, par la même raison , le malade ne doit boire, même de l’eau d’orge, que ce qu’il en faut pour étancher la soi b

ET DE LÀ DYSXJÎUE

Dans des cas rebelles, il sera aussi très -convenable d’essayer la méthode du docteur Ha mil/on de Lynn , décrite dans le volume 66e des Transactions philosoph. pour Vannée i y 66. Ce médecin a trouvé qu’une grande dose de sous-muriate de mercure uni avec l’opium avait été très-utile. Il ordonne un bol fait de dis grains de sous-muriate de mercure avec deux grains d’opium : il répète cette dose six heures après, si la première n’a pas répondu à son attente ; et il s’est vu souvent obligé d’en donner une troisième dose.

J’ai eu la satisfaction de voir réussir, dans plusieurs circonstances qui paraissaient désespérées, l’application judicieuse de ces différens moyens.

J’ai vu une fois, dans une suppression d’urine où l’on n’était point à portée d’avoir une sonde, l’application d’un oignon rôti au périnée produire un si bon effet, que deux heures après l’urine coula abondamment. Dans un autre cas, on sauva la vie à un fameux médecin des armées, en lui couvrant , d'après le conseil d’une bonne femme , le gland avec la pellicule, fraîche qui se trouve entre la coque et le blanc de l’œuf. Aussitôt que cette pellicule , en se séchant, vint à se contracter , l’urine commença à couler en abondance. Mais deux jours après , l ischurie étant revenue à F improviste , on eut beau appliquer de nouveau la pellicule d’œuf, faute d’une sonde creuse, elle ne produisit aucun effet , corame le prédit d’avance la personne qui l’avait recommandée , et le malade mourut. Peut-être un vésicatoire appliqué au périnée produirait-il le même effet avec plus de certitude et

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plus promptement. On a enfin remarqué que l’immersion du gland dans de l'eau très-froide, en détruisant le spasme , faisait couler quelquefois abondamment l’urine supprimée.

J. Hunier conseille d’employer une bougie , et quand elle ne passe pas le lieu du rétrécissement de la laisser attachée en dehors dans l’urètre près de l’obstacle : il dit que l’envie d’uriner revient , et il assure avoir fréquemment observé qu’en retirant alors la bougie , l’urine avait coulé abondamment. Le même auteur dit aussi que, pour éloigner et même pour prévenir cette contraction spasmodique , il a trouvé qu’il était utile d’employer des injections légèrement irritantes, ou une bougie de trois ou quatre pouces de long, couverte de quelque médicament irritant, et de la laisser dans l’urètre aussi long-temps que le malade peut la supporter. Ce moyen a éloigné pendant plusieurs semaines, et a même quelquefois guéri cette espèce de dysurie spasmodique. Je rapporte ces observations afin qu’on puisse en faire usage dans des cas difficiles. Je n’ai jamais vérifié par moi-même ni J un ni l’antre de ces moyens.

Lorsqu’on a été assez heuréux pour évacuer la vessie , soit par l’application de la sonde , soit par quelques-uns des autres moyens que j’ai proposés , le soin le plus pressant doit être de prévenir une nouvelle accumulation des urines, et de détruire , aussi promptement qu’il est possible, la cause de la suppression. On remplira le premier objet en continuant les mêmes remèdes, et surtout , comme quelques auteurs

ET DE LA. DYSURIE. 3oi

Font recommandé, en laissant le cathéter dans l’urètre. C’est cependant une chose à laquelle presque aucun des malades que j’ai traités jusqu’ici n’a été capable de se soumettre dans le commencement. Ils souffraient tant en gardant le cathéter, soit qu’il fût de métal , soit qu’il fût roide ou flexible , qu’ils étaient convaincus que la douleur que causerait l’application réitérée de la sonde , ou une nouvelle accumulation des urines dans la vessie , ne saurait jamais être plus grande ; et , en conséquence , ils le retiraient eux*mêmes, malgré qu’ils eussent le plus grand désir de le garder. On n’est pas, à beaucoup près, si exposé à ces inconvéniens qui résultaient de l’usage des cathéters ordinaires , depuis qu’on possède les cathéters ou les sondes élastiques inventées par Bernard, et qu’on fabrique à présent dans plusieurs endroits.

Dans toutes les ischuries ou dysuries provenant d’obstruction dans quelque endroit de l’urètre , les bougies médicamenteuses ( Cereoli medicati, ph. syph.) ou les sondes creuses élastiques, offrent le principal remède , soit pour le soulagement , soit pour la guérison radicale. Quand l’obstruction dépend du rétré-

cissement de l’urètre, ou de Fépaississement de ses membranes , ou de petites excroissances , ou d’ulcères dans cette partie, ou d’un gonflement passager des glandes de Morgagni ou de celles de Gowper, dans tous ces cas, je pense que les bougies procureront presque toujours une guérison radicale ; car si on a réussi une fois, par le moyen de la plus petite bougie, à passer l’endroit resserré, on peut faire usage régu-

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librement, peu à peu, de bougies de différente grosseur , jusqu’à ce que l’on parvienne à en passer une du diamètre naturel de l’urètre, dont on continue l’usage pendant un temps suffisant.

Dans les cas où la suppression de l’urine est produite par un squirre ou endurcissement des glandes de l’urètre ou de la prostate , quoique les bougies ne puissent jamais procurer dans ces Cas une cure radicale, elles rendent un service essentiel pour le soulagement du malade , en facilitant l’évacuation des urines. Les cathéters métalliques ou les sondes creuses élastiques sont spécialement utiles pour cet objet : mais si on n’en a pas sous la main, les bougies élastiques ou médicamenteuses ordinaires sont toujours

une ressource précieuse.

Je dis que les bougies procurent au moins , dans ce cas, un soulagement momentané; mais j’ai vu beaucoup de cas où les bougies, soit médicamenteuses , soit élastiques , ont produit une guérison radicale , et ont détruit les excroissances ou tu meurs squirreuses qui s’élèvent dans l’urètre , et obstruent le diamètre de ce canal. Les bougies que nous pouvons employer avec sûreté n’agissent presque que mécaniquement ; les plus douces sont les meilleures , et je n’ai jamais vu un seul malade qui ait pu supporter les bougies irritantes assez long-temps pour qu’elles produisent un bon effet.

Lorsqu’on se sert d’un cathéter métallique ou d’une sonde élastique et que le malade ne peut pas supporter son application constante , ce qui ar-

LT DE LÀ DYStJRIE.

rive surtout dans les premiers jours , on ne l'applique que lorsque la vessie est pleine , et on la retire après que le malade a passé l’urine ; mais quand le malade est accoutumé à l’irritation produite par la sonde , ce qui arrive généralement en très-peu de jours , on la laisse appliquée pendant vingt-quatre ou quarantehuit heures, ou on la retire pour la nettoyer : mais dans les cas où l’on n’aurait pas une sonde creuse à la main , on pourrait se servir en attendant d’une bougie , qu’on appliquera alors seulement lorsque la vessie sera pleine , et , après avoir passé l’obstacle , on la retirera doucement , en avertissant le malade de soutenir pendant ce temps l’effort de l’urine. De cette manière , le jet d’urine suit de près la pointe de la bougie , et tient par sa force le passage ouvert : mais le jet diminue dès que la glande gonflée ou l’excroissance s’élevant de nouveau , occupe une partie de ]a cavité de l’urètre , et l’opération redevient nécessaire chaque fois qu’il faut évacuer l’urine.

Voici quelques règles qu’il est utile au jeune praticien d’observer dans l’application des bougies, des cathéters métalliques ou des sondes élastiques.

On introduit F instrument de la manière ordinaire, après l’avoir oint d’huile douce. Le chirurgien , comme de coutume», tire doucement l’urètre vers lui d’une main, et tenant la sonde entre les doigts de l’autre , toujours à la distance d’un pouce ou deux du gland , et l’introduit par degrés. La sonde entre souvent dans la vessie sans avoir besoin d’aucune direction particulière ou tour de main de la part de Topé-

CHAP. X. DE l’iSCHURIE

rateur. S’il se rencontre qoelque résistance , ii faut tourner l’instrument doucement sur son axe entre les doigts, et observer les autres règles que j’ai rapportées ci-dessus pour faciliter l’introduction : mais si la résistance est au col de la vessie , ii n’y a souvent rien de plus à faire que de baisser avec beaucoup de précaution l'instrument en avant , et, s’il est nécessaire , en l’aidant ou dirigeant avec le doigt vers F anus. Si le chirurgien trouve un trop grand obstacle, il suspendra l’opération jusqu’à ce que la contraction ou le spasme du sphincter de la vessie et la

résistance cessent ; ce qui le met en état, pour l’ordinaire , de pénétrer plus avant jusque dans la vessie.

Lorsqu’on retire le cathéter métallique ou la sonde élastique, soutenue d’un fil d’acier, ii faut les bien nettoyer et rincer avant de les appliquer de nouveau ; mais si on se sert d’une sonde élastique sans fil d’acier, elle est communément, lorsqu’on la retire après l’avoir laissée quelque temps dans l’urètre, très-molle, et par conséquent incapable de servir de nouveau jusqu’à ce qu’on Fait nettoyée et séchée. La manière de nettoyer les cathéters ou sondes creuses , consiste à en laver non-seulement l’extérieur avec de Feaù , mais à passer aussi de l’eau dans la cavité , en ayant soin de l’y agiter pour les rincer. Pour achever de nettoyer et sécher l’intérieur , on se servira avec avantage d’un longue aiguille à laquelle. on aura enfilé une mèche de soie. Si on les trouve .trop roides lorsqu’on est sur le point de les employer, on peut les ramollir en les tenant quelque

ET DE LA. DYSÜRÏE. 3ü5

temps dans la main , ou en les approchant un moment auprès du feu.

Si le rétrécissement est considérable , et qu’on ne puisse passer ni bougie ni sonde, on doit faire des efforts et essayer tous les moyens pour passer une corde à boyau : car, dès qu’on y sera parvenu , et qu’on aura surmonté la difficulté , on aura l’espérance de sauver le malade d’un danger imminent. On doit donc d’abord essayer d’introduire la plus petite corde de boyau , doucement , avec patience , et cependant avec un peu de force. Si on ne peut pas la passer, il faut la laisser appliquée près de l’obstacle et la fixer en dehors, afin qu’elle ne puisse pas changer de place. Quelquefois on réussit ainsi à la faire passer quelques heures ou quelques jours après. Lorsqu’on est parvenu à passer l’obstacle, on la retire facilement si le besoin d’évacuer l'urine l’exige ; autrement on la laisse pendant quelque temps pour qu’elle puisse se gonfler; et lorsqu’on la retire , on en introduit immédiatement une autre un peu plus grosse. Quand on est parvenu à introduire aisément la corde à boyau d’un plus gros calibre, on peut alors employer les bougies ordinaires ou élastiques.

Mais si tous les efforts pour introduire une sonde ou une corde à boyau n’ont aucun succès , et qu’il y ait un danger imminent que la distension de la vessie n’en cause la rupture ou la paralysie , il est d’absolue nécessité d’évacuer burine le plus tôt possible. Si le siège de la maladie est à un endroit auquel on , puisse atteindre, il n’y a rien de mieux à faire qu’une

3üÔ CHÀP. X. DE l’iSCHURIE

incision dans l’urètre au-delà du rétrécissement. L’urine, dans ce cas, produit même très-souvent une tumeur plus ou moins grosse dans l’urètre , entre l’obstruction et la vessie ; c’est alors l’endroit , pour faire l’incision , marqué par la nature. Par ce moyen l’urine s’évacuera toutes les fois qu’il sera nécessaire, et l’on n’aura plus à craindre le retour et les effets dangereux de l’ischurie. Il est ensuite facile de dilater la plaie , en passant le bistouri à travers la coarctation, et d’introduire après cela une bougie que le malade doit porter jusqu’à ce que le rétrécissement soit détruit , et la plaie cicatrisée. Si le mal est au col de la vessie , et qu’il y ait de la difficulté à faire comme il faut l’incision, on peut percer la vessie à travers l’anus, comme l’a proposé Fleurant. L’une ou l’autre de ces opérations n’est ni très-difficile , ni très-douloureuse, et elle devient quelquefois nécessaire pour sauver la vie du malade.

Le docteur Hamilton a essayé la méthode de Fleurant , et l’a trouvée très-utile dans plusieurs cas , comme on peut le voir dans les Transact. philosopha vol. 56. La vessie est souvent très-prominente vers le rectum : dans ce cas , le docteur Hamilton retira la canule du trocart, immédiatement après que l’urine fut écoulée. Il fut surpris de voir que l’urine était retenue jusqu’à ce que la vessie fut remplie, et qu’alors elle s’évacua naturellement par l’anus. F leurant et Pouteau laissaient la canule dans le passage : mais l’observation du docteur Hamilton indique que cela n’est pas toujours nécessaire.

ET DE LA DYSÜRÏE» J07

La ponction de la vessie par le rectum est également utile, lorsque l’ischurie provient d’une inflammation du col de cet organe ou d’une tumeur de la glande prostate.

Si la volonté du malade ou quelque autre raison s’oppose à cette opération ; si le malade est maigre, et que la vessie soit distendue de manière qu’on la sente au-dessus du pubis ou par l’anus , on peut avec sûreté faire une incision au-dessus de la symphyse du pubis, et percer la vessie dans cet endroit au-dessous du péritoine : on introduit et on laisse la canule appliquée jusqu’à ce que la cause de la suppression de l’urine soit détruite , de crainte que l’urine ne s’infiltre dans le tissu cellulaire du bas-ventre, et ne produise des accidens pires que la maladie primitive. La canule doit être courbe et assez longue pour atteindre et s’appliquer, par sa partie convexe, à la partie postérieure de la vessie.

Dans les cas où les moyens décrits ci-dessus n’ont pas réussi , ou lorsqu’on a différé trop long-temps à les employer, il arrive, comme je l’ai remarqué plus haut, que l’urine retenue se fraie, par sa quantité ou par son âcreté, derrière le rétrécissement, un passage dans le tissu cellulaire de la verge , du scrotum et de toutes les parties adjacentes. Cette infiltration de l’urine se termine fréquemment par la gangrène et par la mort du malade.

Pour prévenir autant qu’il est possible cette catastrophe funeste , il faut, du moment que l’urine paraît s’être infiltrée , faire des incisions dans toutes les

CHAP. X. DE L ISCHURIË

parties infiltrées , pour donner passage à ce fluide ; mais il en faut faire une surtout dans l’urètre derrière l’obstruction ; il faut même aussi, selon les circonstances, faire la ponction de la vessie, pour donner à l’urine un cours libre par quelqu’une de ces ouvertures, et pour prévenir ou pour arrêter la gangrène dans les parties où l’extravasion aurait eu lieu. On appliquera en même temps sur les parties gonflées les fomentations les plus antiseptiques , telles que les infusions de quinquina, de la racine & arnica montana , etc. dans du vin ou de l’eau , en y ajoutant de l’eau-de-vie. A l’intérieur, on administrera de grandes doses des mêmes médicamens et d’opium. Si l’on est assez heureux pour sauver par ces moyens la vie du malade, il faut, quelques jours après, essayer d’obtenir un passage à travers la partie rétrécie , par les moyens déjà indiqués , savoir , par l’introduction d’une corde à boyau, et par l’incision à travers le rétrécissement.

Il arrive enfin aussi quelquefois que la vessie trop distendue par l’urine vient à crever, et burine se répand dans la cavité du ventre : c’est un accident qui est toujours fatal. Dans d’autres cas, l’urine se fait un passage dans le rectum et le malade est ainsi quelquefois sauvé; dans d’autres cas enfin la vessie est distendue au point d’avoir perdu la force de se contracter. Il arrive alors ou que la force du sphincter du col de la vessie étant restée dans son état naturel , l’urine ne peut sortir, et c’est la paralysie de la vessie ( Ischu ria vesicalis pauilytica ) ; ou que le sphincter ayant

ET DE LA DYSURIE, 3üf)

perdu aussi sa contractilité , Turine ne peut être retenue et s’écoule goutte à goutte , à mesure qu’elle coule des uretères dans la vessie ; maladie qu’on nomme incontinence de l’urine, et à laquelle j’ai donné le nom plus approprié à'Uracrasia dans ma Nosologie systématique. La première de ces maladies 3 exige l’application du cathéter , de la compression de l’abdomen , des frictions et des fomentations aromatiques , auxquelles on peut ajouter l’acétate d’ammoniaque: enfin il convient dans ce cas de mettre un vésicatoire sur l’os sacrum. Dans la seconde , on applique ce dernier remède sur le périnée. Dans l’un et l’autre cas , on emploie aussi avec avantage les cantharides (Lytta vesicatoria Linn.) en poudre, ou en teinture, à l’intérieur.

Tels sont en général les moyens propres à donner du soulagement aux malades, dans tous les cas d’ischurie provenant d’un vice dans le canal de l’urètre. Mais, pour guérir radicalement cette maladie, il faut, comme nous l’avons dit, en détruire la cause ; et l’on y parvient par différentes méthodes, suivant sa différente nature.

Si la suppression de l’urine est la suite de l’inflammation ou d’une contraction spasmodique du col de la vessie , produite par le virus syphilitique appliqué récemment à l’urètre, ou de la suppression de l’écoulement d’une blennorrhagie syphilitique, ces moyens consistent, dans le premier cas, à calmer les symptômes de la blennorrhagie par les remèdes indiqués au

3 10 CH AP. X. DE i/lSCHtTRlE

chapitre premier , et , dans le second, à tâcher de rétablir l’éGouIement par les remèdes que j’ai indiqués dans le même chapitre. J’observe seulement que l’application du cathéter ou de la sonde élastique, ainsi que celle de la vapeur de l’eau chaude au périnée et l’usage de l’opium sont les moyens les plus efficaces pour obtenir cet effet. Quelquefois le Uniment ammoniacal a réussi. 11 faut que le malade se tienne tranquille dans son lit , et qu’il applique un suspensoire ; parce que j’ai vu des cas où l’irritation quittant le col de la vessie, au lieu de se rétablir à son siège primitif sous le frein, s’est fixée au veru-montanum , et a produit ce qu’on appelle communément un testicule vénérien: ce que je n’ai jamais observé depuis que j’ai fait prendre aux malades la précaution que je viens d’indiquer. Je crois avoir observé de bons effets des cataplasmes émolliens chauds appliqués à la verge , et il est utile d’empêcher, par le moyen des lavemens, l’accumulation des matières fécales.

Aussitôt que l’irritation quitte le col delà vessie et que l’écoulement se rétablit, il doit être traité comme une blennorrhagie ordinaire. Mais il faut avertir le malade d’éviter avec le plus grand soin toutes les causes capables d’occasionner une semblable suppression; car nous voyons journellement que, lorsqu’une telle suppression de blennorrhagie a eu une fois lieu, elle est prompte à revenir une seconde fois, et souvent à la plus légère occasion.

Je dois observer de plus qu’en pareil cas, après que l’ischurie est dissipée, il est généralement nécessaire

ET DE LA DYSURIE

de donner du mercure à l’intérieur pour obtenir une guérison radicale, parce que l’absorption du virus syphilitique a très-souvent lieu durant la suppression, et donne ensuite des marques évidentes de sa présence dans la masse générale, quoique la maladie locale des parties génitales soit parfaitement guérie: dont j’aqvu plusieurs exemples frappans.

Si la suppression d’urine, partielle ou totale, provient d’une affection chronique , comme d’un rétrécissement, d’une callosité , d’une cicatrice ou excroissance , simple ou accompagnée d’un ulcère , dans la cavité de l’urètre, il faut examiner avec attention l’état général de la santé du malade , son tempérament , son âge , le degré de la maladie et le temps qu’elle a déjà duré , le degré de l’irritabilité du malade et sa manière de vivre. Toutes ces circonstances méritent la plus grande attention , afin d’établir le régime et la méthode les plus convenables pour guérir radicalement la maladie principale.

Mais , avant d’entreprendre le traitement d’une telle maladie, il convient toujours d’avertir le malade que la guérison demande un temps considérable, ordinairement deux ou trois mois , et souvent beaucoup plus, pour obtenir une cure radicale , et qu’elle exige conséquemment de sa part beaucoup d’exactitude et de persévérance. Je sais bien que la plupart des chirurgiens règardent cette période , que je viens de fixer, comme nullement nécessaire , et qu’ils promettent une guérison beaucoup plus prompte, en laissant la bougie appliquée dans le canal pendant des

3l J CHAP. X. DE VlSCHURIE

journées et même des nuits entières; mais je sais aussi que par ce moyen ils ne produisent souvent qu’une guérison apparente , et que le rétrécissement revient bientôt après, et force le malade à avoir recours à un traitement nouveau.

Lorsqu'il n’y a point de symptômes dangereux , ou que les plus pressans symptômes de l’iscliurie sont dispersés par les moyens dont j’ai parlé, on doit mettre ses soins à détruire la coarctation de l’urètre et ses causes , de manière à prévenir par la suite toute suppression d’urine : ce que nous effectuons principalement par le moyen des bougies. Si le malade est d’une constitution forte ou pléthorique, on lui prescrira une diète légère. Si au contraire il est faible et très -irritable , il est plus utile d’être moins sévère à cet égard.

L’application des bougies exige des soins et des précautions particulières. Nous observons dans quelques dysuries un degré d’irritabilité surprenant dans l’urètre et dans la vessie. Il faut donc avoir la plus grande attention à la composition des bougies, à leur grosseur, à leur figure , et à la manière de les introduire. Le docteur Osborn , de Londres , a fait une observation très-intéressante, qui prouve bien l’utilité et même la nécessité de commencer par l’usage des bougies les plus douces et les plus souples. Le malade qui en est le sujet ne pouvait souffrir aucune bougie ordinaire dans l’urètre , tant était grande l’irritabilité de cette partie : son ami craignit qu’il n’y eût un cancer. Il fut guéri en six mois, par l’usage des bougies faites de cire jaune simplement ; et il avait été malade peu-

ET DE LA DYSURIE

üant quinze ans. Les bougies sont toujours trop irritantes , ou trop grosses , ou mal placées, lorsque le malade se plaint de ressentir de la douleur. On doit toujours commencer par des bougies plus petites que le diamètre ordinaire de l’urètre , et ne venir que lentement et par degrés à l’usage des plus grosses. Dans tous les cas , la grosseur de la bougie doit être relative au rétrécissement de l’urètre : il faut d’abord qu’elle soit d’une grosseur à pouvoir passer avec très-peu de force; grosseur qu on augmente à mesure que l’endroit resserré s'élargit , et qu’il reprend à la fm le diamètre naturel de l’urètre. Si on se sert de bougies ordinaires , elles doivent être , comme je viens de dire , de la composition la plus douce; et comme on ne peut pas se fier à celles des boutiques , chaque praticien devrait les faire faire exprès. On peut essayer aussi l’usage des bougies élastiques , ou des sondes creuses élastiques , surtout au degré de perfection qu’elles ont à présent. Mais je dois dire , de l’autre côté 9 qu’il y a beaucoup de cas dans la pratique où on. réussit à introduire une bougie ordinaire , douce et flexible , après avoir tenté en vain une bougie élastique; et souvent même le malade s’introduit avec facilité la plus grosse bougie ordinaire, pendant qu’il ne peut ni passer ni garder une bougie élastique d’un diamètre beaucoup plus petit. Gela dépend de ce que le bec des premières est plus souple et flexible, et se prête par conséquent plus aisément aux différentes directions du rétrécissement.

Le malade doit garder la bougie pendant un quart-

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d'heure ou une demi-heure dans les commencemensi ensuite pendant une couple d’heure , le matin et le soir ; mais bien rarement plus long-temps.

J’ai trouvé que cela suffit généralement pour obtenir une guérison radicale et sûre , quoiqu’un peu lente, et depuis un grand nombre d’années j’ai abandonné entièrement la méthode de laisser les bougies pendant dix ou douze heures , ou même toute la nuit , comme on le conseille généralement pour obtenir une guérison plus prompte. Outre' l’incommodité à laquelle on expose le malade par cette méthode forcée, il arrive souvent , que quelques semaines ou quelques mois après , le rétrécissement et ses suites fâcheuses reviennent obliger le malade d’avoir recours à un nouveau traitement, au lieu qu’en traitant la maladie plus lentement et plus graduellement comme je viens il indiquer , on n’a pas lieu de craindre une rechute semblable., et le malade est mis en état de vaquer à ses' affaires, comme s’il était bien portant, pendant tout le temps que ce traitement dure.

Si 1 obstacle est si considérable qu’il ne permette pas meme l'introduction de la plus petite bougie ordinaire ou élastique, l’application d’une petite corde à boyau , comme j’ai indiqué plus haut , réussit quelquefois à merveille. Cet instrument une fois passé, on le laisse dans l’urètre pendant quelque temps , ou plutôt aussi long-temps que le malade peut le souffrir : i 1 se gonfle peu à peu , au moyen de quoi le passage rétréci s’élargit insensiblement; en sorte que dès la première fois qu’où le retire, le malade est quel-

ET DE LÀ DYSURïE.

quefois en état d’uriner avec une facilité inespérée ; et l’on peut d’après cela introduire facilement une corde plus grosse , qui produit encore un meilleur effet. Lorsqu’on est parvenu par ce moyen à dilater peu à peu le canal de l’urètre , au point qu’il admett e une grosse corde , on peut ensuite y introduire des bougies et faire usage de ces dernières pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois , jusqu’à ce que le malade soit parfaitement guéri, et en état d’uriner à plein canal.

Le meilleur moment pour essayer l’introduction des bougies ou des cordes à boyau , dans ces cas , c’est le matin quand le malade est couché; quelquefois il est mieux de le faire asseoir sur le bord du lit , les jambes pendantes par terre. On ne doit pas laisser la bougie appliquée , si elle cause beaucoup de douleur; et quelquefois il se passe plusieurs jours avant que le malade puisse la supporter pendant quelque temps. La bougie ou la corde à boyau une fois introduite , il faut toujours avoir soin de la lier , de crainte qu’elle ne glisse dans l’urètre, ce dont j’ai vu de tristes exemples. On fixe pour cela un fil à la bougie , et on le tourne deux fois autour du gland , d’une manière un peu lâche.

Si par malheur la bougie glissait dans l’urètre , il ne faudrait négliger aucun moyen pour l’en retirer le plus promptement possible, meme en faisant une incision à l’urètre; car si on la laissait , elle pourrait glisser dans la vessie et l’irriter à un point très-dangereux , ou y donner lieu à un dépôt caîculcux , et

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